Il n'y avait rien de naturel dans ce que l'on éprouvait.
 
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 Deux et sept font neuf

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Sleepless


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MessageSujet: Deux et sept font neuf   Sam 21 Mai - 23:39

À la saine folie

Le numéro vingt-sept a égaré sa camisole de force. Le numéro vingt-deux se parfume à la pisse de chat. Le numéro dix-sept a avoué ne jamais porter de petite culotte, pas plus que de soutien-gorge. Le numéro deux a une vingtaine d'années de trop. Au numéro treize, il en manque peut-être bien une dizaine. Le numéro quatre ne parle ni suédois, ni anglais, ni français. Le numéro huit ne parle pas du tout. Le numéro onze voudrait être un homme. Le numéro vingt-et-un en est possiblement un. Le numéro trois a trois enfants de trois ans et moins. Le numéro un en veut un demain, « si possible ». Le numéro six communique par citations. Le numéro quinze se fait en série, on l'achète dans les boîtes roses du magasin de jouets. Le numéro dix-neuf n'aime pas le chocolat.

Jeremias n'adresse même plus un regard au coupable de la session de torture qu'il doit endurer. Le bourreau est quelque part par là, assis, les coudes appuyés sur l'une des petites tables carrées, les yeux plantés dans une énième paire de trous noirs. Il y est, y sera jusqu'à la fin, pour apprécier chaque seconde de cette soirée. Nils n'a-t-il pas toujours été fan de films d'horreur?
À nouveau, le tintement de la clochette retentit pour marquer la fin des silences, rires, papotages vides, marchandages, évaluations muettes ou commentées, inspections plus ou moins en surface, entrevues, regards sondeurs, regards fuyants...
Jeremias se lève, malgré lui. Son successeur attend son tour sur la chaise impaire. C'est comme ça qu'on l'a baptisée, cette chaise qui ne fait face à personne, résultat du nombre impair de participants à la soirée. Quelqu'un, ici, est de trop. On ne dit pas qui. On n'ose pas.
Jeremias lisse d'une main l'auto-collant sur son t-shirt à l'effigie de Moomintroll. On peut lire, sur l'étiquette : no. 27, Jeremyass. L'organisatrice vient de loin, il ne faut pas lui en vouloir pour l'originalité de l'orthographe. Une fois debout, il se dirige vers la prochaine et ultime station, enfin. Aussi traîne-t-il ses pieds avec un peu plus d'entrain. Aussi fait-il l'effort de relever la tête, de dégager son visage de l'ambitieuse frange de cheveux qui lui faisait usage de visière, et de retirer sa main gauche des poches de son jean.
Le numéro vingt-sept vient de se dégoter un mince sourire, entre deux moutons de poussière qui faisaient la sieste près de son porte-feuille. Il plaque le rictus sur le coin de sa bouche, souhaitant qu'il tienne, et marche vers la fin de son désespoir, espère-t-il.

- Le...

Jeremias s'incline, plisse un peu ses paupières sur ses vieux yeux, et son petit sourire subit alors une poussée de croissance.

- Le numéro neuf est un chat.

Kattleen. Il s'assied devant le chat et la fille. La chaise est encore chaude, très chaude. Il jette un coup d'oeil sur le candidat auquel il succède et comprend d'où vient la chaleur. Elle déborde même légèrement de chaque côté du nouveau trône du sieur. D'où il est, Jeremias n'arrive pas à voir son numéro, aussi se garde-t-il de commenter. Il en a marre, vraiment. Mais à tel point qu'il n'a plus le courage de lutter, de croire qu'il peut s'en sortir vivant, ou indemne. Alors, avachi sur sa chaise bancale, il lève les yeux vers le numéro neuf.

- Je suis le numéro vingt-sept. Jere my ass. C'est mon vrai nom. Ou plutôt, mon vrai nom de... de personnalité publique.

Il a baissé le ton et regardé autour d'eux. Apparemment rassuré, il se penche vers l'avant, pose ses bras sur la table et fixe, avec sérieux, la victime de sa fatigue immense d'être soi, ici, à cette soirée. De sa fatigue de n'être qu'un visage et quelques hochements de tête ou haussements d'épaules auxquels toutes, tous, ont prêté les intentions qui les arrangeaient le mieux. De la fatigue de n'être personne et n'importe qui à la fois. Cela dit, ce n'est pas que cela. Ce n'est pas que cette soirée.
C'est aussi le reste.
Mais le numéro neuf a de fichtrement beaux yeux. Et de longs cheveux bruns qui inspirent la nostalgie des fastes années à la tignasse brimée de Jeremias. Il se gratte la joue et pianote sur la table. Il regrette presque sa négligence des derniers jours. Ne pas s'être fait la barbe, ne pas avoir osé dompter sa coiffure matinale, ne pas avoir vu les trous dans les jeans, avoir obstinément boudé chemises et pantalons propres, avoir préféré les vieux t-shirts empestant le vieil ado ou le geek, avoir usé de ses vétérans sneakers comme de bottes de pluies... « Tu y vas comme ça? » Pauvre Nils, dans sa chemise fraîchement repassée, sous sa très stylée toison blonde, les pieds dans le lustre, les hanches ceinturées de cuir neuf, la belle grosse montre au poignet, le parfum à un million de dollars dans le cou, tout. Paré à se dégoter une femme à marier. « Tu y vas comme ça? » En fait, il n'était pas tellement déçu, même plutôt content, malgré ce qu'il s'était efforcé de laisser entendre. S'accompagner d'un Jeremias brouillon vaut mieux que de s'accompagner d'un Jeremias impeccable, dans une soirée de speed dating, avait déduit le malin Nils. À lui, pour une fois, le plus grand nombre de buts comptés.

- Je suis en voie d'obtenir un diplôme d'études universitaires de deuxième cycle en SH. J'entends SuperHéroïsmologie. D'où le pseudonyme, obligatoire pour achever cette importante étape d'un long parcours héroïque. Pour tout vous dire, j'envisage le verre fumé, en guise de masque, et les braies pour éléments clés du costume. Une touche de modernité, et une touche d'ancienneté, pour ne pas dire d'Antiquité.

Jeremias renifle, puis regarde rêveusement, un instant, un mur.

- Oui bon, c'est bien beau d'avoir une idée du costume, mais ça n'est pas tout, devez-vous songer. Et vous avez raison. La SuperHéroïsmologie est d'abord et avant tout une affaire de Bien, de Mal et de pouvoirs. Il plaque la paume de sa guerrière main droite sur son coeur et tourne la tête vers la proie de son discours, grave. Ma spécialité, c'est le Bien par le Mal. Puis les épaules retombent, le regard hésite, mais ne parvient pas à en faire de même. Jeremias se rapproche. C'est important que... Que vous n'en parliez à personne, mademoiselle numéro-neuf-Kattleen. Autrement, nous en serions réduits, la Schwedenbomben Brigade et moi, à n'être plus que de vulgaires guimauves délestées de leur armure cacaotée.

Lui traverse l'esprit, comme un moineau qui passe en flèche devant le pare-brise, un singulier tableau. Sa tête coiffée d'un casque de chocolat, coincée entre une délicieuse version Hulk, sans le vert, des lèvres du numéro neuf. Un jour, il fera peut-être bien de cette vision la couverture d'un album. Un album de country instrumental à la basse et au violoncelle. Un truc pour les mélomanes incompris.

- D'habitude, je parle moins...

Le numéro vingt-sept sort de l'hôpital psychiatrique. Il a quitté la galerie blanche, s'est abandonné là, sur la balançoire, assis près d'une petite soeur, à lui caresser les cheveux en regardant passer les fourmis, sous leurs pieds. À regarder les fourmis leur voler leur repas, miette par miette. Il a traversé les couloirs blancs, est passé devant une porte close à travers laquelle l'on pouvait entendre un homme tousser, cracher, perdre son souffle, mourir noyé sous les sanglots. Il a salué son copain à la couronne et au sceptre, bien qu'il n'ai jamais su dire si le gars n'était ou non qu'un visiteur. Il lui a donné, aussi, une banane pour son petit singe, et puis il a continué. Comme il approchait de la sortie, il est passé devant le grand miroir et y a croisé son reflet, en blond, plus petit et aux yeux bleus. Voyant que le reflet tentait de casser la glace avec ses poings, il a accéléré. Avant de sortir, une gentille et belle dame lui a demandé, bouteille de whisky à la main, s'il désirait emporter sa médication du soir. Il a poliment refusé, mais a demandé de prendre le piano et le violoncelle avec lui. On les lui a tendus et il les a avalés comme des comprimés, puis a ouvert la bouche, et la dame a approuvé d'un signe de tête. Les portes se sont ouvertes. Dehors, Wonder Woman l'attendait, dans son mini-short bleu constellé d'étoiles, son lasso doré tournoyant au-dessus de sa crinière d'Amazone. « Je te dépose quelque part, chéri? »

- Avec les gens.

Ça y est. Il a trouvé. Elle ressemble à Wonder Woman.

Le numéro vingt-sept a acquiescé, puis s'est retrouvé les bras collés au corps, heureux prisonnier du lasso de la plantureuse héroïne. Le nez entre deux merveilles du monde, il s'est laissé porter jusqu'ici.

C'est donc ça, le vrai monde.

Avant de trouver la balançoire, il a cherché sa mère, dans la morgue. Elle y était, bien morte et proprement rangée dans un tiroir. Elle l'a prévenu, lui a dit qu'il pourrait regretter, qu'il pourrait vouloir revenir, mais qu'après, ce serait différent. Il n'y pourrait rien faire. « Soit prudent, Jamie. » Pauvre petite mère. Qu'est-ce qu'elle a dans la tête? Des vers, sûrement. Mais quand même, il a réfléchit. Et puis, finalement...

Ça pourrait lui plaire.

[Au numéro neuf]
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MessageSujet: Re: Deux et sept font neuf   Dim 22 Mai - 19:00

Le rêve me paraît une plus douce réalité.



Les yeux du petit Arthur scrutent avec minutie le moindre détail du rideau de douche de la baignoire. Il y a des baleines qui font des sourires. Des bateaux d’une géométrie si sèche qu’il se demande comment ils peuvent mettre la voile. Et encore des baleines. Et encore des bateaux. Toujours plus de baleines et toujours plus de bateaux. Il soupire. Il est assis sagement sur un tabouret, les deux pieds joints. Il semble attendre quelque chose. Soudain, une main gantée, blanche, apparait sur le côté du rideau. Elle se présente comme un bec d’oiseau. L’effet est accentué par deux grosses perles cousues dans le gant, au niveau des articulations, à la base des doigts. Un début de sourire se dessine sur le visage de l’enfant, conditionné par l’habitude. Le tour de la main gantée est une des plus vieilles habitudes d’Arthur et de Katleen. La main gantée s’appelle Paul. Parce que s’il y avait Arthur, il y avait forcément Paul. Rebecka désapprouve fortement : « Ne va pas lui mettre ces obscénités homosexuelles dans la tête ». Paul a été un médiateur efficace dans le passé. Durant les colères d’Arthur, surtout.

La main semble jeter un regard dans la salle de bains, puis brusquement, se tourne vers Arthur et une voix égosillée s’élève :

    « Ah Arthur ! Notre fidèle spectateur ! Désolé pour l’attente… Tu es encore le seul présent aujourd’hui ? Bien. Ce n’est pas grave, on va quand même faire une entrée triomphale… Mesdames et messieurs, veuillez faire un tonnerre d’applaudissements… Au numéro 17 ! »


Paul tire brusquement le rideau de douche, et une version de Katleen apparait. Une importante moustache dessinée au crayon noir. Son épaisse chevelure cachée sous un affreux couvre-chef. Une large chemise à carreaux où est dissimulé, en dessous, un cousin. Elle commence à présenter le caricatural personnage dans une voix rauque et dépourvue d’élégance. Il s’appelle Richard et ses deux passions dans la vie sont la danse classique et la bière. La Katleen cachée dans la peau de Richard ne peut réprimer un sourire heureux lorsqu’elle voit son fils, courbé. Le visage caché dans ses mains. Ne pouvant s’empêcher d’échapper un petit rire cristallin. Partagé entre l’étouffement de rire et l’embarras. Les portraits ensuite défilent. Il y a le jeune garçon au bégaiement qui se lisse toujours les cheveux. L’homme pompeux qui est aussi excitant qu’une grand-mère sans dentier (et chauve) quand il parle des cours de la bourse.

Elle est interrompue en pleine interprétation d’un vieil homme chanteur d’opéras spécialisé dans les chansons grivoises. Sur le seuil de la porte, Rebecka. Le visage sévère, les bras croisés. Katleen et Arthur échangent un regard et ensemble font un décompte silencieux, matérialisé par les doigts de leur main.

Trois, deux, un…

La machine impitoyable est lancée. Rebecka, dans une comédie tragique succulente agite les bras, les inonde de lamentations. Tape trop de fois sur le cadran de sa montre. Elle dit trop de choses pour qu’ils l’entendent. Après quelques minutes de représentation, Madame soupire. Secoue la tête en signe de résignation.

    « Débarbouille-toi Katleen. Tu vas encore être en retard. Et s’il te plait, ne te déguise pas comme la dernière fois… »


Rebecka tourne talons dans un énième soupir. Elle pense que Katleen la fera mourir d’inquiétude. Elle avait du la récupérer la dernière fois, en indienne. Le visage dessiné de peintures de guerre. La jeune femme avait rétorqué comme seule défense que c’était le même principe qu’un combat, au Speed Dating. On essaie de faire courber l’ennemi et de gagner du territoire sur l’autre. Son accoutrement était légitime.

Arthur a rangé le petit tabouret, et est maintenant assis sur le rebord de la baignoire. Il observe sa mère se préparer. Il trouve toujours ça étonnant. Quand elle met de la poudre de fée sur les yeux. On dirait qu’ils sont un peu magiques. Il fait non de la tête quand elle lui montre le rouge à lèvres. Arthur n’aime pas du tout ça. Ca ne fait pas maman. On dirait toutes les dames qu’ils rencontrent dehors. Les grandes personnes. Katleen ne fait pas partie du monde des grandes personnes. Elle fait partie de son monde à lui.

Il s’éclipse tandis qu’elle finit de se préparer, pour aller choisir les vêtements qu’elle mettra ce soir. C’est un peu bousculé dans la tête d’Arthur. Il ne veut pas qu’elle s’en aille. Il ne veut pas que d’autres posent son regard sur elle. Puissent la convoiter. Encore pire : l’obtenir. Mais en même temps, il veut qu’elle soit la plus remarquable là-bas. Elle ne veut pas que d’autres femmes la surpassent. Il choisit une robe blanche. Echancré dans le dos qui met en valeur la nuque mais que les cheveux épais de Katleen cacheront. C’est la seule chose remarquable de cette robe, somme toute banale. Coupe sage. Cintrée et soulignée par une bande de tissu, blanche elle aussi. Le reste de la robe est évasé et tombe juste au dessus du genou. Pas de dévoilement de peau, le haut de la robe rase la ligne du cou.

Elle est sur le point de partir. Elle a vissé sur sa tête, son chapeau melon noir et chaussé des ballerines noires. Arthur attend qu’elle lui dise au revoir. Assis au bord de son grand lit. Il agite ses jambes dans le vide. Elle s’accroupit pour être à sa hauteur et il se penche pour retirer la pince qui retient ses cheveux.

    « Je préfère comme ça ».


Elle considère son enfant avec sérieux et lui caresse la joue. Il semble préoccupé. Il la repousse quand elle essaie de l’embrasser. Elle passe sa main dans ses cheveux et fronce les sourcils. Elle sort de sa vieille sacoche en cuir Paul et lui demande ce qui le tracasse. Mais ça ne le fait pas sourire. Il détourne le regard.

    « Ce n’est pas bien nous deux ? »


Il ne comprend pas pourquoi elle va à ces rencontres. Pourquoi ça ne lui suffit pas de rester avec lui. Est-ce qu’elle lui ment avec ses histoires de Liés ? Elle n’écoute jamais Becky, cette excuse ne lui suffit plus. Tandis qu’elle range de nouveau Paul dans sa sacoche, elle promet que c’est la dernière fois qu’elle va à ce genre d’évènements. Qu’elle ne veut pas lui faire de peine. Elle ne retire de ces rencontres que des amusements. Mais elle arrêtera.

    « Promis »


Elle grimpe dans sa Mini Golf au toit Union Jack. Elle se demande comment il est possible que les organisateurs du Speed Dating l’acceptent encore vu toutes les facéties qu’elle leur fait. Elle pense que Becky les paye très cher. La radio crachote un morceau de jazz qu’elle ne prend pas la peine de reconnaitre. Elle pose son regard sur son poignet entouré d’un bracelet de pates confectionné par son garnement. Arthur l’inquiète. Elle se sent coupable. Il a raison, elle n’a pas de véritable raison d’y aller. Elle pense à faire demi-tour quand elle est déjà arrivée.

Numéro neuf- Kattleen.

Elle sourit chaleureusement à celle qui a si mal orthographié son prénom. Ça lui remonte le moral. Elle gardera l’étiquette pour l’offrir à sa mère. Elle est enchantée.

Elle s’installe à sa table. Petit laboratoire d’expérimentations. Elle distille sa fantaisie tout au long de la soirée. Elle lit des poèmes en français de l’Album Zutique à numéro cinq. Fait des mots croisés avec numéro vingt-quatre. Ne parle qu’anglais avec numéro seize puisqu’il dit parler huit langues couramment. Les numéros défilent et la soirée est longue. Elle se demande si elle ne va pas sortir Paul au prochain numéro. En attendant, elle tire le portrait du monsieur en face d’elle. On dirait une énorme glace qui fond sur les côtés de sa chaise. Elle gribouille évidemment un cornet de glace sur une chaise avec des yeux en pépites de chocolat sur un grand cahier à spirales. Tandis qu’elle perfectionne Wallace la glace, elle ne s’est pas encombrée de regarder comment il s’appelait réellement, elle entend une voix qui la tire de sa rêverie.

