Il n'y avait rien de naturel dans ce que l'on éprouvait.
 
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 Jeremias Hearbson | in C minor

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Sleepless


▪ depuis quand ? : 28/06/2010
▪ conneries : 162
Masculin
▪ venue au monde : 11/03/1989
▪ et l'âge ? : 28
▪ localisation : dans la bergerie
▪ groupe : Sleepless... or whatever you call it.
▪ humeur : somnolent

MessageSujet: Jeremias Hearbson | in C minor   Lun 5 Juil - 5:29


© M Cello
nom du personnage ; Hearbson. Ça vous dit quelque chose? Il est possible que vous l'ayez lu dans les journaux, dans les magazines, sur le Net, ou entendu à la télévision, à la radio, de la bouche de votre voisine qui vous a expliqué que la famille Hearbson vouait un culte au diable, ou encore de l'épicier qui a affirmé que les gosses de riches sont tous fêlés.
prénom(s) du personnage ; Jeremias. De Jeremiah ou Jérémie, et « Que Dieu élève » soi-disant. Mais celui-là a dû Lui glisser d'entre les doigts, diraient plusieurs.
Sa mère le surnommait souvent « Jamie » et ses comparses musiciens lui préfèrent un pseudonyme plus court : Jem (gem, comme pierre précieuse. Plutôt flatteur, non?).
âge du personnage ; 30 années. Sans valeur, à ses yeux. Demain Jeremias a treize ans, hier il en a cinquante, et aujourd'hui, il l'ignore.
date de naissance ; 16 novembre 1980. Dans le froid, dans le noir, sous un ciel pesant de neige.
groupe ; Sleepless. Et moins encore. Jeremias s'avère très sceptique vis-à-vis le phénomène du Lien. Il s'agit, à ses yeux, d'un délire de société. Cela dit, en public, il se garde de partager ses opinions controversés.
lié(e) ; … Cet individu, selon lui, n'existe pas.
son origine ; suédoise
sa nationalité ; suédoise
son occupation ; En voie d'achever son ascension au sommet de l'influente institution financière dont il est le successeur. Reste à savoir ce qu'il en fera. On lui connaît une aisance naturelle à obtenir ce qu'il veut, mais ce qu'il veut réellement est toujours sujet à discussion, près du distributeur à café.

Histoire
Peut-être même dans le fameux amour maternel y a-t-il une bonne part de curiosité




Il s'était assis devant la glace, sans s'embarrasser d'un dernier regard pour ses longues mèches que le coiffeur s'apprêtait à lui tailler. Le souvenir de sa mère vint lui caresser les cheveux. Ces mains fragiles, et blêmes, ces mains porcelaine qu'il avait aimé sentir glisser sur sa joue, s'égarèrent dans sa chevelure sombre une dernière fois. Puis elle disparut, le souvenir se perdit en mémoires tout comme les lames tranchaient les premières têtes. Elles se bercèrent dans le vide, flottèrent sur le silence, et se posèrent sur le carrelage luisant. Le crime avait commencé. Le tueur prenait de l'assurance, répétait les coups, chassant ses regrets, son hésitation. Des cheveux si beaux. Un si joli visage... Il lui sculpterait un cadre pour le mettre en valeur.
Jeremias ferma les yeux. Sa mère lui en aurait voulu, lui aurait demandé pourquoi, aurait échappé une larme, touché du bout des doigts les mèches amputées, puis aurait sourit, et l'aurait rassuré, pour se rassurer elle-même, en lui disant qu'il était toujours le plus beau. Jamie, mon garçon. Il ne saurait être encore ce gamin qu'elle avait aimé. Mais elle cesserait d'y croire, maintenant qu'il osait se défaire du reflet qui lui avait été imposé. Et ne le hanterait plus. Plus jamais. Demain, il serait libre, comme une page blanche. Libre de réécrire son histoire. De la rectifier, à tout le moins.

...

