Il n'y avait rien de naturel dans ce que l'on éprouvait.
 
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 hilda l. strömblad ~ un visage en cache un autre

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Sleepless


▪ depuis quand ? : 07/01/2011
▪ conneries : 22
Féminin
▪ venue au monde : 03/03/1987
▪ et l'âge ? : 31
▪ groupe : Sleepless

MessageSujet: hilda l. strömblad ~ un visage en cache un autre   Sam 8 Jan - 0:05


© source
nom du personnage ; Strömblad
prénom(s) du personnage ; Hilda Linn
âge du personnage ; 23 ans
date de naissance ; 31 février 1986
personnalité sur l'avatar ; Lauryn Hill
groupe ; Sleepless
lié(e) ; sous peu
son origine ; réunionnaise par sa mère et suédoise par son père
sa nationalité ; suédoise
son occupation ; véritable touche-à-tout, elle a fait un tas de petits boulots. Pour le moment, elle est vendeuse dans un disquaire, et accessoirement maîtresse Domina de 20h à 23h.

Histoire
; Don't judge a book by its cover.


Abel Korzeniowski, Daydreams

La lumière du soleil luit dans la rivière et le les arbres bruissent doucement au gré de l’onde. Leurs feuillages dorés, en filtrant ces mêmes rayons du soleil, provoquent un incessant jeu d’ombres. Contemplative, je suis des yeux la mise en scène de cette nature incertaine. Pendant ce temps, des remous se forment autour de mes pieds, et je savoure la fraîcheur de l’eau qui glisse entre mes orteils. L’air est lourd -c’est un après-midi d’été après tout-, mais la légère brise me caresse tendrement la nuque, comme on bercerait un enfant au coucher. Les lèvres entrouvertes, je ferme les yeux et des frissons de plaisir parcourent mon échine. Je suis si bien ici. Mère m’a fait mettre la belle robe qu’elle vient de coudre. C’est beau, on dirait qu’on a voulu y semer des fleurs. Je ne connais pas encore bien les noms. Ma mère dit que ça n’a pas d’importance du moment que c’est joli. Maman a toujours raison. Au bout de quelques instants, lassée, je joue avec les vagues et l’eau bute contre mes mollets. C’est si doux. C’est quand même dommage que l’on ne puisse en prendre une grande quantité qu’on malaxerait tant et si bien que ça formerait un oreiller. On ferait pareil pour la couverture et pour faire encore plus joli, on capturerait quelques poissons au passage. Comme ça, quand on dormirait, et bien ça ferait des guilis dans l’cou. Comme ce serait drôle. Et puis le matin, je n’aurais pas à me laver les cheveux puisqu’ils auraient marinés toute la nuit. C’est ma petite maman qui serait contente, hein ? Pour me récompenser, elle me donnerè un bonbon avec un air pas très content qu’elle a toujours pour que je ne mabitue pas trop à ça… Tiens, on dirèt que maman m’appelle pour le déjenez. J’espère qu’il n’y ora pa encore de fromage. C’est ke je n’aime pas bôcoup sa, mè maman di que je pourrai devenir très grande si jan mange -grande come el, voir plus, comme une mèson. Nanpèche ke c pa trè bon.

La petite fille se relève joyeusement, mais, toute emportée qu’elle est dans son élan, son pied glisse sur le rebord de la berge. Maladroitement, elle tombe dans la rivière, le regard tourné vers le ciel. Là, un pénible sentiment l’habite ; un froid immense, dont elle n’avait même jamais fait l’expérience, l’envahit soudain. Et pourtant, le ciel est si pur et la campagne si paisible. Néanmoins, quelque chose cloche. Au contact de la surface plane, d’innombrables gouttelettes giclent en tous sens. Elle ne sait pas nager. Peu à peu, elle s’enfonce plus profondément. Elle est maintenant presque immergée. C’est étrange. Il lui semblait tout à l’heure encore qu’elle avait pied. Se serait-elle trompée ? Ses yeux sont encore ouverts, mais elle ne peut plus respirer. Ses poumons sont comprimés par la pression de l’eau. Lentement, elles clignent des yeux et observent aux alentours ce dont elle ne se serait jamais doutée jusqu’alors. Dans les tréfonds des étangs, comme des sources, ou de tout point d’eau, subsiste un écosystème dont on n’a pas idée. De plus en plus surprise, elle découvre pour ses derniers instants ce monde inconnu. Des anguilles filent çà et là et toute une prairie d’algues recouvre ces bas-fonds. Son dos vient délicatement se poser sur le sol vaseux. Entourée d’algues ondoyantes, elle se sent bien, comme dans un berceau. Toute cette nature n’attend que sa reddition, mais étonnement, ne l’inquiète pas. En relevant la tête, elle voit les rayons du soleil se briser à la surface. Lentement, de plus en plus lentement, elle cligne des yeux et contemple son dernier tableau. Elle l’imprime dans sa tête pour se donner l’impression que son dernier instant n’aura pas été vain. Elle n’a que huit ans, mais elle sait que c’est la fin. A quoi bon lutter quand rien n’est plus possible. Elle n’a pas eu de chance, voilà tout. Elle ferme les yeux et l’image de ce paysage improbable reste ancrée dans l’envers de ses paupières. Ses membres se raidissent peu à peu ; elle a froid. Cependant, un bruit lointain se fait de plus en plus proche…

