Il n'y avait rien de naturel dans ce que l'on éprouvait.
 
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 Montre moi comment t'es haut de gamme. [ pv Elizabeth ]

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Sleepless


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MessageSujet: Montre moi comment t'es haut de gamme. [ pv Elizabeth ]   Dim 26 Déc - 13:33

L'inspiration d'un moment vaut l'expérience d'une vie.


*

La brune écrasa le mégot de la cigarette qui s'était consumée entre ses doigts. Elle alluma une énième allumette. Encore une qui fit dégouliner la cire froide et durcie par l'air. Ses mains sèches, des mains de travailleuse, effleuraient la matière. Elles la caressaient, l'envoûtaient. Une extrême précision marquait le moindre de ses mouvements. Anthea ne laissait aucun détail au hasard. Jamais. Ses bras s'agitaient, se crispaient et s'arrêtaient parfois. Elle savait ce qu'elle faisait. Levant les yeux, elle observa l'objet de son inspiration. La belle femme était assise sur le petit socle de bois. Face à elle, le regard perdu dans l'obscurité du fond de l'atelier. Sa jambe droite croisait la gauche, la première sous la deuxième. Et ses bras, le gauche posé sur le genou, replié sur lui même, le droit reposant nonchalamment sur sa jambe. L'immobilité de la jeune femme semblait imperturbable. De sa seule présence, elle sublimait la pièce.

Chaque semaine, lorsque son imagination manquait, elle faisait le tour des agences de mannequinat et de modèles artistiques en tout genre. Ce jour là, une semaine auparavant, la brune avait feuilleté le catalogue, comme à son habitude. Blasée et insatisfaite. Des hommes, des femmes, parfois même des enfants. Tous plus ennuyeux, les uns que les autres. L'expression de leurs visages témoignait une vie insignifiante. Inintéressante. La trop grande beauté de leurs traits prouvait un manque certain de personnalité. Or, la personnalité était à la base de son oeuvre. Elle recherchait le vécu, la force et la volonté. Et elle avait continué de tourner les pages jusqu'à tomber sur elle. Elle avait de la sauvagerie dans le regard et de l'agacement dans le sourire. Elle était son inspiration même.
L'agence avait prévenu la fille, et aujourd'hui elle était là. Pourquoi avait-elle accepté son offre? Elle ne le lui avait pas demandé. C'était la première fois qu'Anthea A. Kostas rencontrait Elizabeth V. Brighton. Une rencontre faite de chair, et d'os.

Elle avait ouvert la porte et la jeune femme l'avait toisée, l'air farouche. Puis, comme si elle s'en était rendue compte elle s'était adoucie quelque peu et s'était présentée. Professionnalisme oblige, Anthea lui avait répondu, prenant soin d'adopter un ton aimable.

- Enchantée, moi c'est Anthea. Je t'en prie, entre. Nous travaillerons dans l'atelier.

En entrant, l'anglaise avait inspecté les environs, l'air hautain. Anthea l'observait et s'en amusait. Elle qui cherchait du caractère, elle était servie. Oui, la jeune autoritaire l'amusait. Elle décida de ne pas entrer dans son jeu et de la traiter comme son égale en commençant par la tutoyer. Bien entendu, elle avait remarqué le regard furieux que lui avait lancé la jeune femme en entendant ses mots et Anthea avait sourit. D'un sourire qu'elle n'avait pas eu depuis bien longtemps.

La brune se re-concentra sur son travail. Il y avait tant à faire et elles étaient là depuis plus d'une heure déjà. Dehors il faisait nuit et la pièce était mal éclairée. Anthea préférait travailler la nuit. Elle aimait cette ambiance intime. En particulier parce qu'elle la rassurait. La seule importante source de lumière provenait d'un grand feu qui crépitait dans le fond de la pièce, puis quelques bougies parsemées dans des endroits stratégiques. Il n'y avait pas l'électricité dans l'ancien garage. Pourtant il ne faisait pas froid. Heureusement. Elizabeth n'était que très peu vêtue. Le minimum syndical, pour ainsi dire. Anthea lui dirait de couvrir sa poitrine dévêtue lorsqu'elle l'aura achevée.