Ce soir-là, Jeremias jetait au foyer les rubans, les élastiques, tout ce qui avait tenu sa crinière en laisse. Il termina par une allumette. Le feu chauffa la rétine de ses yeux rivés aux flammes, et lui intima de le nourrir. Aux cendres qui s'accumulaient déjà, le musicien ajouta toutes les partitions qui lui tombèrent sous la main. La musique partit en fumée, dans une symphonie terrible. Et le piano, sous son drap, pleura en silence des bémols et des dièses, des accords et de fausses comme de vraies notes. Le violoncelle prolongea son sommeil. S'il devait passer au bûcher ce soir, plutôt le faire en rêvant. Mais Jeremias s'arrêta avant d'en venir à l'étui de cuir qui somnolait dans un coin du salon. Ses vêtements étaient trempés de sueur, les flammes léchaient le haut de la cheminée, de l'intérieur comme de l'extérieur. Et le vent qui s'engouffrait par les fenêtres ouvertes faisait danser la lumière embrasée. Le musicien s'approcha, s'approcha encore, et encore, tendit sa main au démon qui se débattait devant lui, et la bête l'attira à elle, tint ses doigts, son poignet, s'en prit au bras, grimpa jusqu'au coude.
Tu es fou.
La voix de son père, comme un souffle sur sa nuque. Jeremias frissonna, tourna la tête, un sourire amer sur les lèvres, et plaqua son membre ensanglanté contre lui, se défaisant d'un coup de l'emprise du foyer. Le vieux poursuivit son chemin sans croiser le regard de son fils. Une trêve, le temps de trois mots, dans le deuil du veuf Hearbson, suffit à Jeremias. Il baissa les armes; lentement, marcha jusqu'à l'extincteur dans le placard du couloir, revint à son four et fit cracher la bonbonne dessus. Las, il la lâcha par terre, attrapa son paquet de cigarettes sur le cul du piano et s'en alluma une maladroitement, de la main gauche, en contemplant son massacre. Ce soir, sa mère était enfin passée à l'incinérateur. Et il s'en était fallu de peu pour son père. Et pour lui.

...

Un matin, il l'avait vue débarquée d'un taxi, prendre quelques notes sur un calepin, puis appuyer sur l'avertisseur près de la porte. Elle avait ouvert, et fermé, et ouvert les lèvres, mais il n'avait pas vu les mots. Puis elle était entrée. Chez lui. Le domestique de son père était venu l'annoncer, au salon, et Jeremias l'avait attendue dans son fauteuil, ses verres à l'épais contour noir sur le nez, un journal devant ses yeux.
Une femme. Trop jeune pour ne pas se montrer totalement insensible à sa belle gueule et trop vieille pour que ses iris noirs ne lui fassent perdre ses mots. Il découvrit son visage, sourit de sa bouche gourmande, et tendit sa main gauche. Elle la prit, la serra bien trop fermement pour ne pas y avoir pensé, et s'assit devant lui.
Votre nouvelle coupe vous va bien, Jeremias.
Je ne partage pas votre avis...
Elle vous donne un air plus... Disons que l'on vous y reconnaît davantage.
Et c'est bien, vous croyez?

...

Je me souviens... Je me souviens ses seins. Sous mes mains, ses seins blancs, et doux. Des fruits mûrs encore accrochés à leur arbre. Qu'une branche me tendait. Je les y ai cueillis. Rien fait de mal. Juste goûter. Poser ma bouche sur sa bouche, ma bouche sur son cou, ma bouche sur son épaule, ma main sur son ventre, ma bouche sur sa poitrine, et ma main, et mon ventre sur son ventre, et de la musique plein la tête. J'existe. Elle existe. On a existé ensemble, c'est tout. Ça se fait. On le fait tous les jours.

...

Comparativement à votre père, vous semblez bien vous être remis du suicide de votre mère.
On ne s'en remet pas. On oublie d'y penser ou on choisit de ne pas y penser, en se levant. Ou on choisit de laisser entendre qu'on a oublié, qu'on n'y pense plus.

...

