Il n'y avait rien de naturel dans ce que l'on éprouvait.
 
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 Rien n'est jamais clair. Ça ne le sera jamais. { Jytte.

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MessageSujet: Rien n'est jamais clair. Ça ne le sera jamais. { Jytte.   Lun 22 Nov - 2:27

‘Hier soir, j’ai fais un rêve. Il était si morbide. Ils étaient là. Ils bougeaient devant mes yeux comme les cadavres sans visage qu’ils sont. Mais… Ils étaient tellement rapides. Ils rôdaient dans ce noir profond où même moi je ne me voyais pas. Eux, je les voyais. Malgré leur noir. Leur foutu noir d’encre invisible. Je les entendais crier et rire. J’entendais leur voix perçante et sifflée. Parfois même grave et grognée. J’entendais un mixte de tellement de musiques en même temps. Trop. C’était une vraie cacophonie de sons. Et dans tous ces rythmes différents, ça semblait si beau. Tout semblait aller si bien ensemble…’

Un rire naissait du plus profond de sa gorge et résonnait dans la pièce spacieuse peinturée dans deux tons différents de mauve. Un mauve foncé sur deux murs, plus pâle sur les deux autres. Ces deux tons étaient en harmonie avec les rideaux d’un blanc de neige, les couvertures blanches et les draps lilas. Ses cheveux dorés reflétaient la lumière vive de sa fenêtre, d’où un blanc pur émanait et donnait l’impression qu’elle brillait. Son corps pâle était étendu sur le lit immaculé. Entre ses doigts fins reposait un cahier, un crayon tout aussi violet que les draps gisant sur les couvertures à ses côtés. Il venait de lui tomber des mains, elle ayant baissé sa garde pendant quelques secondes, dans son rire. Mais peu lui importait. Maintenant, elle avait fini. Pendant plusieurs minutes, elle contempla ce qu’elle venait d’écrire, de cette écriture définie, à l’encre noire de son stylo à bille. Toutes ces lettres se suivant, des mots, des phrases, s’enchaînant dans une langue difficile à apprendre, sa langue natale, le Danois. Elle habitait peut-être en Suède, mais dans la maison, c’était toujours sa langue maternelle qui dominait, entre elle et sa mère, dans toutes les discussions. Raconter ses rêves, lui avait dit sa mère. Alors, elle racontait ses rêves dans ce cahier. Ce petit cahier rouge vin qu’on lui avait donné.

Dire que parfois, son écriture devenait complètement illisible. Pourtant, en ce moment, elle était belle. Très belle. Il fallait croire que tout dépendait de son simple tempérament, de son état d’esprit actuel, de ces ‘cadavres sans visage’, comme elle l’appelait si bien. Si seulement elle pouvait donner une meilleure définition de ce qu’elle voyait. Mais jamais ne le faisait-elle. Ses changements de sujet soudain, son changement de comportement, son parler qui mélangeait de toutes les langues qu’elle avait apprises, témoignait de sa folie. Quand elle était comme ça, elle n’était plus elle-même. Que l’ombre de ce qu’elle avait été. Cette Najad que tout le monde avait connu pendant douze ans de son existence avait peine à revenir. Pourtant, elle le faisait. Parfois. Entre la neutralité et l’hystérie.

Son regard bleuté se releva sur la grande fenêtre devant son lit, où elle resta plusieurs secondes sans bouger. Dehors, il y avait toujours des flocons imperceptibles qui virevoltaient. Le soleil sortait des nuages et faisait briller ses rayons sur la ville de Sollentuna. Peut-être faisait-il froid. Elle, elle ne pouvait pas savoir. Dehors ? Il n’était que huit heures moins le quart. Huit heures moins le quart un jeudi matin. Pas d’école. Elle avait déjà tout appris ce qu’elle devait apprendre. Aucun job. Travailler, elle ne pouvait pas. Sa mère restait avec elle justement pour cela. Le ciel était bleu, où quelques nuages volaient haut dans le ciel. Pour dire vrai, ça n’avait rien d’intéressant. C’était une belle maison, pourtant. On pouvait voir un très beau paysage, de la fenêtre, pourtant. De cette grande et spacieuse maison. Ses yeux se concentrèrent une nouvelle fois sur le cahier. D’un geste vif, elle lança celui-ci à sa droite, avec force, de sorte qu’il se fracasse durement sur le mur. Un bruit de feuilles froissées tombant sur le sol dans un fracas un peu moins sonore que le premier se fit entendre.


« Saleté. »

Sans accorder un nouveau regard au cahier, la jeune femme tourna la tête vers la porte entrouverte de sa chambre. Elle se leva paresseusement de son lit avec des mouvements nonchalants, se dirigeant vers ladite porte, l’ouvrant d’une main, la poussant doucement. Elle s’étira alors, dans le cadre de la porte, posant un poing sur son œil et le frottant d’un air fatigué. Ses pieds nus ressentaient à peine le froid du bois-franc recouvrant le plancher. Dans cette habitation, il faisait chaud. Elle pouvait donc se permettre de ne porter que des pantalons en flanelle, d’une couleur verte pastel, avec un simple chandail blanc, où figurait au milieu de sa poitrine le visage d’un chat, mignon, qui regardait devant. La lumière filtrait bien la pièce, donnant un air jovial à celle-ci. La couleur verte pastel du couloir donnait un petit peu de vie dans la maison. Elle avança lentement, regardant autour. Des photos. Un grand cadre montrait la famille. Le visage de son père, souriant, tenant l’épaule gauche de sa mère, l’épaule droite lui appartenant, à elle. Sa mère aussi, elle souriait. Ils étaient des Liés. Ils s’aimaient. Tellement. Et pourtant, ils n’étaient que si rarement ensemble. Les sacrifices qu’ils faisaient pour elle étaient énormes. Tellement énormes que même ceux-ci n’avaient pas de mal à rentrer dans sa tête. Elle réfléchissait très bien, même malgré sa maladie mentale. Il lui manquait, son père, malgré que son absence lui soit habituelle depuis toute jeune déjà. On ne peut pas enlever le premier amour d’une jeune fille. Il y a toujours ce lien profond qui unit le père et sa fille, comme celui qui unit le fils et sa mère. Le premier amour. Celui qui nous marque. Celui qui fait qu’on aime, tellement, profondément. C’est beau, l’amour. Mais qui dit que tout cela n’est pas qu’un simple cadeau empoisonné ? Leur portrait souriant pouvait remonter le moral. On sentait tellement ce lien qui les unissait à jamais.

La Danoise regarda alors son propre visage, pris sur une simple image. Son air demeurait impassible. Ses yeux devaient avoir fixé l’objectif pendant un long moment sans même bouger. Najad se retourna sur d’autres portraits, d’elle, de sa grand-mère, de la famille. Une famille heureuse. Elle l’avait été. Peut-être l’était-elle encore malgré tout. Une d’entre elles attira son attention plus que les autres : Jytte. Ses yeux restèrent longtemps sur cette image d’elle et de sa meilleure amie, qui datait d’il y a cinq ans. Tout juste avant cette crise qui avait tout changé. Elle s’entendit soupirer d’angoisse. Elle lui manquait, Jytte. C’était affreux. Détachant ses yeux de ces souvenirs abandonnés, elle descendit les escaliers. Ses pas la menèrent au salon, où sa mère semblait concentrée dans sa lecture matinale. Ses yeux bleutés se relevèrent sur ceux de sa fille.


« Bon matin, Najad. »

Sa voix était douce. Elle souriait. Elle souriait toujours. Mais elle, elle ne souriait pas. Son air était mélancolique.

« Ils me disent qu’elle n’est plus là où elle devait être, maman. »

Le ton mystérieux de la jeune Scandinave n’effrayait plus Majken. Cependant, elle ne comprenait pas ce qu’elle disait. Son regard se fit interrogateur. C’est cependant sur ce même ton doux qu’elle lui répondit.

« De qui parles-tu, chérie ? »

La blonde s’avança vers sa mère, près du canapé devant elle, sans pour autant s’asseoir sur celui-ci.

« Elle est partie. »

Son regard se perdit sur quelque-chose qui bougeait au loin.

« Est-ce que ça va, trésor ? Tu me sembles perturbée. »

« Elle est partie… »

L’entêtement de sa fille sur cette phrase intriguait la mère. L’attention de la schizophrène se retourna sur sa mère, les larmes se mettant à couler de ses yeux bleus-verts. L’ancienne militaire, l’air contrariée, lâcha son livre, le déposant sur le bras du canapé, se leva pour aller serrer sa fille, qui continuait de pleurer, dans ses bras. Elle jouait dans ses longs cheveux blonds, faisant de son mieux pour calmer le flot de larmes de son enfant, murmurant des mots doux qui ne pouvaient l’apaiser. Dans ses sanglots, elle continuait de répéter cette même phrase, dans un ton si triste que ça en brisait les cœurs. Sa voix nouée, brisée par l’émotion résonnait comme un écho incessant dans la maisonnée, dans ces grandes pièces spacieuses. Partie. Partie. Elle n’était plus là où elle devait être. Dans la tête de la mère, tout cela semblait extrêmement flou. Elle ne pouvait comprendre la démence dans laquelle sa fille venait de tomber. Rare étaient les fois où la blonde s’effondrait en larmes comme elle le faisait en ce moment. De longues minutes passèrent, des minutes interminables où les larmes ne cessèrent de couler comme une chute interminable, sur ses joues, dans le cou de Majken, comme sur son chandail d’un brun café crème, presque beige. Najad s’effondrait. Ses genoux fléchissaient et elle les laissait toucher le sol, tout en continuant de pleurer à chaudes larmes, sur sa mère qui n’avait d’autre choix de suivre son mouvement, frottant son dos, jouant dans ses cheveux, en vain. Elle pleura encore de longues minutes, mais n’ayant plus de larmes pour pleurer, la fin de sa tristesse n’était que plaintes amères. C’est sans comprendre l’étendue de tout cela que sa mère l’apaisait. Personne ne la comprenait vraiment. Ce serait toujours quelque-chose qui pourrait la perturber. Les mains de Majken montèrent sur les épaules de sa fille, la poussant doucement de son visage, tandis qu’elle continuait de pleurer encore et encore. Ses yeux, noyés dans un air contrarié, se portèrent dans ceux de sa fille, qui avait du mal à les garder ouverts tellement ils étaient mouillés.

