Il n'y avait rien de naturel dans ce que l'on éprouvait.
 
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 John A. Gissing

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MessageSujet: John A. Gissing   Dim 30 Mai - 7:55


© inconnu
nom du personnage ; Gissing
prénom(s) du personnage ; John Alan
âge du personnage ; 50 ans
date de naissance ; 9 Janvier 1960
groupe ; We Are Broken
liée ; Lily D. Horton
son origine ; Européenne
sa nationalité ; Anglaise
son occupation ; Enseignant chercheur/maître de conférences à l'université d'Histoire. Doctorant en histoire et en Chimie. Ancien enseignant chercheur/maître de conférences à l'université de Cambridge et ancien professeur d'une très bonne école privée à Londres. A écrit cinq livres d'Histoire sur les Croisades, la Grèce Antique et l'Egypte Antique. Prépare un autre ouvrage sur l'Insurrection de Pacques 1916.

Histoire
« Rien n'exprime mieux la joie que le silence.
Si j'ai pu dire combien grand était mon bonheur,
c'est qu'il était petit. »


Les contes sont beaux, lui ne l'est pas. Les contes ont une fin heureuse, la sienne ne le sera en rien. Les contes font rêver, il n'attire que le dégoût. Sa vie n'est que misère, elle ne mérita pas un conte avec des "il était une fois" et des "ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants". Il ne mérite rien de tout cela, mais faisons un essai, laissez le espérer. Juste un peu, juste une fois, juste cette fois.
Alors pour cela, cette histoire va vous être narrée tel un conte. Alors asseyez-vous, ouvrez grand vos oreilles, l'histoire va débuter et elle va vous transporter....



Partie A
I. Il était une fois...
Il était une fois en Angleterre, dans la bâtisse d'une famille moyenne, un jour qui semblait comme les autres allait être à l'origine d'une immense joie chez les Gissing. Après deux ans de vie commune pleine d'amour, d'harmonie et de bien être, un petit bout de chou tout ce qu'il y avait de plus mignon montra le bout son nez. Un petit garçon, tout trognon fit son apparition. Toute la famille, tous les amis et même la plupart des voisins étaient venus pour assister à l'heureux événement. Tous avaient reçu le faire-part qui annonçait l'arrivée du nouveau-né. En ce jour du neuf Janvier, où le ciel était bleu et ensoleillé comme la plupart des journées de printemps, tout le monde avait cessé toutes activités pour venir voir le petit bout de chou. John Gissing, c'était le nom de l'héritier de cette famille moyenne qui ne pouvait rien demander de plus. Ils avaient la santé, une maison, assez d'argent pour vivre des jours paisibles tout en travaillant légèrement et maintenant, ils avaient un fils prénommé John. La famille Gissing vivait le parfait conte de fée dont tout le monde rêvait. Si seulement cela était vrai.

Car rien n'était vrai, tout était permis. Cette règle simple n'existait pas [...]

Les jours, les mois, les saisons et les années passèrent. John avait maintenant cinq ans. Depuis déjà sa plus tendre enfance ses parents avaient remarqué un comportement assez étrange de la part de leur unique fils. Surtout ça mère, elle savait, mais ne disait rien, son mari était déjà assez brusque comme ça, il n'aimerait sûrement pas. Il ne semblait pas réagir comme les autres enfants et surtout, il était parfois anormalement violent avec les animaux, les jouets, mais aussi avec les autres enfants. Ce fut lors du cinquième anniversaire de John que les parents eurent peur de leur enfant pour la première fois, où en tout cas le père, la mère savait. La journée s'annonçait belle, un magnifique ciel bleu ornait le ciel ainsi qu'un soleil des plus radieux. Pour célébrer ce merveilleux jour, les Gissing avaient préparé un petit goûter dans le salon miteux. Une nappe rouge quadrillée de blanc ou bien l'inverse avait été soigneusement installée sur la table basse bancale. Un gâteau -ressemblant plus à une unique part- ainsi que des boissons et des bonbons trônaient fièrement sur la petite nappe. Les boissons, de l'eau et du vin de table. Les bonbons, un où deux réglisses. Le père avait pris sa journée pour la passer avec son fils -il venait de se faire congédier de son poste pour quelques petites altercations- et avec sa femme. Il était affalé dans un fauteuil pouilleux et attendait que John et sa chère épouse arrivent. Madame Gissing arriva avec leur fils une ou deux minutes après, un magnifique sourire sur les lèvres. Monsieur Gissing lui, poussa un grognement d'impatience, il avait fin. John quant à lui, marchait derrière sa mère, droit, mais n'était pas élégant, des vêtements trop grands et rapièces, de misérables bouts de tissus collés ensembles. Le jeune garçon qui suivait sa mère calmement ne souriait pas, la petite fête organisée pour son anniversaire ne l'intéressait pas, il n'aimait pas les cadeaux et encore moins les fêtes. Il savait que de toute façon IL ne l'aimait pas. La grosse marque bleue sur son torse en était la preuve non ? Maintenant qu'ils étaient assis tous les trois autour de la nappe, mais surtout autour du beau gâteau d'anniversaire, il était temps de souffler les bougies. Non, la bougie, toujours la même bougie depuis sa première année. Elle était moche, une sorte de bougie blanche informe. La personnification de John.

"1, 2, 3, Happy Birthday !!"

Une petite lueur de mécontente se fit alors apercevoir dans ses yeux, il savait que tout ceci était une mascarade, son père ne l'aimait pas et sa mère... Sa mère voulait le persuader du contraire. Où en tout cas, il aurait aimé, mais il n'espérait plus rien. Le jeune homme souffla la bougie. Madame Gissing elle, se leva pour aller chercher des assiettes, le père quant à lui l'accompagna pour aller prendre un couteau et accessoirement une autre bouteille de pinard -car il n'y avait pas d'autre mot-. La première était déjà vide, sa femme et son fils avait été long, ils étaient toujours bien trop long. En attendant le jeune et innocent John était seul devant ce joli petit gâteau, devant la bougie informe laissant s'échapper de sa mèche encore chaude un fin filé de fumée et une douce odeur de cire fondue. Les yeux noirs du jeune garçon fixaient la fumée s'élevant dans la pièce obscure. Elle semblait si libre.... Sans même prévenir, le feu se ralluma sur la bougie. Monsieur Gissing l'avait vu. Son fils était un monstre, il avait enfin compris.

« John ! Une claque vola au même moment
- Je...., le jeune garçon passa sa main sur sa joue sans comprendre.
- Comment ? s'égosilla-t-il, plus rouge que jamais.
- Père je....
- C'est une bougie magique chéri, tu sais, celles qui se rallument. »

Le dialogue cessa à l'instant même où Madame Gissing était entrée dans le salon et avait parlé. L'homme était sur elle, la brutalisant et l'insultant de tous les noms. John regardait la scène impuissant. Sa femme se faisait battre par l'homme qu'elle aimait. Cette femme hideuse qui était sa mère, cet homme violent qui était son père. Pourquoi n'avait-il jamais compris que cela finirait ainsi. Cela devait arriver. Sa mère se faisait rouer de coups, hurlant et pleurant qu'il ne fasse pas de mal à leur fils. Le père était dégoûté, écœuré. Cette femme était un monstre. Elle s'était bien foutu de lui, elle méritait une leçon et après ce sera le tour de cette chose qu'il avait du nourrir, son fils. John regardait la scène et maintenant, une seule pensée occupait son esprit. Son tour n'allait pas tarder.


II. Une Jolie petite fille.
John a rencontré Sarah dans un parc, gentille petite fille, elle jouait avec sa soeur. John les observait du coin de l'oeil, ne pouvant s'empêcher de trouver magnifique et radieuse, cette jeune fille de son âge.


III. Dis moi que tu m'aimes.
John est amoureux de Sarah. Malheureusement pour lui, cette dernière n'apprécie pas du tout son idylle avec la magie noire. Aussi, cela va les séparer petit à petit. De surcroit, Sullivan va se montrer de plus en plus entreprenant avec Sarah ce qui apparemment, ne laisse pas indifférent là belle Gryffindor. John va essayer de rappeler à Sarah que Sullivan est un idiot, en vain. Une dispute va exploser, une giffle, une vague de cheveux qui se retourne et plus rien. John est seul, Sarah est partie, vexée. [4eme année]


IV. Si seulement.
John et Sarah se sont réconciliés. Cela va un peu mieux entre eux, même s'il y a encore des tentions à cause de Sullivan. En effet, Sarah et Josh sortent ensemble, de vrais "roucouleurs". John aime encore Sarah, mais il ne peut rien faire. Un certain Trafiquant est intéressé par ses dons en potions et John hésite à le rejoindre. Sarah le mets en garde, s'il continue avec la chimie plus que douteuse et s'il accepte l'offre, elle va le laisser. John ne sait plus quoi faire, le département de police s'y mettent eux aussi pour avoir son don à disposition. [6eme année]


V. Une erreur, un choix, un regret.
LEVEL 5. Fin de la scolarité, Sarah va se marier avec Josh. John lui, ne sait plus quoi faire. Il ne pourra plus jamais avoir Sarah alors à quoi bon refuser l'offre du trafiquant ? Une discussion avec Sarah. Cette dernière lui dit qu'il n'est pas trop tard pour faire demi tour, qu'elle pourra lui pardonner. John est intéressé "Et si j'arrête de pratiquer mes petits tours douteux et si je n'accepte pas cette offre ? Et si je refuse à tout cela pour toi ? Si tu me le demandes, si je peux vivre avec toi, je me fiche de risquer ma vie". Sarah est confuse, mais ne peut pas, en fait, il est trop tard. John le prend mal et décide d'accepter l'offre.



