Il n'y avait rien de naturel dans ce que l'on éprouvait.
 
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 Anecdotes en bouteille - Appartement d'Ilyna

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Bedshaped


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MessageSujet: Anecdotes en bouteille - Appartement d'Ilyna   Dim 19 Sep - 22:46

La cuisine est baignée d’une douce lumière. Le soleil la diffuse de façon agréable par la jolie fenêtre en bois dotée de carreaux. La cafetière ronronne. On sent l’odeur des tartines qui dorent dans le grill pain. Tout ça ressemble fortement à la panoplie d’un bon dimanche matin. Là où les enfants sautent sur le lit des parents en criant, où on entend des rires rebondirent sur les murs. Et effectivement, tout cela n’a rien d’utopique. Nous sommes bien un dimanche matin. Le réveil qui continue à crier au loin vient de le confirmer.

Une main est posée sur le comptoir de la cuisine. Où se trouve la cafetière, entre autre. Cette main, la grande blonde qui en est la propriétaire, elle s’appuie fortement dessus, comme si sans cela, elle tomberait. Elle se tient un peu courbée, les yeux fermés. Elle porte son autre main à ses tempes. Les masse dans une expression douloureuse qui se révèlent par une fermeture excessive des paupières, un froncement de sourcil. Elle a l’impression que ça s’agite dans sa tête. Furieusement. Y a quelqu’un qui essaie de sortir de là dedans. Elle n’a pas d’autre explication.

Et elle en vomirait presque, de cette odeur écœurante de tartines. Elle pense un moment se sentir nauséeuse. Mais pas nauséeuse comme à son habitude. Pas comme quand elle a le cœur au bord des lèvres. Non. Elle se sent tellement maladive qu’elle n’a même pas la force de se faire du mal autrement. Elle laisse son malheur pitoyable pour plus tard. Pour le café peut-être.

D’ailleurs, la cafetière. Elle la décroche de son socle et la jeune serveuse fait un demi-tour sur elle-même pour se retrouver face à son espèce de bar américain. Elle traîne ses pieds nus jusqu’à la surface en bois et, d’un œil morne, vise une tasse rouge qu’elle a acheté le jour d’avant, à Ikea. Elle voit le liquide brûlant venir remplir peu à peu le récipient. Elle finit par s’asseoir sur un tabouret haut et pose la cafetière d’un coup sec. Attrape un couteau posé près d’un citron, elle découpe des rondelles consciencieusement qu’elle jette, toutes d’un coup, dans l’énorme bol bleu rempli d’eau en face d’elle. Qu’elle a aussi acheté à Ikea.

Elle frisonne. Elle ne sait pas si elle a vraiment froid ou si elle le fait, juste pour faire quelque chose. En plus, récemment, elle a rallumé son chauffage.

Elle cale une cigarette entre ses lèvres. Pas n’importe laquelle. Une Davidoff. Une, avec le tube blanc intégral, avec une fine bague dorée pour lui donner de la noblesse. Des clopes chères et dégueulasses. Elle le conçoit. L’allumette craque sur le côté de sa boîte et elle laisse prendre le feu au bout du tube. Secoue l’allumette pour l’éteindre, et se tourne un peu, pour la jeter dans l’évier, rate son coup et la laisse mourir sur son vieux parquet.

Elle daigne enfin poser ses yeux sur l’individu en face d’elle. Ses yeux verts le jugent sévèrement. Elle lui en veut, en fait. Elle lui en veut d’être là ce matin. Elle lui en veut de lui voler de sa précieuse caféine. Elle lui en veut de s’être imposé hier soir. Elle lui en veut parce qu’elle ne se souvient que de brides. Elle lui en veut parce qu’elle préfère lui en vouloir à lui plutôt qu’à elle. Parce que de toute évidence, les bouteilles qui reposent ça et là dans son appartement. Elle ne les avait pas achetées pour lui. Mais c’est plus facile comme ça. De lui en vouloir.

Toute sa rancœur, elle lui offre avec plaisir. A Jens.

Jens. Elle ne sait plus depuis combien de temps elle ne l’avait pas vu. Elle n’était même plus sûre de se souvenir de lui quand elle l’a reconnu, à sa caisse, à Ikea. Il n’a pas réellement changé. Il a toujours ce putain de regard, quelque chose de provoquant qui exaspère autant qu’il attire. Elle croit qu’elle la reconnut comme ça. On n’oublie pas les yeux de Jens.

