Il n'y avait rien de naturel dans ce que l'on éprouvait.
 
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 Les méchants n'auront pas prise. [Jeremias]

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Sleepless


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MessageSujet: Les méchants n'auront pas prise. [Jeremias]   Lun 10 Jan - 13:30

« Allez Swofford, sonne le clairon ! »

Une petite voix criarde, capricieuse et un brin autoritaire s'éleva au fond de son crâne, quand le clairon lui retentit dans les oreilles, l'air de dire, allez la bidasse on se lève ! Il s'agita comme un attardé, tâtonnant entre sommeil et éveil, cherchant un interlocuteur qui devait exister qu'au fin fond de son cul, avant de se vautrer lamentablement sur le parquet usé de sa chambre. Un Schbonk retentit dans la pièce, signalant qu'une objet non identifié à l'inertie incertaine semblait vouloir se transformer en arme de destruction massive. Le corps resta inanimé de longue seconde, les yeux dans le vide, un filet de bave coulant lentement sur sa joue. Il se redressa péniblement, jurant dans une langue inconnue, le clairon sonnait toujours. Deux grosses paluches tâtonnèrent longtemps d'un air inapte, cherchant l'objet métallique qui s'évertuait visiblement à l'emmerder. Deux, trois, quatre fois, que dalle. Il marcha sur un truc pointu. Bordel, merde, putain, bite, chatte, enculé, sa race. C'était froid, ça collait, ça faisait mal. Au petit doigt. Fallait toujours que ce soit le petit doigt. Un juron particulièrement grave lui échappa, il ramassa la chose et jeta un regard suspicieux derrière lui, à la recherche des fusils oculaires de la mama, elle pourrait bien l'avoir entendu. Rien, ouf, Dieu nous garde. Ce même Dieu dont il venait de blasphémer le nom une seconde avant.

Il passa sa main sur un crâne semblable à du papier de verre, se matant dans le miroir, grimaçant comme un connard, se demandant quelle petite vieille il allait effrayer aujourd'hui. Il regarda le rasoir, hésita, la flemme trancha. Il enfila une chemise blanche à moitié froissée, une voix de femme mûre et accusatrice s'élevant dans son dos, lui récitant les sacro saintes précautions pour réussir un entretien. Pas de juron cette fois, du moins pas de lui, mais il perçut tout même la marque de fabrique paternel, un long flot d'insultes succédant à un cri de douleur, il ricana. La matrone de foyer continuait de plus belle, il fit soft.


« Ide mi vise to na kurac, dosta. »

Elle se tut, l'air moitié -faussement- choqué, moitié exaspéré, agitant un doigt menaçant, lui disant que la ceinture qui avait accompagnée son enfance était toujours là, il rit, elle aussi. Il termina de s'habiller rapidement, une bête sauvage venant d'émerger de la chambre de la bien nommée petite soeur, cheveux hirsutes dans tout le visage, démarche hésitante et poussive et injonctions on ne peut plus violente. Bah ouais, ça le faisait pas de se montrer en chaussette mais sans pantalon devant un animal aussi féroce. Il enfila rapidement un jean délavé qu'on airait cru aussi vieux que le monde, et le blazer bon marché qui foutait les boules au fils à papa d'en face. Sans bien sûr oublier d'antiques chaussures dans ce qui semblait être tout sauf du cuir et couverte de tâches dont même Dieu en personne devait ignorer la provenance. La porte s'ouvrit, il s'en alla d'un air pressé.