« Viens, Najad… Viens. »

Avec ces paroles, la mère prit la main froide de sa fille dans la sienne, l’aidant à se relever, l’emmenant sur le canapé avec elle. Elle se relevait difficilement et suivait sa mère sans avoir une seule résistance Sa fille était extrêmement faible. Des minutes interminables venaient de passer, dans lesquelles ses larmes n’avaient cessé de couler. Elle continuait de dire ces mêmes mots, de cette voix qui était rauque dû à ses larmes. Elle l’incita à se coucher, à dormir quelques minutes pour faire passer son mal. Ça l’aiderait. Pleurer laissait dans un tel état d’épuisement. Tellement qu’elle se rendormit simplement quelques dizaines de minutes après s’être réveillée, sur les genoux de sa mère qui continuait de lui jouer dans les cheveux sans relâche en lui jetant des regards par-dessus son livre. Najad se réveilla quand la chaleur du soleil se fit plus intense, quelques dizaines de minutes plus tard. Ses yeux lui donnaient un mal horrible. Ayant trop pleuré, ceux-ci lui brûlaient atrocement. Son regard se porta sur celui de sa mère, qui lui fit un sourire rassurant. Elle eut peine à lui en faire un qui lui sembla extrêmement forcé. Et alors, elle s’assoyait aux côtés de sa mère dans ce salon où il n’y avait que des canapés blancs, contrastant avec les murs. Najad regardait devant elle. Elle ne faisait rien d’autre. Et encore ses yeux, son air, sa bouche et ses traits semblaient abattus. Notre jeune schizophrène était prise dans un état lamentable de chagrin. Elles n’échangèrent aucun mot. Ils auraient été inutiles.

Partie… Partie…
Partie. Elle était partie. Elle n’était plus.

Elle eut un horrible frisson avant de se relever, marchant à pas lents dans la maison, ne sachant plus où se diriger, traçant des cercles de ses pas, ses pieds nus touchant le plancher, ressentant de moins en moins celui-ci malgré le fait qu’il ne cessait d’être là. Oui, il était là. Le plancher ne pouvait pas disparaître. Ses mains frôlaient le mur, et elle marchait de plus en plus doucement. Et alors, après un moment, elle s’arrêtait et regardait directement devant elle. Les grandes fenêtres de la salle à manger. La neige qui tombait dans un grand blanc où l’on ne pouvait voir qu’à quelques centimètres devant soi. La température semblait avoir baissé d’un seul coup. Depuis ce matin, tout semblait s’être empiré. Et alors elle semblait rentrer dans une transe. Entre ce qui était sa conscience et un certain moment d’inconscience, sa maladie mentale semblant la reprendre pendant un moment. Cette tristesse qui l’envahissait comme un vent glacial passant dans son être n’avait aucunement fini de la torturer. Un nouveau frisson la prit, silencieux, et elle trembla sans pouvoir s’en empêcher pendant une fraction de seconde, fermant les yeux du plus fort qu’elle pouvait, les rouvrant par la suite, comme en état de choc. Personne ne pourrait jamais savoir ce qui l’avait pris. Personne ne saurait alors ce qui la poussait maintenant. Seulement deux mots glissèrent de ses lèvres, mots murmurés, dans cette même voix choquée, surprise.


« … Elle arrive. »

Par la surprise de sa propre affirmation, Najad s’enfonçait dans un nouveau couloir, le parcourant rapidement de ses pas précipités. Devant elle se tenait la porte d’entrée, grande. Son cœur battait à tout rompre tandis que ses cheveux voletaient derrière elle, ses pas devenant de plus en plus rapides plus les secondes passaient. Sa main se serra sur la poignée qui fit un déclic quand elle la tourna, dans un geste rapide. Et alors, sa respiration haletante, sa main tremblante, elle ouvrait la porte, le vent soufflant dans la maison et sifflant dans ses oreilles. Elle mettait alors les pieds dehors, dans ce blizzard refermant la porte durement derrière elle. Sa mère avait dû en être alarmée, mais peu lui importait. Elle s’engouffrait dans le blizzard profond, dans cette poudrerie qui ne lui permettait qu’à peine de voir les maisons environnantes, les ombres des voitures et des gens, les rares qui étaient dehors. La neige et le froid se mettait à mordre violemment ses bras, nus, vulnérables au froid de l’hiver qui ne cessait de cogner sur elle. Ses pieds s’enfonçaient dans la neige, laissant des traces. Ils étaient toujours nus, tout aussi vulnérables au froid qui ne cessait de lui faire du mal, et elle, inconsciente, elle continuait sa route sans savoir dans quoi elle s’embarquait vraiment. Ses pieds, elle ne les sentait plus, continuant de marcher, du plus vite qu’elle pouvait, regardant partout, ses yeux semblant suivre quelque-chose que seulement elle ne pouvait voir. Le vent sifflait, la torturait, et elle, elle tremblait, sans pouvoir s’arrêter de marcher, de marcher, et encore de marcher, de s’enfoncer dans ce brouillard de neige qui ne cessait de s’intensifier, ne voyant pas devant elle, voyant à peine ce qu’elle faisait. Ses bras tentaient en vain de pousser la neige d’elle, et elle continuait de marcher, encore et encore. Ses dents se mettaient à claquer contre elles-mêmes, ses pas se faisaient de plus en plus difficiles. Elle arrivait. La maison était si loin maintenant. Sollentuna se dressait devant elle, le centre de cette ville. Les rues. Elle marchait, elle tentait de s’aventurer plus loin. Toujours plus loin. Ses pas la lâchaient. Le blizzard s’emparait d’elle, la prenait de ses mains glacés, la faisait tomber sous le poids du froid mordant.

Et alors elle faisait deux pas de plus. Deux autres. Elle ne savait plus où elle se trouvait. Elle était perdue. Elle tournait peut-être en rond depuis qu’elle était sortie. Le blizzard l’avalait dans un souffle glacé. Deux autres pas. Des arbres l’entouraient. Des arbres nus, le vent passant dans leurs grandes branches gelées, couvertes d’une fine couche de glace. Deux autres pas. Et un autre… Et un dernier. Elle s’effondrait une nouvelle fois dans la neige froide. Une silhouette s’approchait d’elle. Une silhouette qu’elle reconnaissait. Elle la reconnaîtrait parmi des centaines. Dans son air perturbé, dans ses lèvres qui tremblaient, ses mains se serrant en poing dans la neige et ses pantalons devenant mouillés tandis que celle-ci fondait sous la chaleur de son corps qui ne cessait de baisser, ses yeux restaient grands ouverts. Elle fixait la silhouette qui approchait, osant même esquisser un faible sourire et un murmure qui ne fit qu’une exclamation sans force. Son corps en entier tremblait sous le froid. Il n’en pouvait plus. Mais pourtant, une certaine chaleur semblait l’envahir. Peut-être était-ce la fièvre. Elle ne pouvait savoir. Elle ne s’en rendait aucunement compte.

Tout ce qui comptait, c’était cette silhouette qui approchait de plus en plus. Ses pas se rapprochaient d’elle. Chaque pas la rapprochait.


« Jytte… »

Son murmure fut à peine audible. Tout ce qu’elle vit dans, un éclair qui approchait, c’était son doux visage. Ses cheveux blonds, ses yeux bleus qu’elle connaissait par cœur. Elle était partie. Elle était là. Elle était arrivée. Ils ne lui avaient pas menti. Non… Aucunement. Ils ne lui avaient pas menti. Elle était là. Jytte… elle était là.


Dernière édition par Najad L. Østergård le Sam 11 Déc - 20:28, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Rien n'est jamais clair. Ça ne le sera jamais. { Jytte.   Dim 5 Déc - 0:09

Najad & Jytte ♥
« Nos raisons renoncent. Mais pas nos mémoires. »


Comme un rêve. C'était flou, trop flou. Comme des flocons de neige qui inlassablement tombent devant vos yeux en un tourbillon de blanc. Je n'y voyais rien; ou du moins, je ne voulais pas y croire. Qu'est-ce que ça m'apporterait, d'y croire ? Je ne sais pas. Et puis je crois que je ne voudrais pas savoir. La seule chose sur laquelle je devais me concentrer, c'était sur le fait que je devais retrouver Najad. Najad... Un bien étrange prénom. Une bien étrange fille. Qui était-elle en réalité ? Me montrait-elle sa véritable nature ou me montrait-elle au contraire quelque surface qui n'était pas sienne ? La connaissais-je vraiment ? Apparemment non. Si vraiment elle se déclarait comme étant mon amie, elle m'aurait contactée. Une lettre ne lui aurait pas fait de mal, ou un coup de fil, au moins. Je me serais moins inquiétée, j'aurais pu la revoir, j'aurais pu garder mon amie. J'avais l'impression qu'elle s'en allait petit à petit. Je perdais ma meilleure amie. Ma seule meilleure amie. La seule personne extérieure à ma famille qui avait réellement comptée pour moi. Najaaaaaaaaad ! Ou étais-tu ? Que faisais-tu ? Es-tu encore en vie ? Fais-moi signe, Najad !