Et en fait, on n’oublie pas Jens.

Parce que Jens, c’est celui qui a intimé le premier mouvement. Le début d’une grande composition. C’est celui qui vous vole votre enfance dans un sourire. Et votre fierté, avec. Jens, c’est le mec irrévérencieux que vous n’aimez que quand il est personnage de papier. Les femmes s’essoufflent, honteuses, devant leur imagination libidineuse. Mais l’homme de chair. Celui qui a posé ses mains dans votre nuque. A dessiné vos formes d’une caresse. A murmuré à votre oreille. Cet homme là, c’est un connard.

Elle ne sait pas pourquoi il est arrivé ici. Elle est pourtant sûre d’avoir été l’acide qu’elle est à l’accoutumée.

Elle fait naître un fade sourire sur ses lèvres lorsqu’elle voit le rond qu’elle a échappé de ces dernières. Et dernière sa fumée, elle continue de le dévisager. Cette figure fantomatique de son passé. Comment peut-on autant marquer une mémoire en l’espace d’une quinzaine de jours ? Et elle a quelques pensées malsaines qui lui traversent l’esprit. Elle aimerait le faire souffrir. Un retour à l’envoyeur. Quelque chose d’humiliant. De dégradant. Et puis juste, pour faire du mal. Parce qu’elle veut se décharger de son manteau de chagrin et qu’il se présente comme la cible parfaite.

Celui qui a trompé.

Objectivement, elle s’en fout. Maintenant. Elle s’en fout que Jens papillonne, elle s’en fout que leur première fois lui est tellement fait d’effet qu’il ait eu besoin de copuler comme une bestiole infâme avec une pauvre pimbêche dont elle ne se souvient pas le visage, mais très bien la position. A vrai dire, elle ressent, un peu, le goût amer de la déception. Mais, ça paraît tellement infime à côté de l’autre. Lazare. Il a ce don étrange, de relayer au second plan tous les autres évènements de sa vie.

Elle se demande. A un moment. S’il aurait été possible qu’il se soit passé quelque chose entre la veille à Ikea et ce matin, devant ce luxueux petit-déjeuner. Et quand elle pense quelque chose, elle ne pense décemment pas à une partie de scrabble.

Elle n’ose pas demander. Elle n’avouera pour rien au monde que sa mémoire a décidé de lui épargner les souvenirs de la soirée. Elle pense qu’il ne s’est pas passé d’évènements majeurs, puisqu’elle était dans son lit ce matin, et en pyjama. Le détail l’avait fait sourire, que cela ait pu être un critère pour qu’elle aille se coucher, la nuit dernière. Et lui, elle l’a retrouvé, roulé sous son piano. D’ailleurs, elle ne sait pas où est passé son tabouret.

Elle ne sait pas lui parler. Elle ne sait plus le faire du moins. Elle ne sait pas si elle en a même été capable un jour. Mais tout d’un coup, elle sent une angoisse qui se bouscule dans sa gorge. Elle veut sortir, et d’une voix un peu étranglée, elle demande :

    « Tu as trouvé ton Lié ? »


Et c’est égoïste. Surtout, qu’elle se persuade que cela n’existe pas. Mais elle ne veut pas. Elle ne veut pas qu’il ait trouvé son Lié, elle ne veut pas qu’il l’abandonne une deuxième fois. Elle veut qu’il soit condamné à éprouver ce vide qui lui bouffe la poitrine. Qui lui fait un trou béant à la place.

Elle ne mentionne pas le fait qu’elle n’a pas trouvé le sien. Tout comme elle évite soigneusement de lui apprendre qu’elle n’ait plus avec Lazare. Il doit s’en douter. Mais elle a la vanité de croire qu’elle peut sauver les apparences. Elle tire une bouffée de sa cigarette.