***

Dans le genre hall d'immeuble insalubre on faisait pas mieux, un bon vieux trou, à l'ancienne, le genre qu'on fait que dans les anciens logements sociaux. C'aurait pu avoir une dégaine à peu près décente si ça puait pas autant la pisse et la mort. C'est dire, on aurait cru que quelqu'un s'activait dans l'ombre, déployait d'immenses efforts histoire de rendre le cadre encore plus sordide qu'il l'était. Un peu comme le bonhomme qui éteint la lumière dans le frigo, mais en moins mignon. Et comme si on l'appelait, comme si une intervention divine venait de se faire, style Dieu qui le sifflait, : le concierge apparut. Le concierge, ou l'incarnation des pires tares humaines, alias une énorme bedaine crasseuse digne des plus gros consommateurs de bière bon marché, une calvitie type cache misère bien grasse accentuant le regard porçin qui vous suivait où que vous alliez, vous reluquant comme si vous étiez le dernier des voleurs, la dernière des putes. Mais le pire était cette putain d'intonation qui vous violait comme dans votre intimité, qui hantait vos nuits les plus sombres, fallait l'entendre dés qu'il ouvrait la bouche, ça allait de haut en bas, comme un putain d'oscilloscope, une sorte de râle traînard et chaud comme un glaire. Le genre de prouesse que même le pire chanteur de heavy pourrait jamais égaler. Sur le moment vous vous contentiez de rester comment un con, interloqué entre dégoût et volonté de meurtre en vous disant que merde, ça puait la vieille saucisse !

Aujourd'hui, la vreca (prononcez vretcha) se contentait de le fixer d'un air absent, tenant fermement un énorme balai comme s'il cherchait à compenser quelque chose. Wouhou les filles regardez moi !
Alek était resté con, encore, avant de durcir son regard, l'air suspicieux et accusateur, l'air de dire : je sais que c'est toi qui chie dans la cave. Il se décida à tirer lentement une cigarette bon marché d'un paquet qu'il mettait bien en évidence. Il la porta à sa bouche, lentement, la suspendant à peine à ses lèvres épaisses d'un air presque vulgaire. Il se pencha lentement en avant, une main sur la hanche, l'autre portant à sa bouche la cancerette, le tout était on ne peut plus provocateur et vulgaire. Il tira une longue bouffée, tandis qu'une figure décomposée baragouinait on ne sait quoi d'un air plaintif. La commissure de sa lèvre se souleva d'un air amplement satisfait, il s'élança d'un pas rapide et pressé, s'exprimant dans un serbe amusé.


« Supsic bre !!! »

Il éclata d'un rire sonore, se retrouvant au milieu d'une rue ensoleillée, un ciel bleu éclatant en guise de plafond, la banane toujours sur le visage. Il rit de plus belle, secouant la tête histoire de chasser l'image mentale de la vreca. Putain ce que avait été bon... Il se mit en route, levant les yeux au ciel qui semblait lui tendre les bras. Il se sentait libre.

***

Assis, les mains sur les genoux, le regard se baladant, évitant le plus possible les choses pouvant interpeller, il sentait comme un poids sur son estomac, la bonne humeur et la désinvolture matinale s'étant mystérieusement envolées quand il pénétrait dans la luxueusement outrancière salle d'attente. La réceptionniste, chignon sévère et tailleur du style jepèteplushautquemoncul, avait finis de l'achever en le jetant verbalement sur un siège inconfortable avant même qu'il ait pu aligner un mot, et ceci sans le moiiiindre regard, la moindre reconnaissance, comme s'il avait été un déchet contagieux qu'il fallait prendre façon aseptisée. Il déglutit et imagina la jeune femme comme un énorme et extravagant gateau, ses lèvres pincées en un rictus exaspérant étant une cerise confite. La commissure de ses lèvre se souleva, puis se rabaissa, elle aurait pu être belle si y avait pas comme quelque chose qui semblait puer, le genre de truc qui rendait le gateau infect, celui précisément qui voulait filait une chiasse sans nom, façon torrent fécal.