Je me promenais, au hasard. Mes pas me conduisaient je ne sais où. J'avais branché mes écouteurs sur mes oreilles et je me laissais bercer au rythme d'une musique lente et entrainante. Je fus emportée par quelques notes virevoltantes et j'imaginais toute une autre vie. Une autre vie qui aurait été moins compliquée et qui m'aurait permise de vivre plus libre, sans contrainte. Mais, une vie sans contrainte, n'était-elle plus une vie ? Ça serait presque la perdition d'une âme, une âme qui vagabonderait dans les limbes de l'antre de Charon. Comment vivre après ça ? C'est trop dur, beaucoup trop dur. Il faudrait se repentir, repartir à la recherche d'une nouvelle âme qui serait la nôtre. La nôtre... Un bien grand mot quand on sait qu'une vie, c'est court et quand on croit que tout est à nos pieds. Puisque lorsqu'on croit tenir quelque chose, elle nous échappe. Alors, on tente de la récupérer, par tous les moyens possibles et inimaginables. Et on se rend compte qu'une fois qu'on l'a perdue, on ne peut plus rien faire. Nous n'aurons plus que toutes les larmes que notre corps pour crier notre détresse, pour appeler à l'aide. Une aide qui serait vaine puisqu'on ne pourrait rien faire pour tenter de rattraper le coup. Je m'en allais là où la musique me portait, là où je ne pourrais perdre ce qui me restait de mon âme.
Les rues défilaient, les magasins s'inscrivaient dans ma tête. Je ne faisais pas vraiment attention aux gens qui se pressaient autour de moi. Pourquoi ferais-je attention à eux s'ils ne faisaient pas attention à moi ? Ils me bousculaient, s'excusaient, et repartaient vers leur destination finale. Jamais l'un de ces piétons me regardaient avec intérêt. Qu'avaient-ils à faire d'une pauvre petite danoise débarquée de Danemark il y a quelques jours. Je ne savais pas encore où je devais centrer mes recherches, si seulement la ville était bien celle où elle se situait. Des magasins de vêtements s'alternaient avec des coiffeurs et des bars. De temps en temps des épiceries et divers autres magasins sans importance. Les gens sortaient de leurs demeures, avec leurs chiens ou leurs enfants, le mari derrière eux. Je regardais ce tel déploiement de vie. Ils ne semblaient nullement atteint par le chagrin qui me secouait. Comment pouvaient-ils le savoir ? Pauvres ignorants qu'ils étaient... On est tous ignorants de quelque chose, au fond de nous. On a toujours un truc à apprendre. Mais en réalité, quand on est sur le point de rejoindre l'au-delà, on se rend compte à quel point le monde nous paraît si vaste, à quel point ce monde ne se résume pas qu'à notre seule petite personne. Il faut savoir voir au dessus de soi. Savoir regarder les autres personnes, les autres pays, les autres mentalités. Il faut savoir apprendre à vivre avec tout le monde, et non pas uniquement avec soi-même.
La neige tombait, toujours plus dense. Des flocons virevoltaient partout et se déposaient doucement sur le sol, sur les voitures, dans les cheveux des passants. Plus je marchais, plus la populace se faisait rare. Plus les magasins s'estompaient et laissèrent place à des quartiers résidentiels. Y aurait-il quelque chose, là-bas ? Serait-ce le bout du monde, là où la mer tombe, là où les corps flottent dans une étrange substance ? Y aurait-il Charon qui nous attendrait sur son bateau flottant sur le Styx ? Ou Saint-Pirre nous attendrait-il, avec sa longue barbe et sa toge bleue ciel ? Que trouverons-nous, au bout de cette route, pavée de bord et d'autre de maisons ? Je m'avançais et la neige m'entourait de plus en plus. Les flocons ne tombèrent plus comme ça, d'une manière dense, aérée. C'était un blizzard. Ça vous fouettait le visage, venait se parsemer dans vos cheveux, rentrait dans vos narines et vous refroidissait. J'avais besoin de ce froid. La musique me réchauffait et m'emmenait dans un autre monde. La neige me permettait de garder les pieds sur terre. Je ne voulais pas m'envoler trop loin. J'avais trop de choses à faire. Beaucoup trop de choses.
Une forme se dessinait plus loin, dans la neige. Quelque chien errant, sûrement. Un chien qui se serait perdu et qui, épuisé, se serait écroulé dans la neige, n'ayant plus la force d'aller plus loin. Pauvre petite bête ! Je la prendrais et j'irais la mener à la SPA du pays. Pauvre chien ! Mais plus je me dirigeais vers cette forme, plus je voyais qu'elle bougeait. Et plus les traits d'animal que je lui avais prêté s'effacèrent pour laisser place à des traits humains. Je voyais des cheveux blonds. Et ça semblait bouger. Mais je n'en étais pas sûre. Pourtant, pourtant, un instinct me poussait à aller là-bas. J'aurais pu contourner cette forme, l'ignorer, mais, en sentant mon cœur battre à tout rompre contre mes os, je savais que je ne pouvais l'éviter. Aller vers elle. Vers cette forme dans la neige. Il le fallait. Et si c'était un enfant ? L'enfant serait en train de mourir ! Je soufflais et un panache de vapeur se forma devant mon visage. Les premières notes de Weight of the World résonnaient dans mes oreilles. Je dus m'arrêter quelques secondes. Je croyais distinguer cette forme. Sans l'avoir vu dans son entière forme, je croyais savoir qui c'était. Et j'avais peur d'avoir raison. J'avais peur. Pour une fois. Cette même peur dont je voulais me débarrasser. Je restais quelques minutes à observer cette blondeur. Soudain, l'image de Najad s'imposa à moi presque avec naturel. Alors, je me mis à courir la courte distance qui me séparait. Lorsque j'arrivais près de cette forme blonde, je tombais à genoux dans la neige. Je venais de retrouver Najad tandis que la chanson se finissait. Cette chanson, c'était notre chanson. Coïncidence ? Peut-être, peut-être pas.
J'ouvris de grands yeux, presque apeurés. Je saisis le visage de la jeune femme entre mes mains mortifiées par le froid. Je la regardais. Mon amie... Je venais de la retrouver. Je tentais de la relever pour la serrer contre moi. Des larmes de douleur, des larmes de joie, des larmes d'indescriptibles sensations se mêlaient en moi. Je pleurais doucement ces retrouvailles. J'ignorais qu'elle était semi-consciente. A vrai dire, je m'en fichais. Je venais de la retrouver et c'est ce qui comptait le plus pour moi.

« Najad... »

Juste un murmure. A quoi bon devoir lui faire une tirade sur son prénom ? A quoi bon lui dire tout ce que j'avais à lui dire maintenant. Seulement, se souvenait-elle de moi ? Je la serrais encore plus contre moi. Je ne voulais plus la laisser partir. Elle resterait avec moi, comme autrefois. Comme ce temps béni où on courrait presque toutes les deux en couche-culottes. Où on était inséparable, se disant nos moindres secrets. Najad.

« Najad ! Reviens avec moi, s'il-te-plaît ! »
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MessageSujet: Re: Rien n'est jamais clair. Ça ne le sera jamais. { Jytte.   Mar 7 Déc - 0:44

Tombant en flocons se trouvaient devant son regard azuré le blizzard, couche épaisse de blanc qui, dans sa pâleur et sa lumière, rendait le paysage sombre et inquiétant. Tout dans cette température donnait des envies de terreur. Le vent en lui-même semblait hurler d’horreur. La neige fouettait tout sur son passage, ravageait avec son allié ce qui se trouvait à portée. Le froid. Le froid détruisait. Il tuait. Lentement, la flamme, la vivacité semblait s’éteindre comme la lumière ardente mais infiniment sombre. Le vent continuait de siffler ardemment dans ses oreilles. Dans ses tempes battait le son doux et meurtri de son cœur, qui semblait s’accélérer. Le murmure de son souffle était inaudible, mais haletant. Sa gorge était extrêmement sèche, nouée par la force infinie de ce qui pouvait être un désespoir à peine palpable. Tout devenait sombre, tout. Ses lèvres tremblantes prenaient de plus en plus une teinte bleutée inquiétante. Ses poings dans la neige ne cessaient de se serrer sur ce qui devenait liquide entre ses mains qui avaient totalement perdu leur chaleur. Meurtrie, elle ne pouvait plus bouger. Elle n’avait plus la force de se relever. Elle ne pouvait pas continuer, continuer vers son but, vers cette route invisible dans laquelle elle s’était perdue. Du blanc. Que du blanc. Un blanc infini, mais si nébuleux. Tout disparaissait. La ville n’était plus qu’un amas laiteux et invisible. Et cette silhouette, elle avançait, toujours plus. Son murmure battait dans sa mémoire, sa voix si rouillée, si blessée. Son visage éclairait ses pensées, même si devant elle ne se tenait que cette masse plus sombre que le blanc qui buvait du noir de la neige immortelle. Si familière…

Si elle avait seulement pu comprendre.

Une chaleur grandissante l’envahissait, la berçait dans sa démence évidente. Et dans sa respiration haletante, elle tentait de murmurer des choses indéfinies, que seule elle pouvait comprendre. Tout son corps était victime de l’assaut incessant du temps glacé. La Scandinave croulait sous le poids de tout ce qui était contre elle. Ses pantalons étaient totalement détrempés. La température de son corps baissait à un rythme alarmant. Mais tout cela, tout cela ne lui importait pas. Elle perdait conscience sur les faits, elle en oubliait son mal, ce profond malaise que le froid lui faisait ressentir, incessante torture. Ses yeux se fermaient peut-être, mais elle la voyait. Elle la voyait, elle, et ses pas précipités. Elle approchait. Elle était là. Malgré tout ce qui les avait séparés depuis nombre d’années. Elle était partie. Elle avait quitté leur pays, celui qui avait été si cher. Elle était arrivée. Arrivée pour la rejoindre, elle. Elle était là. Elle était là. Najad inspira profondément. Elle ne voulait pas… Ses yeux, elle ne voulait pas les fermer. Elle ne voulait pas que tout cela ne soit que le fruit de son imagination. Son imagination si mutilée. Jytte. Elle lui avait tellement manqué. Elle avait tellement hanté son esprit. Toujours. Toujours, elle avait été dans son esprit, près, comme une âme déchirée qui restait a proximité, tout en étant si loin. Tellement que parfois, étrangement, elle avait cru la sentir avec elle. Elle lui avait parlé. Parlé à ce fantôme qui aurait pu être elle sans l’être, en espérant qu’elle l’entende, qu’elle n’oublie jamais. Jamais elle n’avait oublié. Jamais elle ne l’oublierait.

Ses pas sombraient dans l’oubli, comme dans l’écho de sa pensée. Elle l’entendait. Le fracas de ses genoux tombant dans la neige. Elle sentit ses mains froides qui lui semblaient si chaudes sur son visage. Elle vit le sien, ce visage qu’elle connaissait tant, celui qu’elle reconnaîtrait parmi des milliers d’autres. Ce visage si inoubliable. Faible. Elle était si faible. Toute sa volonté se tournait contre elle. C’est le noir qui s’étendait dans cet infini de blanc, et ce noir qui l’avalait sans aucun remords. Ses yeux se fermèrent, comme leur éclat, tandis qu’elle se battait contre elle-même pour rester consciente. Elle ne remarquait pas. Elle ne pouvait voir. Cette connerie qu’elle avait faite. Dans quoi elle s’était embarquée. Dans cette faiblesse, elle souriait, les yeux entrouverts, ne voyant plus clair. Son visage s’assombrissait. Comme elle aurait voulu la regarder. La regarder sans arrêter. Cette fraction de seconde. Elle était si belle. Elle tentait toujours de murmurer ces phrases incompréhensibles. Des mots. Des mots insensés.


« Plus… Où nous devions être… Nous y sommes plus... »

Ses mots se mêlaient à la tempête, inaudibles, ou presque. Ses yeux se fermèrent, pour plus qu’elle ne voit ce brouillard qui s’étanchait devant elle. Son corps entier tremblait. Ses joues étaient rougies, ses lèvres bleues. Elle sentait le contact de sa meilleure amie sur ses joues, si chaud, comparé à elle qui était si froide. Trop froide. Elle se sentait mourir. Elle sentait sa voie complète la laisser, son âme se lever. Elle avait chaud, malgré le froid, elle avait chaud. Elle était heureuse. Elle était avec elle. Celle qui avait tellement compté à ses yeux, qui comptait tellement encore que s’en était presque impossible de ressentir un tel attachement.