Soucieuse du détail, elle posa ses outils et se leva, sans un bruit. Elle s'avança vers la jeune femme qui semblait ne rien remarquer. Sans un mot, elle approcha son visage de celui de sa muse. Celle-ci réagit d'un sursaut prévisible. La brune l'ignora et planta son regard bleuté dans le sien. D'un geste doux elle écarta la mèche qui tombait mollement sur le front de la jeune femme. Sa main glissa lentement du front, à la joue. Son pouce s'arrêta sur ses lèvres roses. Elle s'était déplacée pour mieux observer les traits du magnifique visage. Anthea ne bougeait plus. Comme passionnée par celle qui soutenait son regard. Puis, au bout d'un moment elle ferma les yeux.

- Tu peux faire une pause, on reprend dans 15 minutes.
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MessageSujet: Re: Montre moi comment t'es haut de gamme. [ pv Elizabeth ]   Ven 31 Déc - 11:58

Les mains s’affairaient çà et là autour du visage. Elle fermait les yeux, reine parmi tous ses sujets. Le thème du shooting : le printemps. Rien de bien original, n’est-ce pas ? Elle n’aurait peut-être pas dû choisir ce job en fin de compte. Chaque jour, elle rabrouait des dizaines de demande qui n’étaient pas assez à son goût. Elle pouvait tout se permettre, elle en était consciente : quoi qu’elle fasse, ils guettaient chacun de ses mouvements dans l’espoir de capter son attention. Soyez serviles, ce n’est pas mon problème au fond ; vous ne pouvez rien faire d’autre que me courir après dans l’espoir d’une quelconque miséricorde. Vous me prenez sans doute pour le messie, je l’entends bien, mais je ne vous cache pas que c’est aussi de ma main que vous sera asséné le coup le plus terrible. Cela, vous ne le savez pas encore. Allez, je ne suis pas cruelle au point de vous prédire votre malheur.

Quand pourrai-je en finir avec ce shooting ? Mais plus important…

« C’est pour aujourd’hui ou pour demain ce whisky ? »

Agacée, Elizabeth fronça les sourcils. La maquilleuse faillit avoir une crise cardiaque, mais réussit à limiter les dégâts. Agitant la main en l’air, on finit par satisfaire son caprice. Son front se détendit et elle écouta, songeuse, les glaçons tinter. Mmh, bien. C’est comme cela que ça doit être. Elle attira d’un geste ample le verre à ses lèvres et les y trempa.

La maquilleuse, opérant en silence, entreprit les dernières finitions. Palette en main, elle allait et venait sur sa toile. Sera-ce bien un tableau de printemps ? D’un doigt, elle passa un peu de crème sur les lèvres de la jeune femme, et attendit que cette dernière daigne ouvrir les yeux. Celle-ci reposa à terre son verre et se contempla dans le miroir, les lèvres légèrement entrouvertes. Elle les humecta du bout de la langue pour en faire ressortir l’éclat. Elle se coula dans la peau de son personnage, se releva gracieusement, et se dirigea vers le photographe et ses assistants.

La séance prit fin après trois quarts d’heure à faire du surplace, changeant de temps en temps d’accoutrement. Elle s’assit négligemment sur un siège qui traînait là. Qu’est-ce qu’elle s’ennuyait à faire la girouette… Au bout d’un temps et d’un nombre incalculables de bâillements, elle se décida à s’en aller. Il ne lui restait plus rien à faire, elle recevrait l’argent à l’agence. Et puis le mannequin suivant était déjà prêt. Plus rien ne la retenait, donc. Trop habituée qu’elle était à poser, elle se déshabilla sur place. De toute manière, elle n’avait que faire de tous ces individus si insignifiants. Elle traversa la pièce de l’air le plus naturel et se posta devant le cintre où siégeaient ses défroques. Elle enfila le tout, et s’en fut.

Elle aimait ça, se préparer pendant qu’un autre porte-manteau ambulant s’agitait à sa suite. Lorsqu’elle s’en allait en silence pour ne gêner personne, cela lui donnait l’impression de s’enfuir comme une voleuse. La maquilleuse s’occupait déjà d’une autre donzelle et le photographe avait trouvé un autre objet d’orgasmes ; ils étaient tous occupés à quelque poste, mais elle, elle était libre comme l’air.

Dans la rue, elle sortit son agenda. Après ça, elle devait se rendre chez un particulier. Une sculptrice pour être plus précise. Elle alluma une cigarette. Mmh. Voilà ce qu’il me manquait. Elle réajusta son écharpe, et affronta le froid.

