Il n'y avait rien de naturel dans ce que l'on éprouvait.
 
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 Un sot ne voit pas le même arbre qu'un sage. [TERMINE]

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MessageSujet: Un sot ne voit pas le même arbre qu'un sage. [TERMINE]   Dim 12 Sep - 20:03

C'est une petite histoire pour des Pierrots qui se perdent dans des parcs et pour ceux qui ne savent pas quoi faire de leur soirée en solitaire.



Round each corner there's a chance
People searching glance to glance
Moving bout real fast
Like insects and fish when they're scared
And they sing the same old song
Though it's been so very long
They sing, raindrops falling on my head



Une pelote de laine. Perdue dans la neige. De la patafix, collée sur la paume de la main gauche d’une brunette aux grands yeux bleus. Elle paraît concentrée. Elle s’applique à quelque chose qui paraît encore mystérieux aux yeux des quelques badauds qui passent encore dans le parc en fin de journée. Elle a quelque chose de coincé dans la bouche. La forme semble carrée.

Elle passe le fil sur une branche d’un petit arbre. Il lui arrive un peu plus bas que le menton. Enferme les deux extrémités à l’aide de sa pâte et appuie le carré auparavant dans sa bouche sur cette dernière. Elle finit par lâcher la petite affaire après quelques secondes. Satisfaite. Il y a un peu de vent en cette soirée qui vient de colorer le ciel d’un bleu timide. Il n’a pas encore affirmé la couleur qu’il prend, lorsque la nuit devient reine de la ville. Le carré tourne sur lui-même. Le fil s’entortille. Fait le capricieux, tourne dans l’autre sens.

Il n’y a pas qu’un seul carré sur les branches de ce petit arbre. Il y en a des dizaines. Tous pendus à des fils. Les boots bleus de la jeune femme s’enfoncent dans la neige. Ça craque délicieusement, elle fait lentement le tour du frêle tronc. Finit par s’arrêter pour tendre la main vers un des petits carrés.

Elle reconnait les yeux marron. Les petites rides qui se forment autour. Les lèvres pincées par la désapprobation. Un portrait de sa mère. Et celle là, de photo. Un adolescent qui fait du vélo sur sa roue arrière. Il s’était cassé la gueule après. Elle se souvient qu’il avait dit : « Même pas mal ». Ils savaient tous les deux que c’était faux, mais ils avaient préféré taire l’évidence dans un sourire. Et l’autre là, son gros voisin qui mangeait toujours des tartines pleines de chocolat en plein milieu de la nuit. Elle l’avait pris discrètement par sa fenêtre et s’était baissée rapidement quand elle avait cru qu’il avait tourné la tête dans sa direction. Elle se souvient avec une étonnante clarté, de chaque anecdote concernant ces portraits. Elle a aimé chacune des particularités de ces visages maintenant accrochés à ce petit arbre.

Elle s’assoit près de l’arbre, sur une des tables en bois qui jonchent ponctuellement le parc. Et un sourire vient se dessiner sur ses lèvres, difficilement décelable à la lueur du réverbère, planté à côté de la table.

La petite secrétaire souffle dans ses gants marron. De la même couleur que son col roulé en laine, caché sous un court duffle coat noir. Ses doigts finissent par épouser la forme de son visage. Ses coudes se posent sur ses cuisses. Et elle reste là, immobile. Le temps a l’air de s’être suspendu pour un instant. Et c’est bizarre cette chaleur qui la traverse. Comme un bonheur qui ne dit pas son nom.

Quand est-ce que cette petite lubie a commencé ?

Elle revoit. Le parc. Et Arthur. Arthur qui l’embête pour aller faire du toboggan. Ils rentrent de l’école. Il fait froid. Elle n’a pas envie. Elle dit : « Un autre jour ». Et le voilà en train de rire dans la descente du petit toboggan en forme d’éléphant. Et elle finit par rire, elle aussi. De voir son gamin glisser sur une trompe d’éléphant. Ça égaye son imagination. Au bout de deux ou trois fois, elle tend la main vers la petite tête blonde, qui court vers elle et glisse sa main emmitouflée dans une petite moufle rouge dans sa main à elle, gantée. Ils discutent gaiement sur tout et n’importe quoi. De la maitresse qui a de grosses fesses. De la petite fille aux couettes qui lui a fait un bisou sous le préau. Du patron qui louche. De savoir si les baleines peuvent pleurer.

Les enfants ont parfois des chagrins que les grandes personnes ne peuvent pas comprendre. Même l’esprit fantasque de Katleen ne comprend pas toujours Arthur. Il lui a lâché la main et s’est planté devant un petit arbre. Il l’a regardé longtemps, puis, il a pleuré.

    « Je ne veux pas que tu deviennes morte. »


Et elle sent quelque chose se comprimer. Elle croit que ça lui a serré le cœur. Elle ne sait pas pourquoi il dit ça maintenant. Elle jette un regard plus attentif à l’arbre, et elle ne sait pas s’il est vraiment mort, il est vrai qu’il paraît maladif.

    « Chéri, tous les arbres perdent leurs feuilles en hiver… »


Et il ne s’arrête pas. Elle a beau faire le clown. Déplier le panel incroyable de grimaces qu’elle connaît. Raconter des choses idiotes. Il a peur et elle ne sait pas comment l’apaiser. Elle finit par attraper son môme et lui faire écraser son chagrin au creux de son cou. Elle l’a ramené à la maison dans ses bras.

Katleen n’avait jamais eu peur de mourir jusqu’à ce soir-là. Ça l’a prise. Elle n’avait jamais songé qu’un jour, elle laisserait Arthur seul. Et le Lien est une grande richesse. Mais ça les enferme aussi. Elle n’a personne, finalement. A part sa mère, mais elle aussi ne sera pas toujours là pour Arthur.

Elle a ramené son gamin au parc le lendemain. Elle a sorti son polaroid de son sac à dos en cuir marron clair, s’est accroupi derrière son blondinet de fils et a appuyé sur l’enclencheur. Elle lui a fait souffler sur la photo, et il a attendu que le visage de sa mère et le sien s’impriment sur le papier. Elle lui a fait accrocher la photo à une des branches en le soulevant à bout de bras.

    « Il n’est pas tout seul. Tu vois, on va toujours lui tenir compagnie. Maman promet d’emmener plein de gens à ses côtés. Ce sera l’arbre le plus heureux du parc »


Et elle a vu fleurir un sourire ravi sur le visage du bambin. Il s’est mis à courir vers les jeux. Il a déjà oublié son tracas.

Les enfants.

Un coup de vent, un peu plus violent que les autres la ramène à la réalité. Le ciel paraît s’obscurcir. Elle a l’impression qu’il se gorge d’un orage. Elle tire sur les tresses de son bonnet beige parcouru de lignes noires. Se lève.

You don’t know but that’s okay
You might find me anyway
Don’t you know that i
Belong arm in arm with you, baby
In a town that’s cold and gray
We will have a sunny day
Don’t you know that i
Belong arm in arm with you, baby…

Elle chantonne Regina Spektor de façon tout à fait fausse. Et le silence ne lui renvoie que son propre écho. S’en serait presque effrayant. Elle sait très bien que son petit arbre va vite perdre les feuilles qu’elle lui a confectionnées. Elle espère juste que ce sera là jusqu’au lendemain matin, quand elle emmènera Arthur à l’école avant de rejoindre le bureau.

Elle s’arrête. Elle a remarqué une silhouette près d’un réverbère. Elle ne sait pas pourquoi elle ne continue pas son chemin. Elle s’approche un peu, pas trop, pour ne pas la faire fuir. Elle décide de sortir son polaroid, entend le clic caractéristique. Arrive à son niveau silencieusement. L’observe, un peu. Elle ne sait pas quel âge lui donner. Il semble vaciller entre l’adolescent et le jeune adulte. Elle ne sait pas pourquoi il a attiré son attention.

Il a juste été là, à un moment. Et ça lui suffit.

Elle secoue un peu la photo avant de la poser à côté du banc où il est. Elle s’assoit à côté. Ne pipe toujours pas mot. Finalement elle ne sait même pas si elle veut parler. Elle se demande si les rencontres peuvent se faire dans un silence total. Comme dans un film muet. Elle verra s’il posera des mots sur la trame qu’ils créeront ensemble pour un instant. Peut-être ne sera-ce qu’un moment fugace. Il la méprisera d’un regard avant de partir vers d’horizons plus intéressants.

Qui est-il ?

Peut-être est-il un aviateur surdoué. Un chanteur qui adore le miel. Un étudiant écologiste qui milite pour que les femmes n’avortent pas. Peut-être est-il un grand frère. Peut-être est-il un gosse de riche. Peut-être s’amuse t-il à compter à l’envers et qu’il en aurait le vertige parce qu’il sait que les chiffres n’ont pas de fin et qu’il ne serait pas par quelle fin commencer. Ou peut-être même qu’il a faim. Attend-il quelqu’un ? Est-il triste, amoureux, seul, exalté ?

Et elle ne sait pas ce qu’elle attend.

Elle finit par se lever, et à l’aide du talon de sa boots, marque le sol de lettres plutôt grosses. En majuscule.