Partie B
VI. Pardonne moi.
John est désormais au service du Baron. Il doit fabriquer des drogues sorcières. Cependant, les Aurors commence à se rapprocher d'eux, surtout Sullivan, qui travaille pour Carter (chez du département Drogues des Aurors). Ainsi donc, John qui était monté en grade avait surpris dans un bar miteux, la conversation sur un soit disant plan d'infiltration. Gissing s'est dépêché de le rapporter à son chef qui a pensé aux Sullivan et à décidé d'aller les tuer. John a essayé de parlementer la vie de Sarah au Baron, mais en vain. Dégoûté, il est allé voir Carter pour le prévenir. L'homme a accepté de l'aider. Le Baron est arrêté, mais trop tard, les Sullivan sont morts, laissant derrière eux, un fils prénommer Sean Sullivan
[1980 ; Gissing à 20 ans]


VII. Le début de la fin.
Son père le force à devenir professeur de Chimie. A contre coeur, John passe son doctorat, ses résultats impressionnants font de lui un chimiste on ne peut plus respecté. Seulement voilà, un soir, petit dérapage, il revoit une vielle camarade et il suffit d'une nuit pour que l'homme soit père, six mois plus tard. Son père entre dans une colère noir, une violente dispute explose entre lui et Cassandra. Cette dernière part au volant de sa voiture et loupe un virage. L'enfant s'en sort indemne, mais John ne veut et ne peut le garder. Il le donne donc à une femme qu'il respecte, Elizabethe Michealson. La femme de 66 ans, ancienne fleuriste et amie de Carter accepte. Elle s'occupera du petit. [1990]

VII. Le début de la fin. Parenthèse
Etrangement, ce dont je me souviens surtout au sujet de cet après midi là c'est qu'il pleuvait et que c'était une bénédiction. Bien sûr si vous vivez dans le froid et la pluie, comme ça a longtemps été mon cas, vous trouverez ça bizarre, mais ici le ciel est si souvent bleu et le soleil si obsédant que la pluie est la bienvenue, de temps en temps. Certaines journées il faisait si chaud que nous ne sortions que le matin tôt, pour aller au marché, ou tard le soir, pour nous installer sous le pin, à espérer une petite brise, souvent en vain. Voire même un bel orage, qui m'aurait donné des frissons. J'aimais me réfugier dans ses bras, quand il tonnait.
John avait acheté cette maison en Provence il y a longtemps, bien avant notre rencontre. Avant ma naissance, peut être même. Vous l'aurez deviné, il était beaucoup plus âgé que moi, nous étions un de ces couples improbables dont les différences sautent aux yeux et masquent les ressemblances ou affinités. C'est sans doute pour ça aussi qu'il aimait venir ici, dès qu'il avait un peu de temps libre : pour la chaleur et le silence. Personne ne le reconnaissait, et c'était très bien comme ça. Les gens du village ne nous prêtaient pas attention, nous ne les fréquentions pas, à part une vieille dame, la femme de ménage, qui était très discrète. John était très connu dans son pays, pas trop ici. C'était un docteur reconnu, à la carrière impressionnante, enseignant dans la prestigieuse école de Cambridge, ainsi que dans une école privée très réputée.Vivre avec lui était la plus belle chose qui mettait arrivée, si l'on omettait la délicieuse surprise qui nous attendait. Qui aurait pu dire ou même croire qu'un jour, cet homme froid et lugubre aurait un enfant, un fils même. Certainement pas moi, même si j'en avait rêvé pendant longtemps. Bientôt, bientôt je narrai ma vie ainsi, par des nous et des lui et moi. J'osais espérer, parce que je savais une chose; il m'aimait.

Moi je n'étais rien, personne. La fille d'un avocat fiscal qui passait d'une entreprise à l'autre, comme assistante, en attendant de réaliser mon propre rêve, devenir moi même avocate, un jour ou l'autre. Plutôt l'autre. Je ne vous dirai pas que je suis tombée amoureuse au premier coup d'œil, car ce serait faux. Il n'était pas à proprement parler beau, mais impressionnant. Grand, avec une belle prestance, des cheveux et des yeux noirs comme l'ébène. Altier sans doute. Mais beau, non. Et puis des hommes importants j'en avais vu beaucoup se succéder à la maison au fil des dîners ou des rendez-vous, depuis mon enfance. Ils étaient immanquablement séduisants, sympathiques, infantiles, vains. Incapable de parler ou de s'intéresser à autre chose qu'eux-mêmes, narcissiques et inquiets. Ils venaient chercher le réconfort chez mon père, espérant glaner une aide de plus, un meilleur plan d'épargne, une comptabilité plus grande. J'aimais les commentaires désabusés ou narquois de mes parents après leur départ, je les plaignais parfois quand je lisais leurs histoires dérisoires à la une des gazettes, histoires peu avouables. J'étais sûre de ne jamais tomber amoureuse de l'un d'entre eux. Jamais.
Mais la vie vous offre des leçons et des chances inespérées, parfois, mais parfois aussi, ces chances n'en sont que des semblants, de faux espoirs, des illusions.

John venait de perdre sa mère, il était encore plus sombre et mutique qu'à l'accoutume. Je l'avais rencontré un soir, alors qu'il venait rendre visite à mon père. Je pensais réellement ne jamais avoir vu homme plus imposant que lui, plus ténébreux et mystérieux. Je crois que je suis tombée amoureuse d'une voix rauque et d'une intelligence rare, mais très lentement. Il me fuyait, il fuyait tout le monde à vrai dire, mais parfois il aimait discuter, lorsqu'il buvait son thé, en fin de journée. Parler de sa vie, du monde qui devenait fou. De la maladie de sa ère, des beaux jours évanouis. Je lisais sa peine dans ses yeux sombres, sans chercher à le distraire ni le consoler. J'écoutais, et c'était tout, alors que les autres s'agitaient autour de lui ou cherchaient de vaines paroles consolatrices. Un jour il m'avait souri, un sourire tendre qui avait soudain éclairé son visage, et mon cœur avait battu plus vite. Je ne sais toujours pas ce qui lui a plu, en moi. Sans doute un malentendu. Ou peut être mon indifférence face à la gloire et aux paillettes, à sa renommée ne cessant d'augmenter et ma bonne humeur. Il m'appelait « son rayon de soleil », il disait que mon sourire illuminait sa vie. Du moins, il me l'a dit une fois, il y a de cela six mois. La nuit où tout s'est joué, la nuit qui finalement nous aura réuni.

Je pose la main sur mon ventre et souris en pensant qu'il ne reste plus beaucoup de temps, dans quelques jours à peine, le petit allait sûrement venir au monde. Je trépigne d'impatience rien qu'à l'idée de vivre avec John, j'imagine déjà notre idylle, animée par notre enfant. Je me demande quel nom souhaite lui donner John, sûrement un nom purement anglais. J'avais hâte d'aller le voir, le rejoindre et surtout, ne plus le quitter. Mes parents n'avaient jamais été très appréciateurs de notre relation, même s'ils considéraient John, le fait que leur chère petite fille fondent une famille à peine sortie de l'école ne leur plaisait pas. Le fait que je sois enceinte n'avait d'ailleurs pas amélioré notre relation. Roulant sous la pluie battante, je regarde par la fenêtre, j'y suis, la maison familiale des Gissing. Je me gare devant la porte, préparant tout de même mon parapluie pour les quelques mètres à parcourir. Je me hâte à la porte, me couvrant du mieux possible, me protégeant du froid en attendant l'ouverture de cette lourde porte. Je saisis le heurtoir en laiton et frappe à la porte, retenant ma respiration pour essayer d'entendre des bruits de pas à l'intérieur. Finalement, la porte s'ouvre sans que j'eusse le temps d'entendre le moindre bruit, mais malgré ma petite frayeur en voyant la porte s'ouvrir, je ne peux m'empêcher de sourire à l'homme qui me fait face. Il me le rend de son sourire crispé que j'aime tant, je sais qu'il appréhende, son père a toujours été pour lui une sorte de bourreau et malgré les années, John ressent toujours en sa présence, une crainte qu'il ne peut plus me dissimuler. Je me hausse sur la pointe des pieds pour l'embrasser, lui caressant au passage la joue en espérant que ce geste le rassure.

Nerveuse, je passe ma main dans ses cheveux avant de m'élancer dans l'étroit couloir. J'ai l'impression que cette rencontre sera l'entretien le plus important de ma vie. En cet instant, j'eus un élan de compassion pour tous ces hommes venant demander la main de leur bien aimée. Je déglutis avec peine et essaye de ne pas trop montrer ma nervosité, cependant, mon coeur semble vouloir montrer le contraire et le bruit assourdissant s'épand jusqu'à mes oreilles, me coupant totalement du monde. Je me retrouve seule, moi et mon angoisse, je me mets à redouter cet homme que je n'ai jamais vu. Alors que je passe le pan de la porte, un homme se dresse face à moi; austère est le premier mot qui me vient à l'esprit, mais lorsque je l'entends parler, éthylique semble mieux le définir. Je me retiens de faire paraître mon dégoût quant à cette odeur agressive à mes sens. Je lance un petit regard lourd de sens à John, mais celui-ci ne me regarde pas, à mon grand étonnement et je dois l'avouer, à ma plus grande horreur, l'homme se tenant à côté de moi se montre tel que je ne l'avais jamais vu. Son regard est fuyant, il ne nous regarde pas, ni moi, ni son père. Il semble juste obnubilé par les ombres la rue ou bien les noeuds du parquet. Mon estomac se crispe, cet homme fort et imposant ne ressemble plus à rien devant cet ivrogne, la peur s'empare de moi, je veux partir et ne plus jamais revenir.

Mon coeur palpite alors que je traverse le couloir en courant misérablement. J'ouvre la porte à la volé et me dirige vers la voiture, j'entends à peine les hurlements fous de Tony Gissing. Mes larmes me brûlent les joues, je ne veux plus voir cet homme. Je me dépêche à la voiture et l'ouvre furieusement, n'arrivant toujours à croire que cette immondice m'ait parlé ainsi. Je met le contact et démarre en trombe, la pluie battante frappant violemment mon par brise. A une vitesse folle, je m'engouffre dans les rues de Londres, zigzaguant entre les taxis me faisant remarquer bruyamment que je ne respecte aucune notion du code de la route. Bien vite, je me retrouve dans les campagnes, à frôler les fossés des routes.
La colère m'animant ne me rendait plus compte de rien, le camion dans ce virage, la collision. Je ne me suis jamais réveillée, mais je sais que mon fils a été sauvé, je sais qu'il sera heureux avec son père. Une larme m'a échappé avant de fermer les yeux, je ne pourrai jamais vivre dans une maison de Provence avec John et notre enfant.


Dernière édition par John A. Gissing le Dim 13 Juin - 10:53, édité 10 fois
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MessageSujet: Re: John A. Gissing   Dim 30 Mai - 7:56

Partie C
VIII. Trop raide est la pente.
La fuite était désormais le quotidien de Gissing, rester caché, terré comme un rat, comme Walker. Cette pensée révulsa Gissing, se comparer à cette... chose lâche, lui, la personne qui devait sûrement être la moins lâche dans ce foutu monde. Il avait tué son mentor, la seule personne à lui avoir tendu la main alors qu'il sombrait petit à petit dans le chaos, les ténèbres et tout ça uniquement parce qu'il lui avait demandé, supplié. Tuer Carter pour protéger l'innocence de Coop Junior... Cela lui avait semblé si ridicule, enfin, ce qui l'avait surtout dérangé c'était que Carter ne prenait pas en compte son âme à lui, son plus fidèle homme. Pourquoi protéger uniquement l'âme de Chace ? Et la sienne alors ? Elle était déjà déchirée, mais tout de même, il avait tant fait, il s'était tant corrompu, il ne méritait pas un peu de reconnaissance et d'attention ? Le vieux fou ne s'était même pas intéressé à son âme ou tout simplement à son avis sur la question. L'avis et l'âme d'un ancien drogué, le traitre. Comme toujours, il avait été têtu et comme toujours, il avait obtenu ce qu'il voulait. Finalement, même la personne qui avait confiance en lui ne s'occupait pas de lui. Commettre un meurtre et pas n'importe lequel. Cela lui avait fait mal de tuer le vieux, moins mal que de savoir Sarah condamnée, mais il avait quand même eu mal. Forcé de jouer l'éternel traitre, l'éternel salopard sans âme soit disant repentit, assassinant de sang-froid l'un des plus grand homme du monde, un Carter désarmé l'implorant, le suppliant de l'épargner. Enfin, l'épargner, il voulait que John le tue, il le suppliait de le tuer, torturant l'âme du pauvre homme comme jamais auparavant. Il avait dû tuer son seul ami devant témoins, des Junkies excités, un Chace terrifié et un Sullivan sous une trappe, pétrifié par Carter lui-même. Décidément, Muldoon aura tout dirigé jusqu'à la fin et même après, arrivant à donner des ordres à John même après sa mort, l'homme avait continué de lui être fidèle malgré tout, malgré ce qu'il lui avait forcé à faire. Et maintenant, maintenant il était là, assis à ce comptoir miteux, attendant comme chaque soir le jour où Sullivan le trouvait car il le trouvera, oh oui il le trouverait. L'ex-espion laissait des pistes au Chouchou qui devait avoir une folle envie de tuer le bâtard qu'il était, John en était sûr et cela le soulageait, il allait enfin payer pour ses crimes, il allait enfin pouvoir se reposer, être délivré de toute cette culpabilité qui le rongeait déjà depuis bien trop longtemps, il voulait mourir, la mort, la délivrance, sa liberté...