Son nom murmuré. Ce soupir, son souffle. Souffle de vapeur virevoltant dans l’atmosphère, disparaissant dans la neige fracassante, s’échouant dans la chevelure blonde, glacée, couverte de neige. Cette sensation qui lui semblait si douce. Son cœur avait chaviré. Les émotions la gagnaient. Elle se sentit serrée. Les bras de Jytte l’entouraient, des bras qui avaient été rassurants. Cette étreinte qui aurait pu se prolonger. Ces mots toujours plus faibles chuchotant comment elle l’avait manqué, les siens, inaudibles. Plus de force pour lui rendre son étreinte. Elle ne faisait que s’échouer comme un navire perdu sur cette libération. Elle ne la voyait plus. Comme elle aurait voulu ouvrir les yeux. La force lui manquait. Elle semblait si loin, tandis que le froid de ce manteau glacé l’entourant la gagnait. Dans ce froid, ça semblait plus chaud que seule sans aucun manteau. Ses bras étaient frigorifiés. Aucun de ses muscles n’aurait daigné répondre. Ces retrouvailles, elles étaient magiques. Elle aurait tout fait pour pouvoir la revoir avant aujourd’hui, mais maintenant qu’elles y étaient, elle n’aurait jamais voulu que ça se finisse. La Danoise aurait seulement voulu qu’elles puissent rester ensemble et ne plus jamais se lâcher. Maintenant qu’elles étaient ensemble, il n’y avait plus aucun moyen de reculer. Plus jamais. Jamais.

Sa voix seule était comme une libération. Ces petites paroles. Simplement son nom. Il avait seulement résonné une seule fois pour le moment et elle semblait l’entendre encore et encore dans son esprit. Cette voix qu’elle avait si souvent entendue. Elle avait tellement changé. Pourtant, distinguer cette petite intonation de leur enfance lui était facile. Sa meilleure amie semblait émaner d’elle cette aura de chaleur qui l’avait toujours caractérisé dans ses moments de doutes. Elle se revoyait avec elle il y a longtemps, quand les deux se pleuraient dans les bras. Tout se brouillait. Tout semblait si noir. Faiblement, elle continuait de bouger ses lèvres qui ne cessaient de trembler, tentant de parler, mais aucun mot ne voulait sortir. Aucun son n’émanait de ses cordes vocales. Et encore, la voix de Jytte se faisait entendre. Elle ne comprenait plus rien. Elle ne pouvait que distinguer le ton. Ce ton qui était si doux. Ce ton qui semblait paniqué. Et alors ses yeux se serraient ensemble, laissant s’échapper des larmes qui, rentrant en contact avec l’atmosphère, glaçaient sur la peau frêle de ses joues. Sans sangloter, seulement avec une faible grimace de tristesse, elle pleurait. Elle pleurait, elle frissonnait. Elle était certaine que ces moments seraient ses derniers. Ses murmures stoppaient alors, ses yeux tentaient de se rouvrir. Juste un peu. Juste assez pour distinguer son visage qui lui semblait si flou. Tout semblait trop flou pour qu’elle puisse y voir quoi que ce soit… Elle se sentait pâlir. Plus froide que jamais. Tellement froide que le froid lui-même ne semblait plus l’affecter, vis-à-vis de cette chaleur grandissante, toujours grandissante. Ce vide qui, dans son cœur, se refermait.


« Jytte… »

Son murmure ne pouvait se faire comprendre que par une oreille qui n’aurait pas entendu le hurlement du vent. Une telle impuissance… Pourrait-elle continuer ? Elle eut un long soupir, son souffle n’émettant plus aucune brume tant il était à la température du temps. Plus une once de chaleur ne semblait rester dans son corps. Si frêle. Elle semblait être d’une fragilité de porcelaine. Un mouvement et elle se cassait. Elle enfouissait son visage dans le manteau de sa meilleure amie, toujours en frissonnant de tous ses membres, perdant des forces, mourant tranquillement. Elle combattait. Elle se combattait. Il fallait qu’elle reste consciente. Elle devait rester consciente, pour ce moment, pour la voir, elle, et ne plus la lâcher des yeux. Elle tentait une nouvelle fois de murmurer le nom de son amie de toujours, sans que rien ne sorte, tandis que tout ce qu’elle voyait, autour d’elle, ce n’était que ce blanc alarmant et totalement sombre. Il l’envahissait, la prenait de ses mains glacées, l’apportait au loin pour ne plus jamais qu’elle ne revienne. Sans se douter de tout ce qu’elle avait causé, elle était inconsciente. Totalement inconsciente de ce qu’elle venait de se faire, de ce qu’elle ferait subir à son entourage, une nouvelle fois. Ce qu’elle faisait subir à sa meilleure amie. Ces émotions qu’elle ne cessait de ressentir. Elle pleurait silencieusement. Ses larmes glaçaient sans continuer leur chute. Ses tremblements de cessaient guère.

Les flocons tombaient avec plus d’ardeur, et dans cette matinée qui laissait lentement place à la journée en elle-même, une journée vide, où personne ne semblait vouloir sortir. La température était grave. Les routes devaient avoir des conditions désastreuses. Personne n’oserait sortir. En ce jeudi matin, tandis que tout le monde était à son travail, personne n’oserait en ressortir avant un bon moment. Certainement que ceux qui étaient dans leurs maisons et qui n’avaient aucunement besoin de sortir ne le feraient pas. Tout couvrait les deux jeunes femmes, leurs cheveux se couvrant de plus en plus de flocons, les pantalons de Najad gelant, se glaçant sous le froid intense de la neige. Ses oreilles bourdonnaient. Sa conscience la lâchait. Ses yeux ne voyaient que ces formes brumeuses presque impossibles à distinguer. De plus en plus noir… de plus en plus sombre… Plus rien.


« NAJAD ! Najad ! Réponds, je t’en prie ! Najad ! »

La voix alarmée de Majken, avec l’hystérie et la détresse maternelle suivant une sérieuse crise de panique remplie de larmes d’inquiétude, résonnait dans l’atmosphère, entre le cri du vent déchaîné et les flocons se fracassant durement sur les visages. Le roulement d’un VUS se fit entendre au loin, peut-être trop loin pour être discernable de l’endroit où les deux jeunes femmes se trouvaient, dans les bras de l’autre, les deux pleurant les retrouvailles noires qu’elles subissaient doucement. Elle tombait. Elle n’entendait plus. Elle ne voyait plus. Comme si elle sombrait. Sombrait comme le navire s’ayant éclaté la proue sur le rocher.
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MessageSujet: Re: Rien n'est jamais clair. Ça ne le sera jamais. { Jytte.   Dim 12 Déc - 0:52

Froid. J'avais froid. Beaucoup trop froid. Peut-être même qu'il faisait si froid que je ne ressentais plus la morsure qu'elle pouvait infliger à mes joues, à mes mains. La neige tombait, toujours plus drue, toujours plus de gros flocons. J'aurais pu me relever, j'avais mal partout; mais à côté de la douleur du froid, rien n'était plus affligeant. Mais je m'en fichais. La douleur m'importait peu, en fin de compte. J'avais plus souffert que ça, dans le passé. Ce passé qui m'était si cher, ce passé qui me manquait tant. Que faisait Maman, en ce moment ? Je parie qu'elle était en train de cuisiner, en ce demandant si j'allais bien. Elle qui s'inquiétait si souvent pour moi. Comme une mère, ce qu'elle n'avait été qu'à moitié, pour moi. Et puis Papa ? Bricolait-il encore et encore la moto qu'il essayait de remettre sur pied et qu'il ne conduira jamais ? Mon père, ce père qui avait toujours été là pour moi. Peut-être qu'entre lui et ma mère, c'est lui qui me comprenait le mieux, lui qui était le plus proche de moi. Leur manquais-je ? Et ma sœur, celle dont le prénom m'échappait tellement elle était exécrable avec moi, où était-elle ? Cavalait-elle encore dans les rues, à la recherche de quelques séduisants danois ? Minable... C'est tout le souvenir qu'elle m'avait laissé d'elle. Une fille qui aimait se retrouver partout, qui était nombriliste comme pas possible. Cette neige me rappelait brusquement le passé. J'avais eu froid, très froid. J'avais eu peur, aussi.

« Maman ! Je vais jouer dans le jardin ! »
J'avais huit ans. J'étais encore petite et j'aimais jouer toute seule. Le jardin, c'était comme mon paradis. J'aimais laisser mon imagination, mes rêves et mes idéaux divaguer de tout côté. Quand il neigeait, c'était mieux. Je pouvais me laisser tomber dans la neige et faire l'ange. C'était marrant. Et puis je regardais les flocons tombant du ciel. Parfois, j'essayais de les avaler. Mais ils fondaient trop vite. Alors, je recommençais ce jeu, inlassablement. Jusqu'à ce que je sois satisfaite. Puis, je rentrais, après, les joues rosies par le froid, heureuse.
Mais ce jour-là, tout était allée de travers. J'étais sortie, pour gober les flocons. J'avais oublié de mettre mon manteau, mais tant pis. J'étais tellement pressée de jouer avec la neige ! Affabulée de ma petite jupe de tissus lourds, de mes collants en laine, de mes bottes et de mon gros pull de grosse laine. La neige m'arrivait aux genoux. Je rigolais. Et j'avançais plus profondément dans le jardin. Je n'avais pas vu Ingegerd qui se cachait, quelque part derrière moi. En fait, j'étais contente car elle ne m'avait pas embêté de la journée. Je me demandais quand même quand cela arriverait. Pourtant, je ne devais pas m'inquiéter avec ça. Tant que je n'en avais pas vu l'ombre, mieux valait ne pas la chercher. Et j'avais commencé à m'amuser. Ingegerd s'avançait derrière, mais je n'entendais pas ses pas dans la neige qui étouffait tout. Puis, elle me fit basculer en avant. Sous l'effet de la surprise, je n'eus pas le temps de pousser un cri. Mon visage s'enfonçait déjà dans l'épaisse couche d'une éclatante blancheur. Elle se mit à cheval sur mon dos. Je ne pouvais plus bouger, elle m'en empêchait. Et elle en profitait pour chanter une chanson. Quelle idiote ! J'avais froid, j'étouffais. L'air venait à me manquer. Je me débattais mais mes gestes devenaient de plus en plus imprécis, de plus en plus faibles. Je voyais déjà au loin une lumière. J'entendais déjà une voix qui m'appelait. Et elle m'attirait. J'entendais un rire, au dessus de moi. Un rire ignoble, un rire pervers. Un rire qui désirait plus que tout me faire mourir. Un rire comme celui de la Mort lorsqu'elle voit votre détresse au moment venu. Au secours ! J'étouffais ! Je ne voulais pas partir ! A l'aide ! Mais personne me m'entendait. Mes cris de détresse s'éteignaient dans le sol. J'entendis, au loin, bien loin derrière moi, la voix d'une femme. Qui était-elle ? Je ne la connaissais plus, je ne la reconnaissais pas. Ma mère m'appelait et je ne pouvais répondre. Soudain, le poids sur mon corps s'enleva. Le rire s'était diminué jusqu'à ne devenir qu'un murmure proférant des jurons. Je relevais la tête, à la recherche de l'air. Cet air si précieux s'engouffra en moi, comme un bol de liberté. Je vivais ! Je vivais ! Dieu existait bien quelque part ! S'il se montre, je lui baiserais les pieds !