Elle s’arrête à côté de sa dernière lettre. Elle pose ses yeux sur le jeune homme en face d’elle. Les mots : ENIEME INCONNUE, les séparant maintenant.


Dernière édition par Katleen C. Strain le Sam 12 Mar - 18:11, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Un sot ne voit pas le même arbre qu'un sage. [TERMINE]   Ven 24 Sep - 11:22

    Dans les belles histoires, il vous faut toujours une extraordinaire facilité de scénario. Quelque chose qui fait que les deux personnages se croisent, alors qu’ils devraient pas s’croiser. Quelque chose qui fait qu’ils s’écoutent, se reconnaissent, se comprennent alors qu’il devraient même pas s’voir. Et c’est ainsi que commencent les choses : parce qu’on a aidé le hasard. Lou, il aurait peut-être pas dû s’trouver là, ce soir-là. C’était pas prévu dans son p’tit emploi du temps couleur d’ennui. Déjà, quand il s’était levé c’matin, il avait eu ce drôle de sourire aux lèvres : cette fierté de ceux qui ont eu une bonne idée pendant leur sommeil et qui comptent bien l'appliquer, tout studieusement. Il avait … Voulu faire un effort. Sauter dans le jean de la veille, avaler une tasse de café noir réchauffé – trop sucré pour un café normal – et aller-en-cours. Ça lui avait pris comme ça, comme un brusque rappel de conscience que - chose étrange ! - il avait tenté de suivre. Alors vite, il avait rassemblé comme il avait pu trois-quatre feuilles un peu froissées, les avait glissées dans une pochette flambant neuve, et il était parti, à pied, vers une salle aléatoire suivre … Un cours aléatoire. Là n’était pas le jour des pensées-diapositives, à un Ça sert à rien d’aller en cours. C’pas comme si ça vous apprenait quelque chose. Ce jour-là, il fallait être sérieux – ou avoir l’intention de l’être, c'était l'minimun. Lou avait connu, un instant, la magie de la motivation. Mais déjà, tandis qu’il marchait, l’inspiration aidant, il s’était attardé … S’était amusé un peu à contempler les bancs de brouillard qui s’étendaient le long des trottoirs, comme de longs serpents myopes. La ville semblait soudain mangée de fumée, et devenait presque une de ces cités de rêves comme on les r’trouve dans les livres pour enfants. Même que ça sonnerait bien, sauf qu'en vrai, les bâtiments, ils sont moches. Sauf qu’en vrai, les murs sont gris et froid, et qu’il n’y a que la couleur des tags pour les raviver un peu. Alors il se remua un peu, Lou, ses bottes et ses chaînes claquant au rythme de ses pas. Mais trop tard, de toute façon : il est déjà en retard.

    Arrivé pile à l’heure – rares minutes de retard respectable - il déambula un peu, la matinée et le café aidant, dans les couloirs ternes d’une université secondaire : tonalité gris verdâtre et vert-de-gris. Et quand enfin il trouva l’Amphi d’la dernière chance, délaissant trois-quatre sièges branlants ou cassés, il était entré, courageusement, bravant l’œil réprobateur du Monsieur respectable venu les dresser aujourd’hui. Il se glissa entre les phrases, avec le bruit de ses chaînes et de ses Doc Martens mal lacées. Sortit ensuite ses feuilles qu’il disposa, sagement, devant lui, sans répliquer ... C’est presque déjà un étudiant modèle ! Et puis … Le masque tombe avant même qu’il n’ait pu vraiment l’essayer.

    - Et merde, j’ai pas d’stylo.

    Un de ses voisins se marre, l’autre regarde ailleurs. Ce qui est génial avec l’université, c’est qu’on n’connaît plus personne. On a la chance de devenir un numéro – oui, mais un numéro indépendant ! – un anonyme – oui, mais un anonyme indépendant ! – et ainsi de suite … Belle illusion. Le privilège du système qui – gratuitement, en plus ! – te forge ta petite identité bien sage et sans trop d’redoublement ... Il sort de cours trop vite. Et puis bon ... il a sans doute rien compris au beau principe de l’université, Lou, mais faut pas lui en vouloir : c'est normal, il y va jamais.

    ~ * ~

    Il ne sait plus très bien ce qui l’a a mené à ce parc, maintenant. J’crois bien que j’me suis fait virer de cours, la première heure. J’ai pas protesté, moi, j’suis pas un … Bref. Et la journée s’est vécue en conséquence. Notre étudiant modèle avait suivi la philosophie du Chameau – pas l’animal, le pote – dont le message, en substance, disait plus ou moins « Profites-en pour faire des trucs ». Et sans doute suivait-il encore cet édifiant conseil, faisant escale au calme pour fumer une clope - ou deux - quand une énième inconnue vint l’trouver là, au parc. Pour lui tirer le portrait.

    Les jambes engourdies par le froid, la tête paralysée d’avoir trop pensé – un ou deux mégots jetés un peu plus loin – Lou était en train d’se dire qu’il ferait mieux d’se bouger. D’rentrer chez soi, ou dans un café, mais au chaud, c’genre de trucs. Puis il entendit un déclic, qui le tira d’sa rêverie, juste avant qu’il s’décide. Regarda avec un étonnement stupide cette jeune femme prendre le cliché, le secouer, le poser sur le banc, comme si c’était normal. Et puis comme par réflexe, il se baissa presque aussitôt pour rattraper la photo, avant qu’un coup de vent ne l’emporte – dépliant par là sa longue silhouette de Pierrot malade. Lou fit même mine de la regarder, cette photo, mais il n’osa voir son image. Et puis son regard vint à cette jeune femme, qui traçait quelque chose du bout du pied, entre eux. Elle avait au coin des lèvres une ombre de sourire – un sourire d’enfant. Il se dit alors qu’elle devait être en train d'tracer son prénom. Et bizarrement, ça l’énerve un peu, Lou : il trouve ça idiot parce que ça fait un peu trop comme dans les films. Mais, alors qu’elle termine, il regarde du coin de l'œil, presque malgré lui – c’est qu’elle l’a pris en photo, tout de même !

    ÉNIÈME INCONNUE.

    Et … Étrangement, ça l’énerve plus, Lou, ça l’fait même sourire. Parce que tout le monde, au fond, est un énième inconnu – surtout les gens qu’on connaît. Et que d'une certaine façon, ça le touche, quelque part, quelqu'un qui s'présente comme ça. Alors il lance, d'une voix mal assurée, comme engourdie elle aussi par le froid :

    - C’est dans ses habitudes, à l’énième inconnue, d’prendre les gens en photos, comme ça ? Elle a peur qu'ils perdent leur image ?

    D'elle – grands yeux clairs et cheveux en bataille, quelques peluches de laine rouge sur le manteau, look sortie d’atelier créatif – il passe à l’arbre à visages qu’il contemple une seconde. Demande, perplexe, mais assez amusé pour que cela perce, dans le ton de sa voix :

    - C’est pour l’arbre, alors ? Il s’sentait seul ?

    Et sans attendre une réponse, pourtant, il détourne les yeux et d’une main, le polaroïd coincé entre ses doigts, il cherche une cigarette dans sa poche. Il agite les pans de son manteau, le corbeau délavé, trouve un briquet, se débrouille comme il peut. Mais il allume sa clope, en tire une bouffée. Puis, un peu poli tout de même, il lui propose, avec sa brusque naïveté :

    - Une cigarette, peut-être, Mamzelle l’inconnue ?

    Et il est là, ce jeune homme dégingandé, mal couvert dans le froid qui passe ... Il n'a pas fui, sa curiosité même s'éveille. Mais la photo qu’il tient encore entre ses doigts lui donne l’air d’un Pierrot qui a cueilli une fleur – et l'a laissée faner.


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MessageSujet: Re: Un sot ne voit pas le même arbre qu'un sage. [TERMINE]   Lun 27 Sep - 20:23

“ We're adults.
When did that happen ?
And how do we make it stop? ”

Ils s’engouffrent dans son conduit auditif. Les mots. C’est comme le froid par ici. Ils viennent flatter l’ourlet de l’oreille. Viennent nous prendre à notre insu. Et, c’est un peu comme une vieille machine, la voix de son inconnu. Celle qui défroisse ses muscles de métal qui sont restés assoupis pendant beaucoup trop longtemps. Ils ne sont pas sûrs d’encore fonctionner, mais ils essaient quand même. Elle aimerait, un moment, fermer les yeux, pour mieux profiter des inflexions de la voix. Pourtant, ses deux sphères bleues restent obstinément ouvertes. Elle préfère un peu perdre du détail pour pouvoir profiter de l’ensemble. Des lèvres qui bougent. Du regard qui se déplace imperceptiblement. De la question qui s’ouvre, plus largement. Et le faible sourire qui orne les lèvres de l’évaporée s’étire en un trait fin parce que, ça l’amuse, que la vie ne soit finalement qu’un point de vue.