Peu à peu, Hilda émergea de son rêve. Des gouttes de sueur perlaient sur son front et ses paumes étaient moites. Un rêve ? Encore un rêve inquiétant. Ces derniers temps, elle vivait un peu trop ses nuits à son goût. Elle se passa la main sur les paupières pour calmer l’angoisse d’alors. D’un geste indolent, elle éteignit les trois réveils qui, trônant sur sa table de chevet, carillonnaient en chœur, et blottit son visage dans sa couverture. Pas envie de sortir du lit. Elle resta prostrée durant quelques infimes instants, puis se tourna, se retourna, et se re-retourna. Rien à faire, sa conscience était la plus forte. Pour ne pas avoir de regret, elle rabattit d’un coup sa couette sur le côté et se laissa glisser sur le parquet. A moitié endormie, les yeux bouffis de sommeil, elle enfila à même le sol haut de pyjama et pantalon de jogging. En se relevant, elle rabattit sa chevelure en arrière, véritable crinière au réveil, et se dirigea maladroitement jusqu’à sa cuisinette. Elle ouvrit la porte du réfrigérateur et, les yeux à moitié ouverts, elle fixa, hébétée, l’étendue du désastre. Il ne restait plus qu’un pot de pesto largement entamé –elle avait oublié de faire les courses. De dépit, elle l’attrapa et en étala sur une tranche de pain de mie qui traînait près du grille-pain. Pendant que le thé infusait, elle alla mastiquer le tout devant la fenêtre. Dehors, encore et toujours le froid et la neige. Enfin, qu’importe. Elle était habituée depuis le temps. Après tout, elle était née ici.


No Doubt, It’s my life


Son téléphone commença à vibrer sur la table. Se retournant, elle avisa l’écran de loin. Maman… Soupirant à l’avance, elle engloutit l’ultime vestige de sa tartine, s’essuya la main sur son jogging et décrocha.

« Allo, Maman. Qu’est-ce qu’il y a ?... Oui, oui, ça va. Ne t’en fais pas. Mais toi ? Tu voulais quoi ? Oui, oui, je sais. Oui j’ai bien mangé. Non, je ne vais pas être en retard. Oui, j’ai fait les courses, mon réfrigérateur est même plein à craquer… Oui… Mais mamannn, je vais bientôt avoir 24 ans. Merde quoi ! Je suis assez grande pour m’occuper de moi toute seule. Franchement. Non, je ne te renie pas, n’exagère pas. Je dis simplement que tu pourrais me laisser un peu tranquille de temps en temps. Ma vie ne change pas radicalement d’un jour sur l’autre, tu sais. Enfin, pas à mon sens… D’accord, je le ferai… Tu as du travail aujourd’hui ? Ah. N’en fais pas trop quand même. Tu n’es pas obligée d’aller voir sa vache tous les jours. Oui, je sais : le professionnalisme avant tout. N’en fais pas trop tout de même… Non, je ne serai pas vétérinaire. Non, pas même mon fils ! Je t’ai déjà dit mille fois que je ne voulais pas d’enfants. Non, je ne risque pas de changer d’avis… Et puis c’est pas tes oignons. Je m’en contrefous ! C’est pas parce que tu as une subite lubie d’être grand-mère que je devrais me faire mettre en cloque pour tes beaux yeux. Rohhh. Sois un peu moins égoïste, tu veux. Ce n’est pas parce que je suis ta seule enfant qu’il faut que tu te sentes obligée de concentrer tout ton « amour » en moi… Allez, à plus tard. Oui, moi aussi je t’aime. Non, je ne t’en veux pas. Comprends-moi, je suis déjà assez stressée comme ça… Ouais, c’est ça. Salut maman. Oui, moi aussi je t’aime. Salut. Oui, salut. »