On appela son nom, l'écorchant (volontairement), c'était sec et agressif, il bondit de sa chaise d'un air désorienté.
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Sleepless


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MessageSujet: Re: Les méchants n'auront pas prise. [Jeremias]   Mer 12 Jan - 21:05

Il ne prenait pas la peine de se donner un air intéressé, pas plus qu'il ne se donnait le mal d'écouter. Jeremias observait le monstrueux écran, absorbé, en pianotant maladroitement sur le clavier du pédant ordinateur, c'est-à-dire en faisant exclusivement usage de ses index, dont le droit était point aussi joli que le gauche, même assez vilain, tout abîmé du feu comme ses voisins. L'interviewé, le tout premier, s'était assis dans l'un des deux petits fauteuils bleus et avait croisés ses gros doigts en ravalant sa poignée de main. Il la garderait pour l'embauche, s'était-il mis en tête, déterminé à entretenir les restes de positivisme qui n'avaient pas encore fui.
« Bonjour, monsieur Hearbson. » Il avait été poli, en pénétrant dans la pièce, et avait souri avec parcimonie pour éviter de trahir son sérieux, autrement dit sa crédibilité de chien de garde. Monsieur Hearbson ne l'avait pas regardé. Probablement était-il occupé à quelque important dossier. Ces hommes d'affaires font tourner le monde, après tout, avait songé le bouledogue. Ainsi au bout d'exactement quatre exténuantes minutes, le grand Hearbson avait finalement adressé la parole à l'aspirant agent, sans toutefois oser quitter une seconde du regard l'écran de sa machine immaculée. Le... là, le... le... fauteuil. Il fallait en déduire que c'était une invitation à s'asseoir. « Merci. »

Depuis ce bref échange, il n'y avait plus eu que le clapotis des touches pour habiter le silence, et les ricanements occasionnels de Jeremias, qui s'amusait, évidemment, beaucoup. Un collègue, conseiller en investissements, lui avait refilé le lien d'un jeu passionnant. Il s'agissait de compter des points en envoyant en orbite, à l'aide de divers accessoires tels une batte de baseball, une hache ou autre, un gros gars bien laid. Un vrai régal, d'autant plus que le personnage que Jeremias avait choisi pour le représenter était un genre de plantureuse amazone. Il s'y amusait, donc, tout en transmettant au principal intéressé, le conseiller, ses résultats. Minables, ces résultats, mais peu lui importait et, comment savoir, puisque son correspondant ne cessait de le féliciter. Il faut comprendre Jeremias, il n'avait aucune envie de se trouver dans ce bureau, lui qui la veille, avait prévu passer la journée à classer ses collections de bandes dessinées dans sa nouvelle bibliothèque. Cette journée, il avait voulu la passer en compagnie d'Andromeda la guerrière, de la sauvage Hawkgirl, des imprévisibles Phantom Lad[ies], de Magik la diabolique, et puis de Zatana l'enchanteresse, mais surtout, en compagnie de l'irremplaçable Susan Storm, dite la Femme Invisible. Enivrés par le parfum de Marie-Jeanne, Jeremias et ses supers héroïnes se seraient laissés aller à une grandiose orgie de cases multicolores et d'assourdissantes onomatopées.
Ce devait être trop beau pour être vrai. Un simple coup de fil avait anéanti le rêve : Fils, c'est Père. Que fais-tu? […] Quoi! On ne mange pas du gâteau au petit déjeuner, Fils! Tu sais ce qu'on dit : tu vas te transformer en gâteau toi-même! Enfin, qu'importe. Je tenais simplement à te rappeler que : c'est trop beau pour être vrai. Maintenant file, Fils. Et adieu. On n'a toujours du mal à se souvenir les paroles exactes, surtout quand on ne les écoute pas, au moment où elles sont dites.