Gissing poussa un soupir. Inaudible certes, mais un soupir quand même. Rien ne transparaissait de son état. Cependant, son masque d'impassibilité, de froideur et de haine était toujours aussi stoïque, inébranlable, vide d'expression, vide de vie en extérieur, mais à intérieurement, il n'en pouvait plus. Il porta son regard noir et froid sur le verre de whisky pur malt face à lui, le verre à demi plein ou à demi-vide, tout comme sa misérable existence. Sa vie qui était remplie à moitié par la culpabilité de ses actes; Sarah... Et s'en était trop, trop compliqué, trop douloureux, trop difficile de vivre avec de tels sentiments, mais il le devait, c'était sa rédemption, vivre en ne connaissant pas le bonheur. L'autre moitié de sa vie, il était facile de dire qu'elle était vide, le néant. Le bonheur, il n'y avait jamais eu droit et il n'y aura jamais droit, il devait se racheter, ou du moins essayer, il ne méritait pas le pardon, personne ne voulait lui accorder, pas même lui. Se pardonner un jour ? Non, il ne pourra pas, il ne devra pas, il n'avait aucun droit de « renouer » avec le bonheur, aucun.

Nouveau soupir et cette fois, l'ex-espion se saisit du verre, laissant ses longs doigts fins, souples et blafards jouer avec le verre, les laissant glisser contre la surface lisse et froide contenant le liquide âpre... On pouvait presque le comparer à sa vie, presque, son existence froide et âpre, désagréable, irritante pour la plus part des personnes qui l'avaient côtoyé. Contrairement à ce merveilleux breuvage, personne ne le convoitait, il ne réchauffait pas le corps de ses semblables et encore moins leur cœur, personne ne le voulait et il ne voulait personne. Il était habitué de toute manière, ne pas être aimé et ne pas aimé, provoquer la peur, être terrifiant et imposer le respect par un simple regard, par sa seule présence. Il en avait l'habitude et cela lui plut finalement, sa petite tranquillité de mal aimé.

Une fois encore, Gissing soupira, mais cette fois-ci, l'on pu voir le désespoir sur son visage et sentir son malheur, sa détresse. Cet infime instant qui lui paru durer une éternité, mais tout de même, pour lui l'homme placide, c'était impensable, impossible, inimaginable, déshonorant même et de surcroit dans un lieu public... Que lui arrivait-il ? Il avait toujours été maître de lui-même, il était, il avait été la terreur des cachots, encore plus redouté que le Baron, le Seigneur Noir, son Seigneur... L'homme ne pu réfréner un sourire narquois, il était mort, vaincu, Sullivan le chouchou, le si beau et fort Sullivan l'avait vaincu, écœurant.

Gissing renifla avec dédain avant d'avaler d'une traite le whisky sec qui trônait fièrement sur le comptoir depuis plus d'une heure. Un bar miteux, un nouveau bar crasseux toutes les semaines. Il attendait son heure, il ne fuyait pas, non. L'homme n'avait pas peur de la prison, il avait connu bien pire et puis, Muldoon n'avait sûrement pas gardé son meurtre organisé secret, il avait du le dire, à Elizabethe, à Sullivan et peut être même au ministère. Il ne risquait rien alors, sauf peut être, un ou deux passage à tabac de la part de Sullivan, il l'espérait, vraiment. En réalité s'il se cachait de la sorte depuis cinq ans c'était uniquement par peur. Gissing fit une mimique dégoutée à cette idée, la peur. Depuis quand était-il habité par ce sentiment grossier et misérable ? La peur de voir les regards changer à son égard, de se voir aimer. La peur de n'être plus redouté autant par ses élèves que par ses collègues ou même tout simplement, n'importe qu'elle personne du monde. Il avait toujours voulu de cette reconnaissance certes, mais pas aussi vite, pas comme ça, il voulait qu'on sache qu'il n'était pas un bâtard fini, mais il avait peur du changement, il avait toujours vécu dans la haine et le mépris de tous, leur rendant parfaitement bien. Toute cette reconnaissance qu'il allait sûrement recevoir quand tout le monde saura ce qu'il a fait pour Carter, pour protéger Sullivan, le fils de Sarah, Sarah O'Connell, pas Sarah Sullivan. Jamais il ne pourra avouer un jour qu'elle ne lui avait jamais appartenu, jamais. Pourtant, malgré cette soif de reconnaissance, il ne voulait pas voir sa vie changer, même si depuis ces cinq dernières années il était indéniable de dire que sa vie aussi misérable soit elle avait changé. Il écumait les bars jours après jours, nuits après nuits, pathétique. Une épave, il n'était rien d'autre qu'une épave, lui, le salopard n'était maintenant plus qu'un salopard alcoolique, pitoyable.

Gissing leva la main pour que le barman lui apporte un autre verre de ce fameux whisky pur malte ou lui remplisse le sien, peu importe. John s'en moquait de ce qu'on pouvait penser de lui, il voulait juste boire. Boire jusqu'à point d'heure, boire jusqu'à en oublier son nom, boire jusqu'au coma éthylique et avec un peu de chance, en oublier tous ses tourments. Alors, il pourrait à nouveau sentir cette douce chaleur dans sa bouche, dans son œsophage, dans ses entrailles et dans son cœur, cette chaleur qui lui avait toujours manquée, la chaleur de l'amour. Nouveau rictus du chimiste. Depuis quand avait-il ce genre de sentiments ridicules dignes d'une petite fille onze ans ? L'alcool était la seule chose en ce bas monde qui pouvait lui faire ressentir cela, personne ne l'avait aimé et personne ne l'aimera, c'était sans équivoque, c'était le B. A. BA de sa vie, être mal aimé, tout simplement rejeté. Sarah O'Connell, le petit rayon de soleil dans ses ténèbres, avec elle à ses côtés, il arrivait à être moins acerbe et presque poli, presque. Mais maintenant Sarah n'était plus, il était de nouveau dans le noir. Vingt-deux ans, vingt-deux longues années s'étaient écoulées et pourtant, il avait l'impression d'avoir plus de cent ans, le poids de sa culpabilité et de sa peine sûrement, il semblait vieux, miteux, comme ce bar. Vingt-deux ans qu'il l'avait perdue. John rit intérieurement, c'était un rire froid, il n'était pas joyeux, il était désespéré. Quand Sarah lui avait-il appartenu une journée ? L'avait-il au moins possédé un jour ? Ou même quelques minutes ? Quelques infimes secondes ? Non, en définitive, elle avait toujours appartenu à Sullivan, à cet infâme Sullivan, ce gamin vaniteux, méprisable et surtout aimé. Gissing l'avait haï comme jamais personne n'avait haï auparavant et même après la mort de ce petit prétentieux, il avait continué de le haïr car c'était son rôle de protéger Sarah et ce petit insolent ne l'avait pas fait. Elle était morte.

Gissing leva les yeux qu'il avait baissés sans s'en rendre compte et constata que son verre était plein. L'ancien maître de chimie fut déstabilisé un instant de ne pas avoir remarqué le barman remplir son verre, mais après une courte réflexion, il décida de n'y prêter aucune intention, il allait juste se rendre soûl. A nouveau, Gissing vida son verre d'une traite. Etait-il si évident qu'il avait l'intention de quitter les lieux en ne sachant ni où il habite et encore moins qu'elle est son nom ? En tout cas, le barman semblait avoir compris et semblait être tout disposé à l'aider dans ce travail fastidieux. Le barman était si dévoué que l'homme voyait son verre entièrement vide uniquement pendant la période où le verre n'était pas encore posé sur le comptoir.

Alors que le l'homme aux cheveux noir de jais était profondément occupé à contempler une goutte de whisky sur le comptoir, une fine silhouette fit son apparition dans le bar, dévisageant chaque personne. Lorsqu'il ne lui resta à examiner que l'homme assit au comptoir -qui s'était auto-exilé pendant cinq ans- lui tournant le dos. La silhouette se rapprocha lentement comme si elle s'approchait d'un dangereux hippogriffe mal luné. Le jeune homme s'assit à la droite de Gissing sans pour autant que ce dernier ne se rende compte de quoi que ce soit. Il était définitivement trop soûl pour remarquer la présence du jeune homme à ses côtés qui semblait pourtant être venu pour lui.

Le jeune homme fut tout d'abord étonné voire même choqué de l'état de son ancien professeur de chimie tant redouté dans cet état d'ivresse fortement avancé. L'homme qui avait été le plus grand cauchemar de ses sept années d'études à Cambridge , celui qui mettait des devoirs supplémentaires sans raison valable à tous les élèves sans exeption. Et surtout, celui qui martyrisait les "insolents" et en particulier un, Sean, Sean Sullivan, le chouchou, lui. Mettant dans l'embarras le jeune homme pour des raisons plus farfelues, plus invraisemblables, plus rocambolesques, les unes que les autres. Cet homme que tout le monde pensait vide de sentiments humains regardait fixement une pauvre petit goutte de whisky comme si cette simple action allait lui enlever un poids, le délivrer de ses souffrances. Sullivan le savait, Gissing souffrait et aussi étonnant que cela puisse paraître, sa tristesse et son désespoir se lisaient très clairement sur son visage, son visage enfin humain et déformé par d'horribles sentiments. Sullivan était choqué, atterré. Comment l'homme qui se trouvait à côté de lui pouvait-il être le même qu'il avait toujours connu ? C'était tout simplement impensable. Ce n'était pas John Gissing, cela ne pouvait pas être lui, ça ne pouvait pas... Comment cet homme qui était affalé sur le comptoir d'une manière si pitoyable pouvait être son ancien professeur ? La personne qui l'avait protégé pendant toutes ces années avec certes, une façon particulière de veiller sur lui, mais tout de même. Comment avait-il pu en arriver là, lui, l'homme qui était passé par un chemin bien plus sombre que le commun des mortels. Un chemin si noir que personne ne pouvait lui faire confiance, personne sauf Muldoon Carter évidement, lui, ce grand homme avait eu une confiance aveugle en Gissing de son vivant et même après sa mort. Carter qui s'était porté garant de la bonne volonté de l'ex-trafiquant soit disant repenti lors du procès au pas de justice, personne ne lui avait fait confiance hormis Sarah et Muldoon. Aussi, quand John du tuer son mentor, même s'il n'en a jamais rien laissé paraître, cela l'avait déchiré, si déchiré qu'il en avait pleuré comme jamais il n'avait pleuré, d'abord Sarah et ensuite Muldoon, s'en était trop. Et le résultat de cette overdose de douleur se tenait devant lui, étendu lamentablement sur la moitié du comptoir, livide, détruit: John Gissing, le traitre qui n'en avait jamais été un. Car maintenant, Sean savait, Carter lui avait tout raconté, tout, de A à Z enfin, seulement le passage du meurtre prémédité, mais s'en était déjà assez pour innocenté l'exilé, il pourrait revenir sans rien craindre en retour, il pouvait revenir à Cambridge terrifier les élèves et faire trembler ses collègues. Sullivar était bien décidé à le ramener, il lui devait bien ça et même s'ils ne s'aimaient pas, leur haine cordiale était leur quotidien, un passe-temps comme un autre, un passe-temps qui manquait à Sullivan.