Pas de sonnette. Elle frappa à la porte. Un pas léger se rapprocha rapidement. Maintenant que j’y pense, la dernière fois, j’ai eu droit à un vieux lubrique se faisant passer une trentenaire. Comme j’ai été insouciante d’accepter ce job sans me renseigner sur l’identité du client. Elizabeth, rageuse, se mordit la lèvre. Elle pesta contre sa négligence, tant et si bien qu’elle ne remarqua pas tout de suite le charmant minois de son interlocutrice. Elle eut un moment de doute, avisa furtivement son agenda, puis, soulagée, revint à sa sculptrice.

« Je suis Elizabeth V. Brighton. Vous avez pris contact avec mon agence pour que je sois votre modèle aujourd’hui. »

On ne pouvait faire plus concis, mais Elizabeth était quelque peu éreintée par ses trois shootings précédents, et la politesse était le cadet de ses soucis. Le « tu » d’Anthea la heurta. Ce n’est tout de même pas parce que tu es une femme que tu peux tout te permettre, à moins que… Elle toisa son hôte de haut en bas… tu ne me proposes des amuse-gueules en apéritif. Enfin. Elle se contint. C’est que c’était une cliente tout de même.

En entrant, elle fut vivement déçue en parcourant le logement du regard. Banal. Pas pauvre, mais pas de quoi casser trois pattes à un canard. Elle s’attendait à mieux… Elle réprima une moue dubitative et suivit son hôte jusque dans « l’atelier ».

Elle s’exécuta alors selon les volontés de sa cliente ; désormais, elle était sa « chose ». Elle se dévêtit donc totalement, faisant choir sur le sol ces enveloppes protectrices. Au final, elles formaient une ligne uniforme, rails aboutissant au terminus du trajet, un pouf près d’une fenêtre. Aussitôt qu’elle eut adopté la pose adéquate et qu’Anthea se fut attelée à son labeur, elle se figea et attendit le bon vouloir de son illuminée.

Peu à peu, la lumière du jour devint blafarde. Depuis quand étaient-elles là ? Une heure tout au plus.

Elle avait l’impression de ne faire que ça, poser. Toute la journée, elle cherchait à complaire ses clients, répondant au moindre de leurs fantasmes. Evidemment pas irrévérencieux, mais elle endossait à chaque fois une image, une émotion qui correspondait à leurs envies du moment. Le soir, elle éprouvait parfois comme un arrière-goût amer, une sorte de dégoût profond pour l’humanité environnante. Elle restait alors cloîtrée chez elle et s’en grillait une pour changer. Ca l’amusait aussi, ce jeu de rôle. Elle était comme une comédienne, tantôt Carmen, tantôt Célimène, et masque après masque, elle goûtait au plaisir si fugace d’être une autre. Elle sourit faiblement de la comparaison.

Les yeux dans le lointain, elle devinait les étoiles dans la demi-obscurité. Elles aussi, elles vivaient perpétuellement dans l’image. La nuit, elles singeaient les apparats de l’astre doré et chacune y allait de sa petite touche personnelle. Ne cherchez pas, vous ne brillerez jamais plus que le Soleil, dussiez-vous rejoindre le néant en une prompte implosion. Le jour, il s’élève haut dans le ciel et cache votre présence, et ce n’est que le soir quand il retourne se coucher que vous vous décidez à profiler le bout de votre nez. Quand le chat n’est pas là, les souris dansent…

Trop prise par ses pensées, elle ne prêta pas attention à Anthea qui venait de se lever de son siège. Ce n’est que lorsqu’elle fut toute proche qu’elle sursauta et la toisa, étonnée. Quoi ? Est-ce une invitation ? Suis-je si irrésistible que ça ? Elle manqua de ricaner. Le délire de l’artiste était plus probable. Leurs visages étaient vraiment proches et quiconque eut pénétré dans l’atelier eut trouvé la situation plus que douteuse en surprenant ces deux femmes dont l’une nue comme un ver. Elizabeth la jaugea du regard, pour voir jusqu’où elle pourrait aller. Elle semblait la voir sans la voir. Le délire de l’artiste, donc. Dommage. Elle n’était pas si mal et Elizabeth acceptait toutes sortes de pourboires. Elle finit par se détourner.

Elizabeth, laissée en plan sur son pouf, se sentit presque humiliée. Comme pour Tantale, Anthea lui avait fait miroiter un doux moment et aussitôt qu’elle en fut assez proche, il s’était dérobé. Pour une fois, elle n’avait rien demandé ; elle s’était contentée
d’être sa statue de marbre. Elle se contint et se dit que ce n’était qu’une sculptrice, autant dire une frustre. Néanmoins, elle avait l’impression qu’elle se jouait d’elle, et ça, ça lui restait en travers.

