Il n'y avait rien de naturel dans ce que l'on éprouvait.
 
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 Jour Ordinaire

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Sleepless


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MessageSujet: Jour Ordinaire   Sam 11 Sep - 22:48

    L'enseignant remplaçait occasionnellement, en cet fin d'après-midi bleuâtre, une collègue qui jouissait d'un congé maternité. Caroline évitait son regard, faisant mine de compter ses crayons de couleur, dessinant avec une application feinte. Pour une enfant de quatre ans elle pouvait aller loin dans le déni. Graham, quant lui, corrigeait des copies de troisième année, ridiculement installé sur le minuscule bureau au côté de la petite, les genoux au niveau des oreilles. Parfois elle lui jetait un coup d'oeil en coin, l'air revêche. Parfois encore elle semblait sur le point de dire quelque chose mais se contentait de déglutir avec embarras. Bloquée dans les embouteillages et donc dans l'impossibilité de récupérer sa gamine, laquelle était absolument terrorisée par la grande taille de Graham, la mère de Caroline fut rassurée à l'idée que le matheux restait à ses côtés, bien après l'heure de sortie. Cela ne le dérangeait pas autre mesure, il avait prévenu par SMS sa compagne qui lui avait proposé de la retrouver à quelques rues de l'école. Compte tenu de son flegme il avait accepté sans sourciller mais réalisait peu peu, tandis qu'il cochait systématiquement les bonnes réponses des devoirs, que le simple fait de savoir que Amélia venait le chercher lui plaisait.

    « Tu as une femme, hein ? »

    Il cilla, son regard posé sur une peluche qu'il soupçonna un instant de sorcellerie puis dévisagea sa voisine d'un air neutre. Cette dernière le fixait, avec une moue sceptique et le nez plissé. Il désigna de son stylo orange (y'avait plus de rouge) l'alliance d'argent à son annulaire.

    « Oui. On porte ce genre de bague à ce doigt quand on est marié. La plupart du temps.
    Elle s'appelle comment ? »

    Il n'eût pas le temps de commencer à songer à répondre que la gamine hurlait déjà :

    « Mama !! »

    Après s'est difficilement extrait de la chaise lilliputienne Graham dût à plusieurs reprises insister pour que la mère cesse de le remercier et, en fait, plus sincèrement, qu'elle s'en aille afin qu'ils laissent la place au service de nettoyage. Main dans la main, mère et fille partirent. Caroline jeta un dernier regard au géant qui ne trouva rien de mieux que d'écraser son visage de façon grotesque contre la porte vitrée. Elle se retourna mais il put apercevoir sa nuque virer à l'écarlate.


    Il mit plus de dix minutes à retrouver sa serviette. Allez savoir. Et put enfin quitter l'établissement enseveli dans son éternelle écharpe anthracite, après avoir revêtu ses bottes qui lui donnaient l'allure d'un courageux chevalier affrontant la tempête. Il trébucha plusieurs fois, fit tomber son téléphone cellulaire dans la neige mais parvint sain et sauf (qui l'eût cru) au lieu de rendez-vous où la petite française l'attendait déjà.

    Il posa sa monstrueuse paume gantée sur le sommet du crâne d'Amélia.


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MessageSujet: Re: Jour Ordinaire   Sam 1 Jan - 5:07