Sean continua d'examiner Gissing sans bruit pendant un moment, toujours plongé dans la contemplation de ce qui n'était plus rien d'autre qu'une ombre de l'homme qu'il avait connu, qu'il avait tant détesté et tant méprisé. Cependant, maintenant qu'il savait une partie, une infime partie de son histoire, il ne pouvait s'empêcher de penser que l'infâme docteur était en fait bien plus courageux que les trois quarts des amis et collègues de son feu père, bien plus courageux que lui. En réalité il était l'homme le plus courageux qu'il n'avait jamais rencontré et sûrement le plus courageux de tous. Sean voulait lui dire et voulait s'excuser, mais l'ancien élève de Gissing savait pertinemment que John ne voudrait pas entendre de tels mots sortir de sa bouche, il aurait sans doute un sourire narquois et reniflera dédaigneusement, comme il le faisait avant. Sean soupira intérieurement, il lui était bizarre de se dire que son professeur lui avait manqué, mais il fallait se rendre à l'évidence, il lui avait manqué.

Sean hésita, devait-il le sortir de ses pensées maintenant ou devait-il attendre que le maître de la chimie soit plus enclin à le suivre ? La deuxième solution le fit sourire. Jamais Gissing ne sera enclin à le suivre et même si c'était pour une question de vie ou de mort. Aussi, Sean pencha pour la troisième option: attendre que l'homme soit tout simplement trop ivre pour tenir sur le tabouret et le comptoir pour pouvoir le kidnapper. Bien, il n'avait plus qu'à attendre patiemment. Il l'avait poursuivit pendant cinq ans, il pouvait bien attendre encore quelques minutes. Le jeune homme sourit de nouveau, le barman venait de resservir une nouvelle fois le maître de chimie et ce dernier n'arrivait pas à trouver l'entrée de sa bouche pour y verser le liquide. La bouteille était bientôt vide, il restait juste quelques larmes de whisky au fond, encore un tout petit peu et il sera parfaitement apte à être transporté.

Sean leva la main, demandant ainsi au barman de lui apporter un verre de whisky. Il avait bien le droit à un petit remontant non ? Il ne pourrait pas transplaner devant ces moldus. Ce moldu en fait, le bar était vide. Quand son verre fut rempli, le survivant s'accorda une petit gorgée et ne pu dissimuler une grimace lorsque le liquide coula en lui. C'était fort... Le breuvage lui brûla l'œsophage et le reste de son système digestif d'une manière fort agréable, lui réchauffant aussi le corps et le cœur délicatement. Cette sensation était si agréable que l'ancien étudiant dut se retenir pour ne pas vider son verre d'une traite. Sean se lança alors dans un rapide repérage des lieux pour ne plus penser à l'alcool qui lui tendait les bras. Et puis, n'avait pas encore porté trop d'importance au décor qui l'entourait tellement il avait été heureux d'avoir retrouvé Gissing. Le bar n'était pas accueillant, il était crasseux et miteux il n'y avait aucun client hormis le vieil homme et lui. Le barman nettoyait tranquillement sa vaisselle sans se rende compte que chaque coup de chiffon salissait encore plus les verres dans un état déjà bien déplorable.

Le boum caractéristique d'un corps tombant sur le sol suivit d'un grognement le fit sortirent de ses pensées. Gissing venait de s'écrouler lourdement sur le sol. Le jeune homme eut un sourire triomphant, il pouvait passer à l'acte. Le jeune homme attrapa son verre, le vida cul-sec, grimaça une nouvelle fois en sentant les effets de l'alcool sur son organisme et fit claquer le verre sur le comptoir. Puis, dans un mouvement souple et assuré, il se leva et se dirigea vers un Gissing inerte voulant apparemment passer la nuit ici. Il fouilla dans sa poche de pantalon, en sortit assez d'argent pour payer les deux consommations et même de permettre au propriétaire de racheter une nouvelle vaisselle. Sean jeta négligemment l'argent sur le comptoir et se pencha pour soulever le corps de Gissing. Le barman compris immédiatement les intentions du jeune homme quand il le vit se pencher sur le corps, mais les petites pièces et les billets sur la tables lui firent étrangement lever les yeux dans une autre direction. Sean pouvait donc opérer tranquillement, ordonnant au vieux professeur de s'appuyer sur son épaule pour marcher. Carter allait faire une drôle de tête quand le jeune homme allait lui annoncer qu'il avait réussi à mettre la main sur Gissing. L'ancien étudiant rit intérieurement et poussa la porte du bar: Kidnapping réussi.


IX. Toujours le même.
Déjà le bar n'était plus qu'une petite silhouette au loin. Sean emmena Gissing dans une petite ruelle sombre, personne ne pourrait les voir ici, ils étaient tranquilles. Sean regarda à droite et à gauche pour être sûr que personne ne les avait vu, puis, il traîna son ancien professeur dans la ruelle. En poussant un soupir de soulagement il posa l'homme sur le sol. Il n'en avait pas l'air mais il était très lourd le vieux Gissing. Le jeune homme se cambra en posant ses mains sur ses hanches pour faire craquer son pauvre dos qui avait souffert de la charge. Il ne devait pas se précipiter, il ne devait pas prendre le risque d'énerver Gissing, pas maintenant en tout cas. Il aurait tout loisir de le faire à Cambridge. Sean eut un petit sourire malicieux, il avait hâte d'y être, sa première récompense serait de voir la tête de Gissing une fois ce dernier dégrisé. Sullivan savait déjà que l'ancien maître de la chimie n'allait pas trouver à son goût la façon dont il l'avait ramené à Cambridge. Peut être voudra-t-il le mettre en retenue ou le coller ? Par pur reflex évidement, cela faisait bien longtemps que Sullivan n'était plus étudiant à Poudlard. Le jeune homme se demandait si la seconde réaction serait de lui lancer un Avada Kedavra ou bien de lui sauter à la gorge et de le secouer comme un prunier tout en lui serrant méticuleuse la gorge. Sean gloussa, il avait de plus en plus hâte, le château allait être plus terrifiant maintenant. Meldwyn n'avait jamais été aussi impressionnant que Gissing. Qui pouvait être plus impressionnant que Gissing ? Personne probablement. Il fallait dire que Gissing, pour terrifier les élèves, était passé maître en la matière, donnant des devoirs beaucoup trop durs et collant injustement, sans oublier son caractère acerbe et sa façon toute particulière de débuter les cours en refermant la porte dans un bruit assourdissant. Son regard noir qui vous transperçait comme s'il s'agissait de puissants piques y était également probablement pour quelque chose.

Sean entrepris d'examiner la rue de fond en comble. Il ne fallait rien négliger, une personne pouvait se trouver dans un recoin de cette ruelle apparemment calme et déserte pour x raisons et Sean ne pouvait pas se permettre d'avoir des problèmes avec le Ministère. Ils étaient déjà assez pénibles lorsqu'il ne se passait rien d'illégal alors si une personne le voyait mettre un homme dans un coffre, il n'avait pas fini d'entendre parler de son manque de discrétion et patati et patata. Sean en avait marre de ce ministère, il était vraiment pénible et contraignant. Tout en ronchonnant intérieurement, il fouilla minutieusement la rue. Gissing quant à lui, il était toujours dans les vapes agréables de l'alcool. Dormant paisiblement contre le mur il n'avait pas encore à avoir peur de la gueule de bois monumentale qu'il allait avoir le lendemain. Pourtant, même dans ce demi-sommeil, il pouvait sentir quelqu'un s'activer à côté de lui. Aussi, dans un bref instant de lucidité, il ouvrit les yeux, mais ne vit qu'une paire de fesses se dandiner sous son nez avant de devoir fermer ses paupières qui pesaient une tonne. Il pouvait bien dormir un peu, il l'avait bien mérité. Gissing se replongea dans un pseudo-sommeil causé par le whisky. Il était très bien ici, mais apparemment la personne à qui appartenaient les fesses n'était pas de cette avis. Gissing poussa un grognement de mécontentement lorsque deux bras chauds le soulevèrent du sol. Bien que le contact en était très agréable, Gissing n'aimait pas le fait d'être soulevé comme ça, il n'aimait pas qu'on le touche, il n'aimait pas qu'on l'aide.

La ruelle était vide. Sean pouvait donc enlever la bâche disposée sur la voiture et fourrer John dans le coffre sans problème ou presque car lorsque le jeune homme se pencha pour récupérer Gissing, ce dernier poussa un grognement assez éloquent: il ne voulait pas bouger. Sean poussa un soupir à la fois amusé et blasé. Décidément, même complètement ivre, Gissing restait l'homme associable qu'il avait connu. Il avait sûrement bien fait de lui prendre sa arme. Sean aurait été embêté si l'autre lui avait sauté à la gorge, impardonnable. Pendant qu'il le ramenait aux sous-sol, il ne tenait pas non plus à expliquer pourquoi il avait réussi à se faire battre en « duel » par un homme soûl. Ce n'était pas très glorieux. Même s'il se fichait éperdument de ce que pouvaient penser les gens de lui, il avait tout de même un peu d'amour propre. Se faire humilier par Gissing était déjà une chose peu agréable, mais se faire humilier par un Gissing complètement ivre lors d'un « duel », était une chose encore pire. Aussi, pour détendre son ancien professeur, le survivant décida de « rassurer » Gissing et ce fut de sa voix qu'il voulut la plus douce qu'il susurra à l'oreille de Gissing qu'il allait l'emmener dans un bon lit. A cette idée, le maître de chimie sembla se décrisper et il se laissa soulever par Sean. Profitant de ce moment inespéré que lui offrait l'ex-trafiquant, ce-dernier le mis dans le coffre, direction Cambridge. Il n'avait pas espéré pouvoir arriver à l'école aussi rapidement, c'était même inespéré.