Cette neige, amassée autour de moi, toute cette neige qui faisait chuter ma température corporelle, cette neige s'infiltra dans mes vêtements, me trempant jusqu'aux os. Je ne pouvais pas me défaire d'elle, de cette neige. Elle s'accrochait à moi comme ce souvenir. C'était à croire qu'elle faisait partie intégrante de moi-même ! Je tenais Najad dans mes bras, je la serrais contre moi. Elle, elle faisait partie intégrante de ma vie. Elle, elle ne s'en irait pas. Elle, elle était un souvenir, aussi douloureux mais aussi bienfaisant que les autres. Mais, contrairement aux souvenirs, les personnes pouvaient s'en aller, aussi rapidement qu'elles étaient entrées dans votre vie. Je faisais tout pour que cela n'arrive pas. Vraiment tout. J'avais cherché durant des nuits entières, j'avais passé mes jours à trouver une solution pour rejoindre Najad, où qu'elle soit. J'avais fini par la trouver, cette solution. J'étais là, avec elle, et rien d'autre ne comptait.
Elle murmura des paroles, que je ne saisissais qu'à demi-mots. J'avais tant rêvé entendre de nouveau cette voix, j'avais tant espéré ! Elle m'avait manqué, c'était sûr. Mais là, j'aurais voulu qu'elle se taise, que ces mots ne sortent jamais de sa bouche. Je voulais juste entendre le silence nous murmurer ses paroles apaisantes – ou effrayantes. Ça m'aurait plongé dans un état où on a l'impression que c'est éternel. J'aurais voulu que ce soit éternel. J'aimerais que ces retrouvailles – que je n'espérais pas comme ça – j'aimerais qu'elles restent gravées dans ma mémoire. J'aimerais qu'elle dure toujours. J'aimerais que l'on n'ait plus à se séparer. Plus jamais. Je la serrais contre moi. Les larmes dévalaient mes joues, s'écrasaient dans ses cheveux, dans la neige. Trace d'un passé encore trop présent. Mais elle était là, je laissais tout éclater. C'est comme si plus rien n'avait eu de sens. Comme si elle était douleur et joie, comme si elle était là mais qu'elle ne l'était pas. Déjà, dans ma tête, je m'imaginais tout pleins de projets avec elle. On irait boire un coup au café, on irait à la patinoire, à la piscine. On irait au cinéma voir le dernier film sorti. On irait à Ikea, acheter quelques cadeaux pour Noël, on irait au resto. On reprendrait une vie de meilleures amies. Comme avant. Comme avant...
Silencieuses, elles glissèrent. Elles continuèrent de tomber, ces fichues larmes. Et les flocons aussi. Je pourrais passer des heures à attendre là, elle entre mes bras. J'aurais pu rester indéfiniment dans cette position, ça ne me dérangeait plus. Je n'entendais rien alentours. Juste le murmure de la tempête. Juste un bruit de télévision qui venait d'une maison proche. J'entendais aussi le vrombissement des voitures, dans une rues adjacentes. Les voitures qui patinaient sur la neige... Mon prénom, qu'elle prononça d'une voix faible... J'entendais tout mais je ne retenais rien. Je n'étais pas dans mon état normal pour en saisir le sens complet. Soudain, une voix déchira l'air. Une voix affolée. Percée par de l'inquiétude, par de la tristesse, sans doute. Je reconnaissais la voix de Majken. Je la reconnaissais, difficilement. Tout me semblait si éloigné ! Plus rien ne me semblait réel. Puis, comme si un éclair m'avait frappé, je me souviens de tout. Je revenais sur terre. La neige qui m'environnait me glaçait. Je frissonnais comme une feuille, mais je ne m'en rendais pas compte. Je pleurais, mais je n'y faisais pas attention. Je tenais Najad dans mes bras et ça je le savais. Je baissais mon regard vers elle. Elle semblait si fragile ! Ses yeux... Je ne saurais les décrire. En proie à de la folie pure et simple. Combien de temps était-elle restée dehors ? Plusieurs minutes ? Plusieurs heures ? Elle devait avoir froid. Très froid. Comme quelqu'un qui sent la mort approcher. L'avait-elle côtoyé, cette mort ? Il faudrait qu'on se raconte tout. Il faudrait qu'on revienne en arrière et qu'on réécrive ensemble une histoire.

« Elle est là... »
parvins-je à murmurer. C'étaient les seuls mots que je réussissais à sortir. Ma gorge brûlait de cette température hivernale, mes lèvres souffraient. J'aurais voulu les crier, ces mots. Je ne pouvais pas. Malgré tout, je sentis comme un liquide chaud se répandre en moi, me donnant à la foi la force et le courage de le faire.

« On est là ! ELLE EST LA ! »

En attendant l'arrivée de Majken, laquelle ne tarderait pas à nous trouver, je consolais mon amie du mieux que je le pouvais.

« Najad, je suis là, ne t'en fais pas. Je suis revenue. Je suis avec toi. Je ne te quitterais plus. Je suis là. »
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MessageSujet: Re: Rien n'est jamais clair. Ça ne le sera jamais. { Jytte.   Sam 18 Déc - 4:17

Le brouillard, si dense, ne cessait de s’étendre devant ses yeux bleutés. La neige. Du blanc, que du blanc. Ce blanc si sombre et effrayant. Ce blanc si meurtrier, si froid, si intensément mauvais, l’assassin, le bourreau. Toutes ses forces la quittaient. Peu à peu, même la chaleur qui l’enveloppait, le manteau de sa meilleure amie, ne faisait que lui donner cet effet de couverture empoisonnée. Comme si elle l’aidait, l’aidait dans cette mort certaine dans laquelle elle s’était lancée sans savoir. Elle tremblait toujours, toujours sans pouvoir s’arrêter. Des larmes coulaient sur ses joues, elle pleurait, même si cette eau se figeait et devenait glace sur sa peau. Tout semblait la quitter, autant que la raison. Elle n’entendit qu’à peine dans le murmure intense du vent le son de la voix de sa mère, qui semblait venir de si loin, qui semblait tellement éloigné qu’il n’était qu’un simple soupir parmi la tempête, parmi le néant. Elle la reconnut néanmoins sans pour autant la reconnaître, sans pour autant bouger, car elle était morte, ses membres étaient frigorifiés, sa vie s’échappait d’elle avec chaque expiration, chaque fois que l’air emmagasinée repartait, emmenant un bout de son âme, un bout de son esprit, comme si jamais il ne reviendrait, comme si jamais elle ne reviendrait. Et pourtant, elle était là. Jytte. Elle était là. Alors elle était bien. La mort ne l’importait plus. Tout ce qu’elle laissait derrière… Tout semblait tellement loin, qu’elle ne savait plus si c’était vraiment nécessaire de regarder derrière. De faire quoi que ce soit. Ses yeux s’étaient refermés. Devant elle ne se tenait que le néant qu’elle tentait de combattre. Ne pas céder. Rester… Là. Avec elle. Ne pas céder et ne pas devoir la laisser là avec son corps dénudé de toute âme, regardant la scène d’un point de vue objectif, sans rien pouvoir faire.

Sa voix. Elle criait. Elle la rassurait. Jytte. Reste, reste avec moi. Ne m’abandonne pas, pas à mon sort. Pas ici. Pas maintenant. Je veux rester. Rester avec toi. Ne jamais repartir. Tout son corps cédait sous le poids du sommeil éternel qui se faisait de plus en plus lourd. Elle ne voulait pas. Non, elle ne voulait pas. Et Jytte, elle la rassurait. Elle lui disait qu’elle était là, qu’elle resterait. Qu’elle ne repartirait pas. Des mots qui ne faisaient que réchauffer ses entrailles, sans pour autant que ça réussisse à faire fondre la neige, pour que le blizzard ne cesse. Rien n’y faisait. Rien ne pourrait la sortir. La température de son corps n’était pas plus haute que trente degrés et continuait de baisser, lentement, mais sûrement. Elle était sombrée dans un état comateux. Plus aucun de ses membres ne bougeaient. Elle avait cessé de remuer ses lèvres bleutées et quoique les larmes continuent de couler, son visage ne semblait plus animé de vie. Elle était pâle. Pâle comme la neige, comme cette poupée en porcelaine que l’on casse en la laissant durement tomber au sol. Elle se casserait en des milliers de morceaux à la moindre brusquerie.


Les pas précipités dans la neige, craquant sous la fine couche de glace s’étant formée sous l’épais revêtement de blanc qui envahissait la ville à une vitesse alarmante, tintaient alors l’atmosphère. Sa respiration était accélérée. Et alors, sa silhouette émergeait d’entre les flocons, tandis qu’elle finissait d’enfiler le premier manteau qu’elle avait pu trouver dans sa hâte à sortir, à suivre sa fille sans pour autant la trouver. Près d’une heure s’était écoulée. Une heure à chercher désespérément. Son visage si inquiet ne faisait que scruter chaque recoin jusqu’à ce qu’il se pose sur les deux blondes étendues dans la neige, enlacées, frigorifiées. Une heure, et voilà qu’elle était là, frigorifiée, inconsciente. Le cri de Jytte résonnait encore dans l’atmosphère quand Majken posa ses mains sur sa bouche en voyant ce spectacle plus que troublant. Cette voix, qui avait résonné non en suédois mais bien en danois, langue qui n’était pas familière aux gens de ce pays, langue qui lui appartenait. Cette voix qui semblait si familière tout en étant totalement inconnue. Cette voix qui l’avait guidée vers ce qui semblait être le plus horrifiant des spectacles pour une mère. Sa fille, couverte de neige, à peine habillée. Elle était pâle, pâle comme un drap, ses bras étaient gelés, ses pantalons trempés se glaçant sous l’effet du gel. Mais qui était l’autre qui la tenait comme ça ? Elle se rapprochait toujours rapidement, tentant de relever sa fille, posant ses doigts dans son cou pour vérifier son pouls : son cœur battait encore. Faiblement, mais il battait encore, tout comme sa respiration qui continuait de régner, malade, mais toujours là.

Une dernière goutte d’espoir.