« Hum, monsieur Hearbson, je... » Efficace, l'esquisse de phrase fit, en plus de hausser un sourcil, dévier les yeux de Jeremias vers le candidat. Et à la vue de ce dernier, monsieur Hearbson éclata de rire comme jamais il n'avait habitude de le faire. Il rit fort et fort gaiement, secoué à tel point par hoquets et sanglots d'amusement qu'il s'en plia en deux, mains et joue contre table. Incapable de parler, il fit pivoter l'écran afin que l'autre puisse comprendre et partager, peut-être, ce fou rire; le gros gars qu'il fallait taper, dans le jeu, ressemblait au postulant. Et de manière très peu flatteuse. Et Jeremias ne cessait de rire. Et, embarrassée, la victime de cette excellente plaisanterie du hasard quitta.
Après avoir repris son souffle et écris à son petit-fils October, - October, cher enfant, petit Jedi au grand sabre, il vient de m'arriver une folle aventure... -, il demanda à Lotta, la réceptionniste, de lui en envoyer un autre. Lotta qui, récemment, avait, disait-on, fait la rencontre de son, plutôt sa, liée. Une gamine de huit ans. Quelle déception, rajoutait-on, pour elle qui avait déjà eu le malheur de laisser échapper que Jeremias Hearbson était peut-être son lié, mais qu'il ne s'en rendait pas compte. On avait bien ri, tous excepté le soit-disant lié qui, à la grande surprise de Lotta, ne s'était jamais moqué. En fait, à ses yeux, elle s'était simplement rangée parmi les crédules. Non mais quelle histoire... Jeremias avait probablement oublié, à ce jour.

Dans la porte demeurée ouverte apparut alors l'autre. Il n'avait pas de cheveux et avait un look de crotté. Il traînait aussi un parfum de nicotine flambée. Un fumeur. Il faudrait le faire sortir, le faire rentrer, tout ça. En profiter, peut-être, pour en griller une aussi, rien que pour dire.
Jeremias baissa les yeux sur la liste de noms qu'on lui avait remise à son arrivée. Il n'y trouva pas l'aide qu'il espérait, au contraire, la prononciation lui semblait plus obscure encore. Il réfléchit, enfin pas vraiment, mais porta tout de même un doigt à son menton en s'adossant lourdement dans le large et haut fauteuil de cuir noir pour se donner un air très concerné.

- Votre nom, ça se dit comment?

Il avait la ferme intention d'écouter la réponse, malgré les apparences. En effet, il se remit à pianoter, toujours avec lourdeur et sans doigté, sur son clavier, l'air concentré. Puis, désireux de partager sa trouvaille, il fit à nouveau tourner l'écran et indiqua au jeunot (ça disait 22 ans, sur le papier!) de prendre place.
Sur l'écran, on voyait deux dorbermanns.

- On leur taillait les oreilles et la queue pour que les loups aient moins de prise sur eux.

Il eut un bref regard pour le crâne du jeune homme, puis rien qu'un coin de sourire, avant de ramener l'écran devant lui.

- Je leur préfère les oreilles tombantes, mais ils ont toute qu'une queue, si on ne la coupe pas. Il ricana bêtement, ajouta pour lui-même: On dirait une grosse oreille...

Il resta un moment devant l'écran, sourire aux lèvres. Lâchant un long soupir, ennuyé, il se détourna ensuite de l'objet de sa distraction pour faire face à celui qu'il décida de considérer comme le vrai premier compétiteur de cette course à l'emploi. On aura beau dire, il avait quand même du style, le chiot. En plus, l'accoutrement devait être confortable. Il faudrait en prendre note. Jogging et t-shirt n'étaient peut-être pas l'unique formule. Peut-être, aussi, n'était-ce pas l'affublement le plus approprié pour ce type d'entretien, mais en tant qu'employeur, Jeremias s'était accordé ce droit, ce matin, en oubliant de se changer.
Il se racla la gorge, attrapa un stylo et un bloc-notes et gribouilla quelques temps sans parler.

- Sans doute a-t-on précisé, au rappel pour l'entrevue d'aujourd'hui, que l'emploi pour lequel vous postulez actuellement consiste en mon assistance personnelle lors de certains déplacements... Et bien je rectifie l'information en précisant qu'il s'agit plutôt d'assister mes instruments de musique.

Évidemment, puisque l'idée d'être assisté n'avait toujours pas fait son bout de chemin jusqu'à l'entendement de Jeremias. C'est parce que c'était une idée du vieux, qui lui était venue en apprenant que son fils s'était fait poursuivre par un journaliste et avait docilement répondu à toutes ses questions au sujet des sujets qu'il fallait éviter.

- Mais... Croyez-vous devoir recourir à l'assistance de chiens? Parce qu'en fait, ce ne serait pas un problème.