Sa mère ne changerait jamais, elle. Depuis sa naissance, ça avait toujours été le même topo. Une vraie mère poule. Remarque, je me demande si elle aurait été différente si mon père était resté… Bof, peu importe. Elle se prépara sa tasse de thé et alla se laver pendant qu’il infusait –tout est une question d’organisation dans la vie.

Ainsi, après s’être habillée pour parcourir les quelques mètres qui la séparaient de sa cuisinette, elle se dévêtait pour aller se faire tremper jusqu’à l’os. Quel non-sens, j’vous jure. Légère, elle s’achemina jusqu’à la cabine de douche et tourna le robinet.

Dernière étape : le maquillage. Elle sourit. Maman disait toujours qu’une femme sans maquillage, c’est comme une fleur sans soleil, elle se fane. Pff. Elle au moins c’était du vite fait, histoire de cacher ses cernes. On ne peut pas dire qu’elle faisait partie de ces femmes qui restent des heures devant leur miroir à se regarder sous toutes les coutures en quête d’une ride naissante ou d’un bouton purulent. Du reste, sa peau était naturellement mate, alors elle n’avait pas trop à s’inquiéter d’une quelconque pâleur de son teint. Sur ces entrefaites, elle se passa un peu de rouge à lèvres, choisit soigneusement une paire de boucles d’oreille, puis elle remit de l’ordre dans ses cheveux.

Ayant accompli son œuvre, elle se toisa, pensive. Sa mère lui avait toujours dit qu’elle ressemblait de plus en plus à son père. Enfin, « père » est un bien grand mot ; elle ne l’avait jamais connu. Apparemment, il avait engrossé sa mère entre deux ruelles sombres –elle ne saurait jamais le fin mot de l’histoire-, et du jour où il avait su que sa mère était enceinte, celle-ci ne l’avait plus jamais revu. C’est drôle d’ailleurs, elle, elle n’éprouvait absolument rien à son égard. Et pourtant, tout le monde l’avait bassinée avec des analyses pseudo-psychologiques sur son comportement parfois déplacé, insolent. Comme quoi son comportement résultait de son besoin de présence paternel et patati et patata. Psychologie de concierges, oui. Et fortement inspiré des « feux de l’amour » encore. C’est juste qu’elle n’avait pas de père, point final.

La seule chose qu’il avait daigné faire, c’était de la reconnaître. Elle portait son nom, rien de plus. Le seul présent qu’il lui ait jamais fait d’ailleurs. Etrange cadeau en plus. Strömblad… Ca fait un peu penser à un « trombinoscope », non ? Ou bien à un « trou de balle »... Remarque, je préfère nettement la première option. Comme elle parlait parfois Français avec sa mère, elle connaissait un certain nombre d’expressions du même genre… Dans tous les cas, si elle le rencontrait dans la rue, elle ne le reconnaîtrait sans doute pas et passerait son chemin sans se douter de l’incroyable coïncidence. Aussi, ce que lui disait sa mère à propos de son physique lui passait à des années lumières au-dessus de la tête, mais elle ne répliquait pas pour ne pas froisser l’imagination galopante de sa mère. Ce fantasme, elle le devait sûrement à sa blessure mal cicatrisée. Un amour perdu, c’est sans doute aussi destructeur qu’un dégât des eaux. C’est qu’elle l’avait aimé. Enfin, pour ne pas la blesser, Hilda se taisait. Elle l’aimait profondément. Parce qu’elle était fragile, parce qu’elle la soutenait aussi, et tout simplement parce qu’elle était sa mère, mais bon elle s’en serait parfois bien passée. Une vraie gosse. Vivre enfin loin d’elle avait été un soulagement et elle ne regrettait pas du tout d’avoir quitté sa petite campagne pour l’inquiétante urbanité, avec ses rues étroites et pleines de monde, et ses agressions constantes. Ce n’était pas l’endroit rêvé, mais au moins ce n’était pas un patelin miteux où les coqs vous réveillent à 7h du mat’, montre en main, et où les vaches prennent votre maison pour une grange désaffectée. Faites comme chez vous, mesdames, je vous en prie. Et si je me pousse un peu sur le côté, ça vous irait mieux ?