Le 17 novembre, au jour à peine levé, il avait décidé de partir. Comme sa mère, et différemment. Il avait rangé le violoncelle dans son étui, et rangé l'étui dans un coin du salon. Il avait recouvert le piano d'un drap, et s'était découvert de ses vêtements, avant de la rejoindre, encore, toujours, pour la dernière fois, peut-être, jamais. Sa sœur. Il l'avait embrassée au creux de l'épaule, avait pressé tout son désir contre elle, jusqu'à ce qu'elle en déborde, jusqu'à ce qu'il s'y oublie, à nouveau, et sans se soucier de son père, plus loin, dans sa chambre, sans se soucier qu'il entende les murs s'effondrer sous le poids de l'obscène impudeur de son fils. Qu'il s'en outrage, le vieux, et qu'il en crève, que son cœur l'abandonne, enfin, et qu'il lui éclate dans la poitrine. Ou qu'il se noie dans ses larmes, du pareil au même, et qu'importe, qu'il souffre, voilà tout.
Plus tard, Jeremias s'était joint à son père, café fumant à la main, on ne peut plus frais et dispos. Il s'était assis à ses côtés, sur la terrasse, nu sous sa robe de chambre, et avait parlé de sa mère, longtemps. Évoquant de sa voix grave, de sa voix violoncelle qui glisse sur les paysages, la beauté de maman, et les caresses de maman, ses histoires, ses ailes, ses cheveux et ses mains, son oreille, trop fine, trop juste, et son sourire plein de larmes, ses yeux pleins de rire, ses cheveux comme des rayons de douceur. Puis il s'était levé, impassible.
Je quitte la Suède. Mais je reviendrai régulièrement, pour la banque. J'ai mes parts et j'y tiens. Tu devrais te reposer, songer à ta retraite. Quoi que, j'y pense, toi et maman étiez forcément... Liés, non? Tu as déjà revendiqué le droit de mourir... « dignement »? Avec ces histoires de Lien, ils doivent bien y avoir pensé, non? Et toi, t'y avais pensé? Tu devrais.
Il ne répondrait pas. Jeremias, sur ce, porta sa tasse une dernière fois à ses lèvres, eut un regard pour le feu naissant à l'horizon, et rentra.

...

On dit que vous suivez une thérapie.
Je consulte un psychologue, effectivement.
Pour quelle raison?
Il sourit à la fenêtre et laissa sa tête tomber contre le dossier en retirant ses lunettes.
Voyez-vous toujours votre sœur?
Toujours...
Ici, et là. Au cœur du silence des matins, sur le banc poussé du piano et... dans les courbes du violoncelle. Surtout, dans les courbes du violoncelle.
Vous revenez du Japon, n'est-ce pas? Vous comptiez y parfaire votre technique de musicien? Avez-vous trouvé mentor à la hauteur de votre talent?
Non...

...

Il y avait trouvé le grand vide, et les lumières, des dizaines de milliers de lumières et des dizaines de milliers de visages anonymes dans les foules. Il y avait trouvé cordes à pincer, une basse plaquée sur ses hanches, une basse à violer tous les soirs, quand il brillait sous l'éclat de la lune, et des projecteurs. Jem. Gem. Gemme. Jeremias, à la droite du chanteur, derrière ses mèches trempées de sueur; un masque. Quel groupe déjà?
Il avait fait vibrer les plafonds en faisant tonner l'instrument sur les musiques urbaines et désillusionnées de la jeunesse usée. Et renfilait, de temps à autres, son nom afin d'assurer sa succession à la place de son père. Car bien qu'il la détesta, cette place, il la voulait, plus que tout, et de loin plus que de trouver cet être auquel il était soi-disant lié. Il avait fait l'amour aux solitudes en fleurs, s'était enivré de lendemains invisibles, mais ne l'avait jamais oubliée.

Pour la petite sœur,
Celle qu'on sort de sa valise, au dernier moment. Celle à qui on écrit des lettres sans adresses, sans timbres, des lettres qui ne vont nulle part... Des miettes de temps passées à penser... à elle. Je t'aime à travers elles. Toutes. Et je ne sais plus quoi t'écrire. Ou ne pas t'écrire. Je sais... Je sais les vérités qui nous ont faits, et cela me suffit. Je sais les mensonges qui les font, eux, et espère, de tout ce cœur que je ne sais pas porter, que tu ne t'égares pas. Pas trop loin... Je te retrouverai, de toute façon. Je t'amènerai tout en haut de cette tour que je convoite. Nous y serons libérés des impossibles. Tu dois venir avec moi. Autrement je ne sais pas si j'y arriverai, si j'arriverai à ne pas en tomber, de cette tour dorée.
Lysiane, ma lili, petite fleur, je te promets toutes mes promesses. Je veux l'hiver glacial et meurtrier à tes côtés. Je te veux dans mes bras quand tout le reste est mort. Et je veux t'aimer comme on choisit d'aimer, par égoïsme et insouciance, pour vrai. Sans entraves. Je veux t'aimer partout où nous en aurons envie. Je te veux violoncelle, sous mes mains, entre mes jambes, contre moi. Et alors, je te ferai prélude. Tu te souviens?