Au contraire, se garda-t-il d'ajouter en dessinant un chien-allumette qui arrachait la tête de son bonhomme.
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MessageSujet: Re: Les méchants n'auront pas prise. [Jeremias]   Dim 16 Jan - 19:51

    Les poings serrés, posés sur les genoux d'un jean usé par le temps, il était le cul assis sur une chaise haut de gamme, le style clinquant, fait pour impressionner les jeunettes qui devaient passer dans -et sous ?- le bureau. La pièce en question était un patchwork de meuble tous plus impersonnels et couteux les uns que les autres. Ça devait pas être de l'Ikea tout ça. Il avait pour ainsi dire l'impression de baigner dans une fiole géante aux tons multicolores façon surréaliste. Le patron, grand manitou, ou juge en présence, le mec qui lui faisait face, le dominant de tout son énorme bureau ébène, car oui la taille ça comptait, c'était très important même, le considérait avec un intérêt quasi scientifique. C'était comme un énorme œil, visqueux et répugnant, qui bougeait dans tous les sens, tentant de capter chaque image, chaque mouvement, de pas en perdre une miette avec toute l'avidité que ça impliquait. L'image, ou la pensée, il savait pas vraiment, lui fila presque la gerbe. Il considéra son possible interlocuteur, celui lui lançait un regard imperceptible tout en pianotant sur un clavier minuscule et immaculé. Il était jeune, sûrement pas beaucoup plus vieux que lui et avait, qu'on se le dise, une tronche de fin de race. Il se sentit coupable à cette pensée. Non pas qu'il jugeait son hypothétique, chaotique, indécis, et incertain futur employeur, mais c'était tout ce que sa vue lui évoquait, c'était plus fort que lui, en plus d'être citoyen d'un pays qui existe plus, il avait dû être marxiste, dans une autre vie, cela allait de soi. Il caressait même l'idée de lui trouver un petit nom temporaire, le temps de s'en faire une idée précise. The little pee guy ? Trop... petit, y avait des choses à en dire. Ou alors...

    — Votre nom, ça se dit comment ?

    Il coupait court, le salaud. Alek ouvrit la bouche, aspirait distinctement un peu d'air avant de la refermer d'un air perplexe. Primo, un juron -particulièrement vulgaire- faillit en sortir, il le garda bien à l'intérieur, au chaud. Deuzio, comment composer une prononciation naturelle et intelligible d'un nom aussi imprononçable sans l'écorcher, chose qui lui voudrait le courroux de la maîtresse de maison. Il se ravisa, déclara forfait, bref ce que vous voulez.

    — C'est comme vous voulez.

    La contre attaque était du genre minable. Le patron posa sur lui un oeil impénétrable avant de recommencer à pianoter sur son clavier. Putain l'enfoiré, on aurait dit qu'il tapait un rapport d'après un interrogatoire : spontané et direct. Alek sentit ses entrailles se décomposer, il se sentait comme Swofford lors de son incorporation -s'il en croyait le bouquin, qui était au demeurant et jusqu'à nouvel ordre sa petite bible personnelle- : On vous enfonçait quelque chose de force dans tous les orifices, ce qui vous suggérait -vous ne saviez pas pourquoi- que votre cul allait se retourner et commencer à vous parler. Merde.

    Le grand manitou fit tourner son écran d'un air satisfait, voulant apparemment partager sa science avec Alek. C'était deux clébards, le genre grand, musclé, couvert de cicatrice, la gueule pleine d'écume, noir ? WTF faillit-il dire à haute voix. De plus que ces monstres semblaient avoir les oreilles et la queue -non pas celle-ci- mutilées. OK OK pensa-t-il, sur un ton similaire à celui du flic qui demandait au grand méchant psycho de poser son flingue dans les films d'actions. Le patron, comme s'il avait lu dans sa tête, lui expliqua.

    — On leur taillait les oreilles et la queue pour que les loups aient moins de prise sur eux.