Avenir 0, vie sociale 0, rêve 0, ennui 100%. Et puis une femme métisse, d’ailleurs plus noire que café au lait, ça fait un peu « tâche » dans une campagne profonde. En tout cas assez profonde pour que ça en devienne incommodant. Pas qu’ils étaient racistes sur les bords ou qu’ils les aient mal traitées, elle et sa mère, mais disons qu’elle ne pouvait s’empêcher de ressentir une certaine gêne dans ses rapports même amicaux. Elle ne se sentait tout simplement pas à sa place et le besoin de voir du pays s’était fait de plus en plus pressant.

J’avais l’impression de pourrir sur pied. Autant me suicider tout de suite que de rester coincée dans une petite vie étriquée à soigner le matou de madame Durand. Maman disait que c’était mieux pour son travail, « d’émigrer à la campagne ». Certes, y travailler est une chose, y vivre en est une autre. J’ai donc tout quitté il y a deux mois de cela et je fais des petits boulots en attendant de me fixer.

Bon, j’ai enfilé un jean, j’ai attrapé un pull… mes chaussures, mon imper’, mes clés, qu’est-ce que j’oublie ? Elle parcourut sa masure du regard, indécise. Ah, mes écouteurs. Et oui, une chose ravit mon existence, je ne m’en lasserai jamais, c’est la musique. Sans musique, je me « fane » comme dirait maman. Sans m’en rendre compte, elle s’est peu à peu imposée à moi, comme une évidence. Cette douce amante m’a tendue la main au sortir de mon berceau. La vie me paraîtrait bien triste si elle n’était pas là. C’est comme… Elle cherche ses mots… arracher sa coc’ à un toxico. Bon, c’est sûr que l’image n’est sans doute pas la plus « parlante », mais je suis présentement en rupture de stock.

En sortant, son attention se porte soudain sur la tasse de thé. Mince, je l’avais complètement oubliée. Le liquide est tiédasse et le lait ne s’est pas bien mélangé au breuvage, mais elle n’a pas le temps si elle veut être à l’heure.

Claquement sec. Personne ne rentrera dans cet appartement pour au moins dix bonnes heures ; un monde est mis en suspens, son monde, celui d’une Hilda que les autres ne connaissent pas.


Para One, Piste Bleue


L’air est vif ce matin. Tout en se hâtant, elle enfonce ses poings dans ses poches et appuie au hasard sur les touches de son Ipod. Exigeante, elle passe invariablement d’une chanson à une autre. Le mode aléatoire a du mal à suivre. Elle se fixe enfin et là, ses traits se détendent, toute son attention se porte sur son trajet quotidien. C’est bien ça, ça la réveillera. Regardant autour d’elle, elle contemple, radieuse, le théâtre du genre humain et semble les encourager à suivre la cadence. Ils s’en foutent et restent perplexes face aux variations du 4.40 et aux annonces mensongères de la météo. Peu importe. Elle aussi s’en fout en fait. Sautillant au rythme de la musique, elle avance tranquille, slalomant de temps à autre entre les passants. Son déhanché est assassin, elle avance toujours, épaules en avant. Comme une enfant, elle évite les contours des dalles de pierre, et file comme le vent s’engouffrant dans les replis des houppelandes. Elle rit. Elle s’essouffle, mais elle rit. Sortent de sa bouche de petits nuages blancs, aussi blancs que cette neige qui tombe du ciel et qui ne tient déjà plus sur les allées. Une bouillasse informe demeure seul et unique vestige de leur splendeur d’autrefois. Attention à ne pas trop s’approcher de la chaussée ou le compte de votre jean est bon. Au feu rouge, elle s’arrête et son regard se perd dans la foule. Tant de gens vont et viennent. Ca donne le tournis, tous ces gens qui s’évitent de peu dans leur incessante course, se frôlent l’espace d’un instant, et demeurent songeurs face à leurs soucis tout aussi quotidiens que ce trajet que je prends chaque matin. Je devrais envisager un autre parcours… Le feu vire au vert. Machinalement, la masse des travailleurs se met en branle. Elle se remet en route, donc.