Les deux hommes atterrir devant les grilles du bâtiment. Sean ne put s'empêcher de se souvenir de sa quatrième et dernière année. Mais cette fois, Gissing ne se trouvait pas de l'autre côté de la grille et il n'arborait pas un air méprisant. Sean soupira et rigola intérieurement. Plus ils approchaient du château et plus il avait envie de renouer avec Gissing. Plus ils avançaient et plus Sean avait envie de se faire de nouveau enguirlander par Gissing. Il était peut être masochiste après tout... Le jeune homme poussa les grilles et traina Gissing dans le parc, mais au fur et à mesure qu'ils avançaient, le maître de chimie ralentissait de plus en plus le pas, s'appuyant également de plus en plus sur Sean qui le soutenait tant bien que mal. Le jeune homme commença à faiblir de plus en plus sous le poids de Gissing, il se courba de plus en plus sur le côté gauche pour garder son équilibre. Equilibre qu'il ne garda pas longtemps car l'autre s'emmêla les pieds et s'écroula de tout son long sur Sullivan. Le jeune homme laissa échapper un juron de sa bouche fine et délicate. Ils étaient presque arrivés et l'autre tombait lourdement sur lui. Encore un moyen de l'embêter inconsciemment. Sean fut tenté un court instant de laisser le maître de chimie décuver ici. La nuit était déjà bien avancée et il irait bien se coucher dans son lit douillé, poser sa tête sur son oreiller moelleux... le paradis.

Ce fut un Sean couché sur le ventre avec un Gassing définitivement ivre en guise de couverture qui souffla de désespoir et d'exaspération mêlés. Pourquoi tout ne se passait pas simplement ? Pourquoi Gissing ne s'était pas laissé porter tranquillement jusqu'aux cachots au lieu de s'écrouler comme une masse sur lui. Sean fit mine de jouer du piano dans l'herbe avec sa main droite avant de s'extirper tant bien que mal de sous l'ex-espion. Une fois sortit de son emprise, il le releva sans ménagement et lui envoya une bonne claque qui résonna dans l'immense parc désert à cette heure si avancée de la nuit. L'effet fut immédiat, Gissing ouvrit les yeux de surprise en laissant échapper un petit hoquet. Sean satisfait, tira sur le bras du trafiquant pour lui faire comprendre qu'il devait avancer. Il n'avait pas toute la nuit après tout. Ce n'était pas parce qu'il était heureux de revoir son professeur qu'il devait se le trimballer toute la nuit. Au grand étonnement du brun, Gissing obtempéra sans trop broncher et ce fut une bonne vingtaine de minutes plus tard, après avoir manqué à plusieurs reprises de tomber à nouveau sur le sol que les deux hommes arrivèrent devant la grande porte en bois massif et sombre. Sean l'ouvrit et pris une grand respiration. Ils devaient descendre les escaliers. Cela n'allait pas être une mince affaire, John avait déjà suffisamment de mal à marcher sur une surface plane.

Le bruit d'un corps qui roule se fit entendre dans l'entrée principale. Sean grimaça en regardant Gissing dévaler les escaliers et en même temps, il resta figé en se demandant comment cela avait-il pu se passer. Ils étaient tous les deux en haut des marches quand soudain, pour une raison inconnue, le maître de la chimie s'était violemment dégagé de Sean et en avait perdu son équilibre déjà peu élevé. Gissing était tombé dans les escaliers et les avait tous dévalés. Maintenant, il était allongé sur le ventre, ne bougeant plus, mais il n'était pas mort. Le jeune homme pouvait l'entendre grogner. Il ne semblait pas non plus blessé, mais la chute avait dû le dégrisé un peu car il commençait à pester contre l'architecte qui avait eu la bonne idée de mettre des marches ici. Sean poussa un soupir de soulagement, un Gissing blessé aurait été encore plus dur à ramener et c'était déjà assez difficile comme ça. Sean descendit les marches quatre à quatre.

« Ne bougez pas, vous vous êtes peut être cassé quelque chose. » Sa voix était basse et il doutait que Gissing l'ait entendu. Sean se pencha sur l'homme qui essayait de se relever en prenant appuis sur les marches et lorsque le brun le frôla, il se crispa et se dégagea le bras d'un geste vif.
« Ne me touchez pas. »
« Il faut bien que je vous aide, vous n'arrivez même pas à tenir debout. »
« Je préfèrerai mettre ma vie entre les mains de Mr. Hywlfan. »
« Oh ! Bien, je vais le chercher dans ce cas. »
« Ne vous foutez pas de moi Sull- » Gissing trébucha et se rattrapa de justesse à une marche.
« Vous êtes vraiment têtu. » Sean roula des yeux.

Etonnant, même ivre il arrivait à être désagréable et son sens de la répartie était visiblement toujours actif. Pourtant, Sean ne l'entendait pas de cette oreille. Il n'avait pas fait tout cela pour rien. Le jeune pris donc le vieil homme par les épaules et le souleva d'un coup net qui fit grogner de mécontentement le professeur. Cependant, Sean n'écoutait pas et Gissing ne semblait pas si retissant à se faire aider qu'il voulait le laisser croire. L'ancien étudiant et l'ancien professeur continuèrent donc leur laborieuse avancée vers les sous-sol. La température se faisait de plus en plus fraîche et Sean qui n'était vêtu que d'un T-shirt et d'un jean commençait à frissonner. Pourquoi diable faisait-il si froid dans ces maudits cachots même en plein mois d'août ? Sean soupira. Il aurait préféré avoir à ramener un autre professeur, au moins, les autres ne dormaient pas dans des cachots qui avaient une température avoisinant le négatif même en été. Il était d'ailleurs étonnant que Gissing n'ait jamais été retrouvé mort congelé dans ses appartements. D'ailleurs, en parlant d'appartements, Sean ne connaissait pas le chemin... Il s'arrêta, forçant Gissing à en faire de même. L'homme lui jeta une oeillade meurtrière pas vraiment convaincante en signe de désapprobation. Pourquoi fallait-il que se soit ce foutu gamin qui le trouve ? Oui bon, il était de mauvaise foi. S'était lui qui avait voulu être retrouvé par Sullivan et personne d'autre... Mais tout de même, l'aider, l'ai-der ! Gissing voulait qu'il l'achève. Il voulait être délivré, être libre. Il voulait être mort et non pas ivre dans les bras de cet imbécile de garnement touché par le syndrome du super héros. Putain de vie ! Putain de Sullivan ! Gissing grogna. Il n'aimait pas la vulgarité. Putain de Sullivan.

« Je ne sais pas où sont vos appartements.... Vous souvenez-vous de leur emplacement ? » Sean savait que sa question allait lui coûter une raillerie de la part de Gissing, mais bon, il avait l'habitude.
« Non. »
La voix de Gissing avait été claire et concise, la voix d'un homme parfaitement sobre. La voix d'un homme parfaitement sûr de lui. Sean s'était attendu à des sarcasmes, mais pas à un 'non' net et tranchant. Ils étaient mal. Sean commença à paniquer quelque peu. Il ne voulait pas mourir congelé avec Gissing dans les cachots de Cambridge . Le brun se ressaisit rapidement. Secouant la tête de droite à gauche pour retrouver son calme.
« Souvenez-vous.... Allez, essayez. » Sa voix était suppliante
« ….. » Le silence s'installa. « Tout droit, à droite, tableau de Shaspeare. »

Sean hocha la tête. Bien, il avait sûrement voulu dire 'Shakespeare'... Depuis quand y avait-il un tableau de Shakespeare dans les cachots ? Sean fronça les sourcils comme si cette action allait l'aider à mieux fouiller dans sa mémoire. Puis, n'arrivant pas à se souvenir d'un quelconque tableau dans les cachots, il haussa les épaules et continua tout droit et tourna à droite comme lui avait dit Gissing. A son grand étonnement il y avait effectivement un tableau de l'écrivain sur le mur. Seule décoration de tous les cachots si l'on excluait les statues de gargouilles. Sullivan fut si troublé par la présence de ce tableau qu'il ne remarqua même pas que Gissing avait réussi à ouvrir un passage là où se trouvait auparavant le fameux tableau. Se fut une voix cassante qui le sortit de ses pensées.

« Sullivan arrêtez de rêvasser. A moins que vous ayez l'intention de nous faire passer la nuit dans le couloir. »

Sean grommela quelque chose d'incompréhensible, mais à tout les coups vulgaire dans sa barbe avant d'aider Gissing à rentrer dans les appartements. Une fois à l'intérieur, Sean se laissa subjuguer par la beauté des lieux pendant que l'ancien trafiquant se dirigeait vers une porte adjacente. Malheureusement pour lui, il n'était pas suffisamment dessoûlé pour réussir à tourner la poignée. Gissing jura contre la porte avant de relever la tête en direction de Sean. L'élu aurait aimé examiner encore un peu cette pièce, elle était vraiment tout l'inverse du personnage. Un feu de cheminée réchauffait la pièce, les flammes offrant une lumière tamisée fort agréable, chaleureuse. L'ombre des quelques meubles présents dans la pièce dansant sur les murs ou plutôt sur l'immense bibliothèque qui avait remplacé les murs de la pièce. Il y avait des livres à perte de vue, s'il n'y avait pas eu les deux fauteuils en cuir, la table basse -quoique dissimulée sous une pile de grimoires-, un tapis vert et argent avec l'emblème de la ville de Cambridge et un bureau jonché de copies de toutes sortes, Sean aurait juré qu'il se trouvait dans une bibliothèque. Amandine serait ravie de rester ici jusqu'à la fin de ses jours. Le jeune homme avait même crut apercevoir des grimoires de magie noire ou de spiritisme.

« Voudriez-vous bien ouvrir cette porte ? »

Le ton était sans équivoque, ce n'était pas une vraie question. La voix était autoritaire et menaçante. Sean s'exécuta sans broncher, se jurant qu'il allait examiner plus en détail ce qui s'apparentait à un salon-bibliothèque lorsque Gissing serait couché. Sean entra le premier dans la chambre. Là encore il fut surpris. La chambre de Gissing était bien loin de ce qu'il avait pu imaginer. Elle était accueillante, tout l'inverse du maître des lieux. Un grand lit à baldaquin trônait fièrement au milieu de la pièce, habillé de plusieurs oreillers et d'un drap vert orné d'argent. Là encore, une cheminée procurait une lumière douce à la pièce. Pièce qui ne possédait aucun autre meuble hormis le lit, deux tables de nuit et une commode. Gissing ne se soucia pas de son ancien élève et lui emboita le pas tout en commençant à se déshabiller. Il n'aimait pas les vêtements serré, ils n'étaient pas confortables. John était donc ravi de pouvoir enfin enlever cette chemise noire et ce pantalon noir (on ne se refait pas). Alors qu'il essayait avec peine de déboutonner sa chemise, Sean le regardait faire avec amusement. Le jeune homme n'aurait jamais pensé mettre de son vivant un pied ou même un cheveu dans les appartements de Gissing et encore moins dans sa chambre. Il était certes déjà entré dans son bureau pour ses cours particuliers de « chimie », mais maintenant, les circonstances étaient plus... Intimes. Sullivan avait encore moins pensé voir un jour son ancien professeur se déshabiller devant lui. Enfin, Gissing essayait de se déshabiller. Sean leva les yeux au ciel exaspéré et amusé. Il s'approcha de Gissing dans un pas de velours et entrepris de déboutonner la chemise de son aîné ce qui ne plus pas du tout à ce-dernier. Sean se retrouva très rapidement encastré dans le mur le plus proche, un Gissing furieux le tenant avec force.

