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 Rêves ou cauchemars, rires ou pleurs | Jytte

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MessageSujet: Rêves ou cauchemars, rires ou pleurs | Jytte   Mer 28 Mar - 4:51

De l’eau. De l’eau, que de l’eau. Non. De l’eau. Eau. De la chaleur. Qui monte, monte, monte. Eau bouillante, eau bouillante et chaude. Une peau qui fond, fond, non, elle fond, elle fond, elle bout, elle brûle. L’eau tremble, bouillonne, tremble et fait crier, fait crier et trembler, hurler. Non. L’eau bout et fait hurler, une mer d’eau bouillante qui s’évapore et les cris s’évaporent, tombent. Non. L’eau continue. Non. L’eau monte. L’eau transperce et brûle. Brûle. Va et vient constant d’une mer rouge et bouillante. L’eau se transforme en lave, en lave de sang qui coule et qui coule et qui sort des yeux et qui gicle de la bouche et tord les entrailles. L’eau étouffe et fait pleurer et crier. Et ça brûle. Ça noie. Mains crispées sur une peau remplie de bulles, de bulles qui éclatent en sang et qui éclatent en fumée. Mains qui déchirent la peau et qui l’ensanglante, qui la déchirent avec des griffes, de grandes griffes qui lacèrent et qui crissent et qui brûlent. Des poings qui se serrent sur les mains qui entaillent et qui se crispent comme les autres mains se crispent sur la peau. Des nuages de fumée et de vapeur rouge et de sang. Une odeur âcre en bouche et un cri d’horreur qui s’échappe et des ombres mouvantes qui parcourent doucement le corps et qui le tue petit à petit. Et le corps tremble et tremble jusqu’à en être plus un, qu’un tas de ligaments et de muscles qui crie, qui hurle, qui s’époumone. Une bouche qui s’ouvre et qui se détache pour finir par un cri étouffé par du sang qui coule et qui coule et qui noie. Un gargouillis de bulles inéluctable, un frisson d’épouvante et un cœur qui arrête. Un cri perturbé qui résonne et résonne…

Résonne dans une chambre vide, résonne dans les couvertures et dans une lumière qui s’est allumée et dans un monde qui revient à la lumière. Une lumière qui étouffe dans des yeux ouverts, des yeux bleu qui transpercent la lumière et qui voient toujours rouge, toujours le sang et toujours les ombres furtives qui passent et qui passent. Des yeux paniqués sous un regard fauve et bouillonnant d’une peur qui se fait sentir, qui sent la transpiration, les gouttes amères et salées des larmes perlant et se mêlant à la sueur. Son front est chaud, elle transpire et transpire et elle crie, se débat dans ses couvertures pour échapper aux cris et à sa peau ensanglantée, aux mains qui l’agrippent et qui ne veulent pas la laisser partir, à cette couverture étouffante, brûlante. Et une ombre qui se distingue plus que les autres tandis qu’elle gueule de la laisser tranquille, qu’elle se prend les cheveux de ses mains qui se crispent sur les bouclettes d’or coupant le bruit qui continue de l’assourdir. Aucune issue à la folie et aucune issue à ces rêves, à ces personnages étranges et à ces idées. Sa peau continue de bouillir et sa peau continue de se désagréger et de fondre. Elle pleure, elle hurle et elle pleure.

    « Non non non non non NON ! ÇA BRÛLE ! BRÛÛULE ! »


Elle sanglote et ses sanglots s’étouffent alors que ses mains se crispent plus fort. Elle est avalée par le son de ses propres cris et elle tente de les boucher, de les tuer, ces cris, de ne plus les entendre du mieux qu’elle le peut, mais rien ne fait. Et ses paroles se mélangent en langues différentes, un charabia digne de la tour de Babel elle-même, des langues qui s’entremêlent, des mots et d’autres dans des langues différentes qui n’en forment plus qu’une distincte et incompréhensible, plus incompréhensible encore entre sanglots amers et terrifiés, entre tremblements et hoquets. Et un frisson. Un horrible frisson qui s’engouffre en elle et la fait suffoquer. Les brûlures restent et elle s’en dégage, elle tremble et elle se prend de convulsions étranges, effrayantes, se recroqueville sur elle-même et ferme les yeux pour ne plus voir la lumière noire qui aveugle et qui donne aux ombres des formes plus bizarres encore, pour oublier ce qu’elle voit et tenter de faire disparaître tout le reste, le sang qui coule et le rouge qui l’assaille de partout. Et pourtant ses yeux se rouvrent et elle suffoque encore, elle crie encore et elle ferme les yeux du plus fort qu’elle peut en se recroquevillant, en pesant ses mains sur ses oreilles et en crispant de plus belle ses doigts sur ses cheveux. Non, non. Elle ne veut pas. Elle ne veut pas disparaître dans l’oubli et continuer de fondre.