    Ah okaaaaay, et ben merde alors... Inconsciemment, il se passa la main gauche sur le crâne, peut être histoire de vérifier qu'on avait rien taillé chez lui. Il déglutit, se demanda si la phrase était un piège ou une question de culture générale, sûrement les deux. Il allait tenter la chance, balança un hésitant « certes » avant de constater sa bourde et de se raviser, sa bouche s'ouvrit puis se referma. Stupeur et quasi appréhension.

    — Je leur préfère les oreilles tombantes, mais ils ont toute qu'une queue, si on ne la coupe pas.

    L'enfer se paya même le luxe de ricaner. Alek sentit son sourcil droit le démanger, se rebellant contre un corps pratiquant l'oppression. Il se battit longuement et... se releva. Oui il finit par se lever, donnant à son propriétaire un air du bord de la surprise, voire de la condescendance. Il tenta même d'aligner quelques pensées, se caractérisant par une sorte de sourire ironique et contraint.

    — On dirait une grosse oreille...

    Il manqua de tomber de sa chaise. L'interrogateur avait coupé court avant de partir dans un délire puant la private joke en ricanant comme un abruti. Il tenta de prendre de la distance, se disant OK OK qu'il avait peut être mal compris un mot ou quelque chose du genre, mais rien, que dalle, tout ce qu'il lui vint c'est soit qu'il faisait face à un abruti finis, soit on se foutait ouvertement de sa gueule et qu'on y prenait un malin plaisir. Un compromis entre deux solutions n'était pas impossible. A ce moment précis il était le cuistot, le mec qui épluchait les patates, une énorme toque sur la tête et dont tout le monde se foutait, il pouvait crever noyé dans la soupe, on trouverait ça nutritivement risible. Il se la tempe d'un air détaché et perdu, y repensant.

    — Sans doute a-t-on précisé, au rappel pour l'entrevue d'aujourd'hui, que l'emploi pour lequel vous postulez actuellement consiste en mon assistance personnelle lors de certains déplacements... Et bien je rectifie l'information en précisant qu'il s'agit plutôt d'assister mes instruments de musique.

    Son doigt s'immobilisa, comme paralysé, TADAAAAM. C'était digne d'un écureuil au regard dramatique. Il posa lentement sa main sur son genoux, comme si c'eut été une bombe, une vraie, en essayant de choper l'information au vol.

    — Attendez... Je...

    Putain.

    — Quoi ?

    La situation était aléatoire, totalement aléatoire. Si bien qu'il eut du mal à se sentir proche de soi même. Il faillit murmurer un « merde » mais resta pour ainsi dire con, fixant son interlocuteur d'un air perplexe. Peut être que s'il y faisait pas attention les conneries s'en irait ? Peut être qu'il délirait ou qu'on avait mis quelque chose dans l'eau qu'il avait bu dans la salle d'attente, c'était peut être cette garce au sourire pincée et adepte de pratiques sexuelles douteuses ? Il reprit son souffle. Putain
    Putain Putain Putain Putain Putain Putain Putain Putain Putain Putain Putain.


    — Mais... Croyez-vous devoir recourir à l'assistance de chiens ? Parce qu'en fait, ce ne serait pas un problème.

    Il reprenait, merde, putain même. Ce mec était un aliéné, il arrivait à faire des équations avec des instruments de musique et des chiens. C'était peut être pas aussi complexe que ça semblait l'être, mais à Alek ça évoquait une bande de clébard se soulageant sur un immense violoncelle. Il savait pas pourquoi c'aurait pas pu être une contrebasse ou autre. Voire un cuivre. Cette fois il se racla la gorge, pris l'air le plus détacher qu'il put et envoya le pâté.

    — Non, je suis désolé, mais je n'ai pas de formation en maître cléb... En maître chien.