« J'ai pensé que vous aviez besoin d'aide. » On pouvait très nettement sentir une pointe de défis dans la voix de Sean et voir dans ses yeux d'un vert émeraude une étrange étincelles perverses.
« Je n'ai pas besoin d'aide Mr. Sullivan et encore moins de vous. » Vociféra Gissing.
« Ah ? Pourtant, vous n'arrivez même pas à déboutonner votre chemise. » Le jeune homme affichait maintenant un sourire en coin.
« De-hors Sul-li-van. » Gissing se faisait plus insistant, prenant soin de détacher chaque syllabe.

Sean baissa la tête: Perdu. Gissing était redevenu aussi calme qu'à l'accoutume. Sean avait espéré avoir droit à une petite joute verbale comme récompense, mais apparemment le maître des lieux ne voulait pas jouer. Sullivan fini cependant par relever la tête: il avait une idée. Son interlocuteur haussa un sourcil et le regarda avec dédain. Le jeune homme sourit et ramena son genoux sur l'entre-jambe de Gissing. Puis, après avoir langoureusement caresser de son genoux le maître de chimie -qui s'attendait visiblement à tout sauf à ça-, Sean attaqua l'oreille de Gissing, lui mordillant gentiment et lui suçotant le lobe avec envie. Une main fine remplaça le genoux noueux et entrepris de caresser, d'effleurer l'entre jambe du pauvre homme, s'éloignant parfois de la zone pour aller titiller l'aine. Sean fini cependant par se déloger de l'emprise de Gissing et se dirigea d'un pas souple et nonchalant vers la sortie en soufflant un « C'est vous le patron. » qu'il voulait innocent. Le jeune homme ne savait pas pourquoi il avait fait cela, mais cela avait semblé être une bonne idée au début. Au moins, le maitre de chimie allait réagir. C'était obligé. Le brun sourit tout en avançant tranquillement vers la porte, se demandant s'il allait se retrouver ficelé comme un saucisson pour servir d'ingrédient dans une quelconque potion ou s'il aurait le plaisir de goutter à une potion ayant les mêmes effets qu'un endoloris. Cette idée eut comme effet de donner au chouchou un frisson glacial mémorable. Il avait peut être abusé, en plus il ne savait même pas si Gissing était gay... Il avait oublié ce détail, mais ce qui était fait était. Au moins il mourrait heureux... Quoique. Le chouchou pria tout de même Merlin. Juste au cas où. Sean passa la porte de la chambre, se retrouva de nouveau dans le salon si accueillant et posa sa main sur la poignée de la porte d'entrée. Il attendit une fraction de seconde et ouvrit la porte.

« Au revoir Monsieur. »


X. Souiller une mémoire.
Gissing était en état de choc. Avait-il rêvé ou Sullivan lui avait bien... Caressé l'entre jambe et mordillé l'oreille ? Non, il n'avait pas osé. Sullivan était certes un stupide imbécile congénital, mais tout de même, il n'était pas suicidaire. Le brun n'aurait jamais pris le risque de s'attirer les foudres de son ancien maître de chimie... Quoiqu'en y réfléchissant, il l'avait déjà fait à maintes reprises pendant sa scolarité. Gissing se crispa. Serrant sa mâchoire de toutes ses forces, sans parler de ses ongles qui s'enfonçaient de plus en plus dans la surface froide et rugueuse du mur. Du mur ? Il tenait Sullivan, comment sa prise pouvait-elle se refermer autre part que sur les poignets du jeune homme ? Cette révélation sortit l'ancien trafiquant de sa réflexion et il découvrit devant lui, à son grand étonnement, un simple mur. Quand ? Gissing ouvrit la bouche comme pour demander au mur comment Sullivan avait pu partir comme ça, mais se rendant compte de l'absurdité de cette demande, l'homme se ravisa et ferma la bouche dans un clop caractéristique. Il se ressaisit assez rapidement. Après avoir suffisamment reprit contenance, Gissing se dirigea d'un pas vif vers la sortie qui était sans aucun doute la destination de l'ex-étudiant. Et oui, il était là, la main posée sur la poignée. Gissing arriva au niveau de la porte au même instant où l'autre ouvrait lentement cette dernière. L'ancien professeur put entendre un « Au revoir » de Sullivan, mais ni prêta aucune attention. Il n'avait pas l'intention de laisser Gissing partir comme ça. Cela serait bien trop facile, beaucoup trop facile. Sean méritait une punition et Gissing avait déjà sa petite idée sur la question. Sullivan voulait jouer à ce jeu ? Et bien il allait être servi. Il allait regretter amèrement de ne pas être resté avec sa bande de groupies bavantes. Gissing avança son bras droit pour refermer violemment la porte. En fermant la porte, il venait d'annoncer le signal de départ, le jeu commençait. Gissing resta un moment prostré là, il attendait une réaction de Sullivan, mais ce dernier ne bougeait pas. Le londonien eut un rictus mauvais -véritablement malsain même- et ce fut dans un mouvement vif qu'il attrapa le bras de Sullivan. Sans dire un seul mot, il traina le jeune homme vers le centre de la pièce, le lâcha et pointa du doigt l'un des deux fauteuils entourant la cheminée. Sullivan le regarda avec appréhension et incompréhension. Pensait-il qu'il était un vulgaire chien ? La réponse ne se fit pas attendre.

« Assis. »

La voix de Gissing était traînante et presque murmurée. On pouvait très nettement sentir un agacement profond. Sean s'exécuta sans broncher, il n'était pas fou au point de désobéir à un Gissing passablement énervé par son approche. Ses prières pour Merlin ne semblaient pas avoir marché. Sean baissa la tête devant le regard assassin que lui lançait Gissing. A cet instant, il aurait préféré regarder Medusa en persone dans le blanc des yeux. Se faire foudroyer du regard par cet être mystique alléchait particulièrement Sean qui commençait à douter de sa survie. Le jeune homme commença à triturer ses doigts et entortiller ses pieds, sa nervosité était aussi bien visible que palpable. Ses yeux verts émeraude fixaient avec tant d'insistance le tapis vert et argent qu'il n'aurait pas été étonné de le voir prendre feu. Il ne voulait pas regarder Gissing dans les yeux, mais ne voulait pas non plus regarder ce qu'il faisait. Tout ce dont était sûr Sean, c'était que Gissing s'activait à côté de lui. Le bruissement des vêtements de Gissing confirmait son idée. Il était de plus en plus tendu, il n'aurait vraiment pas dû le tenter, non, le provoquer. Rien, absolument rien prouvait à Sean que Gissing avait aimé ce qu'il lui avait fait. Oh seigneur, qu'avait-il fait. Il ne savait toujours pas si son maître des lieux était gay. Son ? Gissing n'était pas à lui et encore heureux. Il ne manquait plus que ça. Sean qui avait toujours été un très grand curieux fini tout de même par craquer et leva avec une peur mal dissimulée les yeux lorsque les bruits de vêtement ne se firent plus entendre. Peut être était-il en train de chercher une potion mortellement douloureuse ? Ou pire, une potion douloureuse, extrêmement douloureuse, mais en aucun cas mortelle. Lentement mais sûrement, Sean leva les yeux et la tête. A peine les avait-il levés qu'il sentit le regard onyx de son professeur se poser sur lui. Un frisson le parcouru, il déglutit avec peine. Il n'aimait pas être fixé de la sorte, c'était trop... Il avait pu voir deux chaussures noires aux trois quarts cachées par un pantalon noir. Sean comprit que Gissing était assis en face de lui. Il avait l'horrible impression que John lui enfonçait des aiguilles dans tous les nerfs de son corps. Dans un élan de courage typiquement de famille, le survivant leva brutalement la tête et plongea son regard dans celui de Gissing. Un combat visuel venait de commencer. Celui qui baisserait les yeux se verrait perdre la première manche du jeu. Sean avait bien compris cela, Gissing ne comptait pas le torturer avec des breuvages. Le tranchant des mots était largement plus agréable, plus vicieux. Les yeux de l'élu avaient toujours la même étincelle, la même que Sarah, quelle horrible torture. L'ancien trafiquant se décrispa légèrement en pensant à O'Connell, elle avait toujours su l'apaiser. Ce petit détail n'échappa pas au jeune homme, et ce même s'il ne savait pas pourquoi l'autre se laissait ainsi aller. Depuis quand Gissing se laissait aller devant quiconque ? La seule fois où il avait vu l'homme perdre pied c'était... Juste après la mort de Carter, lorsqu'il l'avait traité de lâche. L'homme austère, mais inexpressif était-il seulement capable de se détendre ? De ne pas être l'homme foird et rigide que tout le monde connaissait ? Sean en doutait. Il en doutait fortement, Gissing n'était... pas humain, il était Gissing, le terrifiant professeur-trafiquant-et-espion.. Gissing sembla se rendre compte de cet instant de défaillance au vu du regard quelque peu étonné que lui lançait Sean et il retrouva aussitôt son masque de froideur.

« Alors comme ça, le 'Héros' est gay ? » Le ton était sarcastique, cassant.
« …. »
« Et bien, vous avez perdu votre langue Sullivan ? Vous ne voulez pas attrister vos groupies bavantes avec leur surplus d'hormones ? »
« Frmmla... » Sean bredouillait lamentablement. Il n'avait encore jamais parlé de son homosexualité avant maintenant et il savait pertinemment que Gissing n'était pas la personne rêvée pour en parler. Les sarcasmes allaient fuser.
« Répétez Sullivan, je ne comprends pas les grognements primitifs. Êtes-vous g- » La voix de Gissing était méprisante. Le sang du survivant ne fit qu'un tour.
« FEMEZ-LA! » Sean s'était levé d'un bond du fauteuil. Il était énervé, mais il ne savait pas pourquoi. Gissing n'avait pas encore dit quelque chose de particulièrement blessant. Le maître de chimie ne broncha pas, comme s'il avait attendu cette réaction.
« Assis. »
« NON ! »
« Assis. » siffla Gissing.
« Je vous ai dit NO- »
« Assis. » persiffla Gissing.