L’atmosphère est humide et la neige fond sur son imper’. Souriante, elle contemple les flocons tomber du ciel, comme une enfant. On dirait presque des larmes. Es-tu triste, toi que l’on dit vivre là-haut ? Oh et puis qu’est-ce que j’en ai à foutre après tout. Si je vis, ce n’est sans doute pas grâce à toi et puis ça ne me regarde pas, à la limite. Je ne suis pas ton psy… Si tu existes vraiment, tu ne voudrais pas baisser mon loyer par hasard ? Tu serais chic. Je prendrais de pieuses résolutions pour te montrer ma bonne volonté. Aujourd’hui, je ne serai pas tête en l’air. Aujourd’hui, je ne ferai pas d’écart dans mon régime. Aujourd’hui,… Elle s’arrête. Putain, quelle horrible journée je vais me taper.

Je souffle un bon coup et pousse la porte. Ca y est, ma journée commence ; j’endosse un de mes nombreux masques. La Hilda souriante et enjouée du petit disquaire luttant encore et toujours contre l’envahisseur Virgin Mega Store.


Jo Stafford, Blue Moon


Dès mon entrée, je tends l’oreille. Qu’est-ce que ce sera aujourd’hui ? Un univers coloré et swinguant m’accueille. Mmh, du jazz. J’éteins mon Ipod et me faufile entre les étals jusqu’au fond du magasin.

« Salut Beauté ! Alors, encore une chaude journée, hein ? »

Lui, c’est mon patron. Il trouve ça cool que je sois Noire ; il dit que ça fait plus pro pour son magasin. Je te ferai remarquer, mon bonhomme, que je suis née en Suède, de mère Réunionnaise certes, mais de père Suédois. Et puis ma mère s’est fait naturalisée, tu sais. Elle se contint. Je lui pardonne, il est gentil. Et puis du moment que je peux vivre ma passion, je peux mettre mon orgueil de côté…

« C’est mon tour de choisir la musique aujourd’hui, je te préviens. »

La fille un peu grincheuse, c’est ma collègue, Catharina, une Espagnole qui en avait marre du froid et des dragueurs. Enfin, je ne crois pas que changer de pays change quoi que ce soit, mais je n’insiste pas. Si elle y croit, c’est l’essentiel. Etonnée, je parcours le magasin du regard.

« Tiens, Maggy n’est pas là ? En retard ? »

« Non, elle est malade. Elle m’a prévenu ce matin. Je compte sur vous deux, donc. Ne m’attrapez pas une bronchite, vous serez gentille. »

Un « oui, patron » résonna en chœur tandis que je posais mes affaires dans mon vestiaire. Dommage qu’elle ne soit pas là, elle est plutôt mignonne et égaye mes journées avec ses décolletés plongeants. Enfin…

Il n’y a pas beaucoup de monde aujourd’hui et je reste le plus clair de mon temps adossée à une étagère en tapotant du pied au gré de la musique. Parfois je fredonne, parfois j’interroge l’horloge. Et dire que ma journée ne se résume pas à ce boulot… Enfin, je crois que c’est notre lot commun si l’on veut continuer de vivre sur cette Terre.

« Rah, je t’envie Hilda. Tu es vraiment jolie. Tu dois faire des jaloux… Moi, je me fais jeter à chaque fois. Comme je t’envie. En plus, les hommes d’ici préfèrent les femmes grandes et bronzées. Tout le contraire de moi, quoi. »

Je savais bien qu’elle me fixait depuis quelques temps, mais la remarque de Catharina me surprit si bien que je ne savais que répondre. D’ailleurs, que répondre à ça ? Voulait-elle que je la rassure ou bien que j’acquiesce tout simplement ? Dans le doute s’abstenir. Je ne répondis pas, mais haussait les épaules d’un air vague.

« Ah oui, j’oubliais que ça ne t’intéressais pas, ces choses-là… »

Je tournai la tête et la fixai un temps. Qu’insinuait-elle ? Je doute qu’elle ait réellement compris quoi que ce soit. Autant ne pas s’appesantir.