Elle se releva lestement et s’avança toujours nue jusqu’à son blouson qui traînait par terre. La lumière du briquet scintilla dans le noir, puis la fumée monta doucement dans les airs. Ca la calma un peu. Elle alla se coller à une fenêtre et fixa la neige qui tombait au dehors, puis elle fronça les sourcils pour distinguer Anthea dans le noir.

« Dis-moi, aurais-tu oublié de payer ta facture d’électricité, ce mois-ci ? Si tu veux, je peux toujours aller acheter quelques bougies. Je ne suis pas insensible à la misère des autres malgré les apparences. »

Elle sourit à part elle et tira sur sa cigarette, satisfaite de sa réplique, puis se massa les yeux.

« Tu n’aurais pas un peu de café aussi ? Je sens que je ne tiendrai pas si ça continue comme ça… »
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MessageSujet: Re: Montre moi comment t'es haut de gamme. [ pv Elizabeth ]   Mar 1 Fév - 12:35

Anthea tourna le dos à l'anglaise. Dans un soupir harassé, elle ferma les yeux et se mordit la lèvre inférieure. A quoi jouait-elle bon sang? Ce n'est qu'une femme après tout, une parmi toutes les autres. Insignifiante, non ? Anthea esquissa un sourire du coin des lèvres. Probablement pas. Mais peu lui importait, la brune gardait le contrôle. Toujours.

Elle s'approcha de la femme de cire. Eternellement insatisfaite, elle contempla la beauté des formes sans la voir. Son regard vif observait chaque imperfection de l'oeuvre. Il la pénétrait pour mieux la comprendre, la saisir. Elle gardait en mémoire chacun de ses traits. Elle se les appropriait. Anthea promena le bout de ses doigts sur le dos de cire. Elizabeth ne serait sienne que par cette sculpture.

La brune ne s'était pas retournée. Elle ne le voulait pas. Une sorte d'orgueil peut être. Une protection contre les pulsions quasi animales qu'elle sentait renaître en elle. Pas un regard. Pas un mot. Mais, dans l'immensité du silence qui régnait en maître, des mots prononcés par l'aristocrate résonnèrent, la sortant de sa rêverie passagère.

"Dis moi, aurais-tu oublié de payer ta facture d'électricité, ce mois-ci? Si tu veux, je peux toujours aller acheter quelques bougies. Je ne suis pas insensible à la misère des autres malgré les apparences."

Anthea ne pu réprimer un rire aphone, apparu tellement spontanément qu'elle s'en étonna elle même. Elle attrapa la carcasse d'un paquet de Camel qui gisait au coin d'une petite table de bois. Plus qu'une seule. Il faudra qu'elle sorte en chercher, pensa-t-elle, agacée, en l'allumant. La fumée s'évada de ses narines. Une fois, puis deux, puis trois. Elle dessina dans l'atmosphère des formes abstraites qui s'échappaient toujours un peu plus haut. Le contraste entre la liberté et l'espace figé. D'autres mots résonnèrent.

"Tu n'aurais pas un peu de café aussi? Je sens que je ne tiendrais pas si ça continue comme ça…"

"Tu as raison. Je vais nous en préparer. "

C'était vrai. Il se faisait tard, enfin, tard pour quelqu'un qui n'avait dormi que quelques heures la nuit dernière. Les insomnies continuaient, plus intenses, plus nombreuses. Inexplicables. Et pourtant rien dans sa vie n'avait changé récemment. Elle vivait encore et toujours la même existence insignifiante. Son avenir toujours dépourvu de tout objectif précis. De volonté et de courage.
Qu'aurait elle voulu faire? Voyager sûrement. Pas pour les autres mais pour elle-même. Pour oublier toutes ces choses, ces personnes futiles qui l'entourent jours et nuits. Voyager seule. Et peut être, qui sait, trouver un endroit ou elle serait finalement heureuse. Mais pour ça, il aurait fallu qu'elle le soit, courageuse.

Elle s'exécuta. Et, la main posée sur la poignée de la porte massive, elle s'arrêta. Toujours de dos.

"Cette pièce est la perfection de cette maison. Et l'obscurité me convient parfaitement. Toutefois, si, toi, elle t'incommode, j'ai les bougies nécessaires dans les tiroirs de la grande armoire. Sers-toi."