Et même si, ça ne la dérange pas plus que cela, de dévisager son vis-à-vis, elle se dit, qu’il vaut mieux qu’elle détourne le regard. Elle vise donc ses boots d’un regard un peu perdu. Parce que, personnellement, elle n’en a que faire du bout de ces jumelles bleues. Mais il faut bien qu’elle fasse quelque chose, à défaut de répondre aux questions qu’il lui a posées.

Il l’interpelle, il lui semble. En fait, elle sait pertinemment qu’il s’adresse à elle. Elle affiche pourtant un air surpris. Elle ne sait pas pourquoi ça la surprend. Elle hausse un peu les épaules. Ça la surprend, c’est tout.

Elle balance un peu le haut de son corps. Une fois. Deux. Avec la bouche un peu de travers, grimaçante dans une moue stupide. Façon tout à fait laide de faire comprendre son indécision. Elle décide de faire quelques pas tout à fait non naturels. Les jambes raidies. Et son pied s’enfonce lourdement dans la neige. Puis l’autre. Et elle se retrouve assise à côté du Monsieur qui propose une cigarette. Elle pose ses deux mains sur ses cuisses, ses bras tout aussi tendus que ses jambes tout à l’heure. La brunette inspire profondément en guindant plus son buste si cela est possible, et s’obstinant dans son silence, offre une paume ouverte au jeune homme. Elle ne tourne cependant pas sa tête, elle est trop occupée à regarder d’une façon assez neutre, l’arbre un peu plus loin.

Et elle soupire. Tourne sa tête vers le Pierrot et réprime un sourire. Elle ne peut pas l’expliquer, pourquoi il lui paraît sympathique comme ça. Même si elle se demande si l’épouvantail de jeune homme qu’il est ne va pas se geler dans ses tristes habits. Et elle se demande pourquoi certaines personnes ne font jamais leur lacet. Et elle a une image bouffonne qui lui traverse l’esprit, un genre de maso qui aime bien se casser la gueule dans la rue. Elle raconterait cette histoire idiote à son fils, un soir, avant qu’il ne se couche. Elle se demande si elle appellera l’histoire : «Monsieur qui écrase son nez dans les trottoirs ». Mais son esprit s’égare déjà.

La main tendue finit par mourir sur le bois du banc, en parfaite symétrie avec la deuxième, de l’autre côté de son corps. Elle plante son nez au ciel qui a noirci comme pour lui rappeler qu’elle fait perdre du temps à quelqu’un. Et elle finit par céder, elle offre à son tour, le droit à l’inconnu de connaître le timbre de sa voix. C’est assez faible, Katleen murmure plus qu’elle ne parle.

    « Je suis un mensonge ambulant. Ça exaspère mon entourage, cette imagination que je ne m’efforce pas de retenir. Ça en fait rire d’autres. Moi, je ne sais pas trop ce que j’en pense. Mais je me suis rendue compte très vite que tout ça, ça m’était vital. Même plus que de respirer. Ça protège un peu, aussi. Elle marque un arrêt, semble réfléchir. Continue. A vrai dire, jusqu’à récemment, je m’en foutais de raconter n’importe quoi. Si ça pouvait rendre le tout un peu plus attrayant, tu sais M’sieur… La vie quoi. Et puis, un jour, tu rencontres quelqu’un.»


Ses yeux sondent ceux de son interlocuteur, retournent rendre visite aux branches de l’arbre.

    « Ça t’a fait quoi, quand tu as appris que le père noël n’existait pas ? Moi j’ai pleuré. J’en ai voulu à mes géniteurs. Mais bon, ce n’était pas très grave – quand même – parce que les cadeaux, ils sont encore sous le sapin, l’année d’après… J’ai peur, pour une des premières fois de ma vie. J’ai la trouille, parce que quand mon gamin saura que je lui ai menti. Que même moi, « je deviendrais morte »… Y aura beau y avoir des cadeaux, qu’est-ce qu’il aura le gosse, à part ses yeux pour pleurer ? J'ai peur de ne pas être à la hauteur. »


Et elle rit, presque joyeusement, la Katleen, parce qu’elle est comme ça. Elle te balance la réalité dans un sourire. Comme si cela rendait la chose plus légère, et elle est déjà de nouveau d’une humeur plutôt heureuse. Elle a déjà oublié. Apparemment. Elle n'attend même pas de réponse.

    « Je n’ai pas peur que les gens perdent leur image. Il y a toujours quelqu’un d’embêtant comme moi pour leur rappeler qu’ils existent. Non, j’aime bien prendre des photos. Mais… Elle fait glisser le papier glacé entre les doigts de l’inconnu pour lui subtiliser, et elle lève le cliché au dessus de sa tête pour le contempler. Tu vois, par exemple, là, les gens chiants, ils nous diront que ma photo sert à rien. Elle est un peu floue, elle est trop foncée, et puis bon, un mec dans un parc à côté d’un réverbère, entre nous, c’est pas franchement palpitant. Oui, mais ce n’est pas qu’un mec sur un banc justement. C’est un gars qui prend la peine de répondre plutôt poliment à une pauvre secrétaire qui s’invite à l’improviste dans sa vie pour un moment encore indéterminé. Qui propose des cigarettes. Qui porte des chaussures sans les lacer. Qui a des chaines à son pantalon. Ça doit faire genre cling cling quand il marche. Et ce mec en fait, il t'éblouit parce que mine de rien, il raconte plein de choses. C’est pour ça, les photos. Ça te prend un petit bout de ton âme, ça te glace le machin sur le papier. Je suis amoureuse de ces instants volés ».


Elle se tait. Laisse passer un instant. Elle se demande si le portrait finalement, il se retrouvera avec les autres, dans l’arbre. Peut-être doit-il connaître une place qui lui est propre. Elle ne sait pas encore. Et, elle se tourne vers le Pierrot, appuie dans son bras avec son index plusieurs fois :

    « Bon alors, sinon, cette cigarette, elle vient ? Peut-être que la petite chaleur artificielle qu’elle dégagera me chauffera un peu les doigts. On se les caille ici, hein ? »


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MessageSujet: Re: Un sot ne voit pas le même arbre qu'un sage. [TERMINE]   Lun 11 Oct - 1:14

    Bon, c’est un truc admis depuis très longtemps, tout le monde le sait depuis des siècles, c’est écrit dans les vieux livres et tout : les filles, c’est super bizarre. Et Lou, jusque là, il avait pas trop mal intégré le concept. Il y a sa sœur, déjà, qui lui dit qu’elle s’en fout et qui lui court après quand même. Il y a ces filles, à qui tu dis qu’t’es pas un mec bien, et qui veulent sortir avec toi … En espérant que tu t’comportes en mec bien. Y’a celles enfin qui ont compris que non, tu changeras pas, que ça énerve … Et qui restent là quand même, en pensant qu’elles finiront heureuses. C’est un peu les trois niveaux de base du bizarre … Mais bon, ça c’est rien au fond. Le pire, c’est que les filles, ça pleure devant les films d’amour. Et ça c’est vraiment super bizarre.

    Alors, en parlant avec l’énième inconnue, avec sa p’tite poésie dans le regard, Lou il pensait savoir à quoi s’en tenir. Il se sent pas particulièrement menacé quand elle s’approche. Il la regarde juste s’asseoir avec son sourire en coin, il crache sa fumée grise, doigts puant la cendre. Peut-être même qu’il pense qu’ça va être facile … ! Puis elle parle … Et là, c’est autre chose. Elle parle, elle parle ! Et ça s’arrête plus. Et là, Lou, il se sent bête, désespérément bête. Comme noyé sous le flot des mots - qu’il saisit à peine, parce qu’en plus, elle parle pas fort – il demeure, planté là, raide comme un piquet, avec le regard vague que t’as, quand t’essaie de comprendre une langue étrangère … Et puis une pause – le temps d’un souffle … Alors il prend place à côté d’elle. Il tire une bouffée, puis deux. Il essaie de remettre les mots, les trucs, les choses dans l’ordre, et ça s’bouscule un peu … Il est déjà perdu. Mais il a pas l’temps de répondre, encore moins d’réfléchir. Parce qu’elle reprend.

    Et là il se dit, Lou, que les mots, c’est jamais que des grosses pierres qu’on roule, comme on peut, et qui en passant arrachent des bouts du terrain – herbe verte et poignées de terre. Et que du coup, quand ça roule trop vite, que la pente d’vient trop rude, bah … Ça blesse, un peu. Et il se dit qu’il devrait peut-être arrêter la machine, avant que tout se soit arraché. Et puis ouais. Elle dit qu’elle a peur. Elle parle de mort. Ca s’accélère. D’un gosse, de cadeaux et d’père Noël. Dans cet ordre, ou dans l’autre sens ou un peu tout mélangé. Et ça a l’air de rien c’qu’elle dit mais bizarrement, il trouve ça triste, et il s’demande si ce s’rait pas mieux qu’elle dise rien … Parce que les pierres roulent, et qu’il y a beaucoup d’pierres.