    Il planta son regard dans le sien, comme pour s'affirmer, dire : j'ai la plus grosse, tu fais pas le poids. La situation aurait même parue grave s'il avait pas été aussi comique. Il s'imagina un instructeur militaire noir et sévère rentrer dans la pièce et hurler comme un malade. Il hurlait que c'était des conneries, qu'il détestait même pas les chiants, qu'il les adorait même et qu'il était qu'une sale tarlouze dormant sur un vrai lit, le tout en lui hurlant régulièrement de la fermer. La bouche d'Alek se tordit, il eut une irrépressible envie de rigoler. Rire, comme un débile.
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MessageSujet: Re: Les méchants n'auront pas prise. [Jeremias]   Lun 24 Jan - 20:31

Il aurait pu répondre : Très bien, Monsieur Comme-vous-voulez, mais il s'en garda et préféra, au classique de cette plaisanterie, la facilité du silence. Ce qui lui inspira une petite pensée pour ses instruments. Leur conversation était tellement plus douce, tellement plus accommodante. Il les regrettait, en ce moment, et regrettait, surtout, que sur la liste de postulants, aucun ne s'appela simplement « Trompette », « Clavecin » ou même « Cor français ». Oui, même ces cons de cors français l'inspiraient davantage. C'est que tous, cordes, vents, percussions... Tous avaient ce don de ne jamais contorsionner leur traits ou avouer leur ton lorsqu'ils lui répondaient. C'était juste ou c'était faux, point à la ligne, ou répétition. Et ce coco dur comme roc assis devant lui avait une tête sensée en plus de paraître rêche. Ce qui était d'autant plus embêtant; raison de plus pour trouver refuge derrière une meute de dobermans complètement débiles et qui alors jappaient tellement fort que Jeremias ne pouvait entendre ce que Alek Coco disait. Ah ben voilà! Monsieur Coco, n'est-ce pas magistral? Mais ç'aurait été encore mieux comme ça : Maître Coco, l'homme qui jappe avec les chiens.

- Dommage.

Il griffonna, plutôt barbouilla sur une feuille, l'air moins déçu que l'on aurait pu s'y attendre. Après tout, des dobermans, il pourrait toujours s'en faire élever, s'il le voulait vraiment. Mais il aurait préféré voir quelqu'un les manier, plutôt que de devoir le faire, et mieux encore il trouvait franchement incroyable l'idée d'un tableau vivant où auraient figuré quelques molosses baveux précédant un gars tout aussi baveux soutenant dans une main un violoncelle, dans l'autre trois basses et sur sa tête un piano à queue. Et puis lui, Jeremias, qui marcherait derrière en sifflotant un air militaire, bienheureux qu'il aurait été alors. Pour une prochaine fois, peut-être.
À lui de reprendre son souffle. Il releva sur l'apprenti maître-chien un regard presque sérieux, presque pas complètement détaché, presque conscient.

- Dans quatre jours se tient le tout premier concert d'une série de trois, à Stockholm. Je devrai m'y trouver la veille de la première, en avant-midi, puis plus ou moins deux heures avant chaque représentation, en soirée. Ce serait votre premier contrat.

Se disant, il lui tendit un document comportant une sorte de présentation succincte de l'entreprise, sans doute quelques clauses en petits caractères, ainsi qu'une fiche d'employé à compléter. Confortablement adossé dans son fauteuil, Jeremias pivotait lentement de gauche à droite, bras croisés.

- Il s'agirait de venir prendre chez moi le violoncelle, avec la voiture mise à votre disposition, et de l'apporter à la salle de concert. Il est fort possible que je l'accompagne. Puis, vous devriez attendre jusqu'à la fin de chaque concert, afin de nous ramener, l'italien et moi.

L'italien, c'était un bon, un vieux de la vieille, mais pas le meilleur pote. Maudit soit le chef d'orchestre qui lui avait trouvé une meilleure tête qu'au petit dernier : une création toute suédoise fraîchement sortie du dernier siècle. Trop jeune pour le feuillet d'accompagnement, trop jeune pour charmer l'auditoire à la crinière grisonnante, trop jeune pour impressionner et faire vendre quelques billets de curieux. Mais l'italien, rien que par son nom véritable – qu'il vaut toujours mieux taire pour éviter de provoquer des crises cardiaques – faisait frémir les oreilles des connaisseurs. Sans doute crèveraient-ils sur le coup, ces pédants mélomanes, s'ils venaient à savoir que l'italien, the italian, l'italiano, den italienska, italiJanski, avait failli finir ses jours en bois de chauffage, et qu'il n'était toujours pas hors de danger à cette heure... Et ne le serait jamais tant que vivrait Jeremias Hearbson.