Elle sorti de l'atelier sur ces mots, le pas léger. Provoquer son invitée était comme un jeu dont elle ne pourrait pas se lasser. Comme l'on fait lorsque l'on veut tester les limites d'une personne particulièrement intéressante. Et elle jouait avec le feu espérant faire jaillir des étincelles. C'était une jeune femme douée, Elizabeth. Et c'est de cette manière qu'Anthea cernait les gens. Du moins, quand elle prenait la peine de les cerner. La plupart du temps ça ne l'intéressait pas. Mais la répartie était une grande qualité. Elle l'admettait.

A présent seule dans la cuisine, la grecque observait les points lumineux d'un océan obscur depuis sa fenêtre. Elle sentait à ses côtés bouillir l'eau du café noir qu'elle devait préparer. La lumière était restée éteinte, seule la petite ampoule rouge de la machine scintillait dans la pièce. Lorsque l'alarme sonna, alors qu'elle versait le liquide dans deux tasses identiques, elle inspira longuement le parfum du café bouillant. Puis la brune, une tasse dans chaque main, se rendit de nouveau dans l'ancien garage, en offra un à l'anglaise, leva les yeux et les planta dans son regard.
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MessageSujet: Re: Montre moi comment t'es haut de gamme. [ pv Elizabeth ]   Dim 13 Fév - 11:52

Elle n’avait même pas réagi à ses attaques et avait si vite plié aux exigences d’Elizabeth que cela en était vexant ; elle aurait aimé la voir agacée, ou tout du moins ennuyée par ses caprices, mais rien ne s’était passé. Elle la suivit du regard tandis que la sculptrice allait leur préparer du café. Pourquoi cette fille était-elle si froide ? Es-tu à ce point sans vie qu’aucune expression ne vienne troubler l'ordre de ce visage ? J’imagine qu’au lit, ce ne doit pas non plus être la lambada… Elle la toisa de haut en bas. Tss. Dommage… De dépit, elle inspira une autre bouffée de fumée. C’est que cette femme qui laissait ainsi pourrir le fruit sur la branche, c’était vraiment dommage. Une femme, ça doit savoir se mettre en valeur. Etre femme, c’est un mérite et une chance, et il faut faire honneur à la profession, si ce n’est pour soi, au moins pour toutes les femmes qui sont obligées de sacrifier leur bonheur au profit de l’espèce. Je me demande pourquoi personne n’a encore pensé à congeler tous ces spermatozoïdes. Pourtant, ça permettrait au moins l’avènement d’un monde neuf et pur, sans homme. Remarquez, je ne suis pas franchement pour la perduration de l’espèce, mais bon, il faut aussi savoir faire des concessions… Et toi alors, Anthea, qu’as-tu choisi ? La marmaille ou « l’élévation spirituelle » ? Elle sourit. Sans doute aucune de ces deux options. Tu es une artiste, n’est-ca pas ? C’est à l’art que tu as offert ton corps et ton âme… Quand je pense que ces jolies fesses ne serviront à rien… De nouveau, elle afficha une moue dubitative. Tss. Vraiment dommage…

Mais quoi ? Ne t’arrête pas, je t’en prie. Le café t’attend, voyons… A moins que tu ne sois télépathe et que tu n’aies par mégarde laissé traîner tes esgourdes. Ah ah, si c’était permis, je me demande ce que tu pourrais bien trouver à dire pour contrer mes pensées, aussi lubriques soient-elles… Quoi, les bougies ? Tu es encore sur ça ? Son sourire disparut. Mais ce n’est pas amusant du tout, ça ! En plus, prétendre que cette ridicule mansarde est la « perfection » de cette maison, c'est tout de même un peu fort. Ne me fais pas rire, ce n’est qu’un vulgaire garage dont on a recouvert les murs d’une couche de peinture pour lui conférer un semblant de dignité. Enfin bon, si ça te fait du bien de penser de la sorte, ce n’est pas mon problème après tout. Je ne te reverrai jamais en dehors de ce soir.

Seule dans la demi-obscurité, elle déambula jusqu’à l’armoire et, toujours cigarette aux lèvres, elle chercha des mains les susdites bougies. C’est qu’elle comptait la faire chier jusqu’au bout. « L’obscurité me convient parfaitement », minauda-t-elle. Sous-entendu, je suis une pauvre idiote. Non mais tu te prends pour qui pour me parler ainsi ! Ce n’est pas parce que tu es mon employeur que tu as le droit de me regarder de haut. Je vais te montrer qui est Elizabeth, moi ! Elle alluma d’un air rageur la mèche de la bougie, puis profita de la flamme de son briquet pour allumer une autre cigarette. Voilà pour le pourboire… Elle était tellement infantile que ça en était déconcertant et Anthea était véritablement à plaindre pour avoir plus tôt misé sur le mauvais cheval. Car elle était peut-être professionnelle, et tout ce que vous voulez, il n’en restait pas moins qu’elle avait un caractère de merde.