- Le numéro neuf est un chat

Elle est assise de biais, penchée sur son dessin de Wallace. Elle ne relève pas l’accroche, fait mine d’être concentrée sur son chef-d’œuvre mais jette un coup d’œil rapide au nouvel énergumène. Ne fait paraître aucune expression. Il y a de la négligence dans le personnage. De la nonchalance aussi. Il tire pale figure mais elle préfère ne pas le juger encore.

Un sourire discret vient poindre aux lèvres de Katleen, un peu cachée derrière sa cascade de cheveux. C’est le prénom de numéro vingt-sept, c’est loufoque au possible. Elle ne veut pas rire. Pas encore. Elle feint quelques instants de plus l’indifférence mais c’est impossible : elle entend les petites histoires. Elle referme brusquement son cahier et le jette sur sa sacoche à terre, fait grincer les pieds de sa chaise sur le sol pour la mettre droite et considère sérieusement son vis-à-vis. Il va être difficile de se dépêtrer de ce regard maintenant qu’elle l’a accroché.

Il dit des choses. Beaucoup de choses. Elle, elle se contente de l’écouter attentivement, dans une immobilité presque inquiétante. Les mains cachées sous la table, posées sur ses genoux. Image d’Epinal trompeuse de l’enfant modèle. Il semble avoir fini de parler. Elle laisse s’instaurer le silence. Elle digère l’information. Elle prend son temps. Elle aime prendre son temps.

C’est inespéré. Qu’il soit ici.

Elle arrête finalement de le regarder pour l’ignorer complètement et tire à elle un bout de papier qui faisait l’angle de sa table. Il semble que c’est une grille de jeu remplie de chiffres. Une diagonale incomplète est tracée par de petits jetons noirs. Elle en tire un similaire de sa poche et l’appose dans le coin supérieur droit avant de murmurer, satisfaite : « Bingo ». Le numéro vingt-sept était vraiment le numéro qui lui manquait.

Elle pousse la grille vers Jeremyass dans un grand sourire. Elle ne lui parle toujours pas. Elle ne sait même pas si elle veut lui parler. Elle aime les mots autant qu’elle les craint. Ils disent toujours trop et pas assez. Elle ne veut pas gâcher le petit monde de numéro vingt-sept qui s’imprègne lentement dans ses idées.

    « C’est un joli compliment que vous faites, numéro vingt-sept… Parce que je peux croire que je ne suis pas comme les autres gens. »


La voix de Katleen est lente et murmurée. Presque monotone. Elle a toujours parlé comme ça. Comme si les mots faisaient un long voyage entre son imagination et la réalité. Un air amusé traverse son visage, y a comme de la malice qui monte par la gorge.

    « Et ça, finalement, vous le savez déjà. Puisque vous-même vous l’avez dit : Je suis un chat. Kattleen, le chat. Mais comme je suis déjà un peu connue, je me fais aussi appeler Chatlotte. Ne confondez pas avec shallot. Parce qu’entre nous, les échalotes, c’est quand même moins glamour, non ? »



Elle pose ses bras croisés sur la table et se penche, comme pour créer une connivence avec l’autre.

    « Je ne dévoilerai pas votre secret, si vous ne dévoilez pas le mien. Les chats ne parlent pas normalement. Il ne faut pas que chat se sache… On se fait vite des ennemis. ».


Elle se demande comment c’est la Schwedenbomben Brigade. Jeremyass doit être vraiment un homme fort pour ne pas avaler ses coéquipiers en période de crise. Elle se laisse à imaginer ce héros des temps modernes au costume incongru avec plein de chocolats qui sautent gaiement derrière lui. A-t-il des répliques cultes comme : « Mon monde pour un chocolat » ou « Rien ne vaut des braies bien repassées ».

Elle finit par se redresser. Une sorte de tristesse peinte sur son visage. Elle repense à la confession du super héros avant que ses mots ne se tarissent. Numéro vingt-sept n’est pas aussi lisse que les héros sur papier. Il n’est pas aplati entre les pages d’une bande dessinée. Y a quelque chose, comme une petite lumière qui vacille dangereusement à l’intérieur. Qui menace de s’éteindre au moindre souffle trop brusque. Mais il ne semble pas s’en rendre compte. Elle lui tend instinctivement la main, de l’autre côté de la table.

    « Ne vous arrêtez pas. De peindre votre monde à mes yeux. Emmenez-moi avec vous là-bas. Après tout, moi, Kattleen le chat, si je suis ici, ce n’est que pour vous rencontrer. ».


Elle lui fait un clin d’œil, un sourire et tapote sur la grille du bingo : « J’ai tout misé sur vous, ne me décevez-pas… Et d’ailleurs, Monsieur numéro vingt-sept Jeremyass, comment vous faites le Bien par le Mal ? Je dois avoir quelques précisions sur ce genre de choses parce qu'après nous allons être chargés de quelque chose de très important... Elle est levée pour pouvoir presque chuchoter à l'oreille de l'autre. Il semble que nous soyons un nombre impair... Il semble qu'un individu nuisible se cache parmi nous. Il faut que nous le trouvions vite. Personnellement, j'ai déjà quelques doutes sur Wallace la glace...»

Elle fait un mouvement de tête vers le prédécesseur de numéro vingt-sept et ramasse son cahier par terre pour lui montrer son dessin :

    « Il n’y a qu’un individu avec des yeux en pépites de chocolat qui puisse être mauvais… Peut-être mange t-il des membres de votre brigade pour être aussi opulent et… Chocolaté ».





Dernière édition par Katleen C. Strain le Mar 5 Juil - 9:31, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Deux et sept font neuf   Mar 24 Mai - 20:30


Wonder Woman : Surrender. You cannot escape.
Steve Trevor : Oh, I don't know about that, angel.
I've made a hobby out of fleeing chasing women.

Le vrai, vrai monde, c'est ça? C'est Wonder Woman infiltrant des soirées de Speed dating? C'est les schwedenbomben prenant vie et les Super Héros au programme de cursus universitaires? Jeremias s'en veut de ne pas s'être éveillé plus tôt, en espérant qu'il le soit vraiment, mais d'un autre côté, il est heureux d'y être parvenu avant d'en être plus capable. Il en veut aussi à Andra, d'avoir cru savoir ce qui était mieux pour lui. Il ne sait pas exactement pourquoi, mais c'est à elle qu'il a envie d'en vouloir. Pour s'être contentée d'une ébauche pour fils. Il exagère. C'est l'enthousiasme. Il aime beaucoup les schwedenbomben.

Il attire plus près de lui la grille de bingo que le numéro neuf lui présente. Il l'encadre avec ses mains et l'observe froidement. Jeremias n'a jamais joué au bingo. Pas même à l'école primaire. On n'y jouait pas, au genre d'école qu'il fréquentait. Cependant, il croit reconnaître le principe. Du moins le déduit-il. Le numéro vingt-sept, donc, est le numéro qu'il manquait pour gagner. Il est le numéro vingt-sept. C'est impressionnant. C'est donc ça aussi, le vrai monde. Si seulement vrai monde il y a. Mais il ne se pose pas la question. Il se dit, simplement, que ce monde-là est comme un gigantesque jeu de bingo. Et comme elle sourit, la joueuse de bingo, la gagnante, il écarquille légèrement les yeux. Jamais il ne se serait douté qu'on en trouvait des comme ça, des comme elle, ici. Il n'en connait pas, des comme ça. Inutile de chercher, c'est une certitude. Elle le sait, peut-être.
C'est bien, aussi, ce débit qu'elle a. Juste le bon rythme pour ne pas égarer Jeremias en cours de route. Lui-même n'est pas un moulin très rapide. Le fil de ses idées se déroule lentement. C'est un courant jet paresseux. Constant, mais long, et tranquille.
Timidement il sourit. Kattleen, Chatlotte. Et quoi d'autre? Elle l'étonne, elle l'amuse. Mais il se méfie un peu. Il est gêné, un peu. Il baisse la tête, pour cacher son sourire. Elle l'intimide, doucement. C'est comme de fuir sans vouloir, rien que pour être rattrapé. C'est comme d'être enfant. Même si en vérité, il ne se souvient plus.

- Merci, qu'il marmonne au nom de sa Brigade.

Maintenant, ils partagent un secret. Un grand secret sur lequel repose la survie de toute une histoire, de tout un monde. C'est inquiétant et soulageant en même temps. Puis d'un coup ça s'arrête. La main, comme une bombe, atterrit sur la table. Jeremias la regarde un instant comme si elle s'était détachée du reste du corps. Il cligne des paupières. S'efforçant de reconstituer ce casse-tête, il suit le chemin qu'introduisent ces doigts tombés de nulle part, des ongles au visage. De toute sa vie, il n'a accepté de tenir la main que de deux femmes. Sa soeur et sa mère. C'est un constat étrange et sur le coup, il ne sait qu'en penser et comment y répliquer. Instinctivement, il s'entend répondre : Je vous décevrai. Je vous décevrai, car je me lèverai, vous regarderai de haut, et vous verrez que je ne vous vois pas. Je vous aurai déjà oubliée. Cependant il ne dit rien, et ne fait rien sinon mordre distraitement sa lèvre inférieure, muet.
Déjà, il est trop tard pour les mauvaises répliques. Jeremias est ailleurs. Il réfléchit à Wallace, à sa brigade. Il a reconnu le portrait qu'elle lui a présenté et sent la révolte montée en lui, car il sait ce que le monstre a fait à nombre de ses compatriotes. Il sent les verres peser sur son nez et les braies sous son pantalon. Mais il ne peut pas bouger. Ni parler. Alors, il prend une grande inspiration en fermant les yeux, et les rouvre en attrapant maladroitement la patte du chat. Il la serre dans sa main droite, sans la voir, et fixe Kattleen dans les yeux. Pas plus de crise cardiaque que de combustion instantanée à l'horizon. Seulement la chaleur entre leurs paumes, la délicatesse de ses doigts tenue entre les siens. La douceur de sa peau, la pâleur du teint, qui s'entremêlent à la vigueur de son poing veineux, zébré de chair, sa main, son bras, marqués au fer rouge comme signe d'appartenance à la maison des fous. Mais il ne voit pas, ça.

- Je connais bien Wallace, fait-il d'une voix étouffée. Il détourne alors le regard pour observer, sombre, le dit-Wallace à sa droite. Son pouvoir est exceptionnel. Il retourne à Kattleen, comme apaisé, cependant visiblement affecté par ce sujet épineux. Je suis d'ailleurs très impressionné par la justesse de vos observations. Ses yeux. Tout y est. Wallace, en effet, a les yeux strictement constitués de pur cacao et, lorsqu'il pleure, il ne pleure rien de moins que des cascades de chocolat. Mais ce chocolat est unique. Il vit. Aussi sans ce dernier... Jeremias se penche vers le chat, jusqu'à lui frôler les moustaches. La Schwedenbomben Brigade n'existerait pas. Le Bien par le Mal, mademoiselle Kattleen. Vous en avez là un criant exemple. Pour que la Brigade existe, je me dois d'œuvrer à inspirer les larmes à Wallace, par tous les moyens, et pour que Wallace vive, les vaillantes Schwedenbomben et moi devons nous résoudre à sacrifier, au combat, quelques individus. Sans Wallace, plus de Brigade. Et sans Brigade, plus de Wallace. Mais surtout, sans les Schwedenbomben, plus de guimauve. Et oui. C'est de là qu'elle vient; elle est le résultat à l'issue du système digestif des Schwedenbomben. C'est la seule façon.

Il n'a pas lâché sa main, craignant qu'elle ne parte en fumée, lorsqu'il vit, en arrière-plan, des chaises se pousser, des têtes se lever. Une en particulier, coupable des plus belles fautes d'orthographe qu'il fut donné à Jeremias d'apprécier. Mais il a eu le temps de finir, avant que : Je vous invite maintenant à blablabla. Déjà, se profile au loin la fin, blonde, grande, bien mise, souriante, confiante. Le numéro cinq ne connaît rien à la poésie française, mais il aime les jolies filles. Et Jeremias jurerait qu'il a vu en le numéro neuf l'originalité, la vivacité, la potentialité reproductrice, les beaux yeux, les promesses sous la robe... Bref, tout ce dont il a dû se convaincre qu'il recherchait chez l'énième femme de sa vie. Nils confond son banal manque d'affection avec quelque chose qui le dépasse. C'est avec le numéro quinze, qu'il devrait partir, ce con.
Jeremias serre la main de Kattleen. Le temps presse. Il faut faire diversion. Il ne veut pas y retourner. Pas si tôt. Et il le sait, s'il la lâche maintenant et que l'autre l'emporte, il le sait, et le redoute, c'est lui qui partira avec le numéro quinze. Parce qu'il haussera les épaules.

- Vous voulez danser?

Personne ne danse. Sans attendre la réponse, il entraîne, dans une élégance qui va jusqu'à doter d'un air altier Moomintroll sur son fond noir, Kattleen avec lui en ignorant obstinément Nils qui vient vers eux, comme un golden retriever bienheureux.

- C'est important, lui souffle-t-il à l'oreille.

N'importe quoi. Mais comment pourrait-elle savoir? Ce n'est pas important. Le Bien par le Mal. Le Bien par le Mal, se répète-t-il. Le mal de Nils pour le bien de Jeremias. Et le bien de Kattleen, tente-t-il de se convaincre.
Personne ne danse, car il n'y a pas de piste de danse. Il y a un bar, et des tables, et une plante de plastique dans son coin, près du couloir menant aux toilettes. Elle accepte, enthousiaste, de partager son patelin avec les visiteurs. Jeremias sent l'abandonner, en approchant du coin de la plante, sa gracieuse assurance. Il ne sait plus où mettre ses mains, mais les pose finalement sur la taille de Kattleen.
Personne ne danse, parce que depuis le début de la soirée, s'enchaînent, non-stop, que de vieilles ballades des années quatre-vingt. C'est Christopher Cross qui a pris la relève, avec Arthur's Theme. Jeremias piétine en tournant lentement en rond, rendant ainsi hommage à son tout premier slow.

- C'était... Il évite de regarder le chat dans les yeux et se concentre plutôt sur les éternellement vertes feuilles de leur hôte. J'ai cru reconnaître l'un des complices de la Glace, Golden Retriever Man. Et je me suis dit que chats et chiens... Surtout que celui-là est particulièrement baveux, et bruyant, et blond. Une vraie sangsue, qui plus est. Un véritable imbécile heureux. Un chien, bref. Il me prend pour son maître, depuis que je lui ai renvoyé la balle, une fois.

Nils, seul à la table abandonnée, fronce les sourcils en souriant bêtement et fait un signe à Jeremias, ouvrant les bras en haussant les épaules. Il mériterait d'être bouffé par une armée de Schwedenbomben, mais Jeremias se contente de l'ignorer et de s'en remettre, définitivement, statue-t-il, au numéro neuf.

- J'ai un aveu à vous faire, mademoiselle Kattleen. Il prend un temps avant de répondre, regarde leurs pieds, soupire, lève les yeux vers les siens. Je ne devais pas être ici. Il n'y avait pas de numéro vingt-sept, sur la liste. Seulement, j'espérais pouvoir récolter quelques millilitres, peut-être, de chocolat. Nous avons perdu, cette semaine, Mr. Mallow. Un vrai héros de la guimauve... Les montagnes de guimauve qu'il a produites, vraiment... C'est tout à son honneur. Sa disparition risque de perturber grandement le monde de la confiserie. D'où la nécessité de fondre de nouveaux effectifs. C'est par le rire que l'on récolte habituellement le plus de chocolat. Mais comment égayer Wallace à ce qu'il en pleure? Ce n'est, hélas, pas ma spécialité.
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MessageSujet: Re: Deux et sept font neuf   Jeu 2 Juin - 14:14

" The world's a playground.
You know that when you are a kid,
but somewhere along the way everyone forgets it. "







Il y a tellement d’histoires à raconter. Les histoires pour enfants. Les histoires sérieuses. Les histoires drôles. Les histoires pour s’endormir. Les histoires à dormir debout. Les histoires ennuyeuses. Les histoires qui font peur. Les histoires qui tombent au mauvais moment. Les histoires au creux de l’oreille. Les histoires pour un oui ou pour un non. Les histoires de chats et de supers héros.

Katleen est une intrigante. Elle s’est perdue depuis longtemps derrière des amoncellements de livres de contes poussiéreux. Là. Coincée sous son chapeau, dans le grenier de sa tête. Elle dépoussière les volumes au hasard, soufflant sur les épaisses couvertures. Caresse le cuir avec affection, sentant dans le tracé des reliures des promesses inimaginables. Alors, elle se penche vers le complice de ses facéties et prend sa voix de Conteuse. Elle murmure les mots, dans une savoureuse lenteur. Marque un arrêt. Et dans une posture dramatique, une main s’élevant dans l’éther, elle semble soudain inspirée. Les mots sont enfilés les uns derrière les autres dans une rapidité vertigineuse. Elle élève la voix. Se retourne. Au loup ! Se baisse. Il ne faut pas être repéré ! Elle tourne les pages fiévreusement et finit par abandonner le livre. Le referme d’un coup sec. Elle se rend coupable de nouvelles histoires.

Son complice n’a jamais la même apparence. Un jour il est une femme. Un autre jour un homme. Il peut être une main gantée, un corbeau, une amazone sous la pluie. Il peut être aussi un numéro neuf qui ne se dit pas. Un impair dans la routine. Un super héros des temps modernes. Elle les entraine dans sa rêverie un temps. Et elle oublie. Les mots de sa fantaisie se tarissent. Elle s’est lassée. Elle va ranger sur les rayonnages du passé, les jolies histoires qu’elle a écrit avec son autre d’un moment. Tous ces visages ne sont qu’un prétexte à son ennui. Elles ne les considèrent pas. Ils sont les marionnettes du petit théâtre d’Arthur. Ni plus ni moins. Des marionnettes. Tant qu’il y aura Arthur. Il l’a enfermée dans une tour d’ivoire imprenable. Un monument de solitude où il est roi. Elle est son bouffon dévoué. Prête à toutes les grimaces et acrobaties. Mais elle n’en a que faire. Tant qu’Arthur continuera de lui ouvrir les bras.