    « NOON ! »


Et une nouvelle main qui l’empoigne solidement, des griffes puissantes qui achèvent son bras et son regard qui s’ouvre dans un hoquet profond, pupilles si minces qu’elles sont qu’un point dans un bleu profond et aussi perturbé qu’une mer houleuse. Elle se débat de ces mains et frappe, frappe qu’importe ce qui se trouve là, frappe dans le vide s’il est là, un vide profond et pourtant une ombre parmi d’autres se tient là, cadavre sans visage qui hante et qui pourtant habituellement n’est pas si méchant. Cadavres sans visage qui trahissent des intentions douteuses comme un clown grimaçant des folies dans des arabesques. Arabesques qui continuent de vriller dans les longues lumières obscures de sa pensée et qui continue de jaillir de son regard fou. Elle bout. Elle est rouge de sang et de lave qui coule, coule toujours et à jamais en elle et qui s’évapore. La chambre s’évapore dans un souffle chaud, brûlant. Un sifflement, qu’un sifflement.

    « ARRÊTEZ ÇA BRÛLE, NON ÇA BRÛLE JE VEUX PAS NON ÇA BRÛLE ! »


Un coup de coude sur un corps et une main se posant sur son épaule et un nouveau cri étouffé quant à la sensation, la sensation de ce même toucher qui semble calmer comme un baume sur une blessure qui pompe le sang comme si le cœur s’en était déplacée. Une plaie béante qui se referme doucement et des yeux écarquillés qui fixent la chambre violacée et les couvertures blanches, fixe le mur, puis un nouvel endroit, puis un autre sans arrêter tandis que les mains restent accrochées aux filaments d’or et ne daignent bouger. Ses yeux fixent le vide et encore le vide, toujours le vide comme s’il y avait vraiment quelque-chose, quelque-chose de terrifiant, quelque-chose qui ne cesse de la tourmenter encore et encore. Elle continue de trembler et semble souffrir d’un mal autre que celui que l’on peut connaître. Ça brûle. Ça brûle mais de moins en moins la brûlure se fait ressentir. Le voile qui est sur ses yeux s’en va doucement et elle ressent une nouvelle chaleur, mais pas une chaleur qui brûle. Une chaleur qui accueille et qui vient du plus profond d’elle. Elle halète et elle murmure, encore, les mains sur les oreilles, elle murmure pour arrêter ces mêmes murmures, pour arrêter les voix qui fusent de partout et qui n’en finissent plus, pour arrêter ce qui la tourmente et qui pourtant reste là. La main revient, la sensation revient, mais elle ne bouge pas, reste là, assise, dernière position prise entre les couvertures étouffantes, assise à côté d’un autre corps et d’une autre main qui transmet un baume, chaleur douce contre chaleur bouillante, efface des maux les plus profonds.

Et elle se tourne. Sa tête se tourne vers cette figure et cette voix qui commence à se faire entendre au-dessus de ses paroles à elle qui continuent de fuser. La Danoise plante ses yeux dans ceux de cette figure qui réapparait d’entre les brumes. Et son regard affolé devient plus doux, moins meurtri. Moins blessé. Le seul remède. Présence rassurante et pourtant un regard affolé. La Scandinave connaît ce regard. Elle le connaît ; elle l’a vu, des années avant, lors d’une rencontre fortuite. La peur et pourtant jamais elle ne lui aurait fait mal. Mais ce regard. Jytte. Jytte, a-t-elle osé te faire du mal, a-t-elle osé te toucher ? Dans un accès de folie, jamais n’aurait-elle cru même revoir ce regard, ce regard qui fait mal à voir et ce regard qui fait pleurer. Elle est partie. Elle est revenue. Elle est là. Et elle a mal. Elle a mal de la voir souffrir et elle a mal. L’a-t-elle frappée, a-t-elle osé ? Najad reprend son souffle, elle le reprend et ses mains se détachent de ses oreilles et de ses mèches blondes. Son regard reste planté dans le sien et son cœur bat la chamade. Ses yeux déjà pleins de larmes redeviennent plus humides encore et son visage se tord dans un accès de souffrance. Sa voix prend un ton meurtri plus qu’il ne l’était, une voix tordue par la peine que la vision lui cause. La vision d’un souffrance et d’une promesse. Jamais je ne te ferai de mal. Jamais. Non. Je n’oserais pas… Je n’aurais pas osé…