    - Hé Mamzelle …

    Doucement … ? C’est un murmure, plus bas, plus tremblotant qu’le sien – et ça fait bizarre, venu d’une grande perche qui jusque là prenait tant plaisir à en avoir rien à faire. Ouis, c’t’un murmure, et ça se brise, presque au bord des lèvres. Il aimerait répondre un truc un peu plus long, genre un truc qui sert à quelque chose … Mais elle rit. Elle rit, et maintenant il est encore plus désemparé. Parce que c’qu’elle dit, on l’dit pas en riant. C’sont des pierres qui s’entrechoquent, des angoisses trop grandes qui débordent des petits verres. Oh c’pas comme s’il le connaissait pas, pourtant, ce rire. C'est celui qu'il a quand il détruit au marteau un petit rêve couleur conte de fée, quand il crache sur un espoir qui l’encombre un peu trop … Mais c’est … Les vieilles rengaine ont du bon, et y s’raccroche à ça, comme il peut : ouais, mais les filles ... Parce que non, c’est pas pareil. Mais comme elle a r’pris, il fait taire les petits discours qu’il s’tient dans sa tête, Lou. Même, il écoute, perplexe, sa clope au bout des doigts, qui fume - et des bouffées de vapeur quand il soupire. Fumée blanche pour fumée grise. Doivent faire un drôle de tableau, tout d’même, tous les deux transis de froid, comme des gamins qu’attendent le bus – sauf que dans les parcs, y’a pas de bus.

    - Oui, mais ce n’est pas qu’un mec sur un banc justement. C’est un gars qui prend la peine de répondre plutôt poliment à une pauvre secrétaire qui s’invite à l’improviste dans sa vie pour un moment encore indéterminé. Qui …

    Et là il s’tourne vers elle, avec un drôle de truc dans l’regard. Déjà parce que c’est rare, qu’les gens te parlent de toi. Quand ils viennent, c’pour t’parler d’eux, ou que tu leur apportes quelque chose. Parce que les gens, c’est qu’des enièmes inconnus, ouais … Mais c’est surtout des égoïstes. Lou, lui aussi, il a son petit égoïsme, mais l'sien il aime bien être tout seul dans l’champ, sans avoir à s’demander s’il a fait comme il faut, s’il a dit c’qui fallait. Mais là … Il a trop rien fait pour – offrir une clope, ça veut rien dire. Juste que t’as des sous ou qu’t’en as rien à faire – et puis elle lui parle de lui, comme un cadeau. C’est comme une belle histoire, et lui d’dans. Et d’se voir enjolivé de sa petite troisième personne, impersonnelle et lointaine, bah ça lui fait bizarre, Lou … Parce que d'habitude, il aime pas trop qu’on lui pique son image, qu’on raconte des choses sur lui. Qu’on lui vole un truc, qu’on fasse de lui un autre, plus sympa, plus classe, plus sérieux. Mais qu’en même temps … Bah pour une fois l’histoire qu’on lui fait jouer, elle a pas l’air trop mal. Il a encore un air vide ou perplexe – plutôt vide, en fait – quand elle lui enfonce le doigt dans le bras.

    - Hein que … ?

    Ah ouais … Il lui tend le paquet, le briquet presque vide. Attend qu’elle se serve, les fourre dans une poche, distraitement. Le briquet rentre pas, tombe au sol. Il le regarde bêtement, une seconde. Puis quand même, dans une conversation, t’es sensé répondre. Pas qu’il aime s’sentir obligé, Lou, mais là les pierres, elles ont arrêté de rouler, un peu. Ou alors ça va plus lentement. Et maintenant qu'l'urgence, elle est plus là, que le flot s'est calmé, il a r'trouvé sa langue.

    - Hé quand tu parles, tu t'arrêtes plus, toi. T'as tout fini qu'on s'souvient plus du début ! Du coup j'commence par la fin, ça t'apprendra ... C’t’un drôle d’personnage que t’as fait là, t'sais … Mais tu t'es trompée, y’raconte pas plein de choses. Il préfère démonter ce que les gens racontent, c'est plus facile et ça l'fatigue moins …

    Un temps. Il se lève, monté sur ressort. Fait un pas ou deux la neige – cling-cling. Quand il s’tourne vers elle, il a le sourire en coin d’un oiseau d’hiver perdu sur la plage.

    - Mais ouais, ça fait cling-cling quand on marche. Et c’est con mais ça m’fait marrer. Parce que mes chaînes …

    Il pointe du doigt son crâne, et bêtement, il a pris la droite, celle qui tient la cigarette, alors dans le mouvement, il fait tomber des cendres sur sa veste.

    - J’les porte pas là alors forcément qu’elles font du bruit ! Ça énerve les gens, mais moi j’préfère comme ça. Eux ils ont des chaînes aussi mais elles font pas de bruit. Alors on sait pas trop où elles sont. Et du coup quand on veut les enlever, bah c’est la m …

    Puis il s’arrête, se dit que Madame la petite secrétaire, elle doit déjà le trouver con, comme mec, avec ses petites pensées en bric à brac. Alors il se rassoit, tout aussitôt, presque gamin-sage – ... cling-cling.

    - T’es un peu bizarre comme fille, en fait ? En même temps, moi j’ai toujours dit …

    Il a pas répondu aux questions importantes, mais c’est pas grave. Déjà il se rengorge, avec son rictus. Et ça s’voudrait complice, parce que c’est vraiment pas méchant.

    - Les filles, c’est super bizarre ... Tiens par exemple. Ouais il caille. Bah les filles, quand il caille, elles voudraient qu'tu leur passes ton manteau, des fois, comme dans les films. Parce qu'elles ont froid ... Mais elles le mettent juste sur leurs épaules pour faire style. Quand on a froid ... C'est aux bras, qu'on a froid, souvent ... Alors pourquoi elles l'enfilent pas ?

    Et c'est en s'entendant parler, que Lou, d'un coup il s'demande s'il serait pas super bizarre, lui aussi. Même s'il faisait pas exprès.
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MessageSujet: Re: Un sot ne voit pas le même arbre qu'un sage. [TERMINE]   Jeu 21 Oct - 20:03


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The snow-man in the garden,
As the radio
Plays your favorite song.

Elle a ramené ses jambes sur le banc. Ses grosses bottes imposantes prenant appui sur le bois. Elle a posé ses mains sur le sommet des jambes : les genoux. Elle tient la cigarette droite, coincée entre quatre doigts. Deux pouces et deux index. Son regard, lui, est perdu dans la neige. Il contemple la carcasse triste du briquet. Ça lui attire l’attention. Mais pas plus que la voix de son Pierrot. Alors, elle lève la tête et braque ses deux sphères bleues sur le pantin qui prend vie, qui s’articule autour d’une réflexion. L’attention s’accroit au fur et à mesure qu’il file les mots, mais elle fait semblant d’être assez détachée. Elle porte le bâton blanc à sa bouche, toujours entre un index et un pouce. Elle fait danser le tube en faisant glisser son sourire fermé de la gauche vers la droite. Plusieurs fois. Elle est indécise. Ça l’embête. D’enlever ses gants pour allumer l’incendiaire. Elle garde la clope éteinte du coup, et en profite pour jeter un regard sur l’énergumène en face d’elle. Et elle doit réprimer l’envie de montrer ses dents mal alignées, sinon, elle pourrait prendre la fuite. La cigarette. Elle offre juste un rictus amusé. Parce que oui, ça l’amuse. Comment le corbeau dégingandé lui parle.

Elle aime bien le fait qu’il torde le mouvement. Qu’il casse la linéarité de l’idée. Et ses mots rebondissent dans sa tête de façon tout à fait agréable. Un peu comme un cling cling.

Ouais, ça fait cling cling.

Et elle échappe un bruit d’entre ses lèvres, pour marquer son mécontentement. Elle est contrariée, elle est obligée de libérer la prisonnière blanche de ses lèvres. Parce qu’elle va bientôt éclater dans un rire. Elle trouve ça formidable l’idée des chaînes. Quoi qu’il en dise, elle ne se trompe pas.

Il vaut la peine.

Et ça déchire la nuit, son rire. Puis, les lèvres finissent par se refermer. Bouclant le rire derrière. Elle se remet à écouter, les bras autour des jambes, la tête tournée vers le Conteur, posée sur les genoux. Et la clope ? Toujours entre le pouce et l’index. Les gants se reposent sur une des lattes du banc.

Les jambes s’étendent, les pieds viennent s’écraser dans la neige. Elle n’est plus aussi souple que les enfants qui se pendent dans les arbres. Alors, ça lui tire un peu dans la nuque. Elle passe la main dessus. Elle remet la cigarette dans sa bouche, se rend compte que ses doigts bleuissent. Elle tient d’une main, les tresses de son bonnet et se penche brutalement pour avoir la tête presque à l’envers, entre ses jambes. Et elle tend le bras, sent le contact avec le plastique mouillé. Le secoue un peu sous le nez de son interlocuteur dans une expression satisfaite, fait cracher le dernier souffle du briquet pour allumer l’espoir au bout du tube. Puis, elle tape à son tour sur sa tête, comme dans une imitation un peu maladroite du garçon en face d’elle.