Pourtant, il semble que la Conteuse cache autre chose derrière le voile de ses yeux perdus dans des dimensions bien trop lointaines. Elle raconte beaucoup trop d’histoires. Elle a peur, en vérité. Lorsqu’elle quitte le monde d’Arthur pour se jeter dans la réalité. Lorsqu’elle n’est plus que Katleen. Lorsqu’elle n’est plus transcendée par l’imaginaire de la petite tête blonde. Elle cache encore une histoire - son histoire - derrière tous ses récits fantastiques. C’est sa façon à elle de se protéger. De s’enfuir face à ce trop plein de matérialité. Elle veut juste être la fille au chapeau, celle que l’on ne saisit pas. Qui n’est que de passage. Qui laisse un sourire sur les lèvres. Un simple souvenir. Elle ne veut pas que ça signifie.

Pourtant cette main tendue n’est pas une autre mise en scène concoctée par la malicieuse. Et lorsque les doigts de numéro vingt-sept attrapent de justesse les siens, qu’elle commençait à replier en signe de résignation. Elle a l’impression que ça rate un battement. A l’intérieur. Elle resserre inconsciemment l’étreinte et ose à peine sourire lorsqu’elle croise les yeux du héros. Elle est presque embarrassée par le soulagement de savoir sa main dans la sienne. Promesse d’autres vagabondages dans les méandres de l’imagination de Jeremyass. Elle préfère ainsi taire dans un battement de cils, l’histoire de numéro vingt-sept inscrite à même la peau.

Son visage peint le sérieux mais elle a le sourire qui la démange furieusement. Elle accompagne le mouvement des yeux de son vis-à-vis, dévisageant Wallace d’un regard lourd de suspicion tandis que Jeremyass lui explique la situation. Elle mord sa lèvre inférieure, manifestation de son affect devant l’inextricable position dans laquelle se trouve son super héros. Le monde est bien cruel ! Elle veut lui témoigner de son soutien mais tandis que les mots se bousculent pour pouvoir dire, la cloche de la cour de récréation sonne cruellement. Elle jette un regard circulaire dans la pièce, comme dans l’espoir d’avoir été abusée par son imagination trop fertile. Malheureusement, le concert de raclement de chaises lui souffle que la partie se termine. Elle jette un regard déçu à son super héros. Elle crève d’envie de parler encore de Wallace, de la Schwedenbomben et des actions de Jeremyass pourtant elle sait qu’elle ne retiendra pas le personnage. Elle ne sait pas retenir. Mais il y a toujours sa main dans la sienne et il faut qu’il la lâche parce qu’elle n’a pas le cœur à le faire. Elle tourne son regard vers le prochain numéro et elle ne sent pas la main de Jeremyass presser la sienne. Elle a déjà étreint plus fortement les doigts. Une prière muette et inconsciente. Ça dit : ne m’abandonne pas encore. Elle n’a pas d’histoires pour le nouveau numéro qui s’approche dangereusement de la table. Elle soupire et se résigne alors magnifiquement dans un de ses éternels sourires de composition qu’elle adresse au gendre idéal. Elle répète les mécanismes de la complaisance dans sa tête : le rire, la fausse gêne, le compliment.

Elle a posé sa tête sur l’épaule de numéro vingt-sept. Les bras se sont perdus autour du cou. Elle donne l’impression de s’être abandonnée aux promesses de Christopher Cross. La vérité est qu’elle s’est réfugiée dans le creux de l’épaule de Jeremyass, de peur de trahir son teint de porcelaine et de le révéler aux yeux du super héros. Définitivement : un super héros. Avec ce brin de folie qui vient concurrencer celui de Katleen. Et elle a été dépassée par les événements. Elle n’était même pas sûre que ce soit vraiment sa main dans celle de cet homme élancé qui l’attire autre part. Elle se sent si petite à ce moment-là. Y a comme quelque chose d’intimidant pendant un instant. Jeremyass est bien plus grand qu’elle ne le pensait. Il parle ensuite, pendant qu’elle se cache sous ses épais cheveux. Il dit que c’est important et elle veut bien le croire. Elle préfère le croire. Et puis, aussi. Il évoque le naufragé à leur table délaissée. Golden Man Retriever. Elle se sent alors comme délestée du poids de cette gêne inhabituelle. Et la tête qui était tournée vers l’extérieur se perd un instant dans le cou de Jeremyass. Elle échappe un rire. Parce que c’est irrésistible. Ces histoires de chats et de chiens. Ce décalage terrible au milieu de tous ces tristes numéros. Elle se détache un peu de la silhouette du complice, pose les mains sur les épaules pour pouvoir tenir tête à nouveau. Elle jette un regard à la dérobée au chien abandonné. Jeremyass doit avoir raison, il doit être de mèche avec Wallace, il est bien trop propre sur lui. Ça cache quelque chose.

Elle va embrayer gaiement sur le nouvel élément de l’histoire mais le super héros la devance. Et il avoue. C’est lui l’imposteur. Le numéro en trop. Quel renversement de situation pour le chat ! Le Bien par le Mal, finalement. Elle n’aurait pas pu finir sa grille de Bingo, sinon.

Elle semble préoccupée par l’énigme qui s’impose à eux. Mais pas seulement. Ce qui la préoccupe vraiment, c’est qu’elle sait qu’elle détient la solution à ce problème épineux. Une solution infaillible. Elle le sait. Et c’est bien pour cela que ça la préoccupe. Parce que finalement, c’était sous leur nez depuis le début et qu’elle a préféré l’omettre. Même Christopher Cross lui chuchotait à l’oreille : Arthur.

Parce qu’elle l’imagine déjà. Peiné par la disparition de Mallow. Cherchant fébrilement une solution pour rendre hilare cette pauvre Glace de Wallace. Se passant la main toutes les trois secondes dans les cheveux jusqu’à les dresser sur sa petite tête d’enfant terrible. Et puis, il tapera du poing dans sa main. Ce sera florilège de pitreries. Imitation du ouistiti et du voisin au pantalon monté jusqu’au menton. Elle n’a pas le temps de retenir le sourire qui se dessine sur ses lèvres à la simple pensée de ce clown d’Arthur. Mais vite, le sourire est contaminé par autre chose. C’est confus, entre la peine et la culpabilité.

Elle repousse un peu le super héros de ses mains tendues et ses yeux viennent détailler les sneakers avec minutie. Dans le monde d’Arthur, il ne peut pas y avoir de Jeremyass, de Schwedenbomben et de Golden Retriever Man qui fait des complots avec Wallace la Glace. Parce qu’Arthur est possessif. Parce qu’Arthur en serait malade, de savoir que quelqu’un d’autre à réussi à faire sourire Katleen. Pire, qu’il ait pu créer de l’intérêt. Qu’elle l’ait retenu, ne serait-ce qu’un instant. C’est inacceptable. C’est comme ces histoires avec son corbeau dégingandé. Qu’il n’en entende plus jamais parler. Et même, dans le monde de Jeremyass, il n’y a peut-être pas de place pour le Chat et son rejeton. Il est là pour le chocolat après tout.

Elle tend alors une nouvelle fois la main pour attraper celle maintenant connue de Jeremyass et l’entraîne vers la table qu’ils ont quittée un peu plus tôt. Fais un signe de tête au Golden avant de se pencher pour récupérer sa sacoche à terre dans laquelle elle remet son grand cahier à spirales. Elle ne prend pas la peine de récupérer sa grille de Bingo. Elle approche ensuite son museau de l’étiquette où se trouvent le prénom et le numéro du Golden Retriever Man. Numéro cinq Nihil. Il semble qu’un S se trouvait là auparavant. Certainement volé par ce Super héros de Jeremyass.

    « Numéro cinq Nihil, je vous emprunte numéro vingt-sept un instant. Désolée pour le désagrément. Elle baisse la voix pour continuer en chuchotant. Mais consolez-vous, il semble que votre voisin de table vous observe depuis un moment, je crois qu’il s’appelle Wallace. Bon courage… »


Elle lui fait un clin d’œil avant de gagner rapidement la sortie, toujours avec Jeremyass dont elle tient les doigts prisonniers. Elle le fait marcher quelques mètres à l’extérieur, dans la lumière artificielle des réverbères et consent enfin à le relâcher devant une petite voiture aux accents très anglais. Elle soupire, la tête baissée, avant d’articuler doucement :

    « Moi aussi Monsieur Jeremyass, je dois vous dire des choses. C’est assez confidentiel, alors j’ai préféré que cela ne tombe pas dans les oreilles d’un chien. Ou d’une glace. Voilà, j’avoue tout. Je ne devrais pas être ici non plus. Je suis un chat en liberté conditionnelle. J’ai enfreint plusieurs fois les règles du protocole de « héros en duo ». J’ai tenté d’officier sans mon partenaire mais il l’a découvert, du coup, aujourd’hui, c’est ma dernière mission en solitaire. Je suis désolée de ne pas vous l’avoir dit Jeremyass. Je suis déjà engagée dans un binôme de supers héros. »


Elle cherche quelque chose dans son sac tandis qu’elle continue de s’adresser au numéro vingt-sept :

    « Le pire, c’est que mon partenaire a en sa possession le pouvoir de faire rire Wallace jusque aux larmes. Elle tend la photo qu’elle a finie par trouver à Jeremyass. Y a une tête blonde qui sourit de toutes ses dents sur les genoux de Katleen. Mais mon coéquipier a un caractère emporté. Il est jaloux des autres super-héros. Il ne voudra jamais collaborer ».


Katleen fait alors briller les yeux de sa voiture en appuyant sur le petit bouton de ses clés. Ouvre la portière pour pouvoir s’asseoir dans le siège conducteur, les jambes encore à l’extérieur pour être face à Jeremyass. Elle fait glisser ses doigts distraitement sur le volant en cuir. Elle ne sait pas comment dire au revoir. Parce que maintenant que tout est dit, ce ne peut être qu’un au revoir. On ne s'encombre pas de choses comme Katleen et Arthur.

    « Vous avez des obligations de supers héros qui vous attendent encore à l’intérieur. Il faut trouver un autre protagoniste capable de faire rire Wallace, votre monde en dépend – et vos études aussi -. Moi, ma mission s’achève ici. »


Elle lui offre un sourire, un petit signe de la main et claque la portière. Elle met le moteur en route, et puis :

    « Sinon, vous voulez faire un tour dans ma Katmobile ? Elle a baissé la fenêtre. Comme ça, pour user de l’essence. Ça permettra peut-être de trouver un autre angle d’attaque pour Wallace. Je peux même vous montrer notre base secrète, à mon coéquipier et à moi, pour me faire pardonner. Après promis, je vous redépose ici. »


Elle n’en croit pas ses oreilles de chat. Elle essaie de le retenir. Elle se racle la gorge pour faire passer sa propre faiblesse et ajoute :

    « Vous pouvez même choisir la musique »

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MessageSujet: Re: Deux et sept font neuf   Ven 3 Juin - 16:19

and they ask me where we go, why you wanna know
listen to the record while, drop it on the floor
[...]
boom boom boom boom boom boom boom boom


Ce doit être un peu comme ça, de voler avec Wonder Woman. Même, se prend à songer Jeremias, que ce n'est peut-être pas aussi apaisant. Wonder Woman, elle ne se risquerait pas à poser sa tête contre son épaule. Elle n'aimerait pas lui faire sentir qu'il est plus grand, et que l'on peut prendre appui sur lui, qu'il n'est pas que la victime et que sous ses vêtements, il cache ses fameuses braies. Tant pis pour elle, l'extrémisme féministe la perdra. Wonder Woman finira toute seule avec sa tribu d'Amazones qui la regarderont comme une vieille, qui la regarderont comme une vieille qui aura bien travaillé du temps de sa jeunesse et de sa beauté, mais qui sera seule. Kattleen le chat se fera flatter jusqu'à la fin de ses jours. Elle mourra en pleine séance de ronronnement sur des genoux accueillants. Jeremias aurait du mal à en douter.

Pendant un instant, il se demande d'ailleurs il est où, le mari, et puis ça lui semble évident : il est mort. Le gars était grand et deux fois large comme lui. Il était pilote. Il portait des verres fumés d'aviateur, sauf que lui en était vraiment un. Et il pilotait des machins qui volent. Ils étaient heureux, tout ça, mais il est mort. Il a tout fait pour sauver ses passagers. Mais ils ont dû atterrir en catastrophe, quelque part où c'est loin, et tout le monde s'en est sorti excepté lui. On pense à en faire un Saint, c'est pour bientôt.
C'est peut-être pour se distraire, qu'il s'occupe à s'inventer des histoires en plus d'en réfléchir. Pour se distraire au point d'en omettre de glisser sa main sous ces longs cheveux comme il les aime, ou d'incliner son visage vers celui qui rit dans son cou. Il ne se rend pas compte, mais il devrait être fier de ne pas savoir se distraire lui-même. Faire quatre choses en même temps, ce n'est pas donné à tout le monde. Seulement aux supers-héros, sûrement.

Docilement, Jeremias se laisse évaluer, le moment venu, ravalant la pointe de regret de laisser Christopher Cross seul avec sa chanson. Ça y est. Le grand test. Tel qu'il s'en doutait, il n'a pas à faire à n'importe qui. Elle connait bien le milieu, ça se voit, ça se sent. Il aurait dû mettre d'autres sneakers. Des propres, au moins. Ceux-là font pitié et la pitié ne devrait jamais être inspirée par des gens comme lui, ceux qui osent la cape. Mais c'est trop tard. Elle les a vus, et elle a jugé. Il ne pourra en être autrement. Inutile de se justifier. De toute façon, l'erreur est inexcusable. Jeremias accepte son destin et se laisse entraîner par lui. Peut-être, avant de subir sa faute, aura-t-il le plaisir de voir le costume du chat. Chose sûre, en tous cas, ses dernières pensées seront pour la Schwedenbomben.
Avant de partir pour un monde qu'il espère meilleur, Jeremias a tout juste le temps de tendre sa main libre à son pote Nihil. Qui a définitivement hérité du pseudonyme le plus grandiose, ce soir. Et le pote en question a tout juste le temps de se remettre de la scène à laquelle il vient de participer comme figurant et de se rappeler. La main de Jeremias se referme sur les restes du mari de Kattleen.

La drôle de petite voiture! Elle le fait sourire, la petite bagnole. Et son sourire ne démord pas, tout le long des confessions de celle qui, croyait-il, allait mettre fin à son à peine entamée carrière. Celle qui allait lui faire brûler ses sneakers sur ses pieds. C'est soulageant, de découvrir que son heure n'est pas venue, et plus encore, d'avoir l'opportunité de mettre à profit, une fois encore, ses talents. Et vraiment, cette petite voiture, elle est drôle. Il en rirait de bon coeur, dans un contexte différent. De loin, elle est plus drôle que cette photo.
Il la tient entre son pouce et son index, à quelques centimètres de son nez, et la regarde sans sourire, en fronçant un peu les sourcils. Une petite personne en habite le cadre. Le genre de petite personne venue d'une autre planète et d'il ne sait pas exactement laquelle. Exactement le genre de petite personne dont il ne comprend absolument rien. Pas plus le dialecte que la culture. Le genre de petite personne qu'il s'obstine à observer comme quelque élément exotique de la faune. Le genre de petite personne dont il se méfie. Elles lui veulent du mal, c'est écrit dans leurs petits yeux vicieux qui le regardent avec haine et folie.
Il lui rend le portrait en avalant sa salive, gorge nouée par l'émotion. Ce n'est pas tant l'envie de pleurer, mais plutôt celle de prendre ses jambes à son cou. Mais Jeremias a un problème. Il ignore où il courrait. Il ne veut pas retourner chez Nils. Il ne veut pas sortir dans quelque boîte à sardines avec lui. Il ne veut pas rentrer chez lui, non plus, maintenant, parce qu'il se ferait tomber dessus par l'italien, et que l'infirmière l'attendrait, avec ses bouteilles de whisky, et qu'il croiserait peut-être son reflet machiavélique, et qu'il y aurait sûrement un cadavre de vieil homme dans le salon. Pour de nombreuses raisons, bref, il embarque dans la Katmobile.

- Ma Assmobile a beaucoup moins de gueule.

Jeremias éprouve un plaisir particulier à jouer avec les radios des voitures. Il change de poste, fait un arrêt sur Haydn, réfléchit, et passe. Il ne sait pas c'est quoi, ce sur quoi il s'est arrêté. Le genre de musique électronique sur laquelle lui-même s'est déjà surpris à danser, après avoir suffisamment bu pour ne capter que le rythme qui joue tellement fort qu'il avait l'impression que c'était directement sur son coeur, qu'on le marquait. Mais ça lui inspire Wonder Woman, dans le ciel, qui vole et qui chante, je t'amène où tu veux, je t'amène où tu veux... Wonder Woman qui fait une, deux, trois, quatre fois le tour du globe. Ça lui donne des idées.

- C'est comme ça qu'on fait, où je bosse.

Jeremias enfile alors les verres du défunt mari aviateur, ceux qu'il a récupérés de Nihil et, autant que faire se peut, danse. Il attrape les bords de son tee-shirt et lentement, détrône Moomintroll. Il ne fait pas tournoyer le vêtement au-dessus de sa tête par contre, restreint par le manque d'espace. Toujours en suivant le rythme, il défait les lacets de ses chaussures, retire les fameux sneakers, retire les chaussettes, en tient une entre ses dents pendant qu'il noue l'autre autour de son poignet, pour ensuite couvrir l'autre poignet. Il danse encore un peu, avec Moomintroll, puis défait l'attache de sa ceinture. Il enlève la ceinture, se la passe autour du cou, par-ci par-là, mais s'interrompt avant de se mettre à la lécher. Il la glisse dans la manche de son tee-shirt, la fait ressortir de l'autre côté, la noue, et l'enfile comme un gros collier. Ça lui fait une cape. Il danse.
La chanson se termine et le Gogo boy en Jeremias part avec. Il est content, elle avait raison, cette chanson qui ne dit rien : elle l'a amené où il voulait.

- Arrêtez-vous ici! Arrêtez-vous ici!