Ca y est, il est 7h. Je m’étire de tout mon long, faisant craquer mes os. Tiens, ça pourrait être un nouveau concept ça. J’imagine déjà le slogan : « soyez votre propre instrument de musique ». Ca risquerait d’être intéressant…

Dans la rue, je rajuste mon écharpe et m’apprête à rejoindre mon prochain travail, mais Catharina me tape sur l’épaule.

« Eh, tu crois pouvoir t’enfuir comme ça. Allons nous amuser quelque part. J’ai envie de boire jusqu’à plus soif… »

« Excuse-moi, mais je vais bosser en fait… »

Etonnée, elle retire sa main et écarquille les yeux.

« Quoi ? Tu bosses encore ? C’est quel genre de boulot ? Tu ne m’en avais jamais parlé, petite cachotière va. »

Que lui dire ? Il faut que je paraisse naturelle…

« Euhm, je bosse en tant que serveuse dans une boîte de nuit. C’est pas terrible, mais ça paye bien… Et puis je te ferai dire que tu ne m’avais jamais posée la question. »

Ajoutai-je d’un air se voulant grincheux. Je n’ai jamais été très forte pour mentir, mais j’ai de la chance : elle n’est pas très « fut fut ».

« Et bien, je ne te savais pas si acharnée… »

« Je n’y peux rien. Il faut bien payer le loyer… »

« Bon. Bah à demain alors. Bon courage, hein! »

« Ouais c’est ça, à demain. Passe une bonne soirée. »

Soulagée, je la regardai s’éloigner dans le lointain. Quand elle eut dépassé le coin de la rue, mon sourire rieur s’effaça. J’ai échappé au pire. Enfin… Soupirant, j’avisai ma montre. J’ai tout juste le temps de manger un bout…


Muse, Supermassive Black Hole


Les types de l’entrée s’écartèrent pour la laisser passer. Véritables armoires à glace, ils lui firent l’impression d’une haie de chênes centenaires. C’est ça, regardez-moi, mais je vous préviens, on ne touche pas. Elle défonça la porte d’un coup de pied et traversa le sombre couloir.

« Salut Linn ! La forme, mon chou ? Tiens, voilà les clés. Ton premier client t’attend en salle 666. Ne sois pas en retard ou bien je serai obligé de sévir. »

« Ne vous en faites pas, monsieur. Vous me connaissez depuis le temps quand même… »

« Sourcil légèrement relevé. Sourire équivoque. Poitrine en avant. C’est bien, tu fais de plus en plus de progrès. Je pense que tu seras bientôt ma pire subordonnée, ma petite. »

« Je n’en attends pas plus, patron. »

Méditatif, il la suivit du regard. Parfois, elle pouvait être terrifiante.

« Ah, mon chou ! »

La diablesse s’arrêta, une main sur la hanche. Le regard hautain et les lèvres entrouvertes, elle regardait son patron d’un air excédé.

« Fais-moi plaisir, appelle-moi Marilyn comme les autres… »

Elle leva les yeux au ciel et reprit sa marche.

« Ne me faites pas rire, vous avez tout de Rambo… »

Il soupira et sourit à part lui. Et pourtant, il était encore hésitant lorsqu’il l’avait engagée ; il attendait qu’elle fasse ses preuves. Son ascension l’avait bel et bien surpris. D’une larve tu t’es changée en veuve noire, ma chérie.

Elle claqua la porte derrière elle et se déshabilla distraitement. Elle enfila son « uniforme », puis soupira et adopta un ton ennuyé.

« Kajsa, arrête de me peloter, tu veux. Je n’ai pas que ça à faire, moi. J’ai un client qui m’attend. »

« Oh, t’es vraiment pas drôle, Linn. Je me demande comment tu fais pour toujours savoir que c’est moi… »

« Pas si difficile que ça : tu es la seule à faire ce genre de choses. »

Boudeuse, la jeune femme s’assit dans un coin. Pendant ce temps, on n’entendait plus que le bruit du cuir. Fin prête, « Linn » se retourna vers Kajsa.