    « J’en ai rien à foutre, quoi qu’il en soit. »


Elle passe une main dans ses longs cheveux blonds, dans sa frange, histoire de masquer un peu son regard vert. Et elle hasarde, pour soutirer l’information de façon qui se veut innocente :

    « Au moins, on ne s’est pas ennuyés hier... Et elle ne peut s’empêcher de rajouter, sarcastique. C’aurait été encore plus fun si tu avais ramené une de tes poules. Ça ne m’aurait pas changée d’avant, comme ça. »


Elle écrase sa clope dans un morceau de porcelaine, faisant anciennement parti d’une petite tasse verte. Elle l’avait échappé hier, avec quelques autres, en se cognant la tête dans son meuble de rangement. Et elle sent la bosse sous son épaisse masse capillaire. Et il lui semble qu’ils ont parlé de ça hier, elle croit même qu’il lui a mis de la glace dessus.

    « C’est douloureux ».


La tête. Et tout le reste.

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Sleepless


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MessageSujet: Re: Anecdotes en bouteille - Appartement d'Ilyna   Jeu 7 Oct - 22:28

Le réveil, c'est toujours le plus dur. C'est ce que se disait le jeune homme, allongé sous un piano, face contre un plancher qui avait vécu pire et de biens meilleurs jours. Un rayon se soleil venait lui manger le visage de sa lumière crue. Elle aurait au moins pu mettre un rideau, à cette fenêtre. L'odeur du parquet l'emportait sur tout ce qui pouvait régner dans la pièce. Ça sentait le bois, la cire usée et le détergeant qui avait mangé le bois sur la surface. Et dont les reliefs étaient sans doutes imprimés sur sa joue. Mais peu lui importait. Le pire était ce con de soleil sadique qui venait le sonner un jour de congé. Tournant la tête vers l'ombre, son regard semi-éveillé se posa sur l'ouverture de la kitchinette, là où la majeure partie des bruits provenait. C'était une petite horreur, un concert de l'enfer spécialement pour son réveil le plus étrange. Faisant rapidement le tour, le jeune homme releva sa tête, sa main se leva difficilement pour se poser sur sa joue sillonnée.

Rampant doucement contre le parquet, sentant le bois glisser sous son torse, son sous-vêtement tendu et ses jambes, il ne savait pas vraiment où il était. Ni pourquoi il était là. Mais vu son état, il avait dormi sous l'instrument de son hôte. Ce qui signifiait qu'il n'avait pas conclu avec lui. Ou elle. Peu lui importerait de voir ce matin un homme assis en face de lui, ou une femme. Il ou elle. Jupe ou short, peu importe. C'était humain, ça pouvait faire quelque chose de ses mains, ça pourrait lui faire au moins une tasse de café. Et au mieux l'emmener vers la couche pour mettre le couvert oublié auparavant.
Mais quelque chose, un lourd instinct encore un peu alcoolisé lui sommait de ne pas croire en cet espoir futile. Et c'était peu être ses souvenirs qui lui hurlaient ça. Mais bon, de toute façon, il n'allait pas rester nu sous le piano. C'est pour cela qu'il osa se relever, s'appuyant contre le mur, passant une main dans ses courts cheveux débraillés. Décidément, la coupe longue lui allait bien l'hiver. Mais il trouva une substance étrange dedans, nichée entre deux épis. Et il ne voulait pas savoir ce que c'était. Pas encore. Pour le moment, surtout, soigner le mal de crâne intense qu'il dégustait en hurlant de jouissance, intérieurement. C'était un petit paradoxe, pour lui. Mais savoir qu'il avait mal, ça lui faisait du bien, étrangement. Parce qu'il savait qu'il était encore vivant. Pas encore dans le cercueil. Et c'était tant mieux, et étrange. Vu ses excès, il ne devrait pas tarder à aller dans sa dernière demeure. Mais cette interrogation profonde serait ouverte plus tard. Pour le moment, il se releva, titubant, et engageât le peu de fierté masculine qu'il conservait en lui pour des moments comme ça. Et se dirigeât, en boxer distendu, vers la cuisine, étouffant un bâillement.