Ici c'est une épicerie de quartier. Jeremias se précipite hors de la Katmobile, dépourvu de sneakers, mais bien pourvu autrement, et pourvu, surtout, de son porte-monnaie. Il entre, et ressort avec deux sacs de minis guimauves sous chaque bras et des tablettes de chocolat qui dépassent de ses poches. Il revient en marchant. L'éclairage violent l'a un peu sonné, ainsi que les regards de la caissière et des quelques clients qui se trouvaient à l'intérieur. Il y a eu comme un malaise. Heureusement, il avait ses verres, ça lui a donné du courage et, avec aplomb, il a posé ses guimauves et son chocolat sur le comptoir, a sorti un billet de sa poche, et est parti sans prendre la monnaie.
De retour dans la Katmobile, il souffle, sa montagne de guimauves sur les jambes, et retire ses lunettes pour les accrocher à sa cape-ceinture.

- Ça le ferait, comme ça?

Il fixe Kattleen avec sérieux, préoccupé.
C'est de la folie. Il le sait, mais ne se résout pas à s'arrêter pour y penser plus de deux secondes à la fois. Il risquerait de prendre peur une fois pour toute et d'exploser. Il ne faut pas y penser trop, non. Ne pas penser à cette tête d'Alien sur la photo, qui aurait dû marquer le point final à cet épisode des aventures de Jeremyass. Il ne sait pas pourquoi, mais il a eu l'impression qu'elle le défiait, cette petite tête aux dents de lait acérées. Il ne s'est même pas laissé le temps de réfléchir avant d'accepter le défi. Implicite, le défi, et plus ou moins défini. Mais sûr. Elle l'a dit elle-même, la maman. C'est une tête dure en plus d'être petite, celle du bébé. Emporté. Ça fait peur. Jaloux. Ça, il peut comprendre. Ne voudra jamais collaborer. Jamais, ce n'est pas rien. Mais un super-héros a le pouvoir de briser les jamais.
Boom boom boom.
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MessageSujet: Re: Deux et sept font neuf   Dim 12 Juin - 16:18

And the soles of your shoes are all worn down now



Les changements de station viennent rythmer le silence régnant dans la petite Katmobile qui ronronne doucement. Le Chat a ses yeux rivés sur la route où danse la lumière des réverbères. Que le super-héros devienne copilote de son british bolide lui a fait se coincer une grosse boule de poils dans la gorge. Tellement, que ça l’a rendue muette. Ça lui décoiffe les moustaches, la présence de Jeremyass. Arthur est une réelle bombe nucléaire. L’élément dissuasif par excellence. Elle jette un regard à la dérobée à l’étrange personnage. Ça bouillonne sous le chapeau. Elle lançait sa bouteille à la mer avec l’espoir déjà terni de ceux qui n’ont plus rien à perdre. Ou plutôt, à gagner. Mais la mer est capricieuse. Elle lui a donc rejeté la dite bouteille sur le rivage, avec en prime, un Jeremyass accroché. Il doit y avoir quelque chose qui cloche. Il doit être engagé par sa mère. Un comédien de génie qui lui aurait presque fait croire aux études de Superhéroïsmologie. Rebecka l’a prévenue. Elle parlera forcément de la tête blonde. Mais il sera parfait, il continuera de voyager à ses côtés outre ce détail. Elle doit se ruiner dans ses services. Sinon, le numéro vingt-sept est envoyé comme agent secret par l’école d’Arthur pour voir si elle est réellement dérangée ou si ce n’est qu’une attitude détestable. Ou pire… L’homme est un mangeur d’enfants !

Elle sourit de sa propre bêtise et se détend. Il est là pour faire marcher le monde de la guimauve et elle lui a promis de réfléchir à d’autres solutions. Il s’en retournera tout de suite après à sa Schwedenbomben Brigade. A Wallace. A Golden Man Retriever.

    « Il est vrai que pour avoir de la gueule, la Assmobile va devoir s’accrocher. Mais apparemment, d’après ce que vous dites, c’est possible. La Katmobile a bien du chien. »


Elle fronce le sourcil. Elle pense qu’elle est surprise par l’énergie de la House, les oreilles encore bercées d’Arthur’s Theme. Mais elle secoue la tête, rapidement conquise. Les épaules ondulent en synchronie avec les beats. Pour le coup, ils sont vraiment confinés dans une boîte. Les yeux se tournent vers le copilote pour pouvoir partager son amusement. Il lui dit quelque chose qu’elle attend qu’il illustre pour que le sens s’épaississe à son esprit. Où il bosse. Il l’a tellement enivré de son imaginaire qu’elle en a oublié qu’il avait, lui aussi, une réalité. Mais la seule chose concrète qui se dessine à son esprit c’est Moomintroll. Et les sneakers. Il est peut-être testeur de jeux vidéo. Elle l’imagine en joueur rétro avec sa Super Nintendo et des aviator goggle sur la tête. D’ailleurs, elle le voit chausser ses verres et une fois le masque enfilé : il est autre. Un diable à ressort qui arrache un sourire à Katleen tandis qu’elle détourne le regard pour enclencher le clignotant : L’énergie du son lui rend insupportable la lenteur de la voiture devant eux.

L’agitation débordante du super héros attire l’œil curieux de Katleen, et elle tourne déjà de nouveau sa tête vers Jeremyass. La bouche s’entrouvre. Les yeux s’écarquillent. Il n’existe plus aucune gesticulation chez le chat. Il a avalé la boule de poils et est maintenant estomaqué. Le rire n’ose même pas interrompre la scène. Elle est partagée entre le fou rire et la presque suspicion. A jouer avec le feu, tu t’en brûleras les doigts bourdonne l’agaçante Rebecka à son oreille. Où il bosse. Katleen sait maintenant. Il est président d’un club SM. Elle en est persuadée. C’est lui-même qui l’a dit : le Bien par le Mal. La ceinture s’échappe des passants du jeans mais Katleen a le regard obstinément fixe, il n’arrive pas à se décrocher de l’incongru. Pourtant, y a comme quelque chose qui la rappelle à la raison, comme une lumière divine accompagnée de trompettes. Appels de phare. Klaxons. Elle se dit que s’ils meurent comme ça, sa mère ne voudra pas venir à l’enterrement. Les mains se raidissent sur le volant, braquent et elle se retrouve sur la file de droite. Comme si de rien. Et si elle n’était pas un peu secouée, Katleen se dirait qu’elle est vraiment une bonne conductrice, avec son petit volant à droite. Elle exécute presque instantanément après, l’ordre de Jeremyass. Pour le coup, elle aussi, elle a besoin de s’arrêter.

Elle regarde le super héros s’échapper vers l’épicerie, la cape au vent. Secoue la tête en soupirant, change de station radio. Ben Gibbard murmure à travers le poste : “I Will Follow You into the Dark”. Elle bascule son chapeau contre l’appui tête. Ferme les yeux. Et elle le sent. Cet irrépressible sourire. Elle essaie de s’empêcher, mais ça lui monte dans la gorge et elle perd sa tête dans le volant. Elle a un fou rire. Exactement ça, le rire fou. Incontrôlable. Et elle a juste le temps de s’essuyer les yeux lorsque son désormais numéro préféré revient dans la Katmobile, la cape en collier, avec ses guimauves et son chocolat. Il a dévissé son regard de super héros et il la regarde maintenant avec beaucoup trop de sérieux pour un accoutrement comme le sien. Et il demande.

Il demande si ça le ferait comme ça.

Elle aussi, elle le regarde. Lui, avec son extravagance autour du cou. Avec ses guimauves sur les genoux. Avec son masque de super-héros qu’il a raccroché pour faire entendre son autre voix, moins assurée. C’est tellement décalé que c’en est risible. Mes les yeux ne se moquent pas. Katleen a l’impression de regarder à travers un kaléidoscope. Jeu d’ombres et de lumières qui se chassent et se complètent à l’infini. Il l’intrigue dans ses histoires. Il l’intrigue dans ses silences. Dans la complexité qui se cache derrière les demi-sourires. Il lui a présenté quelques Jeremias depuis qu’ils se baladent dans son monde, univers d’imprévus et de fantaisies. Mais ce Jeremias là, celui qui est assis dans sa petite voiture avec sa tenue improbable et son air trop sérieux, elle ne l’a jamais trouvé aussi attirant. Plus que celui qui improvise une danse. Plus que celui qui tient la main. Elle ne saurait l’expliquer mais elle pense que ce super héros a le pouvoir de l’émouvoir. Juste un peu.

Elle détache finalement son regard de celui de son voisin et réveille la Katmobile de sa sieste. L’engage de nouveau sur les routes. Les yeux sont comme hypnotisés par la nuit derrière le pare-brise. Katleen semble s’être perdue. Le visage est fermé. Sérieux. Cela arrive peu souvent. Des milliers d’interrogations ont décidé d’assaillir son esprit. Elle ne sait plus qui d’Arthur ou d’elle enferme l’autre. Elle est la seule à avoir construit ce monde alternatif autour d’eux. C’est peut-être elle aussi, qui l’a rendu, par son comportement, si exclusif. Et peut-être, qu’au fond, elle non plus ne voulait pas partager son monde avec quelqu’un d’autre. Parce que cela reviendrait à se révéler. Ça dirait. Ça dirait les choses qu’elle entend à la sortie de l’école. Cette fille est une trainée. Le pauvre gamin n’a même pas de père. Elle ne s’occupe pas de son gosse. Une petite conne de secrétaire. Ça lui va bien. Et Katleen traverse la foule de préjugés avec le sourire, tenant fermement la petite main d’Arthur et lui bouchant les oreilles autant qu’elle le peut. Elle ne veut pas qu’il entende. Il est en sécurité à la maison entre les histoires farfelues du chat et les gâteaux cramés de Rebecka. Elle est la pire des deux. C’est elle qui fuit. Toujours.

    « Vous avez un sérieux problème ».


Dans la bouche de Katleen ce n’est pas un reproche, en témoigne le sourire qui point aux lèvres. Ça s’agrandit. Et elle répète : « Un sérieux problème » tandis qu’elle pianote d’une main sur le volant. Elle croise son regard dans le rétroviseur. Il semble lui dire : toi aussi, tu as un sérieux problème. Profonde inspiration.

    « On va faire en sorte que ça le fasse. Elle resserre les mains autour du volant. Vous vous engagez dans une aventure bien périlleuse Jere my Ass. Parole de chat ».


Elle se racle la gorge, y a l’anxiété qui la démange. Fait craquer le cou. Les idées vont trop vite dans sa tête, s’entrechoquent violemment. Elle ne sait pas ce qui est en train de se profiler mais ça la terrifie autant que ça l’exalte.

    « Monsieur, je vais utiliser un de mes pouvoirs de chat. Celui de raconter beaucoup trop d’histoires. Ne prenez pas peur. Un silence. Je fais partie d’une agence indépendante de super héros. Du coup, nous sommes peu nombreux. A vrai dire, il y a le Boss, mon partenaire et moi. Le Boss, c’est Becky. Et comme elle est le Boss, nous allons être obligés de la mettre au courant de la mascarade. En plus, elle est aigrie de ne pas être elle-même un super-héros alors elle fera en sorte de mettre notre plan en échec si nous ne la mettons pas dans la connivence. »


Elle fouille dans la poche de sa robe pour en sortir un téléphone à clapet orange, sélectionne le numéro de chez elle et enfonce deux fois la touche verte pour enclencher le haut parleur avant de tendre l’appareil à Jeremyass.

    « Pourriez-vous le tenir près de ma bouche ? Becky vous paraîtra peut-être un peu… Becky. Mais au fond, c’est quelqu’un de fort sympathique. »


La ligne ne répond pas directement mais après quelques secondes d’attentes une petite voix s’élève enfin dans la voiture. Arthur a décroché. Katleen articule silencieusement : « C’est lui » tout en pointant le téléphone comme le coupable d’un terrible crime. La tête blonde pendant ce temps la noie dans une multitude de questions. Il veut savoir quand elle rentre. Comment était le Speed Dating. Si elle a rencontré des Richard qui font de la danse classique. Ils discutent un peu ensuite, des pommes de terre carbonisées de Becky et d’un monstre sous le lit de Katleen. Elle promet qu’ils iront voir ensemble quand elle rentrerait. Sans prévenir, le dialogue passe tout d’un coup du suédois à l’anglais. Arthur a enfin cédé le téléphone aux mains de Rebecka. Le bras de fer s’engage. Elle introduit le super héros par des détours. Sa mère se lance alors dans un long monologue. Se plaint beaucoup. Des mêmes choses. Charlotte est incorrigible. Pourtant, le Boss écoute attentivement ce que lui raconte le Chat. Sur des codes secrets. D’échelles dans le jardin. De radios allumées. Et d’Arthur qui ne veulent pas se mettre en pyjama. La demoiselle au chapeau finit par lui demander si elle marche dans la combine. Ça rouspète encore de l’autre côté du téléphone mais ça dit oui sans l’avouer. Katleen indique donc à Jeremyass, dans un sourire, qu’il peut refermer le téléphone.

    « Nous sommes bientôt arrivés. La troisième maison à gauche en partant du bout de la rue. »


La Katmobile s’arrête pourtant bien avant d’atteindre la bâtisse. Les paupières de la voiture se ferment sur les phares. Il ne faudrait pas qu’ils se fassent repérer avant que cela n’ait commencé. Elle coupe le contact et se tourne vers Jeremyass pour lui donner les derniers détails :

    « Nous allons devoir nous séparer temporairement. Pour réussir à obtenir la collaboration de mon partenaire Arthur, c’est le seul moyen. S’il venait à faire un lien entre nous deux, il comprendrait que j’ai encore enfreint le règlement et serait inflexible. Je me défais donc d’un T à partir de maintenant. Le Boss va prendre la relève à vos côtés pour la première partie du plan : l’infiltration »


Elle balance sa tête dans un soupir. Ferme les yeux pour se redresser presque immédiatement. Elle tend la main à Jeremyass comme pour conclure les clauses de la mission. Elle le regarde avec sérieux et ajoute, grave :

    « Le Boss et moi nous engageons à vous faire entrer dans la base secrète mais la réussite de la mission, ensuite, ne dépend que de vous… Super héros Jeremyass. »


Elle abandonne alors son complice, laissant sur le siège conducteur, les clés de la voiture. Elle lui fait un signe de main à travers la vitre et le congratule d’un léger signe de tête qui dit « bon courage ». Une dizaine de minutes après, la portière de la voiture s’ouvre de nouveau et une personne d’une cinquantaine d’années s’installe aux côtés de Jeremyass. Elle le toise de la tête aux pieds un instant, s’arrête sur le visage avec sérieux avant de complètement se désintéresser de son cas et de remettre la voiture de Katleen en route.

    « Vous ressemblez au fils Hearbson. On vous l’a déjà dit ? Du moins, de ce que j’ai pu en voir avant qu’Arthur et Katleen ne refassent le portrait de toutes les personnalités de mes magazines à la peinture. Elle plisse les yeux sur la ceinture autour du cou avant d’ajouter. Mais je doute fort qu’il s’amuse aux mêmes choses que vous. Et puis, que ferait-il là-bas ? Son rang n’est pas le nôtre. »


Pendant que Rebecka établissait un premier contact chaleureux avec notre chanceux héros, la voiture s’est stationnée devant la fameuse troisième maison à gauche au bout de la rue. Le Boss regarde attentivement à travers la vitre de sa portière tout en triturant la fine croix dorée autour de son cou. Elle semble attendre quelque chose. Finalement après un long moment, la fenêtre de la chambre d’Arthur au premier étage s’ouvre et la tête de Katleen apparaît dans l’encadrement, elle attrape le regard de sa mère et lui fait un « OK » de la main avant de disparaître presque immédiatement après. Rebecka se tourne alors assez brusquement vers Jeremyass et daigne de nouveau lui adresser la parole.

    « Katleen et Arthur sont en train de faire leur routine du soir. Brossage de dents. Pyjama. Histoires idiotes etc. Pour nous laisser du temps, Katleen diffère le coucher d’Arthur en chassant une créature imaginaire sous son lit. Apparemment, celui-là a peur de la musique classique. C’est surtout pour éviter que l’on ne nous entende quand vous grimperez jusqu’à la fenêtre d’Arthur. Rebecka soupire mais ne peut s’empêcher d’afficher un sourire amusé. Elle aurait pu vous faire entrer par l’intérieur, la Charlotte, mais elle dit que les vrais supers héros n’entrent pas par la porte d’entrée. Elle regarde de nouveau par la vitre pour s’assurer qu’ils ne peuvent pas être vus par Arthur. Bien, vous allez me suivre jusque derrière la maison pour m’aider à sortir la grande échelle de la cabane à outils. Comme ça, ça vous évitera de vous refroidir, vu comme vous êtes couvert, vous allez tomber malade. Mais que vous passent-ils par la tête les jeunes… »


Elle sort de la voiture, attend que le super héros en fasse de même et récompense enfin la Katmobile de ses services en lui offrant le repos d’un bip de clé. Elle ordonne ensuite à Jeremyass d’un signe de main de le suivre et lui conseille d’être discret en posant un doigt sur ses lèvres. Après quelques détours et une proposition de sac en plastique pour porter toutes les guimauves que le jeune homme a dans les mains : « Mais que faites-vous avec toutes ces guimauves ? », l’échelle se pose enfin sur la façade de la maison et Rebecka lui offre les toutes dernières indications de la première phase du plan.

    «Je vous tiens l’échelle pendant que vous montez. Ensuite je vais entrer de nouveau dans la maison pour prévenir Katleen que vous êtes dans la chambre d’Arthur. Ce sera une phrase anodine, mais elle sera dite assez forte pour que vous puissiez évaluer le temps qu’il vous reste avant que les deux énergumènes n’entrent dans la pièce. Elle lance un énième regard à Jeremyass et lui dit sur un ton badin. J'espère que Charlotte ne nous fait pas entrer un voleur dans la maison.»