    « Je suis désolée. Tellement, tellement désolée. »


Et les larmes recommencent à couler en rivière sur ses joues, l’accès passe et laisse place à une lucidité presque sérieuse, presque.

    « Jytte… »


Elle tend une main tremblante vers son visage, à elle, celle qui vient de la sortir de la tourmente, son regard troublé, si troublé.


Dernière édition par Najad L. Østergård le Lun 2 Avr - 18:48, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Rêves ou cauchemars, rires ou pleurs | Jytte   Dim 1 Avr - 0:53

L’homme tritura un instant le paquet posé sur la table avant d’oser couper la ficelle avec un canif. Il savait pertinemment ce qui se trouvait dedans, mais cela ne l’empêchait pas de couper le reste de la ficelle qui entravait ce paquet. Puis, il en sortit un cadre dans lequel s’étalait une fleur blanche, légèrement rosée, ressemblant à s’y méprendre à de la bruyère. Sauf que ça n’en était pas. Il l’observa un petit instant avant de prendre l’enveloppe et de regarder d’où le colis a été envoyé. Il revint à son cadre et, tout en gardant les yeux fixés sur la fleur, il se perdit dans ses pensées. Le vieil homme enleva ses gants en caoutchouc qu’il balança sur le bureau. Il enleva ses lunettes, étudia attentivement le cadre avant de le poser devant lui et de se détourner, l’air troublé, vers l’une des nombreuses fenêtres de la pièce. Les sentiments le submergeant, il se laissa aller à quelques larmes de douleur, peut-être. La photo en noir et blanc d’une fille apparut sur l’écran en même temps que le titre du film : « Män som hatar kvinnor ». Millenium, les hommes qui n’aimaient pas les femmes.
Je n’avais pas accroché au style de l’écrivain mais les films avaient su capter mon attention. Lorsque j’ai su que le premier était diffusé à la télévision, je m’étais préparée à tout cela. J’avais préparé mon saladier de pop-corn, ma bouteille de soda et je m’étais confortablement calée dans le canapé, en attendant que les premières images apparaissent à l’écran. Najad avait commencé à le regarder avec moi mais elle était partie se coucher à la moitié du film. Je ne pouvais pas lui en vouloir. Elle avait été malade il y a quelques temps et ça avait considérablement dû la fatiguer. Alors, je l’avais laissé partir. Une oreille attentive aux paroles des personnages et l’autre ‘‘ rivée ’’ vers l’étage, j’entendis Najad s’activer dans la salle de bain avant d’entendre la porte de sa chambre claquer. Rassurée, je retournais à mon film.
Lorsque les derniers noms défilèrent sur l’écran, je me levais pour ranger tout ce que j’avais sorti : le saladier vide, la bouteille à moitié entamée, et mon verre. Après quoi, j’éteignis la télé, rentrais le linge qui avait séché dehors, passais un rapide coup de balai avant de monter dans la chambre que la mère de Najad m’avait cédé. Puis j’étais montée prendre une rapide douche avant de me coucher.
Le sommeil… Il me fuyait comme j’avais fui mon propre pays. Pourtant, avant de poser la tête sur l’oreiller, j’avais fini de remplir des papiers pour mon inscription à l’université. Maman s’inquiétait quant à mon sujet mais je la rassurais à chaque fois. La mère de Najad avait accepté de me garder auprès d’elle, le temps que je voulais. J’avais trouvé un emploi à mi-temps en temps que serveuse dans un coffee shop. L’Expresso House vu qu’il n’y a pas de Starbucks en Suède. J’aurais pu travailler à Ikea et avoir des Dubbla Chokladflarn à prix réduits, mais je n’ai pas postulé. J’aurais été dans les réserves, à remettre certains articles en rayon. Non, je préfère le contact humain. Et puis l’odeur de café est bien plus agréable que l’odeur du bois que l’on peut avoir à Ikea. Comme ça, je pouvais parfois ramener des échantillons de nouvelles sortes de café chez Najad et les goûter en compagnie de sa mère, autour de petits gâteaux retrouvés au fond d’un placard. Des moments de complicité volés à la barbe du Temps.