La main posée sur l'entrebâillement de la porte, un coup d'œil dedans, son esprit jura. Il savait que ce matin, il n'aurait pas de chance. La journée s'annonçait merveilleuse. Mais ce physique, ce dos, cette chevelure blonde, il la reconnaissait. Même trop bien. Et Jens sourit. La matinée allait être nulle, mais tellement passionnante. S'avançant, il se laissa tomber dans la chaise, en face de sa meilleure ennemie. Ilyna. Le nom de famille était encore perdu dans les méandres des souvenirs inutiles qu'il mettait à la corbeille sans y prêter attention. Non, surtout, là, c'était Ilyna en face de lui. Mais pourquoi elle ? Qu'est-ce qui lui avait pris de dormir chez elle, sans doute après avoir ingurgité quelques substances alcoolisées auparavant ? Mais surtout chez elle, quoi. Sa première ex. Celle qu'il avait blessé comme on saignait du bétail dans un abattoir. Sans trop regarder la giclée et sans remord. L'étais cruel, quand même. Mais la vie était trop courte pour donner dans le sentimental. Et il avait été le boucher. En attendant, c'était quand même il y avait un si long moment...
Lui faisant enfin face, un long moment se passa, l'un dévisageant l'autre, en chien de faïence, l'air d'espérer se réveiller. Mais rien n'y ferait, la réalité était là. Implacable et froide.

Il la regardait, elle, clope au bec, l'air de le haïr le plus au monde. Il se souvenait, peu à peu. Il l'avait vu hier, à Ikéa. Ils avaient discutés. Ensuite, la raison pour laquelle ils étaient dans la même pièce, dans des tenues peu ressemblantes à celles que portent les gens dans la rue, ça il n'en avait pas d'idée. Mais surtout pourquoi elle. Ilyna. La jeune fille qu'il avait rencontré était une jeune fleur qu'il avait cueilli, avec émotion. Une petite œuvre d'art. Quelque chose de fragile, de doux. C'était une bulle de savon, intemporelle, mondiale, mais tellement éphémère. Et il l'avait caressé, frôlé la rupture plus d'une fois, mais en avait fait le tour. Et l'avait bel et bien jeté, une fois qu'il eut cartographié ses formes. Mais de toutes et de tous, c'était une des plus belles, des plus jolies. Des formes qui rentraient dans le creux de sa main, comme ça, sans effort, dans une union parfaite. Et il l'avait trompé avec violence, devant elle.

Et il s'en contre-foutait, globalement.
Ça faisait partie de son passé, d'avant. Même s'il n'estimait pas trop avoir changé, son passé était derrière lui et il ne ferait pas comme Orphée. Il ne perdrait pas son temps à regarder derrière lui.
Soudain, sa voix partit dans l'air, claquant comme un fouet. Elle l'interrogeait, voulait ouvrir le débat. Et quelle question... Savoir s'il avait découvert son lié. Ou sa liée.
Jens se prit l'arrête du nez entre deux doigts et composa mentalement la réponse qu'il allait fournir. « Bien sur que non. Quand bien même j'en aurai, m'en fout. Qu'il aille au diable. Et toi ? »
Ça, c'était sadique. Il se doutait bien que si elle lui posait la question, elle n'en avait pas. Qu'elle agissait comme certains et certaines ex. En vérifiant qu'elle était celle qui souffrait le moins. En attendant, elle, elle lui répond qu'elle s'en balance. Et elle a raison.
Se levant, il marchât sur le carrelage froid de la cuisine, sa plante des pieds claquant sur le sol. Trouvant le paquet entamé de la miss, il en prit une, négligemment, sans trop se soucier de savoir s'il lui devait quelque chose ou non. De toute façon, sa dette était bien trop lourde, il ne la rembourserait jamais, même étant immortel. Alors pour lui qui exploserait en plein vol, demain, quelle importance ? C'était un petit rien jeté sur une montagne d'ordures et de souffrances.
Ne se retournant pas, la clope éteinte aux lèvres, il l'entendit encore. Et elle causait encore, inutilement, demandant et faisant des remarques à la con. Il rit doucement, de sa voix cassée des lendemains difficiles.

Se retournant, retournant à sa place, il posa ses mains sur la table et leva sa clope des mains, la faisant toucher le petit point rouge qui émanait du tube blanc d'Ilyna. Et il répondit, le temps de s'assurer qu'elle s'embrasait bien. « Genre que maintenant, aussi vieux que je le suis, tu crois que je m'embarrasse à les garder ? J'ai pas mûri, Lily. J'ai vieilli. »
Petit sourire de contentement quand il la vit détruire la petite flamme dans un reste de tasse. Il la ferait souffrir encore et il s'en fichait. Et quitte à utiliser son surnom. Et mine de rien, ses dents apparurent dans un sourire éclatant à sa remarque suivante. Oui, c'était douloureux. Très. « La douleur, c'est pour te prouver que tu vis encore. Profite-en et savoure là, andouille. »