Rebecka disparait donc, comme promis, et se rend à l’étage où le bruit sourd de l’Hungarian No. 5 de Brahms se fait entendre. Elle se rend donc vers la provenance du son et s’engouffre hardiment dans la chambre de Katleen où elle retrouve sa fille à quatre pattes sur son lit, alerte, en pyjama bleu et blanc écossais, demandant, anxieuse, à un petit garçon tenant une grosse radio, s’il voit Gary le monstre du silence. Ce dernier est en tailleur, l’échine courbée pour regarder sous le lit. Il dit non. Il doit être parti. Brahms a eu raison de lui. Rebecka les interrompt en se plaignant du volume de la musique. Arthur finit donc par éteindre la radio et le Boss Becky annonce haut et fort que le gâteau au chocolat est prêt. Elle le répète même deux autres fois. Katleen et Arthur sont maintenant en face d’elle. Katleen hausse les sourcils pour signifier à sa mère que la phrase est d'une nullité affligeante tandis qu’Arthur verbalise la pensée du chat.

    « Qu’est-ce que tu dis Becky ? Faudrait penser à aller te coucher ».


Arthur tire sur son grand t-shirt de nuit aux allures d’océan avec ses couleurs marines et ses animaux aquatiques tandis que Katleen le soulève pour le blottir dans ses bras.

    « D’ailleurs, toi aussi, il faudrait penser à aller te coucher. Même les aventuriers ont besoin de sommeil. »


Katleen et Rebecka échangent un regard avant que la fille ne dépasse sa mère pour sortir de la chambre et se rendre dans celle d’Arthur. Elle relâche le garçon de son emprise lorsqu'il arrive devant la porte de la pièce et lui laisse le soin de l’ouvrir. Les petites lumières de la chambre détachent une silhouette inconnue aux yeux de l’enfant qui a un mouvement instinctif de recul. Sa main a empoigné un sabre en plastique dans le pot qui se trouve à l’entrée et il protège d’un bras, sa mère qu’il intime de reculer. Il tient l’arme fortement, les sourcils sont froncés mais, ça tremble un peu dans les jambes. Il ne doit pas se laisser envahir par la peur. Il doit protéger Katleen et Becky. Il secoue alors énergiquement la tête et interpelle la personne, la détermination dans la voix.

    « Qui t’es et qu’est-ce que tu nous veux ? »


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MessageSujet: Re: Deux et sept font neuf   Ven 17 Juin - 2:34

"One can't be too dangerous, if they like to eat pancakes. Especially with Jam on it."
- Moomin Troll.


Le gnome est pire qu'il se l'imaginait il y a deux secondes, déduit Jeremias en se détachant, à son tour, de ce regard échangé avec le chat. Il tourne la tête vers l'avant, mais regarde vers le côté. Elle est tellement sérieuse, tout d'un coup. Il devrait être découragé, mais non, pas encore. Il a des guimauves, il a du chocolat, il a toute une Brigade à lui, il a un tour de Katmobile. C'est déjà pas mal, c'est déjà beaucoup. Et il a, en prime, la possible réussite d'une mission. Il y gagnerait quoi? Il ne sait pas très bien. Il n'est pas certain, d'ailleurs, qu'il y gagnerait quoi que ce soit. Et si c'était un piège? Et si, au contraire, il avait tout à perdre, dans la réussite de cette mission?
Il ne peut qu'acquiescer à la remarque du chat. En effet, il a un sérieux problème. Il ne sait absolument pas dans quoi il s'est embarqué. Cela dit, malgré le menaçant inconnu, malgré l'indéchiffrable issue de cet épisode des aventures de Jeremyass, Jeremias, lui, le type derrière le masque, n'arrive pas à réellement la sentir, cette angoisse qui lui tourne autour en le titillant. C'est peut-être Moomintroll, c'est peut-être l'effet apaisant du chat, c'est peut-être... Rien. Ce n'est rien, voilà. Kattleen le lui confirme elle-même. Ce sera périlleux, mais ça le fera. Il n'en demande pas plus, et n'en demandait, au fond, peut-être pas tant. Mais c'est cool. Aussi cool qu'un aviateur avec des yeux de mouche à la place des siens.
Attentif, il enregistre les précieuses informations que lui confie la pilote. Il sent que ça devient de plus en plus sérieux lorsqu'elle sort le téléphone. L'appareil le fait sourire aussi, comme la Katmobile. Mais il faut se concentrer sur les instructions qui lui sont transmises. Aussi saisit-il le téléphone lorsqu'on le lui demande et l'oriente tel que demandé. Et sourit, plus ou moins, du coin de la bouche. La voix, de l'autre côté, est minuscule. C'est tout ce qu'il retient, vraiment, de l'entretien duquel il est l'auditeur. Les yeux rivés à la maman de la petite voix, il observe son chapeau, et dessous le chapeau, encore ces cheveux, ces longs cheveux sous lesquels il voudrait se cacher et dormir. Mais il n'a pas sommeil.
Il referme le clapet orange du téléphone quand Kattleen lui sourit, sans trop savoir depuis quand elle a cessé de parler.

- Ok.

Il tapote un peu le rebord de la fenêtre lorsque la voiture s'immobilise. C'est pour remercier la Katmobile. Il a beaucoup apprécié cette petite balade dans ce brave petit véhicule à la radio un peu magique, soupçonne-t-il avant d'être abandonné à son sort de super héros. Il soupire aussi, et serre à nouveau dans la sienne la main de Katleen à un T.

- Vous permettez que je le garde, l'autre T?

Jeremias le pousse dans son oreille. Ça pourrait lui donner des idées, ça pourrait l'empêcher d'oublier.
Il suit du regard Katleen qui descend la rue, puis ferme les yeux lorsqu'elle rejoint la maison, la troisième. Il ne pense pas à fuir, ni à manger les guimauves ou le chocolat. Il ne pense pas à ses sneakers, ni à son pantalon dépourvu de ceinture. Il pense à Moomintroll, qui danse sous une boule disco multicolore. Il rigole. La portière qui s'ouvre du côté du conducteur le fait un peu sursauter. Moomintroll retrouve son poste sur la cape de Jeremias. Tandis que ce dernier se tait. Le Boss a des rayons X dans les yeux, mais le fils Hearbson ne se laisse pas intimider et, posément, renfile ses verres.

- C'est la première fois que l'on me fait la remarque. Et vous avez raison, son rang n'est pas le nôtre. À cette heure, le fils Hearbson doit être entrain de déguster quelque bon thé, bien installé devant son foyer, en la charmante compagnie de son petit doigt et de son ombre.

Le Boss ne l'écoute pas vraiment, le Boss guette. Jeremias regrette un peu la magie de la radio. Il veut encore la chanson de Wonder Woman, celle que le fils Hearbson ne connaît sans doute pas et à l'écoute de laquelle il grimacerait. Le fils Hearbson, il l'avait oublié, celui-là. Les magazines avec et, surtout, les gens qui les lisent, les gens comme le Boss. Il ne veut plus y aller. Il ne veut pas entrer dans l'univers du Boss. Ils y sont trop nombreux. Il veut redevenir le fils Hearbson. Parce que le fils Hearbson a une soeur Hearbson. Elle s'appelle Lysiane. Lysiane Hearbson. C'est comme ça qu'elle s'appelle. Lysiane. Hearbson. C'est sa soeur. Ils vivent tout en haut d'une tour sans porte ni fenêtre. Le soleil est une des ampoules du lustre qui pend du plafond de leur chambre. Ils sont heureux, rien que cela, et vivent avec des instruments de musique. Le frère joue, la soeur écoute. Entre deux menuets, ils font l'amour. Ils dorment, mais rêvent, surtout. Le jour, la nuit, leur importent guère. C'est eux qui ont inventé le reste, pour passer le temps, mais du reste, ils n'ont pas besoin. Le reste, les autres, les pères, les mères, les Becky...

Katleen et Arthur, que lui raconte la Becky, lorsqu'elle lâche finalement sa croix. Et Jeremias lâche la tour et tout ce qui y rêve. C'est à cause du magazine. Il avait oublié son rôle, de l'autre côté du numéro vingt-sept. Le Boss n'en est définitivement pas un facile à passer, mais heureusement, Jeremyass finit pas croire qu'il en viendra à bout. L'arme à employer pour cette manche? La collaboration. Efficace, il suit le Boss là où le Boss l'amène, transfert son butin sucré dans le sac, porte le sac, porte l'échelle, pose l'échelle, acquiesce quelques fois, hausse les épaules à une ou deux reprises, remonte son pantalon à chaque septième pas, attrape une poignée de terre, se salit délibérément les joues, le front et les bras un peu, le torse un peu, et grimpe, et entre, comme un voleur, par la fenêtre de la chambre d'Arthur. Il se demande d'ailleurs ce qu'il est venu y voler, ne voyant qu'indistinctement, dans l'ombre et derrière les verres. Il cesse de chercher lorsqu'il entend que le gâteau au chocolat est prêt. Il hume l'air, mais ne sent rien. Bizarre. Cependant la petite voix retentit à nouveau et chasse par le fait même le gâteau de l'esprit du voleur, ou plutôt du super héros. C'est compliqué.

Ils arrivent. Jeremias laisse tomber le sac par terre et se penche sur le rebord de la fenêtre. Il inspire profondément et brandit son poing en direction d'une gamine qui promène son chien, plus bas. Sa voix se mêle à celle du fameux Arthur qu'il devine derrière lui.

- JE T'AURAI! JE JURE QUE JE T'AURAI WALLACE LA GLACE! TU PAIERAS POUR CE QUE TU AS FAIT À MR. MALLOW! TU PEUX TOUJOURS COURIR, TAS DE CRÈME! JE T'AURAI! JE T'AURAI!

Il reprend son souffle, et se retourne. La fillette a fui. En apercevant le petit homme, il sursaute. C'est un vrai gamin, et pire encore. Plus vrai que nature, ce gamin-là s'y croit réellement, avec son sabre de plastique. Jeremias n'ose pas lever les yeux vers Katleen, encore moins vers le Boss. Il avale sa salive, inspire un bon coup et, brusquement, s'incline bien bas, bras tendus jusqu'au bout des doigts pour former un large V dans son dos. À son grand soulagement, lorsqu'il se redresse, il se permet de retrouver un ton normal, voire moins encore. Il parle bas, lentement.

- Par la gomme arabique! Je n'osais pas y croire... Un authentique guerrier Homo floresiensis! Sans démordre de son sérieux, Jeremias fouille dans ses poches et finit par sortir de la gauche un bout de papier qu'il rapproche alors de son visage jusqu'à le coller sur un de ses verres. Après un instant, remettant le papier là où il l'a pris, il reprend. Vous êtes... Arthur, n'est-ce pas? Mr. Mallow m'a longuement entretenu à votre sujet. Vous ne le connaissez pas, mais il vous connaissait, je vous assure. Mr. Mallow était un bon ami à moi, seulement... Jeremias détourne le regard et pousse ses lunettes d'aviateur plus haut sur son nez. Mr. Mallow était l'un des éléments clé de ma Brigade. La Schwedenbomben Brigade, exclusivement composée d'authentiques Schwedenbomben. Pas de celles que l'on trouve dans les confiseries, mais de celles qui combattent, nuit et jour, pour la préservation de la guimauve dans votre pays. Sans elles, plus de guimauve. D'où la nécessité d'assurer leur sécurité, pour que la guimauve vive, vive encore et vive longtemps. Alors seulement, Moomintroll, l'autre Moomintroll, celui qui veille au pied du microscopique lit, apparaît dans le champ de vision de Jeremias. Champ de vision qui petit à petit s'est adapté à l'obscurité imposée par le costume. Vous permettez? Il élève ses mains dans les airs et fait un tour sur lui-même avant de « malencontreusement » accrocher, avec son pied, le sac de plastique qui alors, en tombant sur le côté, se soulage en partie de son contenu sur le plancher. Prudemment, Jeremias s'écarte, en expliquant. Je suis celui qui a fait de la défense et de la survie de la Brigade un devoir, une raison d'être. Mon nom est Moominjem. Je connais bien Moomintroll, d'ailleurs. Mais ici l'on m'appelle Jem, ou Gem, comme un trombone, c'est à votre guise. Il s'incline devant Moomintroll comme il l'a fait devant Arthur, se redresse et salue semblablement, quoi que moins officieusement, l'armoire qui a un visage. Arthur, fait-il gravement en se retournant vers l'interpelé, sans votre précieuse collaboration, je crains que les Schwedenbomben courent à leur perte.

Alors il lui explique, un genou contre le sol, un bras appuyé contre sa cuisse, l'histoire de Wallace, son pouvoir, et l'histoire de Mr. Mallow, avec ces mots qu'il prend toujours soin d'articuler de la première à la dernière syllabe, sur ce ton jamais pressé de rien, de cette voix lourde, il lui explique sans se soucier des mots que l'Homo floresiensis pourrait ne pas comprendre. Il lui explique, aussi, sa violente et inattendue altercation avec Wallace, qui l'a surpris, accompagné de Golden Retriever Man, à quelques pas d'ici. Ils cherchaient le mystérieux dernier recours de la Brigade. Sans le savoir, ils cherchaient Arthur, confie Jeremias.
Enfin, désignant les guimauves et le chocolat, il révèle qu'il s'agit d'un présent de la part des Schwedenbomben, pour le remercier de son aide. Alors, Jeremias retire ses verres. Il ne quitte pas le nabot des yeux.

- Elles ont foi en vous. Pas une seconde elles ont douté de votre volonté de leur venir en aide et... de me venir en aide. J'ignore le secret des fous rires, Arthur. Il le dit en souriant, épuisé. Ne vient-il pas de se battre avec un monstre de glace et son chien enragé?

Bref, ça y est. Quoi? Toujours, il n'en sait rien. Cette chambre est une jungle et il pourrait ne pas en sortir. Ne pas en sortir vivant, mais il n'y songe pas, car il ne peut s'empêcher de regarder autour de lui, maintenant qu'il voit clair. C'est une chambre d'enfant comme il n'en a jamais vue. D'ailleurs, le terme lui vient naturellement, chambre d'enfant, pour la première fois. En apercevant le mobile du système solaire accroché au plafond, il éprouve même une pointe de jalousie. Le sien était austère, antipathique, terne, et surtout tellement fragile. On ne pouvait pas y toucher. C'était une pièce de collection, un jouet de luxe. On ne pouvait y jouer qu'avec les yeux. Mais celui-ci, avec ses grosses planètes aux couleurs vives, évoque un coin de l'univers bien plus sympathique. Un coin qu'il ne connaissait pas. Sa prochaine destination vacances trouvée, il porte son attention sur le sabre d'Arthur et alors, Moominjem se dissipe au profit du fils Hearbson, dans toute la splendeur de son stoïcisme.

- Cool. J'en ai un qui ressemble un peu, chez moi. Je l'ai obtenu d'un Japonais qui se faisait appeler Masamune no umarekawari. Il jurait que c'était un authentique et que c'était lui-même qui l'avait conçu, sept siècles plus tôt... Derrière Arthur, Jeremias voit les jambes de Katleen et alors ça lui revient, le costume, les supers-héros... Entre super-héros, le Japonais et moi nous sommes fait des confidences. Il m'a confié que chaque fois qu'il se faisait hara-kiri, il retrouvait ses vingts ans. Il disait qu'il aurait préféré un pouvoir plus heureux plutôt qu'un qui ne se réalisait que dans la souffrance. Comme le pouvoir de faire rire aux larmes, par exemple... Il soupire, adresse un signe de tête au bonhomme. Alors, Arthur, êtes-vous prêt à employer votre pouvoir au service de la guimauve?

Et vous, Jeremyass, fils Hearbson, Moominjem, êtes-vous prêt?
À manger du gâteau au chocolat, certainement. Il en espère toujours le parfum.
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MessageSujet: Re: Deux et sept font neuf   Mer 22 Juin - 16:11

Pour moi c'est l'heure de foutre à la poubelle
Mon cœur en bois et pour de bon,
C'est le crane serti d'étincelles
Que je viens donner ma démission.



La tourmente agite le bleu de l’œil. Où vas-tu Arthur ? Les petits doigts s’agitent avec impatience dans la paume de la main de Katleen. Ils veulent l’escapade. Juste une fois. Connaître la grande Aventure. Avec un grand A, celles qui écrasent toutes les petites aventures qu’ils inventent à l’envie. Jour après jour.

Elle a attrapé la main sans s’en rendre compte. Le geste dit plus qu’elle ne veut l’admettre. Ça supplie : « Reste Arthur ». Les yeux se perdent à la contemplation du super-héros qui raconte. Qui raconte Wallace. La Brigade. Golden Man Retriever. Et elle veut se boucher les oreilles. Ne parle plus, s’il te plaît. Elle veut s’enfuir. La main d’Arthur fermement dans la sienne, ils doivent s’échapper. Vite. Dans une course effrénée. Ils ne s’arrêteront que lorsqu’ils seront sûrs que l’homme avec le Moomintroll qui se cache dans la cape ne les rattrape pas. Mais, ça se fait plus insistant dans la main, les doigts se démènent furieusement. Elle veut que le super-héros s’en aille. C’était une mauvaise idée. Ils n’ont pas besoin de lui. Et ça se fait plus douloureux dans la poitrine. Quel est ce vide immense qui manque de la faire chavirer ?

Arthur a lâché sa main.

Le poing se serre un peu trop fort, elle sent que ça force sur les articulations. La tête se tourne vivement vers l’embrasure de la porte mais Rebecka n’est déjà plus là. Elle fait taire la tempête qui trouble le regard de ses paupières trop fermées. Elle aimerait retrouver des temps oubliés. Quand elle rentrait de l’école et que sa mère lui ouvrait les bras pour la soulager de ses peines de la journée. Qu’elle lui promettait tout et n’importe quoi au creux de l’oreille, en caressant ses longs cheveux. Aujourd’hui encore, elle aimerait que Becky lui dise des mensonges. Qu’elle lui assure qu’elle sera toujours là. Que c’est fini, tout ça. Qu’elle ne sera plus jamais seule maintenant. Elle voudrait encore être bercée d’illusions comme au temps de l’enfance. Elle s’endormirait aux côtés de sa mère, dans des marmonnements de vérités qu’elle oublierait rapidement au profit du rêve. Elle lui avouerait ce qu’elle cache continuellement sous le chapeau. Sous les rires et la désinvolture.