Bougie en main, elle s’approcha de son double de je-ne-sais-quoi, et tout en l’éclairant du faible halot de lumière, elle considéra ces traits étrangers qui étaient pourtant les siens. Elle passa sa main libre sur cette épaule, puis la fit glisser sur cette gorge. C’était froid. Etrange impression que de se voir en volumes. Cette sculpture, c’était elle, elle le savait puisqu’elle en était le modèle, mais en un sens, se toucher elle-même, c’était déroutant. Alors elle était comme cela en fin de compte… Elle ne s’était jamais vraiment vue. Seulement à travers le regard des autres. Apparemment, elle était belle. Parfois elle en était persuadée et jouait là-dessus -c’était son métier après tout-, et parfois elle n’avait qu’une vague idée d’elle-même, elle doutait. Etait-elle vraiment comme cela ? Que voyaient-ils à travers elle ? A quoi correspondait-elle dans leur imaginaire ? Et cette Jaana, qu’était-elle pour elle ? Comment, elle, la voyait-elle ? On n’est jamais vraiment attentif à nous-mêmes, ou tout du moins, nous n’en sommes pas capables et cette image que l’on renvoie nous échappe totalement. Et en ce moment, elle étudiait cette personne que l’on appelait Elizabeth, que l’on décrivait comme belle, et que l’on payait pour cela. En un sens, son métier revenait un peu à se prostituer, en moins sale bien sûr, mais c’était son image qu’elle prostituait… Elle posa ses doigts sur ces lèvres, puis caressa ce visage qui était le sien. Etrange, vraiment étrange. Le pire, c’est que je n’arrive même pas à avoir un jugement quelconque, pas même un ressenti. Je la vois, la touche, mais rien ne se passe. Pas qu’il doive se passer quelque chose bien sûr, mais je ne sais même pas en quoi ça me ressemble… Il faut dire qu’on n’y voit rien dans cette baraque ! Elle colla d’un point de cire sa bougie sur le sol, puis se dirigeant vers l’armoire, elle en prit plusieurs qu’elle alluma et déposa aux quatre coins de la pièce. Elle rit à part elle de la tête que ferait Anthea en voyant mis à mal tout son stock de bougies... Oh, au pire, elle lui retiendrait le prix des bougies sur son salaire. Pas de quoi en faire un drame, donc.

Anthea revint bientôt, tasses en main. Tout en fixant au sol sa dernière bougie, Elizabeth releva les yeux dans sa direction.

« Ah, ce n’est pas trop tôt, je commençais à perdre patience… »

Elle marcha d’un pas fier, pas gênée pour un sous de sa nudité, et prit la tasse que son hôte lui tendait. Quoi, qu’est-ce qu’il y a ? Pourquoi ce regard ? Aurais-tu réellement succombé à mes charmes ? Ah, je comprends mieux pourquoi tu tenais à ce que ce soit moi qui sois ton modèle… Tu n’es peut-être pas si flegmatique que ça au fond. Elle but le brûlant liquide tout en soutenant son regard. Etait-ce un défi ? C’était Elizabeth après tout ; elle aimait jouer avec le feu. Ayant fini son café, elle lui tendit la tasse vide en prenant soin de frôler sa main, puis, fit la grimace.

« Pas terrible ce café… Enfin. On fait avec ce qu’on peut, n’est-ce pas ? »

Elle sourit largement. Ca, c’était pas mal trouvé. Se détournant d’Anthea, elle alla regarder la statue désormais plus visible.

« C’est pas mal… Mais je me demande ce que tu peux bien en faire après... Enfin, suis-je bête, tu vis de tes sculptures donc je suppose que cette pièce ira en rejoindre d’autres chez un quelconque amateur… Que c’est étrange de se dire que je vais décorer un salon… »

Elle resta perplexe devant cette copie d’elle-même. C’était indécent tout de même…

« J’espère au moins que tu la vendras chère ! »

Ironisant pour cacher sa soudaine gêne et son sourire crispé, elle n’offrit à voir que son dos. Un instant passa. D’un air railleur, elle retourna la tête vers Anthea.

« Au fait, comme tu me l’as si gentiment proposée, j’ai visité ton armoire, mais j’espère que ça ne te dérange pas que j’en ai pris autant… »
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