S'asseyant après avoir fait profiter à toute la cuisine de l'état de son boxer, le jeune homme inspira longuement sur le bâton de la mort de son ex. De toute façon, que faire d'autre en cette journée pourrie ? Quoi qu'il fasse, rien ne remplacerait ce moment aussi misérable. Allez, maintenant, à lui de s'amuser un peu, n'est-ce pas ? Après tout, chacun son tour. Se relevant presque immédiatement, Jens ouvrit un placard au hasard pour le refermer. Puis un autre, jusqu'à trouver une tasse, dans laquelle il versât un peu de café, qu'il noyât avec de l'eau fraîche du robinet. Puis il retournât s'assoir sur le tabouret, et sourit faussement à son hôte. « Alors, sinon, quoi de beau ? Tu es toujours célibataire, ma chère ? »

Il souriait. Jens souriait. Et toujours de manière aussi satisfaite, même avec les énormes cernes qui lui mangeait les yeux, même avec les sillons sanguins le long de sa joue. Même avec tout ça, il survivait et la fixait, elle. Cette chose si étrange. Pas une amie, pas de la famille, pas une partenaire de plaisir, une ex. Son ex. La vie est parfois cruelle ou tarée.
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Bedshaped


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MessageSujet: Re: Anecdotes en bouteille - Appartement d'Ilyna   Jeu 21 Oct - 16:22

Ça l’agace, un peu. Cette désinvolture en deuxième peau. Elle ne répond pas. Pas encore. Elle ponctue seulement le silence d’un claquement de doigts régulier. Il s’en souvient peut-être, que c’est un toc chez elle pour se concentrer. Elle focalise sa pensée sur ce bruit agaçant. Ça lui permet de garder contenance. De garder ce calme qui la caractérise. Ses yeux étudient attentivement les détails de fabrication de sa tasse de café. Parce que ça lui fait quelque chose quand même. De ressentir autre chose que son désespoir de mauvaise série télévisée. En fait, Jens lui fait encore quelque chose. Elle pensait que les années avaient repassé l’humiliation. La honte. La déception. Pourtant, ça l’affecte ce manque d’intérêt. Ça l’a toujours affecté. Elle aurait aimé qu’il la regarde un jour. Vraiment. Pas juste un regard à la dérobée qui regarde déjà vers un ailleurs où elle ne sera pas. Et c’est ça finalement qui l’agace. C’est le fait d’être toujours attachée à cette personne qui ne lui apporte rien qui la fait enrager. Et c’est un peu cruel, tout ça. Parce qu’Ilyna, elle aurait voulu avoir réussi quelque chose. Pouvoir l’écraser fièrement en lui montrant le chemin parcouru. Lui prouver que le perdant à son petit jeu malsain, c’était lui.

Mais pourtant, elle apparaît encore comme la plus faible des deux. Elle n’a pas percé dans la musique. Elle est seule. Elle n’a pas rencontré son stupide Lié. Mais ça, elle s’en réjouit plutôt. Elle ne veut personne d’autre que Lazare. Il ne doit pas exister de Lié pour elle. Elle ne peut pas accepter que quelqu’un d’autre puisse lui conférer quelque chose de plus fort que Lazare. C’est tout simplement impossible.

Elle pince un peu ses lèvres. Elle aurait voulu recevoir Jens dans l’appartement qui était le sien avant. Celui qu’elle et Lazare avaient peu à peu fait leur. Elle aurait voulu l’éblouir de son bonheur. Elle aurait posé son menton sur l’épaule de son musicien, aurait fait une blague stupide, ça l’aurait fait rire. Il se serait ensuite excusé, parce qu’il aurait du aller à une répétition, il aurait fini sa tasse rapidement. Trop. Aurait claqué la porte en enfilant sa veste. Elle aurait fini par s’asseoir à la table de la cuisine, en face de Jens, comme maintenant, aurait soulevé un sourcil, presque dans une provocation, sous entendant à quel point elle le méprisait désormais. Elle aurait presque voulu qu’il regrette à ce moment-là. Qu’il se dise qu’il avait raté le coche.

Mais ce n’était pas le cas.