Elle va se cacher, au pied de l’arbre aux milles lumières, en tailleur, pour observer de loin, derrière le bois du lit, l’envol de son garçon. Il reste d’abord à la place initiale, ses pas se confondent dans ceux accrochés dans la moquette de la chambre. Il paraît complètement hébété, la bouche légèrement entrouverte, le sabre lâche au bout du bras. Les informations passent par une de ses oreilles, sifflent dans le vide de la tête et se dépêchent de sortir par l’autre orifice. De nouveau, un vif mouvement de recul quand il voit que l’homme se tourne dans sa direction, la main vient trouver le contact rassurant du bois de la porte. L’autre main a retrouvé de la vigueur et l’arme pointe l’inconnu qui le salue. Et malgré cette témérité, il aimerait reculer encore s’il n’avait pas fermé la porte en s’appuyant dessus.

Les yeux se fermeraient presque, tellement Arthur les plisse de suspicion. Il respire fortement, dans une lenteur considérable. Il faut qu’il calme les palpitations de son cœur. Tous les sens sont en alerte, il a l’impression de pouvoir avoir conscience de chaque parcelle de son être. Il jette un regard rapide autour de lui, à la recherche de ce guerrier il-ne-sais-pas-quoi dont lui parle le mec inquiétant en face de lui. Mais ce qui est encore plus inquiétant, c’est que le mec inquiétant le connait. Et que celui qui lui a parlé de lui, Arthur, il ne le connait même pas. Par contre, le mec inquiétant, lui, semble connaitre tout le monde. Même Moomin et Raphaël son armoire !

Il reste stoïque toute la fin du discours de celui qui se fait appeler Trombone. Même après, tellement c’est abasourdissant tous ces mots d’un coup. Et puis, sans prévenir, il se rue jusque sur le lit, attrape Moomintroll de sa main libre, le secoue violemment et d’une voix presque blanche :

    « Moomin ! Pourquoi ne m’as-tu rien dit ? Il se tourne alors vers son armoire, pointant le coupable de son sabre. Et toi Raphaël, pourquoi n’as-tu jamais parlé de ce Gem ? »


Nom d’une poêle à frire ! L’homme est reparti dans la mitraille infernale des mots. Arthur va se noyer. Il accroche la locomotive de la pensée de Moominjem, se prend la vapeur dans les narines, et le temps de deux ou trois éternuements, attrape l’essentiel dans le canal qui monte au cerveau. Le reste, tant pis. Il l’a éternué. Arthur regarde l’homme, du haut de son lit. Malheur ! Le masque commence à se fissurer au niveau de la bouche, et le garçon cache un rire derrière ses deux mains. Il saute alors sur son lit, pour finir par s’affaler dessus, sur le dos. La tête pendant dans le vide. Il a une drôle de figure, le Moominjem comme ça et Arthur lâche un brouillon de rire qui s’éteint rapidement pour s’adresser soudain avec sérieux au super-héros :

    « T’as jamais rigolé de ta vie ? »


Et cette idée tout à fait inimaginable, fait se rouler le gamin sur son lit en se marrant. C’est impossible. C’en est tellement impossible que ça lui attrape des rires incontrôlables qu’il ne s’explique pas. Ça le rend un peu nerveux. Il doit pourtant s’arrêter parce que l’autre se remet à parler, et qu’Arthur est désormais curieux de tout ce qui peut sortir de la bouche de l’inquiétant.

Un mot fait tilt dans sa tête. Il a dit : Super héros. Il a même dit : Entre super-héros. Le sabre ne sert plus à rien désormais. Il l’abandonne sur le lit et vient à la rencontre de l’homme. Dans une démarche lente et solennelle. La petite main vient se poser sur une des épaules de celui qui est encore accessible à sa taille, car plié de moitié. Il murmure, de peur que le souffle des mots ne balaie son espoir :

    « Moominjem… Tu es vraiment un super-héros ? »


La voix est presque étranglée par l’émotion. Les yeux d’Arthur cherchent en vain à percer le secret des verres teintés sur le nez du Trombone. Ils se demandent si les yeux sont les mêmes que les siens. Voit-il à travers les murs ? Il pose ses mains sur ses joues, peint l’horreur sur son visage. Et s’il pouvait voir à l’intérieur de sa tête ? Il essaie de ne pas paniquer, il n’y pourrait rien de toute façon. Ça lui fait tout drôle quand même, de se retrouver devant un super-héros. Parce que dans le monde d’Arthur, il n’y a que des héroïnes. Des Katleen et des Becky par milliers. Mais là, c’est un vrai homme devant lui. Et même, c’est un surhomme. Il a le même le ventre étrange des super héros. Avec des bosses bizarres que lui Arthur, n’a pas sur son ventre lisse et rond d’enfant.

Arthur se penche timidement vers les guimauves au sol et les considère avec sérieux. Moominjem est un super-héros, et il est venu le chercher lui, Arthur, pour la sauvegarde du monde. Certes du monde des bonbons, mais quand même. Il se tape le front avec le paquet de confiseries. C’en est trop pour lui, il manque de tituber de bonheur. Et finalement, c’est ce qu’il fait. Il se laisse tomber au sol et les yeux rivés sur le plafond, il ouvre à l’aveuglette, le paquet de guimauves. Il en avale une, deux, sans vraiment s’en rendre compte. Tous les moments de sa petite vie défile dans sa tête, il faut qu’il se souvienne des choses qui l’ont fait le plus rire ou ce qu’il aurait pu faire par le passé qui aurait beaucoup amusé son entourage. Il se souvient d’un éléphant au cirque qui n’arrêtait pas de se rouler dans le sable et de faire semblant de dormir. C’était vraiment drôle. Mais pas assez. Une fois, il avait dansé dans le salon et il se souvient que sa mère et Becky avaient ri, mais il ne sait pas pourquoi. Ça l’avait vexé. Il n’a pas envie de se ridiculiser devant le super héros. Il se gratte le cuir chevelu, insatisfait. Ça ne vient pas. Il y a un élément qui lui manque. Il sait qu’il n’est pas loin. Encore un peu d’effort. Et soudain, il passe sur le ventre, enfoui son visage dans ses bras et il rit. Il rit tellement qu’il est obligé de se rouler sur un de ses flancs et de se tenir le ventre. C’en est presque douloureux. L’élément qui lui manquait, c’était forcément Katleen.

Il se traine comme un ver de terre pour apercevoir le visage de sa mère, cachée derrière le lit, avec le visage d’un bienheureux. Elle lui offre un sourire et un petit signe de la main, il va lui rendre, dans une fin de rire. Mais ce dernier stoppe net toute action. Il lui semble que le regard a glissé de sa personne à celle de Moominjem. Il croit même qu’elle lui a souri.

Arthur se lève d’un coup, court à son lit, tire brusquement sur la couette et la jette sur la tête de sa mère. Il l’étouffe là-dessous, l’emprisonnant d’une étreinte puissante. Il se tourne ensuite vers le super-héros et l’assassine du regard. Il refuse. Il refuse de partager son pouvoir avec qui que ce soit. Il refuse de partager Katleen. Parce qu’elle est la seule qui peut le faire rire jusqu’aux larmes. Parce que ce n’est que pour elle qu’il invente mille et uns stratagèmes pour lui arracher ne serait-ce qu’un sourire. Même pour tout un monde, il n’est pas capable de partager ça. Tant pis pour les Moominjem et les guimauves. Tant pis pour la grande Aventure avec un A majuscule. Tant pis, tant pis, tant pis. Il ne veut pas qu’on lui vole ne serait-ce une goutte de l’essence de sa précieuse Katleen. Elle est à lui. Ses sourires lui reviennent. Et tout le reste. Elle lui appartient. Il frappe sa tête contre la couette.

    « Tu es injuste ».


C’est plus facile de rejeter la faute sur elle. Parce qu’il ne veut pas se l’avouer, mais il en crève d’envie, de sauver le monde aux côtés de Moominjem. Mais ça fait s’entrechoquer des millions de sentiments contradictoires. Ca fait trop lourd pour la tête d’Arthur, alors il préfère tout rejeter en bloc. Mauvaise foi enfantine.

Le visage de Katleen arrive à s’extirper de l’épaisse couette, la queue de cheval secouée par l’évènement. Elle pose les yeux sur son gamin, les joues rouges. Les yeux remplis de colère et de larmes. Il est difficile de conjuguer leur monde à d’autres personnes. Elle lui tend la main dans un timide sourire. Main qu’il repousse de toute sa petite force d’enfant. Elle se lève alors et le soulève dans ses bras malgré les contestations virulentes d’Arthur. Elle fait quelques pas pour finir par se planter devant Jeremyass, maintenant Moominjem, à son grand soulagement. L’enfant capricieux se cache de la vue du super-héros en plongeant sa tête dans les cheveux de Katleen. Elle se penche alors à son oreille pour tenter le compromis, dans un murmure :

    « Tu as une dette envers Moominjem, Arthur… Tu as bien accepté le présent de la Schwedenbomben. Ils comptent sur toi. Tu vas les abandonner maintenant ? »


Silence. Katleen fait un signe de la tête au super-héros de faire volte-cape et de faire semblant de s’enfuir par la fenêtre.

    « Bon, tant pis. Moominjem semble se résigner…»


Le gamin tourne vivement la tête, fait comprendre à Katleen de le relâcher et attrape par le jeans, le numéro vingt-sept. La bouille baissée, un peu honteux. C’est humiliant, le caprice qu’il vient de faire. Il ouvre la bouche, le visage obstinément tourné, penaud :

    « C’est bon, je crois avoir la solution… »


Il retourne alors à sa mère, lui tire sur la manche de pyjama, chuchote à son oreille avant de la pousser jusqu’à la sortie et de refermer la porte sur elle. Il grimpe ensuite, une nouvelle fois sur son lit et se recroqueville dessus, le visage caché dans ses bras. Il marmonne des choses. Il informe Moominjem que Katleen est allée se préparer. Il dit plus bas encore si c’est possible : « Pardon ». La tête se relève tout doucement et il demande, soudain timide :

    « Même si ça te fait pas rire, notre truc avec Mamma… Tu resteras après pour regarder les planètes avec moi ?Il montre le système solaire au dessus de lui. Tu me diras de laquelle tu viens ? Et puis… Tu me montreras tes yeux ? »


Il regarde intensément son héros. N’y a-t-il vraiment jamais de rires dans la vie de l’étrange personnage ? C’est comment sur sa planète ? A-t-il une Katleen pour supporter toutes ses humeurs ? Pour lui essuyer le nez quand il a un chagrin ? Il se sent triste d’un coup. C’est trop affreux. Il se met alors debout et interpelle Moominjem :

    « Hé le super-héros, tu m’emmènes sur ton dos jusque dans la salle de bains ? C’est là-bas que ça se passe. J’te dirige, pas de soucis »


Il tend les deux bras vers le Trombone et attend. Quand ce dernier décide de le prendre comme cavalier, Arthur passe ses bras autour du cou. Raconte un peu tout. Un peu n’importe quoi. Entre un tout et un n’importe quoi. Il lui explique un peu : Paul, les Speed Dating et le fait qu’il sera cobaye de l’opération sur Wallace, parce qu’apparemment si le super-héros rit, c’est dans la poche pour battre le plus coriace des méchants.

Une fois arrivés, Arthur demande à descendre de sa monture improvisée, pousse la porte de la salle de bains. Katleen est assise sur le rebord de la baignoire, Paul en deuxième peau. La main sur le genou se réveille brusquement et la voix nasillarde du héros secret de l’agence de super-héros de la famille Strain s’élève :

    « Incroyable… Deux représentations dans la même journée… Et un nouveau spectateur ! Venez venez jeune homme ! Katleen tapote de sa main libre le rebord à côté d’elle. Et toi mon bel Arthur, prends place à ton siège d’honneur. Alors… Moominjem, c’est ça ? Vous voulez sauver le monde de la confiserie ? La belle affaire ! La main se rapproche du visage de l’intéressé. Va picorer un peu le bras. Mais ma parole ! J’ai le bec tout dégueulasse ! Vous êtes enrobé dans le chocolat monsieur le super héros ? »


Arthur a un petit sourire sur son tabouret. C’est dément cette scène. Sa mère, un super-héros et Paul, discutant sur le rebord de sa baignoire. Il semble finalement que le pouvoir de faire rire n’est pas celui d’Arthur. Ni celui de Katleen. C’est quelque chose entre les deux. Et un peu plus. C’est le pouvoir de ces gens qui acceptent de plonger dans cet Imaginaire intriguant. C’est le pouvoir de Moominjem un peu aussi, du coup. Même beaucoup.

    « Au pire, si vous êtes un dur à rire, Arthur nous a dit qu’on vous attacherait sur une chaise et qu’on vous chatouillerait jusqu’à ce que vous nous le lâchiez, ce rire. Non mais… Bon alors, mon grand. Vous nous dites qui vous êtes ? Et vous cachez pas derrière toute votre Brigade. On veut du Moominjem à n’en plus tenir ! »


Katleen sourit, cachée derrière Paul. Elle devra lui dire, quand même, à ce fou de super-héros, de ne pas oublier l'autre T, en partant.
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MessageSujet: Re: Deux et sept font neuf   Ven 24 Juin - 1:00

Un enfant est en train de bâtir un village
C'est une ville, un comté
Et qui sait
Tantôt l'univers.

Il joue


- Hector de Saint-Denys Garneau

- Vraiment.

Pourtant il ne sait pas. Il ne sait pas s'il a envie de l'écraser contre un mur ou de le serrer dans ses bras. Peut-être a-t-il envie de le serrer dans ses bras jusqu'à le sentir se briser sous le poids de l'étreinte. Il ne sait qu'en penser, vraiment, du gamin.
Ça lui dit, alors qu'il observe Arthur s'éparpiller dans la chambre et faire l'enfant, ça lui dit que ce n'est bien que parce qu'il se prétend super-héros, qu'on ne l'a pas déjà repoussé par la fenêtre. En même temps, ça soupire et ça lui avoue que, la situation est de l'ordre du jamais vu, et qu'on ignore absolument comment y répondre. Jeremias est abandonné à son ignorance. Mais il ne peut s'empêcher, en suivant des yeux le petit gars, de penser à Lysiane et à sa manière de dire, et d'être, en présence des gnomes. Et celui-là est particulièrement intimidant. Il semble tellement à son aise dans sa peau d'enfant, il est tellement minuscule, mais gigantesque à la fois. Comment on fait, pour vivre avec ça? La question se fait d'autant plus présente à l'esprit de Jeremias lorsque survient le revirement. C'est-à-dire quand Arthur devient ce monstre de jalousie dont il a vaguement entendu parler plus tôt. Le super-héros a envie de fuir, au point où il pourrait en oublier qu'il ne sait pas vraiment voler. Il n'a pas envie de lutter contre ça, des sentiments qu'il croit comprendre trop bien pour s'y opposer. Et à travers ce petit corps, il semble que les émotions apparaissent plus grosses, plus violentes, plus vives encore. Pourtant, la mère résiste.
Et donc il y a Katleen, Jeremias, et l'enfant entre les deux. Jeremias détourne le regard. Je dois y aller. Là où il bosse, c'est à cette heure, que la journée débute. Mais il ne dit rien. C'est inutile. Il retourne à la fenêtre, pose un pied sur le rebord, prêt à sauter, son sort, en suspens, livré entre les petites mains d'Arthur.
Peut-être qu'il aurait sauté, si on ne lui avait pas tiré sur le pantalon.

Il ne se rend compte qu'il est resté, qu'il est toujours dans la chambre, que lorsqu'il s'entend parler.

- Je resterai, si tu veux. Je te montrerai ma planète. Et peut-être mes yeux.

C'est plus fort que lui. À nouveau, c'est comme s'il tendait la main. La force de volonté du petit vient à bout de sa résistance. Prends ma main et amène moi où tu veux, qu'il dit avec ses yeux derrière ses verres, moi je ne sais pas, je ne sais jamais. Très fort, le gamin capte tout, bien qu'il troque la main pour le dos. Jeremias se fait donc destrier, après une brève hésitation. Il n'est pas certain de bien s'y prendre, mais finalement ça va, les vieux réflexes lui reviennent. Il se laisse passer la bride et attrape les courtes jambes qui poignent de part et d'autre de son torse. Et hop, ça rebondit et on est parti.
Il est tellement léger, l'Arthur, qu'ils pourraient aller jusqu'en Finlande, au moins, songe Jeremias en écoutant d'une oreille le bavardage de son guide, auquel il répond par quelques Mmhmm et quelques Oh ou Ah.
Arrivés à destination, toujours obéissante, la monture fait descendre son jockey en l'attrapant sous les bras, en le passant par-dessus sa tête et en le déposant sur ses deux pieds, juste devant la porte. C'est drôle, il pourrait jongler avec, se dit Jeremias en s'imaginant empoigner Arthur par le pied pour le faire virevolter au-dessus de sa tête. Et au Arthur de cette vision de rire aux éclats, évidemment. Il rit tout le temps, d'abord.

Bon. Il fallait y arriver. Jeremias s'assied sur le rebord de la baignoire et regarde un peu autour de lui, en se passant la main sur le bas de son visage. Il y est vraiment, dans une salle de bain, nez à nez avec... Paul. Donc c'est ça, plutôt lui, Paul. Il ne sait pas où regarder. Katleen ou la main? Ce n'est pas tellement important, vu les verres, mais c'est embêtant quand même. Il décide de regarder Katleen, derrière sa marionnette. Paul n'est pas son genre. Et puis c'est bien de pouvoir regarder quelqu'un qui ne croit pas qu'on le regarde. Mieux encore quand ce quelqu'un est aussi agréable pour l'oeil. Il l'embrasserait, si Paul n'était pas là pour s'interposer et Arthur pas là pour l'assassiner. Il voudrait savoir si elle goûte aussi sucré qu'elle en a l'air. Je lui veux du bien, à ta mère, morveux.