« Ne fais pas cette tête, va. Il y a des tas d’autres femmes sur Terre. »

Sur ces belles paroles, elle rajusta ses bretelles et son képi de policière, et sortit, tonfa en main. Les talons résonnaient frénétiquement dans le couloir, et ses menottes tintaient à sa ceinture. Elle arriva bientôt devant la porte de la salle où l’attendait impatiemment sa victime consentante. Ca faisait maintenant un mois qu’elle avait vu cette petite annonce dans le journal. Ca payait bien et puis elle y avait pris goût. Bien sûr, personne n’était au courant. Pas même sa mère. Ils auraient désapprouvé son choix ou bien l’auraient regardée de travers. Quoique, connaissant sa folle de mère… Il n’y avait qu’une seule chose qu’elle souhaitait conserver, tel un trésor, c’était son intimité. Je fais ce que je veux ; je suis responsable, majeure, et vaccinée. Et puis ce ne sont pas eux qui payeront le loyer à ma place… Mon objectif ce mois-ci, devenir la « number one » que tous les clients s’arrachent. Quoi de plus banal comme désir ? En plus, j’aurai sûrement de l’avancement.

Une autre facette de sa personnalité sans doute. Ici, vous l’aurez compris, elle n’était plus Hilda, la calme et pétillante Hilda, mais « Linn », une des maîtresses Domina du « Uncertain life ». Elle inspira, puis poussa la porte. Nouveau masque, nouveau visage. Il devint aussi glacial que le froid qui régnait au dehors. Les coins de ses lèvres se relevèrent, révélant ses dents blanches, ce qui contrastait avec la noirceur de son teint. Ca lui donnait un côté bestial, comme si elle allait dévorer sa proie. Ils se figèrent en un sourire machiavélique, puis celui-ci se mua en un rictus de dégoût.

« Alors, il paraît qu’on a été un vilain garçon, hein ? Ca mérite une punition… »

Trépignements inaudibles. On entendit un fouet siffler dans les airs avant de claquer contre le sol. La porte se referma derrière elle.

Il était 23h. Enfin, sa journée était derrière elle. Elle se laissa tomber sur son lit. Elle était littéralement exténuée. Il faut dire qu’elle ne faisait jamais les choses à moitié. Néanmoins, elle sourit en contemplant le plafond. Elle était satisfaite de l’existence qu’elle menait. Tous ces masques qu’elle revêtait, c’était si amusant. Ce qui lui plaisait le plus, c’était d’imaginer que tous ces gens qu’elle côtoyait jour après jour ne savait rien d’elle et croyait naïvement qu’elle était telle qu’il la voyait. Elle ricana. Ne soyez pas trop présomptueux mes agneaux…

Soudain, son téléphone sonna. Elle roula mollement sur elle-même pour atteindre son sac qui se trouvait à l’opposé.

« Allo ? Maman ?... Oui, maman, j’ai mangé. Mais tu sais, je t’ai déjà dit que tout allait bien. Je suis une grande fille. Moui. Oui. D’accord… Non je ne me marierai pas… Mais maman !! Laisse-moi tranquille ! »

Elle raccrocha, excédée. Fait chier. Elle ne peut pas me foutre la paix, celle-là. Elle se passa une main sur les yeux pour se calmer. Un temps passa au cours duquel elle sombra peu à peu dans un sommeil sans rêves. Le pied pour elle vu ce qu’elle se tapait chaque nuit. Cependant, son téléphone se remit à sonner. D’un bon, elle rouvrit les yeux, et, furieuse, elle se jeta sur son portable. Elle va m’entendre !

« Maman putain, je t’ai déjà dit d’arrêter de me harceler !... Ah pardon Kristina. Je ne savais pas que c’était toi… Une fête ? Tu es sûre franchement ? Bon d’accord. C’est vrai qu’on ne s’est pas beaucoup vues récemment… Bon, bah, à toute alors. Ouais, moi aussi. Bisou… »

Elle raccrocha, se rhabilla, et sortit. Putain de vie.


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Bedshaped


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MessageSujet: Re: hilda l. strömblad ~ un visage en cache un autre   Lun 10 Jan - 9:22

Désolée du retard ! Fiche validée, rebienvenue par ici =D


Seal my heart and brake my pride ; I've nowhere to stand and now nowhere to hide. Align my heart, my body, my mind to face what I've done and do my time. Well yes sir, yes sir, yes it was me ; I know what I've done, cause I know what I've seen. I went out back and I got my gun, I said, "You haven't met me, I am the only son."
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hilda l. strömblad ~ un visage en cache un autre

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