Mais aujourd’hui, c’était mon jour de congé. Je n’avais pas bu plus de café qu’à l’accoutumée. Juste une tasse au petit déjeuner et une autre après le repas de midi. J’aurais dû dormir comme un bébé, me laisser emporter par des rêves insensés où j’étais devenue la meilleure chirurgienne du monde ou encore où j’étais une clocharde amoureuse d’un homme d’affaires trempé dans des affaires foireuses, mais ce n’était pas le cas. Après avoir rempli des papiers pour mon inscription à la faculté, après avoir rangé ma chambre, je m’étais tournée et retournée dans le lit, en espérant glisser vers un havre de paix. Mais mes yeux restaient toujours ouverts vers le plafond. Les lumières de la rue me parvenaient. Je n’aimais pas dormir dans le noir complet. Il fallait laisser les volets ouverts. Le noir total me fait peur. J’ai l’impression que des formes fantomatiques, phosphorescentes, se dessinent et avancent lentement vers moi en tendant leurs mains aux doigts crochus vers moi. Je ne voulais pas me confronter à de vieux démons, à des cauchemars que j’avais révoqués, mais parfois, ils viennent sans prévenir. Lorsque je suis dans l’obscurité la plus complète. Je m’étais tournée vers mon réveil qui indiquait trois heures du matin. Alors là seulement, mes yeux se sont fermés et j’ai dormi.
Trop peu à mon goût. Une envie pressante me tiraillait. Je n’avais pas envie de me lever mais il le fallait. Je suis descendue au rez-de-chaussée afin de ne pas réveiller Najad en tirant la chasse d’eau. Après avoir fait mes besoins, j’eus une soudaine envie de boire. Alors, j’ai chipé une bouteille d’eau et je suis remontée. Mais pas dans ma chambre. En arrivant sur le palier, j’entendis des hurlements provenant de sa chambre. Des hurlements dignes d’un film d’épouvante ou d’horreur. Des hurlements à vous glacer le sang. Je restais figée, tenant la bouteille d’eau dans une main. Quelqu’un s’était-il glissé dans la chambre de Najad et s’amusait-il à la brûler ? Je lâchais ma bouteille d’eau et accourus à sa chambre. J’ouvris la porte à la volée. Peu importe si je la cassais. Peu importe si je la réveillais. On lui faisait du mal et ça, je ne le supportais pas.
Je la voyais se débattre avec ses draps, avec des personnes invisibles. Je l’observais un moment, envisageant toutes les approches possibles afin de ne pas me prendre un coup de poing quelconque. Je respirais un grand coup, tentant de retrouver mon calme puis je m’approchais d’elle, m’assis sur le lit et me reçus un coup de coude. Je posais une main sur son épaule, espérant que ce contact suffirait à la sortir de son mauvais cauchemar. Je regardais attentivement son visage. Ses yeux étaient ouverts ; depuis combien de temps ? Je la voyais presque paniquer. Elle tremblait tellement que je n’arrivais pas à l’arrêter. Alors, je l’ai prise contre moi et je lui ai murmuré de douces choses, des mots réconfortants. Ils ne semblaient avoir aucun effet, mais il valait mieux tenter le coup. Je ne pouvais pas rester muette alors qu’elle était en proie à des cauchemars. Je cherchais un autre moyen de la réconforter, de faire partir ces vilaines choses de sa tête afin qu’elle trouve un sommeil serein mais ses yeux vinrent se planter dans les miens. Ses mains collées à ses oreilles se détachèrent lentement et elle semble en proie à une réflexion intense qui la torture.
« Najad… Najad ! C’est moi ! Ne t’en fais pas, je suis là. »
Une main. Une main se tendit vers moi et toucha mon visage. Sa main… Elle veut me dire quelque chose mais je ne savais pas quoi. De toute façon, ce n’est pas grave, je me fichais de ce qu’elle avait à me dire ; l’important étant qu’elle aille bien. Rien de plus. Rien de moins. Je la serrais de nouveau contre moi en la berçant, comme je le ferais avec un enfant.
Un tout petit enfant sans défense.
« Ca va aller, d’accord ? Je suis là, plus rien ne peut t’arriver. Maintenant, tu vas respirer un grand coup et tu vas te calmer, ok ? »
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MessageSujet: Re: Rêves ou cauchemars, rires ou pleurs | Jytte   Lun 2 Avr - 19:04