- J'aurais préféré que ce soit du chocolat...

Aussi il préférait Katleen au Speed Dating. Il la préférait avec sa tête contre son épaule, son visage dans son cou et leurs bras entourant l'autre. Il la préférait quand elle lui laissait croire, malgré elle sans doute, qu'elle s'envolerait avec lui et qu'ils atterriraient dans son QG-lit, et que là, ils y feraient ce que les grandes personnes font quand elles s'ennuient. Mais voilà qu'elle se cache derrière Paul. Et voilà qu'il y a le bébé. Il aurait dû demander tout de suite, dans la katmobile, avant qu'il ne soit trop tard : s'il vous plaît, un petit câlin, c'est pour me donner du courage. Qui sait, elle aurait peut-être dit oui. Il se console en se disant qu'un baiser l'attend peut-être à la porte, ou à la fenêtre, plutôt.

- Pardon. Ils veulent du Moominjem, mais il ignore ce que c'est, précisément. Pardon de ne pas rire. Je voudrais bien mais c'est... C'est ma... Il fléchit la nuque et porte une main sur son ventre. Ma boîte à rire est fêlée. Elle est tombée par terre, il y a longtemps. Là d'où je viens, on la porte au cou, comme un collier. Mais la corde s'est brisée, ou le noeud s'est défait, je ne sais pas. Jeremias se redresse, tente un sourire. Je voudrais la porter comme vous, et comme les Moomins. Peut-être, alors, comme l'a suggéré Moomintroll jadis, serais-je en mesure de mieux en faire usage. D'ailleurs, mon voyage jusqu'en Finlande, chez les Moomins, est une longue histoire. Tout à l'heure, je dois la raconter à Arthur. Sinon... Il hausse les épaules, ajuste ses lunettes. Je suppose que mieux connaître votre victime, monsieur Paul, vous servira dans votre dessein de provoquer chez elle le rire. Soit. Dans ce cas... Jeremias réfléchit, puis passe une jambe dans la baignoire pour mieux faire face à son intervieweur. J'ai pour le chocolat une véritable passion, d'où mon implication dans la Brigade. Aussi, l'un de mes précieux et plus fidèle allié est le dernier descendant direct de Darth Vader. Nous échangeons ensemble nos techniques de maniement du sabre laser. En fait, je...

À bien y penser, il ne sait pas ce qu'il lui trouve. Toujours à travers Paul, Jeremias scrute Katleen. Petite brunette aux grands yeux clairs, aux longs cheveux. Petite mère un peu folle, et qui aime peut-être un peu trop. Il aime qu'elle aime un peu trop. Il voudrait toucher ses cheveux. Il voudrait la voir le regarder comme d'autres le regardent. Plus. Mais sa main est vaporeuse, comme si à chaque instant elle pouvait s'envoler. Il n'a pas confiance. Elle lui est imprécise. D'autant plus qu'elle se cache derrière un gant qui a des yeux.

- Je viens de la galaxie que vous avez ici nommée Messier 87, mais que chez moi l'on appelle le Clou. Ma planète est parfaitement ronde, composée de gaz en son centre et recouverte d'eau. C'est la Bulle.

À mieux y penser, c'est aussi cette imprécision entre eux, qui l'attire. Jeremyass et Moominjem font obstacle à l'émergence du fils Hearbson. Et le fils Hearbson, soupçonne Jeremias, risquerait de jeter sur le brouillard une lumière trop vive, trop crue, et d'ainsi dévoiler de ces choses qu'il se plaît à oublier, dans l'univers du chat et de son acolyte.
S'adressant à Arthur, Jeremias poursuit.

- Je fus fort surpris, par ailleurs, de l'apercevoir sur le mobile de votre chambre. Je vous indique de laquelle il s'agit maintenant, si vous voulez? Revenant à la main parlante, Paul, vous nous accompagnez? Peut-être trouverez-vous inspiration pour m'inspirer le rire.

En toute franchise, Paul le rebute. Il est comme le doigt sur le cliché; il lui entrave la vue. En plus, du coin de l'oeil, Jeremias a cru voir le gamin bailler. Raison de plus pour, de son propre chef cette fois, galamment offrir son dos au petit bonhomme. Direction la chambre d'enfant, il se souvient du chemin et le refait, cette fois, au pas de course. Il freine lorsqu'ils arrivent devant Raphaël et, toujours avec l'enfant sur le dos, s'incline en grand V, avant de se laisser tomber assis sur le lit. Moomintroll rebondit, mais Jeremias le rattrape d'une main, et l'envoie sur la tête d'Arthur. Il ricane lâchement, mais retrouve son sérieux en reprenant la parole.

- Alors, les yeux ou l'histoire, d'abord?

C'est fondamental, comme question.
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MessageSujet: Re: Deux et sept font neuf   Ven 24 Juin - 17:25



Il faut bien que je supporte deux ou trois chenilles
si je veux connaître les papillons.

Le Petit Prince


Sur le lit de la fille des Strain, des papiers, taches de couleurs éparpillées sur la couette. Une photo froissée de mauvaise qualité. Une écharpe noire aux mailles serrées. Au milieu, la silhouette de Katleen que l’on devine à peine à la petite lumière de la lampe de chevet. Les doigts se baladent sur l’écharpe, inconsciemment, l’attrapent. Le regard perdu de Katleen semble se réveiller, les yeux se baissent sur le vêtement. Elle sourit encore. La fraicheur de la nuit pourrait induire en erreur, mais le printemps est déjà là, le glacial Orion est parti chasser dans d’autres ciels. Le garçon du parc n’est pas venu récupérer son écharpe. Il faisait si froid à Sollentuna pourtant.

Elle ouvre la gueule du téléphone orange, colle l’engin à son oreille. Elle n’a même pas le temps d’entendre une fois sonner qu’elle est déjà redirigée vers messagerie.

    «Salut papa, c’est Katleen. Celle sans le H. D’ailleurs aujourd’hui, ta fantaisie a permis beaucoup de choses… »


Elle laisse un long message. Comme souvent. Jusqu’à ce que la voix irritante du répondeur lui dise qu’elle a dépassé la limite. Elle dépasse toujours les limites. Le téléphone a ingurgité trop de mots, il en est dégouté. Il referme la bouche avant de rebondir sur le lit, et mourir. Pour un temps. Elle soupire, se laisse tomber lourdement dans l’épaisse couette. Dans le bruissement des petites annonces qui jonchent son lit. Les yeux bleus regardent le plafond fixement. Elle se demande comment tiennent debout toutes ces bâtisses, à chaque fois qu’elle fait ça. Elle soupçonne le toit de lui tomber un jour sur le bout du museau. Elle se demande aussi, comment ça leur fait, aux gens qui n’ont rien dans la tête. Qui n’ont pas le cerveau qui divague comme un pauvre solitaire et qui n’ont pas a partagé ses élucubrations.

La main tâtonne un peu, Paul attrape dans son bec la photo. Elle n’a pas besoin de vérifier, elle connait les aspérités de cette petite photo, toute recroquevillée sur elle-même. Elle la considère, morne. Elle ne sait même pas comment il s’appelle, le garçon du parc. Il ne reste plus de lui, qu’une écharpe, des annonces pour des groupes de musique, le souvenir d’une odeur de cigarette et de pas dans la neige. Les gens sont réduits à n’être que des souvenirs. Son père est une messagerie, le père de son fils, quelques pattes de mouche sur d’anciens cours. Eux aussi, témoignage d’une vie révolue. Quand sera-t-il de son super-héros ? Se résumera t-il plus tard, à quelques guimauves séchées dans un vieux plastique ? A une grille de bingo sur une table poussiéreuse de Speed Dating ? Osera t-elle un jour l’appeler Jeremias. Comme ça. Juste pour voir. Quel goût ça a, la réalité. Mais y aura-t-il seulement un jour.

Plainte. Elle cache ses yeux de l’écharpe. C’est de la faute du super-héros. Ça ne devait être qu’une entrevue. Le temps de deux coups de cloche. Elle savait qu’elle aurait du porter un manteau. Et un pull. C’aurait été plus difficile, d’accéder à la peau. Si près du cœur. Il lui fait un peu peur, à s’être introduit si facilement dans ce qu’elle protège si farouchement. Peut-être que si elle sourit si souvent, c’est pour montrer les dents. Elle se cache le visage dans les mains. Mais, c’est elle aussi. Qui tend la main. Qui fait faire des tours en Katmobile. Qui fait monter par les échelles.

Rebecka a raison. Jeremyass est un voleur. Il vole la certitude de Katleen. Avec ses guimauves, son chien fidèle, son secret gravé dans la chair du bras. Et sa boîte à rire. Elle ira, balai en main, récupérer toutes les poussières de rire. Qui se sont éparpillées, ça et là, sur le sol de la réalité. Elle les remettra précautionneusement dans la boîte. Elle passera la corde autour du cou. La serrera fortement. Et elle promettra, à l’oreille, que jamais plus elle ne tombera. Laisse-nous nous en occuper, avec Arthur, on trouvera ce qui ne marche plus. On remontera les mécanismes, on passera un nouveau coup de peinture, sur celle qui à force, s’est écaillée.

    « Charlotte ? »


La tête se tourne vers la source de lumière qui s’infiltre dans la chambre, Rebecka est dans l’embrasure. Paul lui fait signe de rentrer, le Boss s’avance et va s’asseoir sur le lit.

    « Tu as laissé Arthur avec… le drôle de jeune homme ? »


Elle se redresse, sourit à sa mère. Hausse les épaules.

    « C’est moins douloureux que je ne le pensais. De voir les yeux d’Arthur briller pour d’autres histoires que les nôtres. Becky... Reste discuter. Laissons leur un peu de temps. Elle s’approche de sa mère, renifle. Tu as vraiment fait un gâteau au chocolat ? Elle s’arrête. Et aussi… Merci, finalement. Pour là-bas »


Plus loin, un autre duo. Celui qui est resté à la ligne de départ, au seuil de la porte de la salle de bains. Là où Katleen les a abandonné dans une révérence, prétextant de devoir nettoyer les dents de Paul. Arthur a attrapé le cou de sa mère, pour l’embrasser sur la joue. La tendresse passe vite, et il glisse un pied rapide dans l’étrier, attend le départ dans une impatience non dissimulée. Le super-héros a promis beaucoup trop de choses pour ne pas être ravagé de ces fourmis qui lui démangent le corps. L’histoire des Moomins, la planète du Trombone, la boîte à rire… Non, Paul ! La tête se retourne, les bras se resserrent autour du cou de l’impétueuse monture. Ils sont trop rapides, plus aucun Paul à l’horizon. Tant pis, Arthur se souviendra de tout.

    « Waou »


Arrivée perturbée sur la plateforme du lit. Pluie de Moomins. Contestations, rires et bousculades. Voici votre météo pour la soirée messieurs. Pour la température, c’est encore difficile à prévoir. Mais il semble que ça se réchauffe de minutes en minutes. Plutôt froid tout à l’heure, non ?

Après avoir chahuté le super-héros quelques secondes, le Trombone lui pose une question. Et pas n’importe quelle question. Arthur laisse tomber sa tête sur les jambes de Gem et commence à échapper un long bruit. Interminable. Une sorte de « E » parfois dérangé par un petit rire, qui fait se soulever la poitrine. Le bourdonnement finit par se tarir. Et Arthur regarde Moominjem de sa place. Il ne voit rien. Il a beau déplacer sa tête dans une danse étrange, les yeux sont inaccessibles. Il se met alors sur ses jambes. S’appuie sur les épaules du super-héros, regarde par derrière la tête. Ça lui fait sortir des bruits idiots d’enfants, ces guignolades. Il saute finalement du lit, se met en face de Jeremias. Il se cache le visage derrière les mains, se sent un peu bête de ce à quoi il pense :

    « J’ai un peu peur que tu vois à l’intérieur de moi avec tes yeux magiques… »


Il joint ses deux mains, comme dans une prière. Fronce les sourcils à se les enfoncer dans les yeux. Intense réflexion.

    « Tu peux me montrer ta planète d’abord… Parce qu’on n’y connait un peu rien avec mamma, à part les étoiles de mon mur. Après, tu pourrais me montrer tes yeux. Parce que j’aurais peut-être un peu moins peur. Et puis après, tu pourras raconter l’histoire avec les Moomins ? Parce que là, il est un peu assommé de tout à l’heure. Il a maintenant la peluche dans les bras, il la secoue pour la rendre évidente aux yeux du Trombone. Arthur a la fâcheuse tendance des enfants à tout justifier. Et puis, c’est mamma qui a ramené Moomin, alors, elle voudra peut-être écouter aussi… Arthur se met à sauter sur place tout d’un coup. Je peux te faire visiter ma chambre avant, s’il te plaît ? »


Apparemment, même si ça ne lui plait pas, Arthur a déjà accroché le pantalon de son héros et l’entraine dans une visite improvisée de sa chambre. De sa cachette. Du palais de ses histoires. Il commence le circuit de son lit. Montre la table de chevet. S’approche de cette dernière. Croise les bras et d’un air fier :

    « Yo Betty. J’te présente mon copain, le super-héros. Il bouge un peu la tête en faisant danser ses sourcils. Betty, c’est une gourmande, elle mange mes petites voitures et… Il se penche dans le tiroir. Qu’avons-nous là ? Il en ressort un dentier. Ah oui, c’était trop marrant ça, quand on l’a offert à Becky. Elle n’était pas très contente. Il continue. Bon lui, tu le connais, c’est Raphaël, tu le connais d’où d’ailleurs ? Lui alors, il est encore plus gourmand que Betty, t’as vu comment il est gros ? Arthur ouvre ses bras, gonfle les joues, se balance un peu. Se dégonfle dans un rire. Bon après… Y a le théâtre de marionnettes, on les fait à la main. T’y crois toi ? Arthur court derrière le rideau, fait apparaître un pirate. T’aimes les pirates ? Faut s’en méfier, moi j’crois. Ah ouais ! Il rejoint le Trombone, le tire de nouveau, l’emmène devant les traits sur le mur, de l’autre côté de la chambre. T’as vu comment j’vais être grand vite ? Et là, t’as vu comment elle est grande mamma ? Elle a un grand chapeau comme ça. Il étire ses bras au dessus de sa tête, le plus qu’il peut. Et elle met des chaussures super bizarres, avec des boucles et tout. Un truc de filles. Mets-toi pour voir… Il pousse un peu le héros contre le mur Alala, elle est plus grande que toi comme ça. Il se cache pour pouffer. Et c’est reparti ! Ça, c’est l’arbre du parc Snygg… Le garçon passe ses doigts sur l’autocollant. Regarde deux ou trois visages. Se retourne vers Moominjem. Tu vas mourir, toi aussi, Gem ? »


Le visage se tord de terreur. Et ça lui fait encore plus peur, tout d’un coup, parce qu’il ne peut pas voir les yeux du super-héros. Qui pourrait rassurer. Cette neutralité est terriblement inquiétante. Arthur se met à pratiquer le sourire à l’envers, ça sent l’averse au coin des yeux. Il tend les bras pour que le super-héros le porte. Haut. Trop haut pour que ses peurs d’enfant ne le rattrape. Il veut qu'il le protège de ses bras de super-héros. Se blottir. Et qu'il l'emmène loin, loin dans sa Bulle.

    « On peut l'enlever maintenant, ton autre paire de yeux ? »



Dernière édition par Katleen C. Strain le Mer 6 Juil - 9:35, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Deux et sept font neuf   Lun 27 Juin - 5:41



Les bulles de savon que cet enfant
s'amuse à tirer d'un chalumeau
sont dans leur translucidité toute une philosophie.

- Alberto Caeiro

Jeremias doit retenir son pantalon pour éviter que, involontairement devine-t-il, on ne le lui enlève. Il s'y fait rapidement, et tire subtilement de son côté lorsqu'Arthur reprend sa visite très guidée. Discrètement, il salue Betty la gourmande, ho ho... et explique brièvement d'où il connait Raphaël, ma bibliothèque dit qu'elle l'a connu là où on les a faits, elle m'avait parlé de ses moustaches. Il hausse les épaules, acquiesce, se fait un visiteur intéressé, poli et modestement curieux. Docile, il suit, faisant deux pas quand l'autre en trotte cinq. Il omet parfois de répondre aux fausses-questions d'Arthur, songeant que de toute façon, ce petit cerveau ne saurait retenir toutes les réponses. Jeremias se laisse guider, tirer, pousser contre un mur, mesurer puis, précédé de son éclaireur, il approche l'arbre du parc Snygg et tend une main vers ses branches.
Jusque là, c'est facile. Et même plus qu'il ne le croyait. Le petit s'est fatigué lui-même et maintenant, il va dormir. Les enfants disent n'importe quoi, en rient et s'endorment. Mais Lysiane n'était pas comme cela. Quoique, elle, c'était en la faisant rire, en lui montrant tout et rien, en se faisant spectacle, qu'il parvenait à la mener jusqu'aux rêves, malgré lui. Alors, serait-ce le rire, le secret pour amadouer les enfants? Qu'ils se l'inspirent eux-mêmes ou qu'un autre le fasse pour eux. Et lui? Avait-il, également, succombé au rire?

Mourir? De rire, certainement pas. Jeremias ne répond rien, qu'un soupir.
Avant Lysiane, il ne riait pas, sinon peu, sinon que pour ce qui ne faisait rire personne et, les échos de cette voix d'enfant lui reviennent toujours plus fous que rires. Les éclats au seuil du cri, les larmes presque pleurs, les crampes comme des poignards. Ce n'était pas rire, c'était haïr. Ce n'était pas drôle, c'était absurde, c'était révoltant. Frederik savait. Mais ne me l'enlève pas, Jeremias avait-il entendu sa mère prévenir celui qui disait vouloir le bien de son fils, et surtout, ne me le change pas. Peut-être que ça passerait, peut-être que Frederik se trompait. Et ces avertissements, que le mari avait reçus de sa femme, ce dernier les avait répétés à son propre endroit. Ne me la change pas, surtout. Andra ne serait plus Andra, sans son Jamie. Son Jamie. Comme elle l'avait fait, comme elle voulait l'aimer. Pas autrement. S'il te plaît Frederik, fais-lui confiance. Fais-moi confiance. C'est un bon garçon. Original, un peu, c'est tout.