Elle relevait la tête, ses yeux bleus se posant sur ceux de cette jeune fille, devant elle. Cette jeune fille avec des traits si familiers. Des traits qui lui firent ouvrir encore plus grands les yeux quand elle la reconnut. La mère de Najad murmura le nom de cette jeune fille qu’elle avait connue toute jeune. Elle aussi, semblait si faible, semblait avoir si froid. Elle relevait avec l’énergie du désespoir sa fille, avant de prendre la main de Jytte, la relevant, elle aussi, lui disant de la suivre, de la suivre jusqu’à la maison. Où le froid n’aurait pas d’atteinte. Après avoir aidé la jeune Danoise à se relever, elle lui demanda de l’aider à transporter Najad sans trop la bouger, dans le VUS. Trop la bouger pourrait malencontreusement prolonger l’hypothermie, ce qui aurait de graves conséquences sur son organisme. Elle tentait de cheminer vite, sans trop brusquer quoi que ce soit. Elle murmurait dans son souffle des paroles rassurantes à sa fille, même si celle-ci, au plus profond d’elle-même, ne pouvait rien entendre, ne pouvait rien voir, ne pouvait rien sentir. Dans le blizzard, la silhouette imposante du VUS était en vue. Les phares les fixaient, émanaient une petite chaleur. Chaleur rassurante. Doucement, elle déposa sa fille sur la banquette arrière, refermant la porte, inquiète. Elle savait ce qu’elle devait faire, il fallait seulement qu’elle le fasse, qu’elle puisse garder un calme presque impeccable face à ce qui se passait. C’était difficile.


« Viens… Ne reste pas dehors, viens. »

Elle lui ouvrit la porte du côté passager avant de monter, de refermer sa propre porte. Et alors, elle montait le chauffage dans la voiture pour aider à sa fille. Le trajet fut long, inquiétant, silencieux. Elles arrivèrent en dix minutes, tentant d’aller le plus vite, dangereusement, par contre, dans ce blizzard insensé. La maison se dressait devant elle et elle reculait lentement dans le stationnement. Elle prit sa fille dans ses bras dès qu’elles furent arrivées, ouvrit la porte. Elle entreprit à la déshabiller et à lui donner des vêtements secs, la couchant par la suite sur le canapé du salon, où elle pourrait l’avoir près d’elle, comme sous observation, en quelque sorte. Elle était médecin, savait s’occuper de ce genre de problèmes. Elle tira une couverture sur sa fille, posant doucement sa main sur son front, espérant.


Des heures passèrent, des heures entières. Tellement d’heures que le soir finit par sombrer et donner une couverture noire au ciel, ne laissant entrer aucune lumière dans la maison. Le blizzard ne s’était toujours pas calmé. Le noir. Que du noir. Le néant total. Le néant ne laissant qu’apparaître que des bribes de voix. Des voix floues et éloignées. Des voix qui ne cessaient de réapparaître et de repartir. Rien de clair. Rien de clair, quand tout semblait cependant reprendre de son sens. Elle serrait ses yeux, sentait la couverture sur elle. Elle sentait ses articulations douloureuses. Elle ne pouvait pas bouger. Le mouvement lui était impossible, improbable. Trop faible. Trop faible encore pour faire quoi que ce soit. Et les voix. Elles semblent rassurées. Ces voix, elles semblent lui parler. Elle croit entendre son nom. Plusieurs fois. Sans pour autant en reconnaître une seule. Elle croit entendre son nom. Peut-être ouvrir les yeux ? Elle le tente, aussi bien qu’elle le peut, mais la force lui manque. Tout ce qu’elle voudrait, c’est dormir. Dormir un peu plus. Prolonger.

Mais cette voix…

Cette voix si douce. Cette voix qu’elle connaît depuis toujours. Cette voix… Elle se revoit courir en riant dans les rues enneigées du Danemark. Elle voit cette silhouette derrière elle. Cette silhouette devenant de plus en plus clair. Ses cheveux blonds virevoltant sous la brise tandis qu’elle court. Ses petites bottes mignonnes. Cet habit de neige trop grand pour elle car les parents ils sont toujours trop protecteurs. Elle revoit ce blanc. Ce blanc qui n’est pourtant pas noir cette fois mais si clair. Les flocons, doux, qui tombent. Ses yeux bleus. Les traits doux de son visage. Son sourire. Cette voix qui appelle son nom avec un ton si joyeux dans ce temps, avec ce rire. Ce rire… Qui se transforme en son nom, dit d’une manière si inquiète, avec cette même voix. Cette même voix ayant tellement maturé. Une feinte odeur de thé rôde dans l’atmosphère, un liquide si chaud. Elle frissonne, elle ne se sent pas bien. Son crâne semble sur le point d’exploser à chacun de ses mouvements. Elle a froid. Très froid. Elle ouvre doucement la bouche pour laisser un simple murmure s’échapper.


« Jytte… »

C’est alors qu’elle tente une dernière fois d’ouvrir ses yeux azurés, qu’elle fixe le noir de la maison, d’où seulement une lampe sur une table de chevet semble éclairer le salon. Le salon de sa maison. Tellement embrouillé. Et puis, ces deux silhouettes qui la regardent. Elle reconnaît ce visage. Elle le reconnaît. C’est fini, maintenant. Elle est là. Elle, qui l’avait rattrapé pendant qu’elle était tombée. Elles étaient ensemble, maintenant. Elles étaient ensemble encore une fois. Un faible sourire éclaira ses lèvres à la vue de sa meilleure amie. Elle ne sentit pas la force de bouger.

Comme elle aurait voulu la serrer contre elle pour ne plus jamais la laisser partir.
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MessageSujet: Re: Rien n'est jamais clair. Ça ne le sera jamais. { Jytte.   Dim 30 Jan - 2:00

Je savais qu'il faisait froid. Maintenant que la voix de Majken avait déchiré le silence, je me sentais revivre. Une nouvelle force prenait source en moi et décidait de se lâcher partout. Je serrais toujours mon amie contre moi et je lui caressais le visage, pour qu'elle sache que je suis là. Je voyais qu'elle s'en allait petit à petit mais je n'avais pas eu la force de bouger. J'étais bien trop occupée à pleurer, de joie, de douleur, à pleurer de ces retrouvailles amères que je m'étais figée à genoux par terre, pourtant dans mes bras le fruit de mes recherches. Je l'avais avec moi, c'était tout ce qui comptait, et le reste n'était que vulgarité à mes yeux. Mais la voix de la mère de Najad m'avait fait reprendre conscience de ce monde auquel j'appartenais. Le bruit des voitures, que j'entendais de loin, m'assourdissaient à présent. Il neigeait beaucoup mais certaines avaient eu l'audace de s'aventurer dans ce blizzard. J'entendais mon cœur battre à tout rompre contre ma poitrine, le souffle ténu de ma meilleure amie. Et les pas de Majken qui faisaient craquer la neige. La neige me glaçait. J'avais froid. Très froid. Peut-être que mes mains étaient devenues bleues. Peut-être que mes lèvres étaient gercées. Je me rendis compte qu'une multitude de flocons blancs recouvraient mes cheveux, mes vêtements. Les larmes qui coulaient sans cesse depuis que je l'avais retrouvée gelaient au bout de mes cils, sur mes joues. Mes vêtements durcissaient de par le froid vif. Bientôt, je ne pourrais plus bouger. Figée dans ce masque de sombres retrouvailles. Jusqu'à ce qu'un feu vienne ardent vienne faire fondre cette glace qui m'aurait retenue prisonnière. Les pas de Majken faisaient craquer la neige. Les pas de Majken brouillaient les lignes de ce masque. Elle brisait cette glace.
Elle arriva. J'étais heureuse de revoir ce visage si familier. Ce visage que j'avais connu il y a bien longtemps... Combien de temps ne l'avais-je pas vu ? Un an ? Deux ans ? Huit ans ? Je ne sais plus. Elle semblait si fatiguée. Peut-être était-ce une illusion d'optique après tout. Elle ne me vit pas. Comme si j'étais devenue un fantôme, une ombre dans la blancheur de la neige. Seule sa fille lui importait. Je la comprenais, c'était sa chair et son sang. Elle dut voir le pâle visage de Najad. Elle s'approcha rapidement d'elle pour prendre son pouls, je suppose. A mon avis, son vœu le plus cher en cet instant précis, c'est que son unique fille n'y laisse pas la vie, qu'elle ne s'envole pas pour des contrées inconnues. Elle semblait stupéfaite de ce spectacle si étonnant. Je ne sais pas, je ne voyais plus rien. Mes yeux étaient froids, se fermaient d'eux-même. Je voyais flou. Je savais que c'était Majken. J'avais senti l'aura qui s'en dégageait. J'avais reconnu sa voix parmi le murmure assourdissant de la tempête. Sa silhouette accroupie. Recroquevillée. Comme si elle protégeait sa fille de la fuite éternelle du temps. Comme si elle empêchait son âme de s'échapper. Comme si elle retenait le si peu de vie qui soufflait encore dans son corps. Comme si elle décidait d'être le mur entre elle et le monde environnant. Comme si elle avait décidé que sa fille ne la quitterait plus. Elle le voulait peut-être. Cette personne familière... Ces yeux se levèrent sur moi. Elle prenait enfin conscience que sa fille n'était pas seule. Peut-être m'avait-elle vue auparavant. Mon visage devait lui apparaître dedans sa tête avec un certain flou. Comme s'il revenait de loin, de contrées depuis longtemps oubliées. De ces contrées dans lesquelles on ne remet pas les pieds, à moi d'y être contraint. Elle murmura mon prénom. Emportée par le vent. Recueilli dans mes oreilles. Elle le murmurait. Elle s'en était souvenu ! Je hochais faiblement la tête. J'avais froid, je tremblais. Puis, elle se mit debout, releva sa fille et prit ma main. La chaleur de son corps me brûla, me transperça. Je la suivis, idiotement. J'aurais pu me dégager, lâcher sa main et me débrouiller toute seule, rentrer à mon hôtel, partir loin, très loin d'ici. Mais c'est comme si sa main me retenait prisonnière. Il fallait que je la suive.
Elle m'ouvrit la porte du VUS. Je restais quelques longues minutes à observer les sièges, comme si quelque chose me captivait. Monter là-dedans ne me disait rien qui vaille. Je savais que je devrais répondre à des questions. Des questions silencieuses. De plus, la présence de Najad dedans n'arrangerait rien. J'aurais envie de me retourner, de la tenir dans mes bras, de pleurer, encore et encore. Je ne voulais pas être ici. J'avais l'impression de me retrouver en prison, pour me mener je ne sais où. J'avais peur. Peur d'atterrir dans un milieu hostile, dans un milieu qui m'est totalement étranger. D'accord, je serais avec Najad, je serais avec sa mère, mais est-ce que cela suffisait vraiment à se défendre contre l'inconnu ? Je n'étais plus certaine d'avoir fait le bon choix, à présent. Peut-être que je n'aurais pas dû venir. Ça m'aurait évité de vivre la scène que je venais de vivre avec Najad. Ça m'aurait évité de rester immobile à côté du VUS, à repenser à tout ça. Mais je l'avais voulu. Mes parents m'en avaient dissuadé, de faire ce voyage, de la retrouver. Ils avaient essayé de me retenir, mais j'avais été ferme sur ma décision. Ils ne pouvaient plus me retenir, eux. Je devais voler, faire mes choix. J'avais choisi d'aller retrouver ma meilleure amie, de changer de pays. De changer de vie, aussi. Finalement, je m'assis sur le siège, mais je baissais les yeux. Je n'avais même pas pensé à enlever la neige, je m'en fichais, à vrai dire. J'étais encore sous le choc, de ces chocs qui vous marqueront toute votre vie. Un rien vous les rappellera. Un rien vous replongera plusieurs dizaines d'années en arrière. Un rien qu'on ne peut oublier. Je fixais la tablette devant moi. Je refermais la porte. Quelle marionnette étais-je devenue ? Qu'est-ce qui pouvait bien m'avoir entrainé dans une telle histoire ? Je sentis la chaleur du chauffage. Comme un brin de vie. Cette vie si chère, si précieuse. Je me remis à penser au passé.