« Graham .. » Souffla t-elle d'une voix haletante dans un suédois toutefois irréprochable pour la linguiste assidue qu'elle était. « .. j'ai presque cru que tu étais en retard. » Amélia sous-entendait sans détour qu'elle avait pensé qu'il aurait pu lui arriver quelque chose, dans le long, terrible, et ardu chemin que faisait celui de l'école primaire où il enseignait au parc Snygg, dont l'honorable distance était de trois rues. Elle aurait pu, si elle l'avait voulu, faire le chemin d'elle-même mais il se trouvait en fait que cette fois-ci, quelque chose l'avait retenue aussi se crut-elle pointilleuse à l'idée de le signifier à son mari : « Regarde, là-bas .. Au début j'ai eu un peu de mal à comprendre ce qu'ils racontaient parce qu'ils ont l'air de venir du sud ou quelque chose de ce genre, mais j'ai en fait rapidement compris que cette pauvre dame était atteinte d'Alzheimer, qu'elle ne reconnait pas l'homme qui est près d'elle qui lui raconte comme ils se sont rencontrés. » Le froid la fit sourire nerveusement et dans un geste pensé salvateur, Amélia attrapa son bonnet des deux mains et tenta de réchauffer le bout de ses oreilles qu'elle imaginait rouge et ankylosé. Elle posa inconsciemment son gant contre celui de Graham- gant qui fit connaissance avec les particules de neige qu'il restait de son exploration des voitures garées le long des routes et des portails gelés par le froid- et poursuivit d'une voix légère, douce et joyeuse. « Et tu sais .. J'ai tout de suite pensé au film qu'on a vu l'autre fois .. Tu sais, avec Ryan G-gosling et Rachel Mc Adams. L'adaptation du roman, un truc du style Les Pages de notre Amour. » Elle rapprocha son visage du sien, ajusta sa position contre le banc recouvert tout d'abord d'une couche raisonnable de verglas et de neige éphémère qui fondrait dès l'apparition d'un soleil d'hiver. Il eût été plus juste pour le pauvre Graham de préciser que ce n'était non pas avec des gants que sa femme avait choisi de faire le pacte mais des mouflettes multicolores pour lesquelles elle s'était déhanchée toute une après-midi dans le centre commercial de Sollentuna, conformément au désir stupide et insensé de son amie qui l'avait défiée d'une vague danse orientale pour que cet accessoire soit sien.

Retournée dans sa demeure, elle avait raconté le détail à Graham qui avait tout d'abord longtemps contemplé les moufles, perplexe, avant de lui suggérer d'aller dîner. Ils avaient longtemps débattu sur l'utilité qu'aurait pu leur apporter leur journée, s'étaient mis au lit non sans quelques baisers pressants de la plus petite et enfin Graham avait demandé si Amélia avait osé aller jusqu'à attacher quelque chose autour de son ventre. Méditative, cette dernière avait tout d'abord observé sous mille aspects- étant justement contrainte d'en inventer neuf-cent quatre-vingt dix-neuf puisqu'elle n'était alors drapée que d'un simple soutien-gorge- son petit ventre hâlé qu'elle jugeait d'un air sévère, elle fut incapable de se rappeler si elle s'était tentée à un tel exercice. Tournant des yeux surpris mais sincèrement intéressés vers son mari, Amélia se força à lui demander s'il aurait aimé.

« N'oublie jamais, je crois .. Le genre de film à voir en toutes les langues, dans toutes les circonstances, à conseiller à ton boss frustré par la vie .. Bon, d'accord, ce n'est sans doute pas un long chef-d'œuvre absorbé dans les résolutions des questions actuelles, comme la crise, le pétrole, les guerres au Moyen-Orient. M-mais .. C'est une incitation à la suivance de l'autre, une ode à la confiance .. » Durant sa vindicative, Amélia s'était presque levée, et, sans honte, était quasiment sur le point de poser ses fesses contre les cuisses de Graham. L'effort considérable qu'elle faisait pour lever la tête alors qu'il était assis la força à se demander ce qu'il pouvait arriver s'il était debout. Posant ses mouflettes sur ses épaules, lâchant ses camarades les gants qui tombèrent mollement contre la neige encore blanche du banc, les yeux brillants, Amélia eut un large sourire. « Tu sais .. Faudra vraiment qu'on pense à le faire, ce tour du monde. Histoire qu'on rattrape tout le temps qui nous manquera quand on sera Liés. » Comme pour apaiser la sensibilité du sujet qu'elle abordait soudain, Amélia posa ses lèvres froides et très légèrement gercées contre la joue râpeuse de Graham, et, abandonnée à une soudaine fougue, passa vivement sa jambe de l'autre côté du banc de telle sorte qu'elle se trouvait face à Graham, assise sur lui. « Et ta journée, alors .. ? » Le vent dans le parc se leva, fit frissonner les derniers flocons de neige de la soirée qui tombaient, et soudain, les lampadaires autour d'eux s'éveillèrent. Amélia eut un regard rapide pour les passants qu'elle apercevait d'entre les barreaux enneigés du parc, quelques mètres plus loin. Les bosquets qu'auraient pu resplendir en cet instant s'il avait fait plus chaud l'aurait réconfortée avec plus de vigueur que ne le faisait le pâle manteau de neige. Un regard vers Graham et toutes ses appréhensions s'envolèrent- elle assumait terriblement son statut de femme mariée amoureuse.


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