...

Dans la cour d'école, un petit con n'avait pas trouvé mieux, pour s'exorciser de son premier amour, que d'user de sa méchanceté gratuite et rêche d'enfant. Il avait ri, en la pointant du doigt, plus d'une fois, et pour toutes les raisons imaginables, toujours mauvaises. De la voiture, Jeremias l'avait vu, et avait ouvert la portière, l'expression de son visage figée dans la neutralité.
Monsieur Jeremias?
Le chauffeur avait froncé les sourcils en levant les yeux vers le rétroviseur, mais déjà le garçon marchait, d'un pas rapide mais dégagé, en direction du petit groupe qui s'était formé devant le bâtiment scolaire. Doucement, il avait écarté un des curieux qui observaient la scène, et s'était interposé entre sa sœur et l'autre, qui devait avoir reprit au moins deux ou trois années, vu sa taille. Un petit gros de con qui serrait les poings en grognant.
Jeremias n'avait rien dit, l'avait fixé dans les yeux quelques secondes et, avant que ne s'échappe des petites lèvres roses du porcelet une nouvelle connerie, il lui avait envoyé un coup de poing sur le nez. Assommé, le voyou était tombé sur le dos et, toujours sans se précipiter, avec flegme, le grand frère s'était assis sur ce qu'il restait de son adversaire, serrant ses bras entre ses jambes. Le champ libéré, il avait criblé de coups le visage joufflu, bientôt fendu et ruisselant rouge.
Une main avait interrompu la leçon, tirant Jeremias vers l'arrière.

...

Ainsi comptez-vous marcher dans les pas de votre père, en reprenant l'entreprise familiale?
Ses pas s'arrêtent là où commencent les miens. Je compte plutôt défricher.
Et laisserez-vous la musique de côté pour vous consacrez aux finances?
Il prit le temps de réfléchir, porta inconsciemment sa main pansée à son menton, mais l'en écarta au contact de sa mâchoire, réprimant la grimace de douleur que la pression sur sa chair à vif avait éveillée.
Je suppose que non...
Vous pourrez encore jouer, avec cette main blessée?
Je peux toujours tenir l'archet.
La journaliste eut un regard pour le piano que l'on devinait sous l'épais tissu blanc qui léchait le bois verni.
Je préfère le violoncelle, de toute façon.
Que vous est-il arrivé? Elle est cassée?
Non. Mais je l'ai enfin fait, j'ai vendu mon âme.
Elle crut à la plaisanterie, et poursuivit sur le même ton léger.
Ne craignez-vous pas que cela vous nuise dans votre quête de l'âme sœur, si vous avez livrée votre part?
Ma part du contrat? Et si c'était au diable, que je la devais?
Conclut-il, serein.

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MessageSujet: Re: Jeremias Hearbson | in C minor   Lun 5 Juil - 10:26

Qu'il s'appelle Jeremias, Eikichi, qu'il soit japonais ou suédois, j'en reste toujours terriblement fanatique GLY
Et cette compréhension incroyable du personnage, ce lyrisme à peine teinté de concupiscence.. Ces phrases, apposées l'une à la suite de l'autre de cette manière si innée, si naturelle.
Et même si Autumn m'a volé le plaisir de valider le code, j'aurais au moins celui- exquis- de valider cette fiche.
Bienvenue chez toi, grand frère. GK7


Seal my heart and brake my pride ; I've nowhere to stand and now nowhere to hide. Align my heart, my body, my mind to face what I've done and do my time. Well yes sir, yes sir, yes it was me ; I know what I've done, cause I know what I've seen. I went out back and I got my gun, I said, "You haven't met me, I am the only son."
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Jeremias Hearbson | in C minor

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