Dans la cour de l'école, j'étais seule. Depuis qu'elle était partie, je n'avais plus personne à qui me rattacher. Oh, ce n'était pas les personnes qui manquaient, non, pas du tout. Certaines faisaient l'effort de venir vers moi. Et moi, je faisais l'effort de les rejeter. Personne ne pourrait remplacer Najad. Il n'y avait eu qu'elle durant mon enfance. Hormis les quelques autres amis que j'avais eu mais eux, ils n'habitaient plus aussi près, ils n'étaient plus dans la même école. J'étais sous l'arbre, assise par terre. Il neigeait à gros flocons. J'avais mon bonnet enfoncé sur ma tête. Il me recouvrait les oreilles. Mes joues rougies par le froid, je soufflais. Un panache de fumée se forma dans l'air glacial. Et je pleurais. Je pleurais sa disparition, encore et encore. On me prenait pour une gamine, mais je m'en fichais. Les gens pouvaient dire ce qu'ils voulaient derrière mon dos, mon cul les contemplait. J'étais insensible à leurs sarcasmes, insensible à leur insensibilité. Je voulais juste qu'on m'oublie, qu'on ne fasse plus attention à moi. Je désirais juste m'enterrer loin sous terre, m'en aller dans un pays où on ne me connaissait pas. Je ne pouvais pas partir.
Une boule de neige sur ma joue. Je relevais la tête, comme soudain sortie d'un rêve. Je fixais la personne qui me l'avait lancé. Svend, encore lui. Je fermais les yeux, tentant de me contrôler. Mais ses railleries m'empêchèrent de me contrôler. Je me levais, presque calmement. Puis, je me dirigeais vers lui. Je le regardais droit dans les yeux. Sans le quitter du regard, je lui dis : « Tu ne peux pas comprendre. Tu ne peux pas. C'est trop dur pour toi. Tu n'as peut-être jamais eu de meilleurs amis... ». Où avais-je été chercher ça ? Je ne savais pas. Je ne voulais pas jouer la gentille, je n'avais plus cette force. Elle s'était évaporée, elle aussi. Il se mit à rigoler comme un abruti. Je me retenais de le gifler. Il ne méritait que ça, des baffes. Et j'étais partie, me terrer dans un coin, dans la neige, dans le froid glacial de l'hiver.


Je repensais à ce moment, où j'avais été incapable de faire le moindre geste. Maintenant, ça m'y faisait repenser. De nouvelles larmes coulaient sur mes joues. De nouveaux pleurs. Je ne parlais pas, je n'en avais plus la force. J'étais faible, si faible... Si seulement je pouvais m'allonger, fermer les yeux et me laisser aller... Me laisser aller... Peut-être ne jamais me réveiller. Aller loin, très loin de la réalité. M'en aller dans un lieu inconnu. Je ne pourrais plus faire marche arrière, je sais. Je devais partir, m'en aller. Quitter ce monde de fous, ce monde de démence pour aller à la rencontre de contrées plus clémentes, plus sereines. On arriva. Qu'était-ce cette maison ? La demeure de Saint-Pierre ? Celle de Charon ? Un havre de paix ? Comment étais-je arrivée là ? J'ouvris la porte. Comme un automate. Je sortis, comme un automate. J'étais devenue un robot. Je n'avais plus conscience de mes faits et gestes. Une porte ouverte. Je la regardais, angoissée. Et si le Mal m'attendait de l'autre côté ? Et si je ne devais pas y aller ? Si c'était un attrape-nigaud ? Je ne pouvais pas trouver pire, après tout. Et je partis en direction de cette porte. Je m'y engouffrais. Me voilà ailleurs.
Je regardais le décor. C'était un petit cocon, tout semblait si douillet. Puis mes yeux se posèrent sur une photo de Najad. Son visage était déformée par une moue que je ne lui avais jamais vue. Comme si elle désirait vous faire du mal, vous tuer. Je suis certaine qu'elle jouait. De toute façon, ça ne pouvait être qu'un jeu. Je voyais des ballons baudruches colorés, derrière elle. Elle portait un costume de bouchère sanglante. Je restais muette devant cette photo, statuée. Je secouais la tête et continuais mon inspection. Et j'arrivais dans une salle. Une table, des chaises, un canapé, des fauteuils. Najad était allongée dessus. Sa mère dans un fauteuil. Je ne désirais pas casser ce cocon familial, m'immiscer dans une vie étrangère à la mienne, m'intégrer de force à une famille qu'on avait longtemps tenté de me faire oublier. On ne m'invita pas à le faire, mais je m'assis quand même dans un fauteuil, face au canapé. Et je fixais la silhouette immobile, habillée autrement, qui se tenait là. Elle dormait, je l'espérais. Je ne désirais pas être la meurtrière de ma meilleure amie. Je ressentis pour la première fois depuis le début de la journée que je ressentais le besoin de parler. D'avoir des réponses à mes questions. De pouvoir enfin savoir le comment du pourquoi et vice-versa. Pourtant, je n'arrivais pas à m'exprimer clairement. Un murmure parmi tant d'autres.

« Majken... Pourquoi ? Pourquoi être parties sans avoir laisser de traces ? Pourquoi m'avoir laissé souffrir ? Pourquoi ? Durant tant d'années, je me posais des questions, je me demandais si elle allait bien, si elle ne s'était pas tuée dans un quelconque accident. Je me demandais ce que j'avais pu lui faire pour que tous ponts soient ainsi rompus. Je m'inquiétais. Pourtant, mes parents semblaient savoir. Ils savaient... Pourquoi suis-je restée dans l'ignorance ? »

J'avalais avec difficulté ma salive. Une grosse boule se formait dans ma gorge. Une sueur froide dégoulina le long de mon échine. Je fus prise d'un violent frisson. Je n'avais pas enlever mon manteau, mon bonnet, mon écharpe et mes gants. Ils devinrent trempés. Je fus comme prise d'un remord. Je me levais et allais déposer mes affaires dans l'entrée où stationnait encore un peu de neige. Et je revins à ma place. Puis j'attendis. Une attente longue, éternelle. Quand allais-je voir la fin ? Elle ne semblait pas se réveiller. Alors, une idée me vint en tête. Une chanson résonna à mes oreilles comme une douce mélodie. Je chantais.

«Feels like the weight of the world,
Like God in heaven gave me a turn.
Don't cling to me, I swear I can't fix you.
Still in the dark, can you fix me?

Freefall, freefall, all through life.

If you love me, then let go of me.
I won't be held down by who I used to be.
She's nothing to me.

Feels like the weight of the world,
Like all my screaming has gone unheard.
And oh, I know you don't believe in me.
Safe in the dark, how can you see?

Freefall, freefall, all through life.

If you love me, then let go of me.
I won't be held down by who I used to be.

If you love me, then let go of me
I won't be held down by who I was

If you love me, then let go of me
I won't be held down by who I used to be »

Je fermais les yeux, me rappelant douloureusement le passé. Une larme roula. Une seule. Comme si je n'en avais plus, comme si je commençais à réaliser que je me réconciliais avec ma vie antérieure. Je l'entendis murmurer mon prénom. Faible. Si faible... Puis, comme si elle faisait un effort surhumain, elle ouvrit ses yeux. Deux billes bleues nous fixèrent, Majken et moi. Nous voyaient-ils vraiment ? Je me levais et me jetais au pied du canapé. Je lui attrapais une main, que je serrais entre les miennes. Je soufflais entre mes mains jointes tenant la sienne. Je soufflais de l'air chaud. Et je lui chuchotais son prénom

« Je suis là. »
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MessageSujet: Re: Rien n'est jamais clair. Ça ne le sera jamais. { Jytte.   Ven 4 Mar - 6:16

Combien de fois ?

Combien de fois avait-elle entendu cette chanson ?

Cette guitare envahissante ; cette voix. Une musique qu’elle avait tant chanté à sa sortie. Une musique qu’elle avait entendu si souvent dans cette année, juste avant sa perte. Weight of the World. Ses notes, ces accords. Envoûtants et étranges à la fois, une voix transportant et un sujet fort, troublant. Tout juste avant d’y être. Tout juste avant qu’elle ne soit plus celle qu’elle avait été. Et cette voix qu’elle connaissait, n’était pas la même qui la chantait. Au lieu de l’artiste, elle entendait elle, cette voix qui semblait si différente mais pourtant semblable, inchangée malgré les traces et les cicatrices du temps, qui régnaient en maître, qui ne cessaient de troubler. Une recherche perdue, une trouvaille déchirante. Les paroles résonnaient dans son esprit comme une incessante mélodie, chaque note et chaque son qui s’échappait de la barrière de ses lèvres semblaient sacrée, à ses yeux entrouverts qui ne voyaient pas clairs. Si longtemps avait-elle attendue avant d’entendre cette voix. Si longtemps que maintenant qu’elle l’écoutait, elle semblait venir de son esprit. Et pourtant... Oui, et pourtant elle était là.