Trouble. Trouble et larmes qui s’emmêlent, s’entortillent, saignent dans un cœur humide de pluie douce sur une fleur qui refuse de faner, une fleur qui pourtant manque de soleil et ne cesse de vaincre l’état de pourriture dans laquelle elle pourrait se plonger. Un oiseau en cage qui ne peut chanter, un rêve oublié dans un monde différent. Et des yeux qui s’ouvrent sur une fenêtre dense d’émotions – les émotions qu’elle ressent en la voyant, elle, elle et personne d’autre. Car elle, elle est la plus importante, la seule qui compte vraiment, la seule qui peut réellement calmer ses crises et la seule qui est réellement… Réellement… oh, Jytte. Et de la voir aussi perturbée. Elle pleure. Elle pleure de devoir lui faire voir ces horreurs, ces horreurs qu’elle peut devenir, qu’elle peut voir. Elle pleure les coups qu’elle a pu lui donner. Elle est silencieuse mais ses lèvres tremblent tellement, tellement et si amèrement. Elle n’en ressent que ces larmes et ce trouble qui l’envahit trop bien, trop sévèrement, une main de fer qui lui serre les entrailles et qui l’empêche de voir clair. Elle sait qu’elle l’a fait souffrir. Elle le sait. Et ses blessures, elles tombent et elles s’enfuient vers un autre monde. Ces blessures et ces brûlures. Plus qu’un murmure incertain dans un esprit troublé. Plus que l’ombre d’une silhouette de ces mains déroutantes passant leur doigt svelte sur son échine en la faisant si douloureusement frémir.

Et un goût doux envahit ses lèvres tremblantes alors qu’elle, elle, elle est là, comme la petite flamme qui jaillit au plus profond d’elle. Et pourtant elle l’a fait souffrir, et elle souffre de cette souffrance, car elle ne sait pas ce qui est arrivé. Elle se souvient de Svend. Elle se souvient du sang. Du sang qui coule, du sang, partout, partout… Puis… Non, plus rien, plus rien que du blanc et des pas et du blanc encore, du blanc qui tourne autour et qui reste une pensée. Sa mère. Mais pas Jytte. Jamais Jytte. Jamais plus pour si longtemps, avant qu’elle ne revienne en prise avec sa peur et son incompréhension. Non, jamais elle n’avait voulu lui faire de mal. Sa main tremble sur sa joue si douce, main qui se veut douce mais qui pourtant tremble comme une feuille, tant que ça ne doit pas sembler doux ; non, mais elle, elle ne fait que lui rendre son regard. Comme si elles lisent dans les yeux l’une de l’autre, lire des paroles rassurantes. Jytte…

Et elle la serre. Elle la serre et la berce, comme une enfant, et elle, elle sanglote, elle sanglote et laisse passer ces larmes amères qui continuent de tomber, de couler, ruisseau incessant de larmes qui coulent et qui coulent. Elle a si froid, si froid après les brûlures des monstres, des cadavres sans visage, des déplorables visions qui l’enchaînent dans l’Abîme du Rêve de Nelligan. L’Abîme du Rêve arrivé trop tôt. Mais cet abîme avait une fin. Avait un souffle sous le gouffre du Néant. Et ce souffle, ce souffle était comme la mer, qui la berçait doucement en murmurant tandis qu’elle pleurait, tremblait, ne pouvait contrôler même ses sanglots et les sauts que ceux-ci produisaient dans tout son corps. Si Majken avait été là, elle aurait eu plus de difficulté. Mais pas Jytte. Non, pas elle. Parce qu’elle, elle était sa Liée. Elle était le seul médicament. Elle était la seule qui avait sur elle ce genre de facultés. La seule chose qui pouvait l’aider. Et ça, pendant les mois qui avaient suivis, sa mère l’avait compris. Ça, pendant le court mois, pendant tout le temps que les deux adolescentes avaient passé ensemble, elle l’avait compris et elle l’avait apprécié ; car jamais une mère ne pourrait se réjouir que sa fille trouve sa Liée comme elle avait trouvé le sien, et que cet amour platonique qui les unissait toutes les deux ne se finisse de cette manière. Heureuse, heureuse que ces deux jeunes femmes puissent s’épanouir en étant finalement, finalement ensemble après tant d’années.