Sean s'assit sans broncher. Comment avait-il pu récupérer son arme ? Quand ? A la porte ? Mais il n'avait rien senti, absolument rien. L'élu était déconcerté. Il s'était fait voler son arme de service sans s'en rendre compte. Il avait l'air fin lui, le survivant, le vainqueur du combat contre le Baron, il s'était fait chaparder son arme sans rien voir. Sean, bien que vexé de ne pas s'être rendu compte de quelque chose ne broncha pas, mais la frustration était apparente sur ses traits -à la plus grande joie de 'ancien trafiquant. Gissing ne rigolait pas, il voulait une réponse et il semblait bien décidé à l'avoir. Le survivant devait bien se résigner, il ne pouvait pas esquiver la demande de Gissing. Il avait deux arguments assez convainquant. Toute fois, une question le troublait: Pourquoi. Pourquoi voulait-il tant savoir ? Foi de Sullivan, il le découvrirait.

«Sullivan, vous êtes mon chien. Si je dis 'Assis', vous vous asseyez. Si je dis 'couché' vous vous couchez... » Une lueur étrange s'installa dans les yeux onyx de Gissing. « Et si je dis 'Assouvis' mes désirs... »
« J'assouvis vos désirs. » Sean répondit au tac-o-tac , mais un question trottait désormais dans sa tête. Gissing était gay ?
« Bien. Brave bête. Sullivan Êtes vous gay ? »
« Oui. »
Gissing resta perplexe un instant. Sullivan pouvait très bien se jouer de lui, avait-il compris son jeu ? Voulait-il le retourner contre lui ? Il valait mieux rester méfiant.
« Et vous ? » Les yeux de Sullivan était plein d'espoir.
« Je ne crois pas vous avoir autorisé à parler Sullivan. »
« Vous changez de sujet là. Dois-je en conclure que la réponse est 'Oui' ? »
« Je ne pense pas que votre cerveau soit capable de conclure quoique ce soit. »
« Être désagréable ne fait que confirmer le fait que vous êtes gay. Vous ne voulez pas l'affirmer. Vous avez peur de ne pas résister à mon charme ? »
Un sourire étrangement amusé se dessina sur les lèvres de l'ancien trafiquant. Sean ne pensait pas qu'une telle chose était possible.
« Voyez-vous Sullivan, plus je vous vois et plus vous me dégoûtez. Vous êtes pire que votre pè- »
« Je vous interdis de parler de mon père ainsi. » Le jeune homme s'était à nouveau levé, mais cette fois il avait réussi à garder un calme apparent. Intérieurement, il bouillonnait de rage. Son père, Josh Sullivan s'était sacrifié pour le protéger du Baron...
« Un chien n'interdit rien Sullivan, il exécute. Rasseyez-vous. » Intima Gissing.

L'interpelé s'exécuta sans plus de cérémonie. Pourquoi obéissait-il à Gissing ? Ce n'était pas comme s'il avait quelque chose à craindre. Certes il possédait leurs baguettes, mais il n'allait certainement pas lui lancer un sort impardonnable. Le survivant doutait même que Gissing ne s'en serve tout simplement. Il était de toute manière un peu trop préoccupé par les 'aveux' de Gissing. Qui aurait bien pu imaginer que le terrible professeur John A. Gissing, ancien trafiquant de surcroit pouvait être gay. Personne sûrement. Imaginer Gissing avoir des relations -mêmes sexuelles (surtout sexuelles)- était étrange. Pour Sean, Gissing n'avait pas de relation, aucune. Et maintenant qu'il était à peu près sûr à cent pour cent que le maître de chimie était homosexuel, il avait l'horrible envie de voir s'il était doué. Cette pensée frigorifia littéralement Sullivan. Coucher avec Gissing.... C'était bien la dernière chose qu'il avait toujours eu envie de faire.

«Sullivan. Vos plaisanteries n'amusent que vous. J'avais imaginé que vous auriez passé l'âge de tous vos enfantillages, même si, je dois avouer que j'en doutais fortement. Je ne vous remercierai pas pour m'avoir ramené ici. Je suis même déçu. Je pensais que vous aviez assez de courage pour venir à bout de ce que vous vouliez. »
« Pardon ? »
« Me tuer Sullivan. »
« Je n'ai plus aucune raison de vouloir votre mort. Et je ne moque pas de vous. Je ne vois même pas de quoi vous parlez. Tout ce que... Ce que j'ai dit sur ma sexualité est vrai ! »
« Vraiment ? »
« Vraiment. Et si votre esprit tordu veut profiter de cette révélation soit ! Faites donc. Faites une annonce, affichez des mots dans tout Cambridge ! »
«Sullivan votre imagination est peu élevée. Moi qui pensais que vous étiez un élève médiocre voire même plus uniquement en potion. J'ai d'autres projets pour vous. Comme je vous l'ai dit, je mène le jeu et vous êtes mon chien. Aussi, si votre mémoire est un peu plus développée que votre intelligence de goule, vous vous souviendrez sans doute du dernier ordre dont je vous ai parlé. »
« J'a..J'assouvis vos désirs...? » Sullivan rougit, baissa les yeux, fixant de nouveau le tapis et se martyrisa les doigts. Les tordant presque de manière peu naturelle.
« Votre cas n'est pas complètement désespéré. » Gissing semblait exaspéré par la lenteur de Sullivan. « J'attends »
« Hein ? Comme ça ? Maintenant ? » Sean releva les yeux et les ouvrit aussi grand que ceux d'un elfe de maison.
« Oui. »
« ….... » Le jeune homme resta silencieux un moment. « Dire ça te cette manière, c'est très gênant vous savez ? »
« Le Grand Sullivan ne trouvait pas gênant de ne pas obéir au règlement. Vous plier une fois dans votre vie à quelqu'un est trop pour votre égo ? »
« Non ! Et de toute façon, vous aimez ma mère » Cette remarque était tombée comme un cheveu sur la soupe. Silence pesant. Strike, Hum Run, Ipon. La justesse des propos écra immédiatement les idées vengeresses du professeur. Depuis quand savait-t-il ce sale morveux ? Gissing déglutit avec peine. Les rôles étaient inversés, non ? Il semblerait que oui.
« Balivernes, votre mère était une bât - »
« Je sais, mais je sais aussi que vous ne l'avez jamais pensé. Vous n'avez jamais pensé à mal en fait. Vous l'avez toujours aimé, depuis les premiers jours. C'est malsain comme relation vous savez ? Faites pas l'étonné, je vous ai vu... »

Plus d'argument, il ne voulait pas se dire qu'un homme pareil pouvait aimer sa mère, ce n'était pas concevable. Cette simple idée souillait sa mémoire. Le jeune homme se leva, laissant un maître de chimie la bouche entre-ouverte dans un 'o' de surprise et d'incapacité motrice au niveau cérébral à formuler le moindre argument ou sarcasmes. Découvert par Sullivan, la honte suprême vous ne trouvez pas ? Gissing resta un moment prostré là, les deux mains pendantes, les yeux dans le vagues. Pourquoi penser à son fils en des instants pareils ? Bonne question; quoique... Sidney allait rentrer à Cambridge cette année, misère de misère, l'année même où il allait redevenir professeur de chimie. Horreur, le sort s'acharnait contre lui, il n'avait aucune envie de voir son fils, de le décevoir, le dégoûter. Son fils n'avait pas besoin de savoir quel père ignoble il était, Sidney n'avait pas besoin de savoir que son père était un assassin. Non, il n'avait pas à le savoir. Avec un peu de chance, il vivait dans un idylle où il avait appris à aimer ses parents adoptifs. Il était heureux sans lui, en sécurité de toute l'heure qui tachait son véritable nom. Sidney... Et dire qu'il n'avait jamais pu te tenir dans ses bras. Tu n'étais pas le fils de Sarah, certes, il en convenait. Mais tu était sa chair, son sang, John t'avais aimé finalement, chéri sans jamais pouvoir te toucher, t'embrasser. Ses mains se crispèrent, comment agir avec son fils . Et s'il faisait toujours tout de travers ? Comme souvent, comme tout le temps. Sidney, pardonne le.


Dernière édition par John A. Gissing le Dim 30 Mai - 9:17, édité 5 fois
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MessageSujet: Re: John A. Gissing   Dim 30 Mai - 7:57

XI. Maintenant, demain, l'avenir...
Gissing avançait dans les couloirs du château d'un pas rapide, cela faisait longtemps qu'il n'était pas retourné dans la grande salle. Revoir ses anciens collègues, cela ne l'enchantait guère, il ne voulait pas entendre des félicitations ou des excuses, il voulait qu'on lui foute la paix une bonne fois pour toute. Cet homme était paradoxal, il avait toujours voulu la considération, mais maintenant qu'il allait l'avoir, elle lui faisait peur. Certes, il voulait la reconnaissance, mais il tenait à garder sa réputation d'infâme maître des sous-sols. Le professeur voulait encore être craint de ses élèves et de ses collègues, qu'ils continuent de l'éviter de peur de s'attirer ses foudres. Alors, en se tenant dans une position d'extrême raideur, il avançait d'un pas vif vers la grande porte qui était désormais le seul rempart entre lui et les autres membres du corps professoral. Gissing poussa la grande porte, ayant au préalable pris soin d'afficher son visage le plus fermé et le regard le plus assassin qu'il avait en rayon ce qui n'était pas peu dire, il avait une quantité astronomique de regards assassins.

L'ancien trafiquant eut le plaisir de remarquer que son arrivée avait jeté un froid magistral sur la petite assemblée qui riait de bon cœur avant de voir apparaitre le maître des potions qui faisait virevolter ses éternels vêtements noirs derrière lui, tout en se dirigeant d'un pas conquérant vers la table des professeurs. Le brouhaha avait été réduit dans un silence des plus pesant. Gissing était très satisfait de cette entrée, ses collègues semblaient encore effrayés par lui, malgré le fait qu'il soit de leur côté. Tous les regards étaient posés sur lui et le suivaient sans jamais ciller. Le maître des cachots était conscient de cela, mais fit celui qui ne remarquait rien, il continua sa route vers sa place en adressant un rapide et léger signe de tête à une professeur qui avait semble-t-il, était l'une de ses élèves. Cette dernière lui rendit par un sourire pincé et un petit hochement de tête. L'homme en noir tira sa chaise et s'installa sans plus de cérémonie. Les regards encore sur lui alors qu'il se concentrait pour ne pas leur envoyer un sort commençaient à le déranger de plus en plus . Gissing leur lança à tous une œillade des plus meurtrières et tous repartir dans leurs conversations. Cela faisait étrange de se retrouver là, il n'avait pas occupé cette place depuis maintenant cinq ans, mais il avait l'impression que personne ne s'était installé ici depuis. Il esquissa un petit sourire invisible. Qui aurait voulu s'installer à sa place de toute façon.