Et, incomprise, elle gisait sur les coussins blancs, comme s’ils étaient de simples nuages et elle un ange qui n’avait pas sa place dans le ciel. Pas encore. Car elle aurait pu mourir, face à cette erreur. Cette erreur que sa mère n’avait pas compris, qu’elle tentait de déchiffrer dans le langage flou de sa fille, dans ses moindres énigmes qu’elle articulait adroitement, sans que personne ne puisse les résoudre. Étrange. Elle était étrange. Inhabituelle. Jamais drôle. Dramatique dans sa manière. Ses crises étaient fréquentes, effrayantes, mais jamais elles n’avaient été drôles. Et pour ce qui était d’aujourd’hui, elle aurait pu y laisser sa vie. Tout pour un but qu’elle avait semblé soutenir au plus profond d’elle-même. Ils lui avaient dit qu’elle était partie. Ils avaient dit qu’elle arrivait. Ils étaient sa source d’inspiration, ceux qui la torturaient et lui tenaient compagnie, ceux qu’elle ne décrivait qu’à peine, et dont elle parlait toujours. Dans ses moindres phrases, tout. Ces cadavres sans visage, ces visages sans nom, ces ombres incomprises, qui avaient vu la mort, connaissaient ses moindres recoins, murmuraient à l’oreille de la schizophrène des paroles, des morceaux de sa vie, la vérité inconnue. Pourtant, qui pouvait savoir ? Personne ne la comprenait. Car rien n’est jamais clair. Rien ne le sera jamais. Et tout resterait dans l’ignorance, car personne ne pouvait comprendre. Personne, sauf eux-mêmes. Eux. Les Inconnus. Les Incompris. La Mort ou la Vie ? Difficile de signifier. Difficile de voir dans quel chemin elle s’engouffrait, continuant de marcher comme si de rien n’était, mais regardant le passé avec amertume. Regardant le présent avec mépris. Marchait-elle, ou coulait-elle, telle un grand rocher, au fond d’un océan qui la consumerait ? Son âme en elle seule semblait dormir au plus profond d’elle, comme si elle ne pouvait se réveiller, endormie, dans un état de coma. Ressortant dans des phases, mais jamais longtemps.

Aucun remède. Aucun. La seule présence. Rassurante ? Elle voulait le croire. Et maintenant elle se sentait bien, ressentait un aura de paix dans la maison. Plus que d’habitude. Comme si elle n’aurait plus besoin de ce calmant. Elle voulait entendre une nouvelle fois sa mère jouer du violon, car elle en jouait tellement bien. Car cet instrument était magique, avec ses notes mélancoliques et douces, ses cordes caressées de liens. Et pourtant, non. Que le silence. Aucune odeur. Rien ne pouvait perturber ce calme. Un calme saint, silence qui l’était autant. La maison avait toujours été un havre de paix, et la chaleur était envahissante. Peut-être l’était-elle trop en ce moment. Elle se sentait moins froide qu’elle l’avait été, même quand la chaleur l’avait envahie quand elle avait vu cette silhouette tellement floue. Cette silhouette... Elle. Seulement elle dans un brouillard de blanc sombre. De froid mordant et chaud. De toute cette noirceur qui semblait s’éprendre d’elle et de son corps, son âme absent, ses yeux vides, ses iris d’un bleu vert ne fixant que ce vide, cherchant quelque-chose, mais ne voyant rien. Ne voyant jamais rien. Car tout ce qu’il y avait, c’était ce noir prenant, même plus noir que noir, le noir dans le blanc du blizzard. L’ironie. Ses yeux ne voyaient que ça.

Le vide.

Le froid mordant, la noirceur infinie, le brouillard incessant du vide incompris, des innombrables ombres saisissantes et jouant avec la seule lumière de la pièce, et puis ces voix qu’elle connaissait par cœur. Dans sa faiblesse, cette ultime faiblesse tourbillonnant sans cesse en la faisant tomber dans la fatigue. Najad respirait d’un rythme constant, ce faible sourire résidant sur ses lèvres. Cette voix, elle la connaissait si bien. Elle l’avait maintes fois entendue et se réjouissait de l’entendre une nouvelle fois, dans l’ombre de ses yeux brouillés de leur lueur bleutée, sa silhouette douce et invisible. Ses yeux avaient toujours du mal à rester ouverts, c’était comme se battre contre une volonté, un poids tombant de plus belle sur elle, son corps en grand combat contre son esprit ; un esprit déjà fragmenté et tellement différent. Un esprit torturé, blessé et incapable de se remettre de tout ce qui lui avait été fait. Et depuis combien de temps dormait-elle ? Depuis combien de temps avait-elle été ici ? Tout… Elle se souvenait de tout. La neige et le froid, le noir et l’espoir. Son visage. Ses larmes, puis la chaleur. Cette feinte douleur qu’elle ressentait sans bien s’en rendre compte. Sa voix si faible appelant la seule personne qui lui importait à ce moment. De loin, elle entendait les pas de sa mère qui approchait, qui disait son nom, soulagée. Elle l’était. Tellement soulagée de savoir qu’elle allait bien, qu’elle n’était pas en danger, qu’elle s’en était sortie. Elle sentit sa main, qui semblait si froide sur son front, dans ses cheveux d’un blond de blé chatoyant. Son cœur se serrait. Cette voix… Sa voix. Elle était là. Elle était rassurante, comme elle l’avait toujours été. Comme elle allait toujours l’être. Comme sa Liée interdite, celle qui ne l’avait pas été. Celle qui aurait dû l’être. Jytte… Sa meilleure amie. Celle qu’elle avait perdue. Celle qu’elle venait de retrouver, qu’elle ne laisserait plus partir. Non, plus jamais. La Danoise serrait vainement la main de sa meilleure amie, dans la sienne. Tout lui semblait si froid. Était-elle fiévreuse ? En quoi cela devait la déranger ? Elle n’en avait rien à faire. Elle était là. Rien n’était un rêve. Aucune hallucination. Rien. C’était réel. C’est tout ce qui importait. La seule chose qui devait avoir une quelconque importance aux yeux de la jeune femme troublée. La seule chose qui comptait vraiment dans l’âme de la schizophrène. Tout était vrai, réel. Oui… Bien réel.

« Ils avaient raison… Oui, ils avaient raison. »

Ses yeux s’habituaient à la noirceur, elle voyait la douce lumière de la lampe, le visage souriant de sa mère. Ce même sourire qu’elle appréciait tant chez elle. Ce sourire qui pouvait certainement tout régler. Et puis Jytte. Elle voulait se lever, la serrer dans ses bras. Mais elle était trop faible pour faire quoi que ce soit. Trop faible. Sa gorge était nouée, douloureuse. Malade ? Pouvait-elle avoir attrapé quelque-chose ? La Scandinave ne voyait pas en quoi cela importait. Elle ne pouvait comprendre le poids qui était sur elle et les impacts de ses gestes. Tout ce qu’elle avait voulu, c’était de la retrouver. Elle l’avait fait. Et elle était là. Comme elle l’avait toujours été, à ses côtés, mais maintenant dans une réalité qui était loin de celle que ses songes lui avaient dictée. Loin de ce que ces êtres sans visage pouvaient signifier. Et elle souriait. De ce sourire faible mais chaleureux. Comme avant. Comme si longtemps avant.

Son visage ramenait en mémoire les bons temps, les temps avant ce mal. Les grands champs et leurs fleurs remplies d’exquises effluves, le soleil clair reflétant dans cette rivière dorée et voilée de soie rosée, et des silhouettes courant et se laissant reposer dans l’épais champ, cachées, inconnues. Deux têtes blondes, celles que dans leur plus petite jeunesse, les autres considéraient comme des sœurs, des inséparables. Un lien fort les unissant toutes deux. Ces temps où rien n’importait, qu’importe ce que disait l’espace et les secondes qui ne cessaient leur incessante avancée. Rien ni personne ne les aurait jamais séparé. Et main dans la main, elles marchaient pour revenir à la maison, racontant tout ce que pouvait leur dire ce qui grandissait en elles comme une fleur qui ne cessait de montrer ses éblouissantes pétales, cette imagination. Cette imagination, qui, comme une voix portée par le vent, se nourrissait de ce qu’elle voyait, de la magie de l’enfance. Cette magie si vite envolée. Les bons temps... Finissant toujours dramatiquement. Peut-être trop. Et son visage, il brillait, brisait le silence de sa douce voix, de ce murmure. De son nom qu’elle chuchotait, de cette douce lueur scintillante coulant sur sa joue. Cette larme, telle une goutte de pluie, qui s’effondrait sur son visage. Et elle ne faisait que cligner des yeux, se perdre dans son regard. Murmurer une nouvelle fois son nom. Jytte.


« Si longtemps... »

Ce simple murmure dût lui coûter une telle force dans sa voix. La Danoise sentit l’effort dans ce susurrement, la voix en elle-même semblant vouloir manquer. Et pourtant elle continuait, car elle voulait lui parler, elle voulait l’entendre lui répondre. L’espoir renoué. Celui de la revoir un jour. Son cadre, sa photo toujours au même endroit, en haut, près de sa chambre. Cette image d’il y a si longtemps. Ses traits avaient vieilli. Elle était belle, mais n’avait pas changé. Aux yeux de Najad, elle restait la même. Sa meilleure amie, celle qu’elle avait toujours apprécié, celle qu’elle ne pourrait jamais oublier, malgré tout. Malgré sa schizophrénie. Malgré tous les maux qui la rongeaient. Elle resterait la même, pour elle, pour toujours. Une amie d’enfance. Une sœur, une meilleure amie. Elle referma ses yeux, les serrant, comme pour montrer l’effort qu’elle faisait. Elle libérait sa main de celle, froide, de Jytte, tentant de se relever, d’accoter son dos sur le canapé, pour mieux la voir. Tous ses mouvements semblaient au ralenti, nonchalants, étranges dans la seule manière qu’ils étaient. Elle sentit sa mère protester, tentant de la recoucher, mais elle ne voulait pas, elle résistait ; et elle cédait alors, l’aidant à se mettre assise, car elle ne pourrait rien y faire contre sa détermination, celle qui était juste trop obstinée pour accepter que l’on change son avis. Elle toussa plusieurs coups, et déjà cela semblait creux, le début indéniable d’une bronchite. Son regard se perdit alors vers sa meilleure amie, une nouvelle fois, mais bifurqua momentanément sur quelque-chose qui semblait bouger, une ombre invisible, qui la fit sourire, étrangement, doucement, de ce sourire inconnu et méconnaissable, incompréhensible pour ceux qui ne pouvaient voir ce qu’elle voyait, avec cet air qui semblait surpris, bien que calme.

Ses iris retournaient alors doucement vers ceux de Jytte et ce sourire étrange retombait dans celui qui était doux, et elle tendait une main tremblante vers son visage, le caressait de ses doigts qui semblaient brûlants sur sa peau si froide ; sa tête quelque peu penchée vers la gauche, un air rêveur au visage, une douce larme pour imiter celle qui était sur la joue de Jytte.


« Tu m’as manqué. »

Il semblait avoir un vent doux qui entouraient les trois femmes ; quelque-chose de mystique et de spécial. Tandis que Majken restait, veillait, les deux meilleures amies, pour leur part, restaient liées par ce lien tissé après tant de temps, même après des années sans s’être vues. Même après des années, tout subsistait. Et c’était le charme. C’était ce qui importait. Et alors, se sentant un peu de trop, la mère de Najad allait ailleurs, dans la cuisine, sûrement revoir le dîner qui cuisait sur le feu, quittait avec un sourire tendre et doux envers les deux jeunes femmes, émue.

Et c’est à ce moment qu’elle prit la force qu’elle avait, se jetant dans les bras de Jytte.
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Rien n'est jamais clair. Ça ne le sera jamais. { Jytte.

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