    « Je me suis souvent demandée pourquoi j’aimais les chapeaux. Mais ce doit être ça… Les chaines. Je ne dois pas les avoir. Alors, pour retenir un minimum le flot de bêtises, je le coince en dessous. C’est bien aussi, quand il y a les chaînes, tu sais. Parce que quand il y a des chaines. On peut s’amuser à faire péter les verrous…»


Elle tousse dans le gant qu’elle vient de remettre tout en s’asseyant de nouveau. Elle n’a jamais su fumer.

    « Finalement, je suis super banale, si les filles sont super bizarres. C’est plutôt être banale, qui est bizarre. En fait. Non ? Mais, j’me dis que tu as raison au fond, parce que je suis d’une banalité affligeante ».


Elle fait un hochement de tête accompagné d’un sourire puis tapote son menton avec son index. Elle semble réfléchir à cette étrangeté féminine concernant l’emprunt du manteau du gentleman de base. Puis, elle fait passer son sac à dos en cuir sur ses genoux, semble y chercher quelque chose. Elle semble enfin trouver ce qu’elle cherche, un petit étui à lunettes. De grosses lunettes noires, caricature parfaite de la secrétaire d’un autre temps. Elle prend élan à l’aide de ses mains pour se lever et se planter une nouvelle fois devant le jeune homme. Une fois debout, elle en profite pour remettre son sac sur le dos.

    « C’est vrai que les filles, c’est super étrange. Tu vois, elles font des choses inexplicables. Comme fumer alors qu’elles savent très bien qu’elles vont s’étouffer avec la fumée. Ou chausser des lunettes, parce qu’elles vont théoriser sur quelque chose et qu’elles auront l’air peut-être plus savante avec leurs lunettes »


Sourire réprimé. Elle aime bien cette légère teinte d’ironie. Ça rend le discours tellement plus plaisant. Elle se racle la gorge et met une de ses mains gantées devant sa bouche, point fermé, tape dessus avec les doigts de son autre main. Dit « Un, deux, un deux ». Pointe l’allégorie du corbeau.

    « Oui Monsieur, très bonne question ! Pourquoi les femmes sont-ils aussi stupides ? Je vais tenter de vous répondre. Plusieurs hypothèses s’offrent à nous. La première, c’est simplement, qu’elles n’ont pas froid. Souvent femme feinte. Elle prétexte juste le fait d’avoir froid - il est aussi possible qu’elle ait vraiment froid car elle se sera habillée de façon très partielle pour jouer de certains de ces attributs féminins - pour que le gentil monsieur la réchauffe. Alors, si elle a déjà enfilé ses bras dans les manches, l’homme pourra toujours dire qu’elle peut se réchauffer seule. Mais là, elle ne peut pas le faire, vous comprenez, elle tient déjà le si lourd manteau ! C’est une tactique de professionnelle, il me semble. Il existe aussi une autre théorie. Voyez, un homme, ça a souvent plus de carrure qu’une femme, alors si elle met le manteau, il ne lui collera pas à la peau, et elle aura toujours froid, alors, elle préfère le serrer contre elle. Ou peut-être est-ce une technique de séduction, mais différente de la première énoncée, le recroquevillement appelle à l’imagination de l’homme. Il doit se la représenter comme un frêle oiseau. Il ne faut pas qu’elle ait l’air à l’aise, et cette position à demi fœtale est parfaite. Ou peut-être que la femme est juste compliquée ».


Elle reprend son souffle et se préoccupe de la cigarette qui se consume au bout de sa main qui n’imite pas la prise du micro. Elle ne sait pas où jeter le mégot, elle ne voit pas de poubelle, elle le garde donc en main. Soupire, et se rassoit, comme exténuée de la performance aux côtés de son public curieux des femmes.

    « Ce que je trouve encore plus bizarre, c’est que les hommes, même si autant que la femme, ils se les caillent. Ils vont quand même donner leur manteau et vont faire genre de ne pas avoir froid alors qu’on sait tous que le lendemain, ils sont malades à en crever. Ça, c’est vraiment bizarre. Et en plus… »


Elle enlève de nouveau son sac, le pose sur le banc, pose son mégot dessus et défait la fermeture éclair de son duffle coat. L’enlève et le tend par la capuche à l’épouvantail qui semble avoir été dépouillé de ses beaux habits que les enfants lui ont confectionné, un après midi.

    « Je suis sûre que tu es aussi frigorifié que moi. Mais si c’est moi qui te propose de passer mon manteau, tu refuseras, non ? Et ça… Si c’est pas bizarre ! »


Elle rit un peu et elle finit par observer le jeune corbeau avec curiosité. Elle se demande quelles autres fantaisies cache le Pierrot sans chaînes. Ou déchainé, c’est selon.

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MessageSujet: Re: Un sot ne voit pas le même arbre qu'un sage. [TERMINE]   Ven 3 Déc - 19:21


    Un drôle de sentiment, d'regarder cette fille, d'lui parler : c'était un peu comme quand t'es gosse, que tu sors d'primaire. Les filles, alors, ça t'intéresse pas trop – ça grandit, ça crie aigu, et ça fait des complications. Puis y'en a une, de fille, qu'est mignonne quand même, alors t'aimerais bien lui parler. Tu lui parles, parce que tu vas pas t'laisser intimider par ça, et puis … C'est bizarre parce que c'est différent, et c'est pareil en même temps. C'est les mêmes trucs qu'avant – tu lui piques son bonnet, elle t'court après, ça se marre, et ça veut rien dire. Sauf que ça pourrait vouloir dire. Et ça … Lou, d'vant la jeune femme, il ressent un peu ça, peut-être. La voir, l'entendre, ça lui donne envie d'rire à des conneries, d'lui chiper son bonnet, pour que ses bêtises s'échappent – et pour voir si à courir après, on pourrait les rattraper. C'est une image qui lui plaît bien, ça, les idées qui courent dans la neige. Les idées qui tremblent parce qu'elles ont trop froid, et qui ...

    Elle parle de banalité, aussi. Il jette, comme on vide les cochonneries qu'on garde dans ses poches – avec un peu de honte, mais sans trop y faire attention :

    - Hé tout le monde s'croit original, c'est fatiguant. Puis c'est bête. T'as raison, c'est être banal – ou c'est l'dire à quelqu'un – qui va d'venir l'exception.

    Il dit ça avec un reste d'agressivité, comme une petite rancœur qu'on a rangée là et qu'on a oubliée dans le capharnaüm d'la vie - belle formule. Ça fait bizarre, venant du gars qui s'marrait, doucement, avec son ironie douce – et ça fait pas joli dans l'paysage. Mais elle reprend, maintenant qu'elle a ses pgrosses lunettes. On dirait une institutrice psychorigide qu'aurait un peu bu. Et c'est drôle, parce que pour une fois, Lou, il trouve la prof rigolote, et c'est plus tant une corvée que d'rester à l'écouter, même en plein sous la neige ... Alors il écoute. Il attend, sage – exemplaire ! - qu'elle ait fini son p'tit exposé. Puis sans crier gare, il lui prend le bras, la pousse un peu. C'est idiot d'rester debout comme ça, ils doivent r'ssembler à deux ombres chinoises. Paralysées.

    - Ouais on s'les caille. Viens on marche un peu.

    Leurs pas crissent sur la neige - précision attendue. Il la tient un peu, l'entraîne comme on fait d'une petite fille qu'a décidé d'rester là alors qu'il est l'heure de partir et il avance, avec des questions dans son sillage. Ils s'regardent plus, regardent dans la même direction. C'est une parodie d'amoureux transis, de petits romantiques perdus là qui avance, dans l'gris, dans l'froid, sans parler, parce que les idées s'éparpillent ... Il la lâche.

    - T'as raison, c'est bizarre. Puis ça fait deux-trois fois qu't'as raison en pas longtemps. Fais gaffe, ça va finit par d'venir énervant. En général, on aime pas quand les gens ont souvent raison. Sinon ...

    Un temps. Il lève le nez, éternue.

    - C'doit être le prix à payer pour qu'la fille sorte en décolleté, ptête ... Ouais, et une tradition. Qui s'perd, comme toutes les autres. Ca s'fait plus trop, en fait, de donner son manteau : j'suis vieux jeu d'avoir pris c't'exemple, c'est fou. Ptête à une jolie française, limite, quand tu veux emballer, mais après …

    Puis il lève ses mains pâles, les regarde : il a l'air de quelqu'un qui s'résigne. Il y a le bruit du sac qui tombe à terre, le bruit des fermoirs. Il en sort des gants.

    - Bien sûr qu'j'ai froid, mais c'pas désagréable. Déjà, rien qu'en me baladant comme ça, j'donne froid aux gens. Et embêter l'monde, j'trouve ça drôle. Puis j'sais pas, on s'sent vivre, un peu. On sait qu'on est là. Si on s'emmitoufle trop, on s'éloigne du monde. On emmitoufle tout : à la télé, on emmitoufle les infos, les paroles, les phrases – elles sont pleines de coton, les phrases, à la télé. Dans les couloirs, quand on salue les collègues, dans les cafés où on salue les clients. Faut tout polir, faut tout … L'pire c'est qu'on est obligé, que même moi j'suis obligé. Alors quand j'peux, j'arrache « ce qui emmitoufle ». Et comme ça j'me sens libre ... C'est con, hein ?