Jeremias baisse les yeux. On lui tend les bras, là, tout en bas.
Avant Lysiane, il avait aimé les bras de son père, comme un caprice, ou un refuge, comme un adieu au reste du monde. Que les Hearbson se trouvent à la maison, au supermarché, au centre commercial, dans un parc, dans une réception, Jeremias trouvait son père, tirait sur sa manche, et se laissait hisser jusque tout en haut. Il posait sa tête sur l'épaule de Frederik. S'il avait envie de disparaître, il n'avait qu'à fermer les yeux. Alors, il reparaissait, plus tard, dans son lit, comme par magie. C'était quand il s'ennuyait, ou alors quand d'autres l'ennuyaient. C'était quand d'être Jeremias le rendait triste, au point d'en désirer que Jeremias n'eut jamais existé. L'ennui, c'était de ne pas savoir jouer, de ne pas savoir charmer, intéresser, l'ennui d'être si sérieux, d'aller d'ombre en ombre. De n'être que son ombre, à travers laquelle on passe, dans un frisson parfois, qu'on finit par oublier. De l'ennui de ne pouvoir qu'être soi. De ne pouvoir être rien. Sous les baisers de sa mère il s'était plu à s'inventer Jamie, et dans les bras de son père, doucement, il avait existé, là où l'on se trouve à l'abri de tout, même de la contrainte d'être Jeremias.

Arthur veille sous la tempête. Un déluge s'annonce. Le ciel de ses yeux va se déchirer dans un éclair et en jailliront des torrents comme Jeremias ose à peine se l'imaginer. Mais bien qu'il la guette, qu'il l'attende, la porte ne s'ouvre pas. Katleen ne sait pas que son fils est triste, qu'il a peur, qu'il n'en peut plus d'être seul dans sa petite peau d'enfant. Elle ne sait pas qu'il lui tend les bras, qu'il veut s'oublier et dormir sur son épaule, qu'il ne veut plus être Arthur, mais Arthur dans les bras de Katleen. Ou dans les bras d'un super-héros.
Juste comme il voit poindre la première goutte de l'averse, Jeremias se penche et attrape de justesse le gamin qui allait tomber dans le gouffre. Il serre le petit corps contre lui, s'y accroche autant, peut-être plus qu'on ne s'accroche à lui. Il est peut-être trop tard, ils coulent peut-être déjà.

Les coeurs sont en lutte. Ils se battent l'un contre l'autre. Jeremias le sent contre sa poitrine, ça lui dit, de l'autre côté, qu'il a trop attendu, que la peur a failli l'emporter. Ça s'affole encore un moment et puis, l'impression lui vient que les coeurs s'accordent. C'est peut-être une illusion, mais peu lui importe, ça s'apaise. Il s'entend penser, calme-toi, Jeremias, sans savoir vraiment à qui il s'adresse. Il ne se pose pas longtemps la question. Une odeur le tire de ses doutes, pour lui en glisser de nouveaux, beaucoup plus doux, à l'esprit.
Il rêve ou, enfin, le parfum du chocolat flotte dans l'air? Jeremias incline son visage sur la nuque d'Arthur, qu'il tient toujours contre lui. C'est l'enfant, qui sent le chocolat? À trop tenter de sentir, il en fait tomber son autre paire de yeux au sol, sans s'en rendre compte. Oui, oui, c'est bien le petit, qui sent. Incroyable. Jeremias retourne auprès du lit avec son fardeau. Il s'assied, garde l'enfant sur ses genoux, puis il lève les yeux, les vrais yeux, à la lueur des constellations de l'univers d'Arthur; il lève les yeux vers les planètes qui se bercent lentement au plafond. Il y a du ciel qui s'est glissé par la fenêtre, on dirait. Il pointe une planète. Une très grosse, bleue.

- C'est elle. C'est ma Bulle. On ne dirait pas, comme ça, mais il n'y a pas que de l'eau. Il y a aussi une île, toute petite, qui y dérive sans relâche. Elle ne s'arrête jamais, portée par les courants, d'un hémisphère à l'autre. C'est l'île où je suis né. À l'époque, il n'y avait plus que mon père, ma mère et moi. Plus tard, il y eut ma soeur. Et nos parents nous racontèrent que jadis, plusieurs îles voguaient sur la Bulle et se rencontraient, au gré du grand et unique Océan. Les insulaires, alors, changeaient d'île, parfois, s'ils désiraient vivre auprès de quelqu'un d'autre. S'ils tombaient amoureux, s'ils devenaient amis, s'ils s'ennuyaient de leur père ou de leur mère, de leur frère, de leur soeur... Mais pour une raison mystérieuse, les autres îles, les unes après les autres, se mirent à disparaître. Mes parents crurent d'ailleurs voir leur propre île s'évaporer à son tour, et se prirent même à espérer qu'il en soit ainsi afin que, peut-être, ils puissent retrouver leurs proches et leurs amis. Mais cela n'arriva jamais. Aussi nous vécûmes toujours dans l'inquiétude, quelques fois dans l'espoir, de voir venir la fin de notre île, la fin de nos errances sur la Bulle... La fin, surtout, de l'interminable horizon au bout duquel : jamais rien. Rien sinon nous-mêmes. Ma mère n'arriva pas à supporter ce voyage qui semblait ne mener nulle part. Cela la rendait triste. Plus triste que mon père, ma soeur et moi réunis. Un matin, on ne la retrouva plus. Notre père nous apprit, à ma soeur et à moi, que notre mère avait troqué son pied marin pour des ailes... Et que si un jour elle trouvait nuage suffisamment grand pour nous y poser tous, alors elle reviendrait nous prendre. Peut-être au ciel ne serions-nous plus aussi seuls que nous l'étions sur les flots...

Il parle sans quitter des yeux le mobile. Il ne veut pas voir Arthur qui voit ses yeux. Pas tout de suite.

- Lorsque mon père jugea que j'avais atteint l'âge requis, il me confia à notre unique piano volant afin que je retrouve et ramène ma mère. Installé au clavier, pieds sur les pédales, je m'envolai. Mais alors que je m'éloignai de la Bulle, je fus attiré et englouti par le trou noir de notre galaxie et me retrouvai, à mon grand étonnement, en Finlande. Sur votre planète, non loin d'ici. C'est Moomin qui m'a trouvé, dans la forêt...

Pour la suite, il faut l'accord de Moomin, et les oreilles de Katleen, tel que convenu par Arthur. Si toutefois Arthur survit à toutes ces histoires. Jeremias lui-même n'arrive qu'avec peine à les supporter, à présent. Elles se font de plus en plus lourdes sur ses épaules. Et la ceinture frotte sur son cou, il voudrait retirer la cape. Et manger des guimauves, du chocolat, un gâteau au chocolat... Arthur sent de plus en plus le chocolat. Impossible de résister. Jeremias embrasse le gamin sur le front. Ça dit : maintenant, tu es un peu à moi...

Toi aussi.
Maintenant, tu es un peu moi. L'une à mon coeur, l'autre mes mains, elle avait ma voix, il a mon vouloir, et à toi... à toi... Je donne mes rires, fous rires, si tu veux, si tu arrives un jour à les trouver.
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MessageSujet: Re: Deux et sept font neuf   Lun 27 Juin - 17:16

« Lorsque le ressort s'est détendu, certains rouages quelque temps continuent à fonctionner, de plus en plus ralentis, puis toute la machinerie s'arrête. Alors si le soleil reparaît tout s'efface bientôt, le brillant appareil s'évapore : il a plu ».





Arthur a toujours aimé cet arbre. L’arbre du parc Snygg. Il avait quelque chose qui l’avait toujours fasciné. Il ne saurait dire quoi. Peut-être ses longs doigts noueux. Son torse fragile. Il ressentait presque du mépris pour les autres arbres du parc. La vigueur qui se dessine dans le tronc, là où palpitent les grosses veines. Ces planqués qui se dressent pourtant fièrement, tous rangés en ligne, collés les uns contre les autres, soulignant la solitude du vieil arbre. Pleurant des larmes de neiges fondues, au milieu du parc.

Au pied de l’arbre, on dirait qu’un siège a été creusé spécialement pour Arthur. C’est une cavité, comme si l’arbre rentrait son ventre. L’enfant s’y réfugie entre deux pieds racines. Quand Katleen se fait haranguer par une autre maman aux ongles trop longs ou quand elle colorie les plannings, soupire de ses devoirs d’adulte. Sur une petite table, jamais trop loin. Arthur en profite pour raconter à l’arbre, ses peines de petit garçon. Il se sent rassuré, au creux du tronc, les longues branches se penchant au dessus de lui, comme pour l’envelopper, pour le protéger du monde. De ce monde beaucoup trop grand pour cette miniature d’Arthur. Mais Katleen l’appelle déjà. Il s’écrase alors contre l’arbre pour l’embrasser de ses deux bras. Lui fait un signe discret de la main et disparaît en courant. C’est son secret à lui. Une beauté qu’il cache égoïstement sous la veste, à l’endroit du cœur.

Et puis c’est arrivé, un jour qu’il était en train de lui raconter comment il avait perdu sa grosse dent de devant. « J’ai eu trop peur ». Il passe un bout de langue dans son sourire troué et rigole de la bêtise. Il veut lui raconter en détail comment ça s’est passé mais une voix ennuyeuse lui fait lever la tête. Le visage se ferme, le regard se fait dur.

    « Tu viens jouer ? »


C’est un garçon de sa classe. Arthur ne l’aime pas du tout. Déjà, parce qu’il est plus grand que lui. Et puis parce qu’il lui tire son goûter. Il ne sait pas pourquoi il l’a choisi comme sa victime. Arthur le méprise d’un regard. Il le soupçonne de jalousie. Avec sa mère qui rentre pas dans les portes et qui parle toujours trop fort. Il voit comment il regarde Katleen à la sortie de l’école. La bouche d’Arthur s’arrondit, un « non » s’échappe. Clair et sans compromis. L’autre gamin s’énerve. Personne ne lui répond à l’école. Personne ne lui répond à la maison. Arthur l’agace, avec son arrogance en deuxième peau. A se croire toujours au dessus de tout. Avec sa mère parfaite. Avec son Lien. Avec ses habits toujours un peu plus beaux que ceux des autres. Il fait sortir la fumée par les naseaux. Il sait ce qu’on dit sur la mère d’Arthur, ce gamin est trop con à ne rien voir. On le sait trop peu, mais les guerres de récréations sont les plus dévastatrices.

    « T’es qu’un crétin. A parler tout seul avec ton arbre-là. Il va lui arriver la même chose que celui de mon jardin. C’est sûr, ils ont la même tronche. Ils vont le tronçonner et le brûler. Après tu seras tout seul. Arthur va répliquer mais l’autre reprend déjà. Et te planque pas derrière ta mère, à elle aussi, ça lui arrivera. On va la chopper par les pieds et la mettre dans une boîte. Quand elle sera sèche. Je le sais, je l’ai vu à la télé. En plus, ma mère elle me l’a dit. C’est pas parce que ta mère elle est plus belle que les autres mères qu’elle va pas finir moche et toute ridée. T’es tellement con que j’suis sûr que tu pensais qu’elle vivrait pour toujours… »


L’autre gamin s’éloigne, satisfait. Arthur reste silencieux, enfonce son dos dans le creux de l’arbre, comme s’il avait la volonté de graver les nervures dans la peau. Cache le bas du visage dans les mains. Hoquète. L’autre a raison. Il a toujours été persuadé de l’intemporalité de Katleen. Elle lui était éternelle. Promesse muette qu’il pensait faite depuis toujours. Et pour toujours. Il se lève brusquement, court autant que ses jambes d’enfant peuvent le permettre et va s’agripper au cou de Katleen. L’autre ment. C’est un jaloux. Rien de plus.

Katleen et Arthur ont ramené le souvenir de l’arbre du parc Snygg il y a quelques semaines. On lui a bel et bien coupé la tête. Le printemps a fait fondre la tristesse de l’hiver. On a fini par déraciner la fin de l’estropié. Ça le trouble Arthur. Les histoires de l’autre garçon, la marque au sol, dénuée de végétation, dernier vestige de l’existence de son arbre. Il lui parle encore, dans l’intimité de sa chambre. Mais qu’adviendra-t-il quand l’herbe aura repoussé ? Quand d’autres gamins courront sur l’emplacement, sans savoir qu’il souille le sanctuaire d’Arthur.

Qu’adviendra-t-il de Katleen ?

L’idée de sa disparition suffit à le rendre malade. Elle lui remonte jusque dans la gorge. Lui donne la nausée. Il sent qu’il est en train de s’enfoncer dans quelque chose qui le dépasse. Tout est beaucoup trop grand pour lui. Ca l’engloutit.

Une respiration. Surprise. Bruyante. On lui a sorti la tête de l’eau. Les bras entourent rapidement le cou, la tête s’écrase en son creux. Ce creux rassurant dans le cou des adultes, celui qui semble exister pour recueillir les larmes des enfants. Arthur ne sait pas pourquoi il pleure. Peut-être croit-il qu’il arrivera à noyer la peur dans cette pluie torrentielle. Que ce désespoir quitte vite son corps. Il y a encore quelques soulèvements mécaniques dans la poitrine mais le cœur affolé semble avoir entendu l’écho de l’autre côté. Et il ne peut pas s’en empêcher, il échappe un rayon de soleil dans le brouillard de la tristesse. Moominjem lui a chatouillé le cou avec son nez.

Les mains passent sur les yeux pour faire taire les dernières preuves de l’épisode passé. Ces derniers suivent ensuite le bras du super-héros, jusqu’à atteindre la planète bleue. La tête plantée au ciel de sa chambre, il ne remarque pas, que le Trombone a égaré ses autres yeux.

Il a la bouche entrouverte, perdu dans la contemplation de cette planète singulière. Il comprend un peu, Arthur. Avec ce que le Trombone lui raconte, lui aussi, il en échapperait sa boîte à rire. Le visage est empreint de tristesse. Arthur redoute le moment où il va rester figer dans cette expression. Il n’est pas sûr de tout saisir, mais il ne sait pas s’il en a réellement envie. Les mots qui se sont perdus dans les limbes de son esprit font déjà violence dans sa tête. Ça ne lui dit plus autant, de se réfugier sur cette planète. Il en détourne les yeux pour s’intéresser au conteur. Et là, il vérifie qu’il a encore sa mâchoire. Tellement il est surpris. Quand est-ce que le héros a fait tomber le masque ? Il sait pourquoi il cache les yeux maintenant. Y a une profondeur inquiétante, on pourrait se perdre pour toujours dedans. Il veut certainement éviter de consumer le monde entier dans un regard. Moominjem est un modeste, il cache ses exploits derrière le masque. Arthur ne sait pas s’il aurait survécu à ce que le héros a du surmonter. Il ne sait même pas s’il en aurait eu l’envie.

La tête se pose sur le torse, Arthur se sent soudain privilégié, de pouvoir connaître le secret de ce regard. Il souffle doucement : « merci ». La tête se penche sur le côté, l’histoire s’est arrêtée. Il n’a le temps de rien dire, que le bavard Arthur que le héros a réussi à réduire au silence, est surpris par un baiser sur le front. Il tangue, ça fait « Wow o wooo ! » dans la bouche, et il chavire. S’écrase dans la couette dans un rire. Il l’aime son super-héros.

Il se redresse, capture le Moomin dans le mouvement et le menton s’enfonçant dans la tête de la drôle de bête, Arthur tire une tête de chat, les cils papillonnent. Ça veut la suite de l’histoire.

    «Ah oui ! »


Katleen. Les yeux se tournent vers la porte et ils ont la surprise de trouver la maman, appuyée contre un des côtés de la porte. Il a peur à un moment qu’elle lui en veuille. Mais le cœur se soulage, elle sourit. Il ne sait pas depuis combien de temps elle est là. Il ne l’a pas entendue. Elle semble hésiter à entrer, Arthur lui fait alors signe de la main. Arrivée à leur hauteur, il se rend compte qu’elle emmène quelque chose avec elle.

    « J’ai essayé de nous sauver de ça… Toutes les excuses y sont passées. On s’est déjà lavés les dents. Moominjem a emmené des présents de la Schwedenbomben. Rien à faire. Becky voulait partager sa… Prouesse culinaire avec nous. Elle a même découpé les parts ».


On dirait vaguement une météorite qui se serait écrasée dans le plat. Katleen s’assoit en tailleur, à même le sol, non loin des deux autres. Pose le plat sur ses jambes.

    « A vos risques et périls messieurs… »


La main se défait de Paul, qui va dormir dans la poche du haut de pyjama. Prend une part. Le mouvement est rapidement suivi par Arthur qui se penche pour en attraper une, du bout des doigts. Le plat se tend vers le super héros.

    « C’est… »


Arthur semble pensif. Katleen mord dans sa propre part, jette un regard aux deux acolytes, reprend la phrase avortée :

    «C’est… La main libre se pose sur les lèvres. Assisterait-on donc à un miracle ? Absolument... Immangeable »


Arthur se met à rire pour découvrir ses dents en touches de piano. Fait sourire Katleen. L'amusement passé, le garçon se penche de nouveau sur le cas de Moominjem.

    « Tu racontes la suite maintenant ? »


Il s’approche un peu plus du super-héros si c’est possible et le fixe dans une impatience mal dissimulée. Katleen a posé son bras sur l’arrête du lit, la joue s’est calée dans le creux de la main. Curieuse de nouvelles élucubrations. Postés de chaque côté du Trombone, ils l'encerclent. Les yeux des deux Strain se croisent. Ils se sourient car ils savent. Ils savent que quelque chose est en train de se passer. Y a quelqu'un qui s'est aventuré dans leur monde. Ils pensaient qu'il l'aurait avec deux ou trois grosses bombes mais ils l'avaient sous-estimé. Jeremias les avait prévenu à la cape pourtant. Il avait l'envergure des super-héros.


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