-Entre-temps, vos services seraient requis pour assurer la sécurité du violoncelle. Ce qui vous donnerait évidemment droit à un laisser-passer pour les coulisses. Coulisses qui seront, par ailleurs, assez joliment occupées.

On ne parlait évidemment pas de la vieille corniste à mauvaise haleine, ni de la décharnée « timbalière » ou du pédant pseudo-pianiste, mais plutôt de quelques élégantes violonistes, mûres juste à point, ainsi que de quelques autres éléments plus que potables de l'ensemble, qu'un excès de machisme avait porté Jeremias à remarquer.
Sur ces belles pensées, il tira de sous une pile de chemises une autre feuille qu'il présenta à Alek l'agent pour la sécurité sans chiens. On pouvait y lire des chiffres.

- C'est assez bien payé, dit-on, lâcha-t-il d'un ton désintéressé en s'examinant le pouce, fidèle à son rôle de bon fils de riche trop riche pour être en mesure d'accorder quelque valeur qui soit à quelque emploi qui soit. Nous défraierons les coûts relatifs à la voiture et à l'équipement, bien entendu, et pour les repas aussi, ajouta-t-il comme argument ultime, juste avant que la sonnerie de son téléphone portable interrompe sa brillante exposition des modalités. Zdravo.

Le père. Il parla sans jamais être interrompu par le fils que par quelques « mmhmm », et qui s'occupa, au cours de cette conversation, à fixer l'horloge sur le mur, jusqu'à ce que la voix éraillée au ton ferme lui intime de passer l'appareil de l'autre côté du bureau. Il obéit, en précisant, à l'adresse de la prochaine victime :

- Pour vous.

À nouveau l'horloge, pour Jeremias aux mains sagement posées devant lui, et pour le combiné, la vieille voix du dictateur tenace.

Bonjour monsieur, je suis Frederic Hearbson, le père de Jeremias, le... l'homme qui vous a reçu pour cette entrevue. Permettez-moi de m'excuser, d'ailleurs, pour cette interruption. Mais elle sera brève.

Mielleux dictateur déchu qui par tous les moyens arrivera à ses fins... Vieil être vicié!

Je tenais simplement à vous informer que si vous acceptez cet emploi, c'est moi qui serai votre principal supérieur, peu importe ce qu'il pourrait en dire. Aussi vous autoriserai-je, vous encouragerai-je très fortement, plutôt, à ne pas vous en remettre aux instructions de mon fils. Il s'agit non pas d'assurer la protection de ses fichus instruments, mais bien la sienne contre ce que j'appelle son... disons son étourderie. Je souhaite qu'il évite tout contact prolongé avec la presse lors de ses sorties mondaines, de sorte qu'il n'ait jamais l'occasion de parler d'autre chose que de sa musique. Et puis je ne m'attendrais absolument pas à ce que vous fassiez preuve de soumission face à ses demandes puériles. Au contraire, des employés de la sorte nous en avons et avons eu bien suffisamment.

Enfin le vieux avala sa salive (essuya peut-être un surplus sur son menton), toussa un bon coup et conclut.

Bref, en espérant vous compter parmi nous bientôt.

Ne l'avait-il pas cherché longtemps, l'Incorruptible Agent de Sécurité, l'Agent avec un grand A? Que oui. Et la tête dure de celui-là lui était restée, quand il avait fait pivoter la caméra de surveillance dans sa direction, dans la salle d'attente. Big Brother is watching you, c'est ce qu'on dit.

Jeremias lâcha l'horloge du regard et retourna à son écran.

- Alors... Pitt bull, mastiff, rottweiler? Vous signez? fit-il dans un presque-sourire, sous l'oeil piteux d'un bichon frisé.
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Les méchants n'auront pas prise. [Jeremias]

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