    Il la jauge du regard, s'marre doucement.

    - Alors si tu m'proposes de m'enfermer un peu plus, pour sûr qu'j'dirai non. Mais j'sais pas si c'est bizarre.

    Il parlait, comme cela, laissant les choses venir. C'est presque librement qu'il s'adresse à elle, avec en réserve le p'tit orgueil nécessaire de celui qu'a l'impression de vivre quelque chose d'exceptionnel. Parce que c'qui lui vient à l'esprit, comme ça, c'est que justement, c'pas une conversation normale. Parce que quand même, au départ, les inconnus, c'est rien, on leur parle pas, c'que des ombres qui se baladent dans notre vie, parce qu'on est trop occupé pour les voir. Puis ceux à qui on parle, on les oublie tout de suite, on range leur visage dans un tiroir bien poussiéreux, et on les reconnaîtrait pas si on les r'croisait. Sauf que là, elle, c'est peut-être différent. Ou peut-être qu'il aimerait qu'ce soit différent. Elle a pas de nom, pas d'âge, un métier vague. Mais il connaît les intonations d'sa voix, des mimiques, des bouts d'idées qu'elle a lancé comme les gamins lancent de la neige au dessus d'eux, pour voir comment ça retombe sur leurs vêtements.

    Les filles, elles lui avaient toujours semblé bizarres, mais d'un bizarre pas sympathique, limite dangereux. Ce qu'il aimait pas chez elle, c'était leur vieux tas de belles idées et d'grandes histoires, qui l'envahissaient, peu à peu, l'étouffaient, en l'empêchant d'vivre trop fort. Ça l'empêchait pas de coucher avec, un soir, deux, une semaine – souvent une semaine, tiens. Puis on changeait, dès qu'elle s'accrochait trop – les filles c'comme les oursins et les fruits de mer. C'est marrant, mais ça pique et ça fait mal au ventre. Bizarrement, l'énième inconnue, elle, elle est pas indigeste. Il la voit pas trop comme une fille, il a remarqué son jeu de micro, ses doigts qui tripotent la cigarette, ses lunettes de grande madame. Il a entendu sa voix s'égarer un peu, son regard encore plus. Et ça lui plaît, plus confusément. Parce que c'est pas pareil.

    - Elle est drôle, c't'conversation en fait. C'moins ennuyeux que le reste. En général quand tu croises des énièmes inconnus, ils t'regardent drôle, ou ils t'engueulent. Enfin, quand je croise des énièmes inconnus, c'est souvent c'qui arrive ...

    Il formule ça tout haut, avec sa simplicité gentille, agressive malgré elle.

    - J't'ai pas demandé ton nom, j'crois. T'aimerais ou tu t'en fiches ?

    A vrai dire, peut-être qu'il aurait bien aimé les voir courir dans la neige, ces idées qui fusent entre eux, les relient un peu, sans qu'ils s'en doutent. Sauf que ça meurt vite de froid, ces choses-là.

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MessageSujet: Re: Un sot ne voit pas le même arbre qu'un sage. [TERMINE]   Lun 6 Déc - 23:13

I cried me a river and hoped that he would
Come with a boat so that we could set sail
and leave for far away

Les mots. Comme une jolie ribambelle qu’ils déplient, qu’ils étirent. A l’infini. Chacun d’un côté. Elle se laisse découvrir dans la complexité de ses formes, dans son irrégularité. Comme si la main avait tremblé pour découper dans le papier. Dans les trous, elle exprime les silences. Les hésitations. Mais pourtant, elle le voit bien, Katleen, que ça devient de plus en plus imposant, cette ribambelle d’idées. Il découpe dans la matière de façon assez frénétique. Et ça va plus profond dans la réflexion, un peu comme ses grosses bottes dans la neige.

Elle a son manteau sous le bras, celui qui est libre. Celui que son mystérieux dégingandé ne tient pas. Elle est un peu en arrière, elle se fait entrainer dans le mouvement. Ou plutôt les mouvements. Celui de la pensée. Celui de la dynamique qu’il engendre et qui laisse en preuves, les traces dans la neige. Elle a un peu résisté. Fait un peu l’enfant en refusant de bouger. Embêtée la monotonie de leur avancée, en sautant dans les pas du garçon qui fait cling cling. Et puis peu à peu, ces petites facéties se sont dissipées. Et elle reste un peu hébétée, suivant sagement la silhouette qui se profile devant elle. Et ça lui fait bizarre. Ce silence. On dirait qu’on a mis une sourdine dans sa gorge. Elle croit qu’elle ne sera plus jamais capable de parler. Y a quelque chose à cet instant qui paraît beaucoup plus grand qu’elle. Une force étrange qui l’intimide. Y a une dimension qui s’installe et qui lui échappe. Alors, quand il la lâche, elle garde le bras en suspens dans l’air, un court instant. Comme s’il n’avait pas fait ce qu’il fallait faire. Couper le lien. Elles cachent ses grands yeux bleus derrière ses paupières un instant. Ramène son bras le long de son corps.

C’est marrant le grain de sa voix. C’est un peu comme un son déjà familier à son oreille. Avec le ton désabusé. Avec cette ironie grimaçante qui pointe le bout de son nez en fin de sa phrase. Et elle se cache dans un silence. Elle écoute. La petite boîte à idées. Elle ne faut pas qu’elle s’arrête. La petite boîte à idées. Parce qu’elle dit des choses qui ne sont pas les choses qu’elle entend dans le brouhaha du quotidien. Ca fait des bruits inédits, c’est une boîte remplie de cliquetis de chaînes, de petites pensées qui font un peu bazar dans le reste, dans cette banalité qui fait exception. Paradoxalement. Y a des contradictions, ça et là. Mais ça a du sens pourtant. Y a un peu le foutoir, là dedans, faut avouer. Mais c’est tellement mieux : Quand ce n’est pas rangé.

Katleen, elle a des images un peu idiotes dans la tête, qu’elle préfère pour une fois garder sous son bonnet. Parce qu’elle a l’impression que la boîte à idées est montée sur ressorts, elle sent qu’elle a encore des choses à dire. Alors son humour particulier, elle le garde. Et ses blagues un peu fanées sur une Française emballée en papier manteau, ce sera pour un autre jour.

Dans du coton. Et elle est un peu surprise. Mais ça, elle ne le montre pas. Elle reste figée dans une immobilité parfaite, ses grands yeux perdus dans la neige. C’est ça l’impression qu’elle a maintenant. S’enfoncer dans du coton. Comme s’ils s’étaient enfermés dans une parenthèse extraordinaire. Là où tout paraît un peu plus. Plus drôle. Plus intelligent. Plus loin. Beaucoup plus loin. Du tout. Du reste. Et de tout ce qu’il peut y avoir entre.

Mais il a raison. Ce sont des sphères. La vie. Des sphères d’influence collées les unes à côté des autres, mais tellement rapprochées, qu’il n’y a pas d’espace entre. Faut en choisir une et rester dedans. Et à s’enfermer dans sa petite bulle aux parois trop épaisses, on en entend plus le reste. On se conforme. On se déforme. Ça fond de façon hideuse, les visages de ce panel de poupées de cire qu’on nous offre en pâture. Peut-être qu’elle a peur, un peu. Finalement. Des sphères de la vie.

Elle se souvient maintenant. Qu’elle a froid. Que ça tremble un peu, son petit corps de jeune évaporée. Faut dire qu’avec ses idées farfelues, elle en a oublié d’en remettre son manteau, il paresse sur son avant-bras. Mais malgré tout, elle ne bouge pas. Elle reste encore un peu dans sa torpeur. Y a quelque chose qui cloche. Et elle ne sait pas si ce ne sont que les chaines de son énième inconnu qui tintent à son imagination.

Des mots comme un fil. Il attend qu’elle joue le rôle de l’aiguille qui aiguille. Qu’elle plante la direction dans ce qu’ils sont entrain de mettre ensemble. Elle sait pas si ça va être esthétique à la fin, toutes ces choses qu’ils secouent dans tous les sens.

Elle a des côtés agaçants Katleen. Ce désintéressement qui la caractérise. Elle est si mouvante. Elle est déjà passée à autre chose avant même que l’autre ait eu le temps de s’en apercevoir. Les gens sont des prétextes. Pour égayer un instant sa rêverie. Ils sont des instants. Des fragments de vie agréables mais éphémères. Elle ne s’attache jamais. En fait, elle est très seule. Mais, elle ne l’avouera pas. Elle préférera dire qu’elle est originale. Son inconnu. Son énième inconnu. Comme beaucoup, elle l’a choisi. Il était un prétexte comme beaucoup d’autres. Une excuse pour faire un pied de nez un instant à la réalité.

Oui mais.

On dirait qu’elle l’a oublié. Elle prend son temps pour repasser ses bras engourdis par le froid dans son manteau, ça lui file un frisson tellement la matière a avalé le froid, elle s’enferme dedans rapidement. Elle s’emmitoufle.