    « Oh, Jytte, je suis si désolée…Tellement, tellement, tellement désolée… Je ne voulais pas…Je ne voulais pas te… Te… »


Les larmes continuent alors qu’elle serre ses mains sur ses bras, qu’elle se laisse bercer, continuant de murmurer ces incessantes paroles qui se mêlent aux siennes. Elle hoquette, reprend sa respiration, laisse sortir un soupir tremblotant. Elle se laisse transporter par ses paroles, celles qui lui disent de se calmer. Qu’elle est là, que tout est parti. Tout est parti.

Elle acquiesce, hoche la tête doucement avant de se dégager de son étreinte, les yeux fermés.

    « D-d’accord. »


Elle rouvre les yeux pour les plonger une nouvelle fois dans les siens. Dans les siens si profonds et si doux. Ces yeux desquels jamais elle ne pourrait se passer. Et elle les referme, lentement, ces paupières qui même fermées font voir des horreurs, des horreurs qui continuent de la hanter même à ce moment. Elle les ferme et les force à rester fermés pour ne plus voir, pour ne plus voir que du noir, car le reste est traumatisant, le rester la fait trembler et lui fait mal. Qui sait ce qu’elle peut voir, derrière ces yeux ? Derrière ces voiles fermés ? Elle inspire, profondément, si profondément, et garde son souffle en elle encore quelques secondes, avant d’expirer. Se calmer. Se calmer, ne plus penser aux brûlures, aux déchirures. Ne plus penser à ça et penser à elle, à sa voix et à tout ce qu’elle représente à ses yeux. Et ces deux gemmes brûlant s’ouvrent une nouvelle fois et s’humidifient de nouveau. Les larmes continuent de couler même si le reste s’estompe. Ce qu’elle s’imagine, en regardant ce visage si doux et si beau, ne peut que rester dans son esprit. Ce qu’elle s’imagine, personne ne le saura.

    « Jytte… Tu te souviens de Svend ? »


Éclats perpétuels dans son esprit, souvenirs de sang qui gicle. Souvenirs de cris étouffés et d’enfants qui se sauvent. Souvenirs flous.

    « Tu te souviens de … De ce jour-là ? Tu t’en souviens, hein ? »


Elle n’a plus rien à craindre.

Plus rien à craindre si ce n’est de la souffrance qu’elle aurait pu lui infliger. La Danoise se voit secouée d’un horrible frisson laissant passer d’autres larmes.

    « Je me souviens de son visage… Je me souviens de … De ces mots … »


Elle secoue la tête de droite à gauche, refermant les yeux du plus fort qu’elle peut, comme pour oublier, comme pour chasser ces souvenirs, ces cris, ces images.

    « Arrête, arrête, Najad, arrête, j’ai mal… »


Ailleurs. Elle est complètement ailleurs. Elle pense en même temps de parler, comme si ses pensées en elle-même avaient le pouvoir de la transporter. De la transporter tellement loin. Cinq ans en arrière. Lors de l’Évènement. Celui qui était venu tout chambouler. Tout. Les larmes coulent en torrent. Elle continue de secouer la tête, se prenant les coudes.

    « Et eux qui riaient… Et qui continuaient de rire… et d’autres qui pleuraient… Et qui… Qui… »


Elle relève la tête et la regarde, relève une main tremblante qui s’approche de son visage. Son index droit vient se placer sous l’œil de Jytte.

    « Il avait les mêmes yeux… Le même… Regard… sur son visage… »


Son doigt descend jusqu’à ses lèvres. Son regard reste figé, comme dans une transe, pourtant, sur ses yeux. Une transe, où elle semble regarder intensément et pourtant être ailleurs. Comme si autre chose se manifestait au lieu des yeux de sa Liée. Quelque-chose d’autre, de plus profond, une signification, des symboles. Le même regard. Il avait le même regard sur son visage. Sa voix baisse dans un murmure.

    « Le même regard… »

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