Le professeur examina la petite assemblée. Il y avait eu quelques petits changements de places. Andrew Perterson occupait le siège à la parfaite opposée du sien et à sa droite se tenait Amélia Lupkin, la jeune femme qu'il venait de saluer. L'homme remarqua également que la place à sa droite était vide et que les deux places entre Lily et Amelia l'étaient aussi. Ne devait-il pas y avoir seulement deux nouveaux professeurs ? Botanique et Physique ? Gissing fronça les sourcils, où était Baldwyn ? Le directeur avait oublié de lui préciser ce détail, pourquoi ? Gissing avait un mauvais pressentiment. Il tourna la tête sur sa gauche pour examiner le reste de l'assemblée. Il découvrit à son grand déplaisir que le professeur de Latin était toujours assise à sa gauche. Tout les ans il y avait eu droit. Le poste de directeur avait d'ailleurs été très bien venu car deux places l'avaient séparé de cette folle. Magnifique, il allait entendre parler d'apocalypse.

L'homme se demandait bien pourquoi il était venu. L'illuminée du bocal l'ennuyait de plus en plus avec ses prédictions apocalyptiques. Oui, oui, il allait mourir demain, elle lui avait déjà dit au moins quatre cents fois. Cette fois pourtant, Gissing espérait qu'elle ait raison comme cette nuit là. Il avait vraiment envie d'en finir et l'envie était plus forte que tout depuis qu'il avait été découvert par Sullivan et que son fils allait intégrer Cambridge. Encore heureux qu'il n'avait plus croisé Sullivan depuis, il n'aurait pas su quoi faire, le tuer ou le torturer ? Le torturer et après le tuer ? Le tuer et après le torturer (notez l'incohérence de la dernière idée) ? Sa vie ne pouvait décidément pas être pire. Pour se consoler, Gissing s'accorda un verre de whisky pur feu. Il fit tournoyer le liquide dans le verre avant de le porter à son nez crochu pour en humer les arômes les plus volatiles. Il porta ensuite le verre à sa bouche. L'attaque en bouche lui permit de découvrir un arôme sec, les saveurs fondamentales à l'approche olfactive était merveilleuse, il se doutait qu'il s'agissait d'un excellent fût. Il détailla ensuite le whisky, ce dernier voyait ses saveurs évoluer, il était complexe, parfait. Le final lui permit d'apprécier la longueur du whisky et le retour de nez... splendide. Une fois le verre fini, il apprécia les arômes des extraits secs qui lui révélaient encore d'autres richesses. Gissing était étonnement satisfait de ce whisky. Depuis quand un aussi bon alcool était présenté à table ? Même les jours de fête il ne se souvenait pas avoir déjà vu un aussi bon fût. Il ne se souvenait tout simplement pas qu'il y ait déjà eu du whisky à table. Étrange. Gissing haussa les épaules et se resservit un verre qu'il but avec la même cérémonie. Maintenant qu'il connaissait le pur malte, il comptait bien lire entre ses lignes.

L'homme en noir, après avoir joué avec ce magnifique breuvage se décida enfin à l'avaler. Ce moment qui aurait du être parfait ne le fut en rien lorsque le maître des potions remarqua la jeune personne qui venait de faire son entrée d'un pas timide et mal assuré. Malgré les années qui s'étaient écoulées, Gissing aurait pu le reconnaître en mille. Le professeur de chimie faillit cracher le whisky pur malte sur tête de hublots qui lui déblatérait encore ses inepties qu'elle appelait prophéties. L'ancien trafiquant l'avala in extrémiste et non sans mal. S'en suivit une belle toux dont personne ne prêta attention. Gissing remarqua légèrement énervé qu'il aurait pu s'étouffer et mourir sur sa chaise que personne n'aurait levé le petit doigt. Certes cela n'était pas plus mal, avant que Carter ne déblatère ce qu'il avait fait pour lui, tout le monde l'aurait laissé mourir comme un malpropre -ce qu'il était dans un certain sens-. L'ancien étudiant qui avançait toujours fixait son ancien professeur. Leur regard se croisèrent une fraction de seconde, le jeune enseignant déglutit difficilement, se dépêchant de baisser les yeux et d'accélérer le pas vers sa place. Gissing s'autorisa un sourire crispé de contentement. Greem semblait avoir toujours aussi peur de lui. La journée n'allait peut être pas être si mauvaise et en plus, il pourrait terrifier le petit homme à sa guise -où presque car il doutait que le directeur le laisse s'amuser aux dépends du jeune homme, dommage-.

L'énorme porte s'ouvrit à nouveau dans un grand bruit peu agréable. Le nouvel arrivant ne pouvait donc pas faire preuve de discrétion ? Gissing ne daigna même pas lever la tête pour regarder qui était le petit idiot qui l'avait dérangé dans ses rêveries. Une voix inconnue se fit bientôt entendre à son oreille, enfin, elle n'était pas si inconnue que ça. Le professeur de potions avait la désagréable impression, la très vague et désagréable impression d'avoir déjà entendu cette voix quelque part, mais il n'aurait su dire où. La voix se faisait de plus en plus insistante et Gissing ne pouvait définitivement plus faire celui qui n'entendait rien. Aussi, dans une résignation et un dépit qu'il cacha parfaitement bien, il se tourna vers l'origine de cette petite voix masculine si pénible. Un jeune homme d'une vingtaine d'années occupait la place à côté de lui, qui était vide jusqu'à lors. Décidément, non seulement la voix lui disait quelque chose, mais en plus son visage lui rappelait quelqu'un. Un ancien élève ? Il s'était définitivement trop longtemps absenté. Cinq ans sans avoir la moindre nouvelle et voilà qu'il voyait le corps enseignant presque totalement transformé. Retraite anticipée ? Il ne manquerait plus que ça, surtout que la moyenne de vie d'un homme avoisinait bien plus les cent ans que les quarante ans. Alors pourquoi ? Mystère et boule de homme apparemment. Bien, il n'allait pas s'attarder sur ce détail, ce n'était pas comme s'il avait particulièrement aimé ses anciens collègues. Les quelques nouveaux allaient le respecter de toute façon, ils étaient pour la plus part, des élèves de Cambridge et donc, il les avait eus en cours de chimie. Ils savaient à quoi s'en tenir, parfait. John regarda son assiette et après mûre réflexion, il se recula pour sortir de table, il n'avait plus fin. Son fils allait arriver et cette perspective ne le mettait pas en joie. Ô misère, comment allait-il gérer se nouveau désagrément ? Bon, il était évident que Sidney devait un jour où l'autre aller à Cambridge, mais il avait secrètement espéré que cela n'arrive jamais, que son fils trouve une autre école, un autre lieu, loin de lui. Cela n'allait rien apporté de bon, ni pour lui, ni pour son fils. Son fils, sa chair et son sang. Seigneur, il allait pouvoir le voir, le toucher... Alors que John s'en retournait à ses appartements après avoir traitreusement quitté le repas en plein milieu de l'entrée, l'idée de toucher son fils lui envoya un décharge. Un frisson lui parcourut vicieusement l'échine. Combien de temps depuis ? Vingt ans. Vingt longues années qu'il avait tenu pour la seule et unique fois son fils dans ses bras. Et pour quoi faire ? Pour l'abandonner comme un être misérable. John avait honte, comment avait-il pu faire cela à son propre enfant. Encore une ombre au tableau, encore une. Pitoyable était le mots qui le caractérisait le mieux, non ? John A. Gissing, salopard fini qui a abandonné, professeur en chimie ayant réussit son doctorat exigeant et partial à Cambridge, ancien trafiquant de drogues, assassin d'un policier imminent et de nombreuses autres personnes. Cela sonnait moyennement sur un Curriculum Vitae. Son fils lui pardonnera-t-il ? Rien n'est moins sûr, allait-il le reconnaître ? Un haut le coeur, seigneur. Il ne voulait plus y penser.

John traversa à grand pas le salon et se dirigea vers la salle d'eau. Sans ménagement, il ouvrit le miroir-armoire à pharmacie et il y pris un petit flacon où une fiole remplie d'un liquide violet lassé de pourpre trônait. L'homme fixa le contenu un moment, hésitant entre la paix intérieure et entre toutes les questions existentielles qu'il se posait actuellement. La perspective de prendre cette drogue ne lui plaisait pas, il y avait longtemps... -Ou presque- qu'il n'y avait plus touché, il la savait très forte et pour cause ? Il en était l'inventeur. Un salopard vous avais-je dit. Gissing ferma les yeux, il ne pouvait plus. D'un geste vif et particulièrement expérimenté, il fit sauter le bouchon de liège, puis, il ingurgita d'un traite la liqueur violette, grimaçant au goût affreux qu'elle avait, mais bientôt la délivrance. La fiole tomba sur le sol et se brisa. John lui, regardait le contenu du placard d'un air lasse, puis, ses yeux se fermèrent et son poids commença doucement, mais dangereusement à se centrer sur l'avant de ses bras. Ce fut donc en tout logique et à peine cinq secondes de la prise du produit qu'il s'écroula sur le lavabo avant de s'effondrer sur le sol. Dans une dernière lueur de lucidité, il ne put que s'insulter de sa stupidité et de sa faiblesse d'esprit. Les cours commençaient dans moins d'une semaine. Comment allait-il expliquer qu'il ait besoin de prendre une drogue qu'il avait lui même créer dans des temps plus sombres uniquement pour ne pas avoir à penser au fils qu'il avait traitreusement abandonné il y a vingt ans pour sauver une vie. Une vie oui, mais laquelle. La sienne ? Ou celle du gosse ? John ne fut plus en état d'y réfléchir, il était était déjà loin. Quelle douce sensation de plénitude, comment avait-il pu oublier et s'en passer.


XII. Nouveau départ
Tony Gissing est mort [2001]. Aussitôt après, John commence des études en Histoire. Il arrête de donner des cours et se consacre corps et âme sur ses mémoires. Comme il fallait s'y attendre, il obtient sans trop de difficulté son doctorat [2007]. Il s'exile pour la Suède, déterminé à tout recommencer et à abandonner la maison familiale. Il devient professeur d'histoire à l'université sans trop de problème et écrit cinq livres entre 2005 et 2010. Actuellement, il en prépare un sixième. Voilà maintenant trois ans qu'il est installé en Suède et tout semble se passer relativement bien. John continue d'envoyer des lettres à son fils. D'ailleurs, il a eu Sidney en cours lors de sa toute dernière année d'enseignement à l'école privée de Londres.


Spoiler:
 


Dernière édition par John A. Gissing le Dim 13 Juin - 11:29, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: John A. Gissing   Dim 13 Juin - 11:25

GC. Des fiches comme ça tous les jours à valider, ce n'est jamais du gâteau. Mais.. J'aime John. hehe
Ces dix-mille mots d'histoire en valent largement la peine, crois-moi Fresse Quelques coquilles et quelques infimes fautes de temps en temps, mais ton style sauve le tout. GK7
Bienvenue ici, validé.


"La passion doit être punie." - Ah oui ? Quel est le con qui a dit ça ?
D'accord on va dire que tu as raison, je ne suis - après tout - qu'un emmerdeur minable qui vient chambouler ta vie. Mais toi, Valentine, est-ce que tu sens ton cœur battre comme le mien ? Est-ce que tu vois cette lueur, dans mes yeux, contre les tiens ? Je déteste les déclarations d'amour. Ce n'en est pas une.

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John A. Gissing

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