Elle vire quelque neige invisible du manteau. Elle fait glisser ses doigts gantés un peu ici, un peu là. Les yeux rivés sur ses mains qui chassent le rien. Elle semble très concernée par cela. Et puis, finalement, elle plante son regard dans celui du jeune homme. Avec ses sourcils froncés. Avec un air un peu trop sérieux. Un peu trop dramatique. Ca passe en un éclair dans son regard bleu. Puis, elle détourne la tête. Commence à sourire. Ca finit par rire franchement. Elle attrape la manche, entraîne dans une course modérée l’autre. L’emmène près de l’arbre qui est un peu fautif de toute cette agitation dans l’obscurité de la nuit.

Elle souffle dans ses gants. Elle cherche ensuite quelque chose. Plusieurs choses même. Elle sort tout ses petits accessoires. La photo. Elle la prend, la plie en quatre. Va chercher la plus haute des branches de l’arbre et accroche le tout au bout d’un de ces fils de laine rouge.

    « Faut pas que tu sois accessible à tout le monde. T’es un peu au dessus des autres. Ou du moins, à côté. Mais ça me plaît bien, que les curieux se mettent sur la pointe des pieds pour t’atteindre. Et puis, t’es caché dans tes plis, pour te connaître, va falloir étirer tout ça. Aller au-delà de l’apparence peu engageante de ce p’tit papier recroquevillé au milieu de tous ces portraits qui s’offrent si facilement ».


Elle sait bien qu’elle esquive tout ce qu’il a dit. Comme si elle ne s’intéressait pas. En règle générale, c’est globalement vrai. Elle est une vraie girouette. Elle saute allégrement du coq à l’âne. C’est parce qu’elle n’écoute pas vraiment. Mais là, ce serait mentir. Tout est rentré parfaitement dans la caboche, et elle retient.

Elle s’assoit sur la table à côté de l’arbre et lâche dans un bâillement :

    « C’est vrai qu’on aime pas les gens qui ont raison. Et ça me convient très bien. Elle sourit, pointe d’un doigt accusateur le Monsieur. Fais gaffe à toi aussi, parce que je trouve que t’as pas mal souvent raison aussi ».


Elle jette un regard malicieux, à la dérobée. Reprends son air un peu absent. Et ça fait bizarre. Parce que la voix qui s’échappe de la gorge à une petite teinte triste. Infime, on pourrait prendre ça pour une tendre taquinerie.

    « Je pense que nous sommes de loin, les moins libres. Parce qu’on est dans la contrainte « de ne pas être ». De ne pas être comme les autres. Je ne pense pas que ce soit conscient. Mais c’est comme ça, on essaie tous un peu de se créer un peu de légitimité. D’être autre chose. Pas juste cette enveloppe terrestre qui pourrira un jour. Qui est finalement comme les autres, à quelques contingences près ».


Le ton va changer de façon abrupte. Parce qu’elle a déjà peur de perdre de la légèreté qui fait tout l’intérêt de ce « nous » qu’ils sont en train de construire avec plus ou moins de difficulté.

    « Raison, raison, raison. Encore. Cette conversation est vraiment à part. A part de quoi, je ne sais pas. Mais à part, ça c’est sûr. »


Elle réfléchit un petit moment. Ca l’avait un peu troublée, qu’il demande de mettre des étiquettes formelles sur ce qu’ils sont. Est-ce que cela va changer quelque chose s’il apprend qu’elle a deux prénoms. Et qu’il faut prononcer Strain avec une prononciation anglo-saxonne sinon ça fait un peu laid. Très incorrect aussi. Elle a peur, finalement de basculer dans le concret.

    « Moi j’aimerais bien que tu me demandes mon prénom. Mais c’est trop facile si tu l’obtiens. Et puis si je te dis que je te le donne la prochaine fois qu’on se croise au carrefour des idées farfelues, ça t’oblige d’une certaine manière, à me revoir. Parce qu’on dirait pas comme ça. Mais t’as déjà envie de me revoir. »


En fait, c’est surtout elle. Elle finit par sortir un feutre de son sac, et écrire sur l’avant bras de son inconnu, assez gros.

    « C’est pas très original de te donner mon numéro de téléphone, alors je te mets pas les numéros dans le bon ordre. Ca va être long de trouver le bon. Si je t’ai un jour au bout du fil, ça voudra dire que tu veux vraiment, vraiment qu’on se revoit. Alors là, faudra bien que tu m’appelles autrement que : Toi, l’énième inconnue. Non ? »


Elle renifle un peu. Ses lèvres reprennent le léger sourire caractéristique. Un peu narquois. Faussement innocent et elle avoue sur un ton badin :

    « Et puis, moi j’suis curieuse de savoir qui se cache derrière les énigmes des vestes pour cacher/dévoiler les décolletés féminins, les chaînes qui emprisonnent les idées et le concept cotonneux de l’emmitouflement ».


Elle se demande s’il va ne pas finir par se carapater d’un battement d’aile, le corbeau.
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MessageSujet: Re: Un sot ne voit pas le même arbre qu'un sage. [TERMINE]   Ven 7 Jan - 15:23

    Quand Lou voit la p’tite jeune femme essayer d'accrocher la photo, toute recroquevillée, au coin d’son arbre, il lui vient pas trop à l’idée de l’aider, pour tout dire. Déjà parce que c’est rigolo, de la voir se grandir, se hisser, doucement, vaciller, instable sur ses bouts d’pieds, et puis, plus confusément, parce qu’il a l’impression qu’c’est sa poésie à elle, qu’c’est à elle d’le faire, et qu’il a pas trop l’droit d’y toucher. Alors il la laisse faire, l’écoute attentivement donner des explications, des raisons – comme si y’en avait besoin. Pour toute réponse, il sourit, lève la main sans effort. Appuie sur la photo, renforce les plis. Et dans son silence, il s’avoue pas trop mais il s’demande si quelqu’un la regardera un jour cette photo, avant qu’elle s’fasse manger par la neige ou par la pluie.

    Mais elle a déjà fui, l’oiseau. S'est perchée sur la table, à quelques pas. Le froid lui a fait le bout du nez tout rouge, et elle commence à avoir l’air, elle aussi, d’un petit clown triste. D'ailleurs, ça l’embête un peu, Lou, parce que du coup, il s'trouve un peu obligé de prendre le rôle du grand clown blanc, haut, sérieux, empêcheur de tourner en rond. Les facéties, les pirouettes, les pitreries de l’Auguste, c’est pour elle ... ! Alors il est un peu jaloux. Et quand elle lui dit qu’il a raison, ça confirme un peu l’impression, et il fronce les sourcils. Ça l'rend soucieux, cette histoire.

    - Ouais … Après y’a toujours une chance de s’en sortir, tu sais. Parce que des fois – souvent, peut-être – on a raison, mais les gens autour ... Bah ils s’en rendent pas compte. Parce qu’on a pas une tête de gens-qui-ont-raison. Moi j’ai pas l’air d’être quelqu’un d’sérieux. J’foire délibérément mon année, j’aime pas trop lire des livres, j’me marre pour des choses trop bêtes. Alors quand j’parle, comme j’ai l’air d’un idiot, les gens pensent que c’est idiot c’que j’dis. Et tu penseras c’que tu veux, mais en fait, moi, ça m’soulage.

    Drôle de sourire qu’il lui adresse. Il lui donne un petit coup de coude, cherche une connivence, une complicité, en toute légèreté … Mais elle est déjà partie, ses yeux s’perdent, et sa voix … Il a rien vu venir – et ça commence à devenir une habitude. Il l’écoute encore, un peu plus patient qu’à l’ordinaire. Mais c’qu’elle dit, ça le met un peu mal à l’aise … Pas tant parce que c'est trop vrai, mais parce que c’est dit trop sérieusement - trop douloureusement.

    - Et tu vois, là, y t’manques un rire, pour faire accepter c’que tu dis …

    C’est un souffle, à peine, qu’elle a possiblement pas entendu. Mais c’pas grave, parce qu’elle retrouve, peu à peu, son air rigolo d'évaporée. Alors, Lou, il se tait ; il est soulagée : parce qu'il se sent tout de même plus à l’aise quand elle est comme ça. Il la regarde fouiller dans ses affaires, saisir le stylo, le déboucher d'un air appliqué. Même qu'il s’laisse faire, quand elle inscrit son numéro sur son bras. C’est pourtant tellement …

    - C’est pas très original de te donner mon numéro de téléphone, alors je te mets pas les numéros dans le bon ordre …

    Cliché ?! L'entendant, il a un mouvement de recul, amusé et interrogateur. Elle s'explique ... C'est pourtant comme l'arbre, comme l'énième inconnue, comme ... Mais là, quand elle s'explique, ça le gêne un peu, tout de même, parce que ça veut … Ca veut trop dire ! Maintenant, s’il s'décide à l’appeler un jour, il devra le vouloir, vraiment : ce sera pas un truc qu’on fait parce qu’on s’ennuie, et qui n’a pas d’importance. Ça impliquera des tentatives, la recherche d’une méthode, avant d'avoir réussi ... À moins d’invoquer la chance, mais ... ce serait d’la mauvaise foi bien voyante. Alors, sentant la contrainte, flairant le piège, il fait quelques pas, sourire écroulé, s’éloigne déjà, insensiblement …

    « Et puis, moi j’suis curieuse de savoir qui se cache derrière les énigmes des vestes pour cacher/dévoiler les décolletés féminins, les chaînes qui emprisonnent les idées et le concept cotonneux de l’emmitouflement ».