    « C’est toi l’andouille, Sprak »


Elle lance ça d’un ton abrupt, lui lance un regard mauvais. Et ce sérieux ne convient pas. Il n’a jamais convenu entre eux. Elle le sent dès que les mots sortent de sa bouche, et elle finit par sourire. Fatalement.

    « Ouais, y a pas à dire, t’es vraiment con »


Elle va poser sa tasse dans son évier. De dos, elle en profite pour répondre aux propres réponses de Jens à ses questions :

    « Je ne veux jamais rencontrer mon Lié. S’il existe. Je n’y crois pas trop à tout ce baratin ».


Elle finit par revenir vers le plan de la cuisine, passe du côté où Jens est assis. Pose une main sur le derrière du tabouret, l’autre sur le comptoir. Observe avec sérieux son ancien amant. Presque à poil dans sa cuisine. Avec sa clope au bec et son sourire idiot.

    « Tu ne peux pas changer Jens »


Ilyna pense que les gens comme Jens, qui ont l’air si léger et si peu intéressé ne peuvent pas connaître les vicissitudes de la vie. Qu’ils ne connaissent pas l’échec ou la peine. Elle se trompe lourdement. Elle tape dans l’épaule de Jens avec son poing, le blague un peu sur son peu de tenue. Lui demande ou il a mis ses fringues, et tout en se dirigeant dans sa salle principale en prétextant les chercher, elle répond à sa dernière interrogation :

    « Pourquoi « toujours » ? Tu sais que j’ai vécu deux ans avec Lazare Travis Jensen ? Le musicien super connu dont les places pour les représentations sont hors de prix. Je t’assure… »


Elle croit qu’elle a trouvé le haut de Jens qui paresse de façon insolente sur son canapé. Elle l’attrape d’une main et son regard est attiré par un volumineux magazine en dessous. Ce n’est pas son genre d’acheter la presse people. Il est ouvert à une page spécial couples.

    « Hé Jens, t’étais pas obligé d’emmener tes torchons pour faire la vaisselle, j’en ai ici… »


Sa voix s’éteint progressivement et elle a l’impression qu’elle vient de perdre son usage pour le reste de sa vie. Elle a l’impression que quelque chose essaye de sortir d’elle. Elle pense qu’elle va réussir à vomir son cœur. Elle n’arrive même pas à avoir une réaction, alors elle retourne dans la cuisine, jette à Jens son vêtement en boule, dépose brutalement le magazine sur le comptoir et se dirige de façon un peu raide vers les placards. Sort deux verres assez larges. En dépose un devant Jens, et remplit le sien encore dans la main d’un alcool quelconque qu’elle prend à l’aveugle. Elle s’en fout un peu de savoir ce que c’est, du temps que ça l’aide à faire passer ce sentiment d’étouffement. Elle remplit aussi le verre de Jens.

    « Cul sec »


Elle fait s’entrechoquer le verre contre celui de Jens, et ingurgite le liquide sans cérémonie. Elle déglutit. Retourne auprès de Jens. Elle sent qu’elle faillit. Elle ne sait pas si c’est l’alcool qui lui irrite le nez, ou si c’est le chagrin bloqué à l’intérieur.

    « Il est passé à autre chose. Elle tente vainement de respirer. Lazare. Lazare, il a trouvé sa Liée. »


Elle essuie rapidement de bout des doigts ses yeux qui commencent à vouloir évacuer le surplus d’informations. C’est tellement pathétique, cette impression de mourir sur place. Elle cherche vainement Jens derrière la barrière des larmes. Elle attrape sa main comme elle peut, la serre trop fortement. Fait remonter sa main le long de son bras, passe par l’épaule, le cou pour trouver le visage. Et la tête finit par s’abattre sur l’épaule du garçon. Et elle pleure. Juste. Elle pleure comme si toute cette démonstration d’eau pouvait balayer la frustration, la peine. Le désarroi. Elle n’a pas l’air de vouloir s’arrêter. Et entre deux sanglots, elles arrivent à accrocher les lèvres de Jens. Elle pense qu’il partira, parce que c’est bien trop sérieux tout ça.

    « Aide-moi. Tu me dois bien au moins ça »


Elle lui jette un regard de chien battu qui revient vers son maître même s’il vient de prendre la raclée de sa vie.
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Anecdotes en bouteille - Appartement d'Ilyna

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