    Il la regarde, avec l’air de celui qui comprend plus. Peut-être même qu’il s’sent trahi. En quelque sorte. Pourtant il esquisse un sourire, quand il reprend – comme si de rien … Mais y’a quelque chose qui cloche, un peu, dans son air. Quelque chose de pas pareil. Il cherche plus ses mots quand avant, c'était juste tout naturel.

    - Hey, t’as pas l’impression d’exagérer un peu, mam’zelle ? Tu crois qu’c’est bien gentil d’prendre les gens au piège, comme ça ? Moi, j’aime pas qu’on sache ce que j’veux, c’que j’pense. J’aime pas qu’on tire des conclusions, qu’on fige le peu, le rien qu’je suis dans des choix qui veulent dire quelque chose.

    Il allait partir, s'enfuir à tire-d'ailes. Et puis ... Y'a comme un remord, qui le prend. Il reste là, immobile et bête, dans son silence ... Et soudain, le sourire lui revient, un peu plus mélancolique, mais aussi un peu plus vrai. C'est là qu'il saisit l’écharpe fine qui protège mal son cou d'oiseau. Noire, quelconque – vague odeur rance de cigarette, relents d’un parfum bon marché. Et il lui passe autour du cou, avec l’air sérieux d’un enfant qui décore son premier sapin d’Noël. Puis il s’éloigne, avec un air satisfait – rassuré.

    - Si tu m’as un jour au bout du fil, ça voudra dire que j’ai trop froid.

    Puis il esquisse un signe de tête, blasé et tranquille.

    - D'façon, tu croyais quoi ? T'as d'jà un nom dans ma tête. Mais je te l'dirai pas. Si j'ai pas trop froid et qu't'es curieuse, cherche dans les cafés. Y'a des annonces faites à l'arrache par un bassiste qui a perdu son groupe.

    Et il s’éloigne, les mains dans les poches, mal couvert dans le vent qui passe. Un instant, il hésite. Se r’tourne. Fait un signe de la main, à l’ombre d’une jeune fille qui passe, plus loin. Dans la brume de la neige, il est même pas sûr qu’ce soit elle - elle est peut-être déjà partie ... ?

    Quand il rentrera chez lui, il prendra une feuille, fera toutes les combinaisons de chiffres possibles, au cas où. Ou plus probablement, il notera les numéros chaotiques sur un papier – qu’il perdre peut-être. Au-dessus, il écrira un nom, pour être sûr de se souvenir de c'que c'est. Elle s'appellera Augustine, parce qu'elle lui a volé son rôle de clown. C'est bien la première fois.
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MessageSujet: Re: Un sot ne voit pas le même arbre qu'un sage. [TERMINE]   Sam 12 Mar - 18:10

Je suis de ces enfants dont il faut avoir peur
Je suis l’enfant maquillé


Petite main. Si petite main. Tellement minuscule quand les doigts se perdent entre ceux de l’évanescente. Ca semble fragile, ces tout petits doigts, qu’elle n’ose même pas refermer sa main sur celle de son fils.

Elle est allongée sur le flanc, son visage tourné vers celui d’Arthur. Elle respire à peine. Elle a bien trop peur que son souffle ne brise la ligne de rêves du petit garçon. Il s’est endormi. Elle ne saurait dire quand. Arthur dort souvent avec elle. Il pousse timidement la porte de sa chambre. Sa tête blonde apparaissant seulement dans l’entrebâillement. Il attend toujours la permission d’entrer. Elle fait toujours semblant de réfléchir et puis, dans un signe de tête, elle l’invite à venir grimper sur son lit. C’est leur petite routine, leur banalité fantastique. Ils s’allongent tous les deux de façon à ce que leur visage soit face à face. Il glisse sa main dans la sienne. Ils racontent tout et n’importe quoi jusqu’à ce que les yeux du petit garçon soient fatigués de la réalité. Que les longs cils blonds s’abattent lourdement. Comme quand on fait tomber le rideau.

Elle soulève une mèche de cheveux sur le front. Il a une cicatrice juste au dessus du sourcil gauche. Il était tombé un jour qu’ils se baladaient. Par inadvertance, elle avait lâché la main de son enfant. Elle ne se souvient plus pourquoi. Peut-être discutait t-elle avec une connaissance, qu’elle avait libéré de son étreinte Arthur dans l’élan de la conversation. Il était parti à quelques pas d’elle sans qu’elle s’en rende compte. Et puis, il est tombé.

Elle ne s’est jamais sentie aussi coupable de toute sa vie. Elle sait que c’est irrationnel. Qu’elle ne pourra pas toujours être là. Mais Arthur, c’est sa force. Son trésor. Son monde pourrait se résumer à lui.

Elle est persuadée qu’elle n’existe que pour lui.

Aujourd’hui, Arthur lui a demandé des nouvelles de l’Arbre. Alors, elle a rapproché son visage un peu plus de celui du garçon, et elle a pris sa voix de Conteuse. Elle lui dit : les gens accrochés au bout des fils. La neige. Le froid. Le vent qui donne comme de la vie à ces portraits inanimés. Et puis, elle ne sait pas pourquoi. Mais elle fait tarder la petite histoire. Elle s’attache à des détails inutiles. Elle ne sait pas pourquoi. Elle n’évoque pas le jeune Pierrot. Avec sa peau de chagrin sur le dos. Alors il lui demande, Arthur. Pourquoi elle est si silencieuse d’un coup.

Elle lâche alors péniblement quelques mots. Elle lui introduit le personnage. Un garçon qui a des chaines qui font cling.

Cling.

C’est un peu comme un anti-héros, le petit monsieur. Les mots s’enchaînent plus facilement. La voix se réchauffe, elle se surprend même à sourire sincèrement en l’évoquant. Elle ne veut pas vraiment l’admettre, mais ça l’a rend heureuse d’en parler.

Mais elle s’arrête. D’un coup, quand elle croise le regard acier d’Arthur. Comme un reproche. Comme une peine immense. Il lui dit qu’il ne l’aime pas cette histoire. Que son personnage n’a aucun attrait. Il est fade. Elle apaise sa déception d’un battement de cils.

Alors, elle ne lui dit pas. Elle ravale le fait qu’elle a rendu le Pierrot, héros de son histoire. De sa petite histoire de la journée. Elle tait le fait que l’Arbre, l’Arbre d’Arthur rend un hommage à ce personnage extérieur qu’il refuse d’accepter. Elle revient à leurs histoires. A tout les deux. A leur monde terriblement codifié. Où il est le seul et l’unique.

Elle est persuadée qu’elle n’existe que pour lui.

Elle prétend ne pas remarquer, la larme qui s’écrase lourdement dans la couette. Elle utilise les gens. Toujours. Ils sont des passes temps. Elle se dit originale. C’est plus facile que d’avouer qu’elle a toujours été seule. Elle est empêtrée dans sa solitude. Mais ça ne la heurtait pas, là dedans. Dans la poitrine, là où ça doit battre normalement.

Dans le regard d’Arthur, elle retrouve celui du corbeau. C’est une fraction de seconde. Ca pourrait passer inaperçu. Mais c’est une fraction de seconde qui dure. On comprend bien trop. Elle ne le dira pas Arthur. Elle ne le dira à personne. Elle est bien trop fière pour ça. Mais ça l’a fait cogiter, ce regard. Parce que, elle a entrouvert la porte de son monde et qu’il a préféré refermer poliment derrière lui, le Pierrot. En fait, elle n’a pas l’habitude. Que les autres aient une volonté plus forte que la sienne. Elle les pense objets inanimés.

Elle n’est pas du genre à rouvrir la porte, quand l’autre s’enfuit. Elle n’est pas de celle qui rappelle, en pleurant, debout sur le pallier. Elle est de mauvaise foi. Elle fait mine d’oublier. Et après, elle finit par oublier vraiment.

Elle est restée la main sur la poignée. Abasourdie par ce refus. Elle est déjà résolue à oublier. A refermer le livre de contes. Parce que finalement, c’était encore des petites histoires à dormir debout. Tout ça.

Alors elle est surprise, lorsque ça force. De l’autre côté de la porte. Elle ne sait pas trop ce que c’est. Ce mélange de larmes et de rires qu’elle retient. Elle fait sortir qu’un sourire, qu’elle adresse plus à ses pieds qu’au corbeau. Elle pense merci mais ne le dit pas. Elle est restée longtemps. Debout. Seule dans la neige.

Quand elle a relevé la tête, il était déjà trop tard.

Mais tout ça, elle ne le dira pas à la tête blonde qui vient de lâcher sa main et de se retourner dans son sommeil. Elle se retourne à son tour, se hisse jusqu’au bouton de la lampe de chevet, éclairant d’une faible lumière une pile d’annonces. De bassistes en recherche de groupes. Elles sont nombreuses. Posées sur une écharpe. Noire, banale.

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